Complexes et forme exponentielle en L1 de maths : cours et méthodes
Ce cours de complexes L1 reprend les nombres complexes du lycée pour les reconstruire proprement. Nous partons de la forme algébrique, du conjugué et du module, puis nous démontrons l’inégalité triangulaire avec son cas d’égalité. La trigonométrie sert ensuite à définir l’exponentielle complexe et l’argument.
Viennent alors les outils de calcul du premier semestre : formules de Moivre et d’Euler, linéarisation, factorisation par l’angle moitié, racines carrées et équations du second degré. Le chapitre se termine par les racines n-ièmes et par la lecture géométrique des applications de la forme \(z \mapsto az + b\). Ces résultats serviront dans les polynômes, les équations différentielles et les séries de Fourier : les maîtriser tôt fait gagner beaucoup de temps.
Ce que vous saurez faire
- Calculer avec la forme algébrique, le conjugué et le module, et démontrer l’inégalité triangulaire.
- Passer de la forme algébrique à la forme exponentielle, et réciproquement.
- Utiliser les formules de Moivre et d’Euler pour linéariser ou factoriser une expression trigonométrique.
- Calculer les racines carrées d’un complexe et résoudre une équation du second degré.
- Déterminer les racines \(n\)-ièmes d’un complexe et les placer dans le plan.
- Reconnaître une translation, une rotation ou une homothétie à partir de son écriture complexe.
1. Forme algébrique, conjugué et module
Le point de départ est admis : on dispose d’un corps \(\mathbb{C}\), plus gros que \(\mathbb{R}\), dont les opérations étendent celles des réels, et qui renferme un nombre \(i\) de carré \(-1\). Tout complexe s’écrit alors de façon unique \(z = x + iy\), avec \(x\) et \(y\) réels. On note \(x = \mathrm{Re}(z)\) et \(y = \mathrm{Im}(z)\). On identifie ainsi \(z\) au point de coordonnées \((x, y)\) du plan.
1.1 Conjugué
On associe à \(z = x + iy\) son conjugué \(\overline{z} = x – iy\). Dans le plan, on passe de l’un à l’autre en « retournant » la figure autour de l’axe des abscisses.
La conjugaison respecte les opérations : \(\overline{z + w} = \overline{z} + \overline{w}\), \(\overline{zw} = \overline{z}\,\overline{w}\), et \(\overline{1/z} = 1/\overline{z}\) pour \(z\) non nul. Elle permet aussi de retrouver les deux coordonnées : \(\mathrm{Re}(z) = \frac{z + \overline{z}}{2}\) et \(\mathrm{Im}(z) = \frac{z – \overline{z}}{2i}\). Enfin, l’égalité \(\overline{z} = z\) caractérise les réels, tandis que \(\overline{z} = -z\) caractérise les imaginaires purs.
En effet, ces règles se vérifient en développant. Elles sont très utiles pour prouver qu’un nombre est réel sans calculer sa partie imaginaire : il suffit de montrer qu’il est égal à son conjugué.
1.2 Module
On appelle module de \(z = x + iy\) le nombre \(|z| = \sqrt{x^2 + y^2}\), qui mesure l’éloignement entre \(z\) et 0. De la même façon, \(|z – w|\) mesure l’écart entre \(z\) et \(w\) vus comme points du plan.
On a \(z\overline{z} = |z|^2\). Par conséquent, \(|zw| = |z|\,|w|\) et, pour \(w \neq 0\), \(|z/w| = |z|/|w|\). De plus, \(|z| = 0\) si et seulement si \(z = 0\).
Ainsi, la relation \(z\overline{z} = |z|^2\) donne la méthode pour écrire un quotient sous forme algébrique : on multiplie numérateur et dénominateur par le conjugué du dénominateur. Le dénominateur devient alors un réel positif.
Calculons le module de \(q = \dfrac{(2 – i)^3}{(1 + 2i)(3 + 4i)}\) sans développer. Le module est multiplicatif, donc \(|q| = \dfrac{|2 – i|^3}{|1 + 2i|\,|3 + 4i|}\). Or \(|2 – i| = \sqrt{5}\), \(|1 + 2i| = \sqrt{5}\) et \(|3 + 4i| = 5\). Ainsi, \(|q| = \dfrac{5\sqrt{5}}{5\sqrt{5}} = 1\). Autrement dit, \(q\) est sur le cercle unité, ce qu’un développement aurait caché derrière des calculs longs.
