Multiplicités et factorisation dans R[X] : corrigé du contrôle de maths en L1

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Voici le corrigé du contrôle de maths en L1 sur le thème « multiplicités et factorisation dans R[X] », question par question.

Cette correction présente chaque réponse comme on l’attend sur une copie de licence. La question de cours détaille la récurrence sur le degré, car c’est le schéma de preuve le plus réutilisé du chapitre. Les divisions sont posées puis vérifiées, et les restes s’obtiennent par évaluation aux racines du diviseur.

Pour les multiplicités, la correction utilise la caractérisation par les dérivées successives. Une figure place ensuite les racines sixièmes de 64 sur leur cercle, ce qui rend visible le regroupement en facteurs conjugués. Enfin, le problème ne calcule jamais les racines du cubique : seules les fonctions symétriques servent. Comparez votre copie au barème, question par question.

L’énoncé complet se trouve ici : Multiplicités et factorisation dans R[X] : contrôle de maths en L1.

Barème du contrôle corrigé : multiplicités et factorisation dans R[X]

Exercice Points
1. Question de cours : au plus n racines 3 points
2. Trois divisions euclidiennes 4 points
3. Racines multiples et dérivées 4 points
4. Des complexes aux réels 4 points
5. Problème : un cubique sans racine évidente 5 points
Total 20 points

Le corrigé détaillé : multiplicités et factorisation dans R[X]

Exercice 1 – Question de cours : au plus n racines (3 points)

  1. La division euclidienne de \(P\) par \(X – a\), de degré \(1\), s’écrit \(P = (X – a)Q + R\) avec \(\deg R < 1\). Le reste est donc une constante \(r\). En évaluant en \(a\), on trouve \(P(a) = 0 \times Q(a) + r = r\).

    Par conséquent, \(P(a) = 0\) équivaut à \(r = 0\), c’est-à-dire à l’écriture \(P = (X – a)Q\). Réciproquement, si \(X – a\) divise \(P\), l’unicité de la division impose un reste nul. Ainsi \(P(a) = 0\) si et seulement si \(X – a\) divise \(P\).

  2. Notons \(\mathcal{H}_n\) la propriété : « tout polynôme non nul de degré \(n\) possède au plus \(n\) racines distinctes ». D’abord, \(\mathcal{H}_0\) est vraie, car un polynôme constant non nul ne s’annule jamais.

    Supposons ensuite \(\mathcal{H}_n\) vraie, et soit \(P\) de degré \(n + 1\). Si \(P\) n’a aucune racine, il n’y a rien à prouver. Sinon, soit \(a\) une racine : la question a) donne \(P = (X – a)Q\) avec \(\deg Q = n\), donc \(Q \neq 0\). Soit \(b \neq a\) une autre racine de \(P\). Alors \(0 = (b – a)\,Q(b)\) avec \(b – a \neq 0\). Comme \(\mathbb{K}\) est un corps, il reste \(Q(b) = 0\).

    Les racines de \(P\) autres que \(a\) sont donc des racines de \(Q\), qui en possède au plus \(n\) d’après \(\mathcal{H}_n\). Finalement, \(P\) en possède au plus \(n + 1\), ce qui établit \(\mathcal{H}_{n+1}\). Par récurrence, un polynôme non nul de degré \(n\) a au plus \(n\) racines distinctes.

  3. Une récurrence immédiate à partir de \(P(x + 1) = P(x)\) donne \(P(k) = P(0)\) pour tout entier naturel \(k\). Le polynôme \(D = P – P(0)\) admet alors une infinité de racines \(0, 1, 2, \ldots\). S’il était non nul, il en aurait au plus \(\deg D\) ; c’est donc le polynôme nul. Ainsi \(P\) est constant, égal à \(P(0)\).

Piège classique : oublier de justifier que \(Q(b) = 0\). L’argument repose sur l’absence de diviseurs de zéro dans \(\mathbb{K}\), qui permet de simplifier par \(b – a\).

Barème : a) 1 point (division et évaluation 0,5, équivalence complète 0,5) ; b) 1,5 point (initialisation 0,25, factorisation 0,5, racines de Q et conclusion 0,75) ; c) 0,5 point.

Exercice 2 – Trois divisions euclidiennes (4 points)

  1. On abaisse le degré du dividende étape par étape. D’abord, le terme \(2X^2\) du quotient donne \(A – 2X^2 B = -X^3 – 3X^2 + 3\). Ensuite, le terme \(-X\) conduit à \(-X^3 – 3X^2 + 3 + X\,B = -2X^2 – X + 3\). Enfin, le terme \(-2\) laisse \(-2X^2 – X + 3 + 2B = X + 1\), de degré \(1 < 2\).

    On obtient \(A = (X^2 + X – 1)(2X^2 – X – 2) + X + 1\). Le quotient vaut \(2X^2 – X – 2\) et le reste \(X + 1\). Pour vérifier, on développe \(BQ = 2X^4 + X^3 – 5X^2 – X + 2\). Puis on ajoute \(X + 1\) et l’on retrouve bien \(A\).

  2. Le diviseur est de degré \(2\). Le reste s’écrit donc \(aX + b\), avec \(X^n = (X + 1)(X – 2)\,Q_n + aX + b\). En évaluant en \(-1\) puis en \(2\), on obtient le système \(-a + b = (-1)^n\) et \(2a + b = 2^n\).

    Par soustraction, \(3a = 2^n – (-1)^n\), puis \(b = (-1)^n + a\). Le reste vaut donc \(\dfrac{2^n – (-1)^n}{3}\,X + \dfrac{2^n + 2(-1)^n}{3}\). Par exemple, pour \(n = 2\), on trouve \(X + 2\). C’est cohérent, car \(X^2 – X – 2\) plus \(X + 2\) redonne \(X^2\).

  3. Cette fois, \(X^{2026} = (X^2 + 1)\,S + cX + d\) avec \(c\) et \(d\) réels. Évaluons en \(\mathrm{i}\), racine de \(X^2 + 1\). Comme \(2026 = 4 \times 506 + 2\), on a \(\mathrm{i}^{2026} = -1\). Ainsi \(c\,\mathrm{i} + d = -1\), et l’identification des parties réelle et imaginaire donne \(c = 0\) et \(d = -1\). Le reste est donc le polynôme constant \(-1\).

Piège classique : évaluer en une seule racine du diviseur. Avec deux inconnues, il faut deux équations, ou bien une évaluation complexe dont on sépare partie réelle et partie imaginaire.

Barème : a) 1,5 point (division 1, vérification 0,5) ; b) 1,5 point (forme du reste 0,5, système 0,5, résolution 0,5) ; c) 1 point.

Exercice 3 – Racines multiples et dérivées (4 points)

  1. Soit \(P\) non nul de \(\mathbb{K}[X]\) et \(m \geq 1\). Le scalaire \(a\) est racine de multiplicité exactement \(m\) si et seulement si \(P(a) = P^{\prime}(a) = \cdots = P^{(m-1)}(a) = 0\) et \(P^{(m)}(a) \neq 0\).

  2. On calcule \(P(1) = 1 – 1 – 3 + 5 – 2 = 0\). Ensuite, \(P^{\prime} = 4X^3 – 3X^2 – 6X + 5\) donne \(P^{\prime}(1) = 0\). De même, \(P^{\prime\prime} = 12X^2 – 6X – 6\) s’annule en \(1\). En revanche, \(P^{(3)} = 24X – 6\) vérifie \(P^{(3)}(1) = 18 \neq 0\). Donc \(1\) est racine triple de \(P\).

    Par conséquent, \((X – 1)^3\) divise \(P\). Or \(P\) est unitaire de degré \(4\), donc \(P = (X – 1)^3(X + c)\) pour un réel \(c\). Le coefficient constant donne \(-c = -2\), donc \(c = 2\), et \(P = (X – 1)^3(X + 2)\). La courbe traverse donc l’axe en \(1\) avec une tangente horizontale. C’est le comportement attendu en une racine triple.

  3. La racine \(-1\) est au moins double si et seulement si \(Q(-1) = 0\) et \(Q^{\prime}(-1) = 0\). Or \(Q(-1) = 4 – a – b\). De plus, \(Q^{\prime} = 4X^3 + 3aX^2 + b\), donc \(Q^{\prime}(-1) = -4 + 3a + b\). On résout donc \(a + b = 4\) et \(3a + b = 4\), d’où \(a = 0\) et \(b = 4\).

    Ainsi \(Q = X^4 + 4X + 3\). Comme \(Q^{\prime\prime}(-1) = 12 \neq 0\), la racine \(-1\) est exactement double. On cherche alors \(Q = (X^2 + 2X + 1)(X^2 + pX + q)\). Le coefficient constant impose \(q = 3\), et celui de \(X^3\) impose \(p + 2 = 0\), donc \(p = -2\). Un développement confirme \(Q = (X + 1)^2(X^2 – 2X + 3)\).