1.3 Inégalité triangulaire
Pour tous complexes \(z\) et \(w\), on a \(\big|\,|z| – |w|\,\big| \leqslant |z + w| \leqslant |z| + |w|\). L’égalité \(|z + w| = |z| + |w|\) a lieu si et seulement si \(w = 0\) ou s’il existe un réel \(\lambda \geqslant 0\) tel que \(z = \lambda w\).
D’abord, on développe : \(|z + w|^2 = (z + w)(\overline{z} + \overline{w}) = |z|^2 + |w|^2 + 2\,\mathrm{Re}(z\overline{w})\). Ensuite, pour tout complexe \(u\), on a \(\mathrm{Re}(u) \leqslant |u|\), avec égalité si et seulement si \(u\) est un réel positif. Donc \(|z + w|^2 \leqslant |z|^2 + |w|^2 + 2|z|\,|w| = (|z| + |w|)^2\). Les deux membres étant positifs, on obtient l’inégalité de droite.
Pour le cas d’égalité, il faut \(\mathrm{Re}(z\overline{w}) = |z\overline{w}|\), c’est-à-dire \(z\overline{w} = \mu\) avec \(\mu \geqslant 0\). Si \(w \neq 0\), on multiplie par \(w\) : \(z|w|^2 = \mu w\), soit \(z = \lambda w\) avec \(\lambda = \mu/|w|^2 \geqslant 0\). La réciproque est immédiate. Enfin, l’inégalité de gauche s’obtient en écrivant \(z = (z + w) + (-w)\), puis en échangeant les rôles de \(z\) et \(w\).
La figure traduit ce résultat : le trajet direct de 0 à \(z + w\) ne dépasse jamais le trajet qui passe par \(z\). Le cas d’égalité correspond au triangle aplati, lorsque les vecteurs ont même direction et même sens.

1.4 Ce que le module ne permet pas
Piège à éviter :
Il n’existe pas de relation d’ordre « naturelle » sur \(\mathbb{C}\). On n’écrit donc jamais \(z \leqslant w\) pour des complexes non réels. Seuls les modules, les parties réelles et les parties imaginaires se comparent.
Le module n’est pas additif : avec \(z = 1\) et \(w = i\), on a \(|z + w| = \sqrt{2}\), alors que \(|z| + |w| = 2\). De même, \(|z|^2\) n’est pas \(z^2\) : pour \(z = i\), on a \(|z|^2 = 1\) mais \(z^2 = -1\).
2. De la trigonométrie à la forme exponentielle complexe
Nous construisons maintenant l’exponentielle complexe à partir des seules fonctions cosinus et sinus. L’idée est simple : la formule d’addition des cosinus et des sinus ressemble à une règle de multiplication.
2.1 Les formules d’addition
Pour tous réels \(a\) et \(b\) :
\[ \cos(a + b) = \cos a \cos b – \sin a \sin b, \qquad \sin(a + b) = \sin a \cos b + \cos a \sin b. \]
On en déduit les formules de duplication \(\cos 2a = 2\cos^2 a – 1 = 1 – 2\sin^2 a\) et \(\sin 2a = 2 \sin a \cos a\).
2.2 Définition de l’exponentielle d’un imaginaire pur
Pour tout réel \(\theta\), on pose \(e^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta\). C’est le point du cercle unité \(\mathbb{U} = \{z \in \mathbb{C}, \ |z| = 1\}\) repéré par l’angle \(\theta\).
Pour tous réels \(a\) et \(b\), on a \(e^{ia} e^{ib} = e^{i(a+b)}\). De plus, \(\overline{e^{ia}} = e^{-ia} = 1/e^{ia}\), et \(e^{ia} = 1\) si et seulement si \(a \in 2\pi\mathbb{Z}\).
On développe le produit : \((\cos a + i\sin a)(\cos b + i\sin b) = (\cos a\cos b – \sin a \sin b) + i(\sin a\cos b + \cos a \sin b)\). Par les formules d’addition, c’est \(\cos(a+b) + i\sin(a+b)\). Ensuite, \(e^{ia}e^{-ia} = e^{0} = 1\), d’où l’inverse, et le conjugué se lit sur la définition. Enfin, \(e^{ia} = 1\) équivaut à \(\cos a = 1\), car alors \(\sin a = 0\) automatiquement. Cela revient à \(a \in 2\pi\mathbb{Z}\).
Ce théorème justifie donc la notation exponentielle : l’application \(\theta \mapsto e^{i\theta}\) transforme les sommes en produits. Par conséquent, deux réels ont la même image si et seulement s’ils diffèrent d’un multiple de \(2\pi\).
2.3 Argument et forme exponentielle
Soit \(z\) un complexe non nul. Le nombre \(z/|z|\) est de module 1, donc il s’écrit \(e^{i\theta}\). Tout réel \(\theta\) qui convient est un argument de \(z\) ; deux arguments diffèrent d’un multiple de \(2\pi\). L’écriture \(z = r e^{i\theta}\), avec \(r = |z| > 0\), est la forme exponentielle de \(z\).
Soit \(z\) et \(w\) deux complexes non nuls, d’arguments respectifs \(\theta\) et \(\varphi\). Alors \(zw\) a pour argument \(\theta + \varphi\), et \(z/w\) a pour argument \(\theta – \varphi\). De plus, \(\overline{z}\) a pour argument \(-\theta\). Toutes ces égalités s’entendent modulo \(2\pi\).
En effet, si \(z = re^{i\theta}\) et \(w = \rho e^{i\varphi}\), alors \(zw = r\rho\,e^{i(\theta + \varphi)}\) par le théorème précédent. Autrement dit, multiplier deux complexes revient à multiplier leurs modules et à ajouter leurs arguments. C’est pourquoi la forme exponentielle est la bonne écriture pour les produits, les quotients et les puissances, tandis que la forme algébrique reste adaptée aux sommes.
Le point \(z\) se repère ainsi par sa distance à l’origine et par l’angle orienté qu’il fait avec l’axe réel. La figure montre ces deux données sur un exemple.

2.4 Méthode de conversion
Pour mettre \(z = x + iy\) non nul sous forme exponentielle :
- Calculer \(r = \sqrt{x^2 + y^2}\).
- Écrire \(\cos\theta = x/r\) et \(\sin\theta = y/r\).
- Reconnaître un angle remarquable en utilisant les deux équations, pas seulement la tangente.
- Conclure \(z = r e^{i\theta}\) et vérifier le quadrant à l’aide des signes de \(x\) et \(y\).
Soit \(z = (1 – i)(\sqrt{3} + i)\). D’une part, \(1 – i = \sqrt{2}\,e^{-i\pi/4}\) et \(\sqrt{3} + i = 2e^{i\pi/6}\). Donc \(z = 2\sqrt{2}\,e^{i(\pi/6 – \pi/4)} = 2\sqrt{2}\,e^{-i\pi/12}\). D’autre part, en développant, \(z = (\sqrt{3} + 1) + i(1 – \sqrt{3})\). On identifie alors les parties réelles :
\[ 2\sqrt{2}\cos\frac{\pi}{12} = \sqrt{3} + 1, \quad \text{donc} \quad \cos\frac{\pi}{12} = \frac{\sqrt{6} + \sqrt{2}}{4}. \]
Ainsi, la comparaison des deux formes fournit gratuitement une valeur exacte de cosinus.
Piège à éviter :
La formule \(\theta = \arctan(y/x)\) n’est valable que si \(x > 0\). Par exemple, \(-1 – i\) et \(1 + i\) ont le même quotient \(y/x = 1\), mais leurs arguments sont \(-3\pi/4\) et \(\pi/4\). Il faut toujours contrôler les signes de \(x\) et de \(y\).
3. Formules de Moivre et d’Euler
Formule de Moivre : pour tout réel \(\theta\) et tout entier \(n \in \mathbb{Z}\), \((\cos\theta + i\sin\theta)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta)\).