    Le trinôme \(X^2 – 2X + 3\) a pour discriminant \(-8 < 0\). Il est donc irréductible dans \(\mathbb{R}[X]\), de racines \(1 \pm \mathrm{i}\sqrt{2}\). Finalement, la factorisation réelle est \(Q = (X + 1)^2(X^2 – 2X + 3)\). Dans \(\mathbb{C}[X]\), on a \(Q = (X + 1)^2(X – 1 – \mathrm{i}\sqrt{2})(X – 1 + \mathrm{i}\sqrt{2})\).

Barème : a) 0,5 point ; b) 1,5 point (dérivées successives 1, factorisation 0,5) ; c) 2 points (système 0,75, multiplicité exacte 0,25, factorisation réelle 0,5, factorisation complexe 0,5).

Exercice 4 – Des complexes aux réels (4 points)

  1. Le module de \(1 + \mathrm{i}\sqrt{3}\) vaut \(\sqrt{1 + 3} = 2\), et un argument est \(\frac{\pi}{3}\) : ce nombre s’écrit donc \(2\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}\pi/3}\). Sa puissance sixième vaut \(2^6\,\mathrm{e}^{2\mathrm{i}\pi} = 64\), ce qui confirme que \(A\) convient.

    Cherchons maintenant \(z = r\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}\theta}\) avec \(r > 0\). L’égalité \(z^6 = 64\) équivaut à \(r^6 = 64\) et \(6\theta \equiv 0\) modulo \(2\pi\). On obtient alors \(r = 2\) et \(\theta = \frac{k\pi}{3}\), avec \(k\) entre \(0\) et \(5\). Les six solutions distinctes sont donc \(z_k = 2\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}k\pi/3}\). Sous forme algébrique, ce sont \(2\), \(1 + \mathrm{i}\sqrt{3}\), \(-1 + \mathrm{i}\sqrt{3}\), \(-2\), \(-1 – \mathrm{i}\sqrt{3}\) et \(1 – \mathrm{i}\sqrt{3}\). Elles forment un hexagone régulier inscrit dans le cercle de la figure.

Les six racines sixièmes de 64 placées sur le cercle de rayon 2, sommets d'un hexagone régulier, les paires conjuguées reliées par des pointillés
  1. Le polynôme \(X^6 – 64\) est unitaire de degré \(6\), avec six racines distinctes. Il est donc le produit des \(X – z_k\) : \(X^6 – 64 = \displaystyle\prod_{k=0}^{5}\left(X – 2\,\mathrm{e}^{\mathrm{i}k\pi/3}\right)\) dans \(\mathbb{C}[X]\).

    Ensuite, on regroupe chaque racine non réelle avec sa conjuguée. On obtient \(X^2 – 2X + 4\) et \(X^2 + 2X + 4\). Ces deux trinômes ont pour discriminant \(-12 < 0\), donc ils sont irréductibles. Ainsi \(X^6 – 64 = (X – 2)(X + 2)(X^2 – 2X + 4)(X^2 + 2X + 4)\) dans \(\mathbb{R}[X]\). Pour contrôler, on regroupe les facteurs : on retrouve \(X^3 – 8\) et \(X^3 + 8\), dont le produit vaut bien \(X^6 – 64\).

  2. On calcule \(R(\mathrm{i}) = \mathrm{i}^4 – 2\,\mathrm{i}^3 + 6\,\mathrm{i}^2 – 2\,\mathrm{i} + 5 = 1 + 2\mathrm{i} – 6 – 2\mathrm{i} + 5 = 0\). Comme \(R\) est à coefficients réels, \(R(-\mathrm{i}) = \overline{R(\mathrm{i})} = 0\). Par conséquent, \(X^2 + 1\) divise \(R\).

    Une identification donne alors \(R = (X^2 + 1)(X^2 – 2X + 5)\), ce qu’un développement confirme. Le second facteur a pour discriminant \(-16 < 0\) et pour racines \(1 \pm 2\mathrm{i}\). Ainsi \(R = (X^2 + 1)(X^2 – 2X + 5)\) dans \(\mathbb{R}[X]\). Dans \(\mathbb{C}[X]\), on a \(R = (X – \mathrm{i})(X + \mathrm{i})(X – 1 – 2\mathrm{i})(X – 1 + 2\mathrm{i})\).

Piège classique : laisser un facteur de degré 2 sans vérifier son discriminant. Dans \(\mathbb{R}[X]\), seul un trinôme de discriminant strictement négatif est irréductible.

Barème : a) 1,5 point (vérification 0,25, résolution exponentielle 0,75, forme algébrique 0,5) ; b) 1 point (0,5 par corps) ; c) 1,5 point (racine i et conjuguée 0,5, factorisation réelle 0,5, factorisation complexe 0,5).