Formules d’Euler : pour tout réel \(\theta\),
\[ \cos\theta = \frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2}, \qquad \sin\theta = \frac{e^{i\theta} – e^{-i\theta}}{2i}. \]
En effet, la formule de Moivre résulte du théorème précédent, par récurrence pour \(n \geqslant 0\), puis par passage à l’inverse pour \(n < 0\). Les formules d’Euler s’obtiennent en ajoutant ou en soustrayant \(e^{i\theta}\) et son conjugué \(e^{-i\theta}\).
3.1 Développer avec Moivre
Concrètement, Moivre transforme \(\cos(n\theta)\) en polynôme en \(\cos\theta\) et \(\sin\theta\). Par exemple, on développe \((\cos\theta + i\sin\theta)^3\) par la formule du binôme. Ensuite, on identifie parties réelles et imaginaires. On obtient \(\cos 3\theta = \cos^3\theta – 3\cos\theta\sin^2\theta = 4\cos^3\theta – 3\cos\theta\).
3.2 Linéariser avec Euler
Pour linéariser \(\cos^p x \sin^q x\) :
- Remplacer \(\cos x\) et \(\sin x\) par leurs expressions d’Euler.
- Développer avec la formule du binôme, en posant \(u = e^{ix}\).
- Regrouper les termes conjugués \(u^k\) et \(u^{-k}\) pour faire apparaître \(2\cos(kx)\) ou \(2i\sin(kx)\).
- Contrôler le résultat en une valeur simple de \(x\).
Linéarisons \(f(x) = \cos x \sin^3 x\). Avec \(u = e^{ix}\), on a \(\sin^3 x = \dfrac{(u – u^{-1})^3}{(2i)^3} = \dfrac{u^3 – 3u + 3u^{-1} – u^{-3}}{-8i}\). Ensuite, on multiplie par \(\cos x = \frac{u + u^{-1}}{2}\) :
\[ (u^3 – 3u + 3u^{-1} – u^{-3})(u + u^{-1}) = u^4 – 2u^2 + 2u^{-2} – u^{-4}. \]
Or \(u^4 – u^{-4} = 2i\sin 4x\) et \(u^2 – u^{-2} = 2i\sin 2x\). Donc \(f(x) = \dfrac{2i\sin 4x – 4i\sin 2x}{-16i} = \dfrac{\sin 2x}{4} – \dfrac{\sin 4x}{8}\). Contrôle en \(x = \pi/4\) : \(f(\pi/4) = (\sqrt{2}/2)^4 = 1/4\), et le membre de droite vaut bien \(1/4 – 0\).
3.3 Factoriser par l’angle moitié
Inversement, la technique de l’angle moitié consiste à factoriser une somme d’exponentielles. Pour tous réels \(a\) et \(b\), on met en facteur l’exponentielle de la demi-somme :
\[ e^{ia} + e^{ib} = e^{i\frac{a+b}{2}}\Big(e^{i\frac{a-b}{2}} + e^{-i\frac{a-b}{2}}\Big) = 2\cos\Big(\frac{a-b}{2}\Big)\, e^{i\frac{a+b}{2}}. \]
En particulier, \(1 + e^{i\theta} = 2\cos(\theta/2)\,e^{i\theta/2}\). Si \(\theta \in \,]-\pi, \pi[\), le cosinus est positif : on lit donc directement le module \(2\cos(\theta/2)\) et un argument \(\theta/2\). Par exemple, en élevant à la puissance \(n\) et en prenant la partie réelle, on obtient une somme célèbre :
\[ \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} \cos(k\theta) = \mathrm{Re}\big((1 + e^{i\theta})^n\big) = 2^n \cos^n\Big(\frac{\theta}{2}\Big) \cos\Big(\frac{n\theta}{2}\Big). \]
Résolvons \(\cos 5x + \cos 3x = 0\) sur \([0, \pi]\). D’abord, la formule de l’angle moitié donne \(e^{5ix} + e^{3ix} = 2\cos x \, e^{4ix}\). En prenant la partie réelle, on obtient \(\cos 5x + \cos 3x = 2\cos 4x \cos x\). Ensuite, l’équation équivaut à \(\cos 4x = 0\) ou \(\cos x = 0\). Le premier cas donne \(4x = \frac{\pi}{2} + k\pi\), soit \(x = \frac{\pi}{8} + \frac{k\pi}{4}\). Le second donne \(x = \frac{\pi}{2}\) dans \([0, \pi]\). Finalement, les solutions sont \(\frac{\pi}{8}\), \(\frac{3\pi}{8}\), \(\frac{\pi}{2}\), \(\frac{5\pi}{8}\) et \(\frac{7\pi}{8}\). Ainsi, la factorisation a transformé une équation compliquée en deux équations élémentaires.