Exercice 5 – Problème : un cubique sans racine évidente (5 points)

  1. Le polynôme \(T\) est unitaire et se factorise dans \(\mathbb{C}[X]\) en \((X – \alpha)(X – \beta)(X – \gamma)\). L’identification des coefficients donne \(\alpha + \beta + \gamma = 2\), \(\alpha\beta + \beta\gamma + \gamma\alpha = 3\) et \(\alpha\beta\gamma = 5\).

  2. On développe le carré de la somme : \((\alpha + \beta + \gamma)^2 = \alpha^2 + \beta^2 + \gamma^2 + 2(\alpha\beta + \beta\gamma + \gamma\alpha)\). Il vient \(\alpha^2 + \beta^2 + \gamma^2 = 4 – 6\), soit \(\alpha^2 + \beta^2 + \gamma^2 = -2\).

    Si les trois racines étaient réelles, cette somme de carrés serait positive. Donc \(T\) admet au moins une racine non réelle. De plus, \(T\) est à coefficients réels : la conjuguée de cette racine est donc aussi racine. Ainsi \(T\) a deux racines non réelles conjuguées et une racine réelle.

  3. Le produit \(\alpha\beta\gamma = 5\) n’est pas nul, donc aucune racine n’est nulle. Au même dénominateur, \(\frac{1}{\alpha} + \frac{1}{\beta} + \frac{1}{\gamma} = \frac{\beta\gamma + \gamma\alpha + \alpha\beta}{\alpha\beta\gamma}\), d’où \(\frac{1}{\alpha} + \frac{1}{\beta} + \frac{1}{\gamma} = \frac{3}{5}\).

  4. Chaque racine \(x\) de \(T\) vérifie \(x^3 = 2x^2 – 3x + 5\). Par sommation, \(\alpha^3 + \beta^3 + \gamma^3 = 2 \times (-2) – 3 \times 2 + 3 \times 5\), soit \(\alpha^3 + \beta^3 + \gamma^3 = 5\).

  5. Les nombres \(\frac{1}{\alpha}\), \(\frac{1}{\beta}\), \(\frac{1}{\gamma}\) ont pour somme \(\frac{3}{5}\). Ensuite, la somme de leurs produits deux à deux vaut \(\frac{\alpha + \beta + \gamma}{\alpha\beta\gamma} = \frac{2}{5}\), et leur produit vaut \(\frac{1}{5}\). Le polynôme cherché est donc \(X^3 – \frac{3}{5}X^2 + \frac{2}{5}X – \frac{1}{5}\). On peut le contrôler : il est égal à \(-\frac{1}{5}X^3\,T\!\left(\frac{1}{X}\right) = -\frac{1}{5}\left(1 – 2X + 3X^2 – 5X^3\right)\).

  6. La fonction \(t\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\), avec \(t^{\prime}(x) = 3x^2 – 4x + 3\). Ce trinôme a pour discriminant \(-20 < 0\), donc \(t^{\prime}\) reste strictement positive. Ainsi \(t\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\).

    De plus, \(t(1) = 1 – 2 + 3 – 5 = -3\) et \(t(2) = 8 – 8 + 6 – 5 = 1\). Or \(t\) est continue et strictement croissante. Le théorème de la bijection montre alors qu’elle s’annule une seule fois, dans \(]1\,;\,2[\). Ainsi \(T\) a une unique racine réelle, située entre \(1\) et \(2\), ce qui confirme la question b).

Piège classique : oublier le signe alterné des relations de Viète. Pour un polynôme unitaire de degré 3, le produit des racines est l’opposé du coefficient constant.

Barème : a) 0,5 point ; b) 1 point (calcul 0,5, conclusion sur les racines 0,5) ; c) 0,5 point ; d) 1 point ; e) 1 point (trois fonctions symétriques 0,75, polynôme 0,25) ; f) 1 point (monotonie 0,5, localisation 0,5).

À retenir de ce contrôle

  • Un réel ou complexe a est racine de P si et seulement si X – a divise P, ce que prouve la division euclidienne par X – a.
  • Le reste de la division par un polynôme de degré 2 à racines distinctes se trouve en évaluant aux deux racines, sans poser la division.
  • Le nombre a est racine de multiplicité m lorsque P et ses m – 1 premières dérivées s’annulent en a, mais pas la dérivée d’ordre m.
  • Les irréductibles de R[X] sont les polynômes de degré 1 et ceux de degré 2 à discriminant strictement négatif, obtenus en groupant les racines conjuguées.
  • La somme des carrés des racines vaut le carré de leur somme moins deux fois la somme des produits deux à deux.

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