4. Racines carrées et équations du second degré
4.1 Racines carrées d’un complexe
Soit \(w = re^{i\alpha}\) avec \(r > 0\). L’équation \(\delta^2 = w\), d’inconnue \(\delta \in \mathbb{C}\), a pour solutions \(\sqrt{r}\,e^{i\alpha/2}\) et son opposé, et seulement elles.
Le complexe \(\delta_0 = \sqrt{r}\,e^{i\alpha/2}\) vérifie \(\delta_0^2 = r e^{i\alpha} = w\). Ensuite, \(\delta^2 = w\) équivaut à \(\delta^2 – \delta_0^2 = 0\), soit \((\delta – \delta_0)(\delta + \delta_0) = 0\). Comme \(\mathbb{C}\) n’a pas de diviseur de zéro, on obtient \(\delta = \pm\delta_0\). Enfin, ces deux nombres sont distincts car \(\delta_0 \neq 0\).
4.2 Méthode algébrique
Lorsque l’argument de \(w\) n’est pas un angle remarquable, la forme exponentielle ne donne rien d’explicite. On cherche alors \(\delta = a + ib\) sous forme algébrique.
Pour trouver les racines carrées \(\delta = a + ib\) de \(w = u + iv\) :
- Écrire \(\delta^2 = w\) : cela donne \(a^2 – b^2 = u\) et \(2ab = v\).
- Ajouter l’égalité des modules : \(a^2 + b^2 = |w|\).
- En déduire \(a^2\) et \(b^2\) par demi-somme et demi-différence.
- Choisir les signes de \(a\) et \(b\) grâce au signe de \(ab\), donné par \(2ab = v\).
Résolvons \(z^2 – (1 + 4i)z – 5 – i = 0\). Le discriminant vaut \(\Delta = (1 + 4i)^2 + 4(5 + i) = 1 + 8i – 16 + 20 + 4i = 5 + 12i\). Cherchons \(\delta = a + ib\) avec \(\delta^2 = \Delta\). On a \(a^2 – b^2 = 5\), \(2ab = 12\) et \(a^2 + b^2 = |\Delta| = 13\). Donc \(a^2 = 9\) et \(b^2 = 4\). De plus, \(ab > 0\), d’où \(\delta = \pm(3 + 2i)\). Les solutions sont alors
\[ z_1 = \frac{1 + 4i + 3 + 2i}{2} = 2 + 3i, \qquad z_2 = \frac{1 + 4i – 3 – 2i}{2} = -1 + i. \]
Vérification rapide : \(z_1 + z_2 = 1 + 4i\) et \(z_1 z_2 = -2 + 2i – 3i – 3 = -5 – i\).
4.3 Équation du second degré
Soit \(a, b, c\) des complexes avec \(a \neq 0\), et \(\Delta = b^2 – 4ac\). Si \(\Delta \neq 0\) et si \(\delta\) est une racine carrée de \(\Delta\), l’équation \(az^2 + bz + c = 0\) a deux solutions distinctes \(\dfrac{-b \pm \delta}{2a}\). Si \(\Delta = 0\), elle a une solution double \(-b/(2a)\). Dans tous les cas, la somme des solutions vaut \(-b/a\) et leur produit \(c/a\).
Par ailleurs, la preuve reprend la mise sous forme canonique du lycée : \(az^2 + bz + c = a\big((z + \frac{b}{2a})^2 – \frac{\Delta}{4a^2}\big)\). La seule nouveauté est l’existence d’une racine carrée de \(\Delta\), garantie par le théorème précédent.
Piège à éviter :
On n’écrit jamais \(\sqrt{\Delta}\) lorsque \(\Delta\) n’est pas un réel positif. Le symbole \(\sqrt{\ }\) désigne la racine positive d’un réel positif, et rien d’autre. Sinon, on aboutit à des absurdités : \(\sqrt{-1}\,\sqrt{-1} = \sqrt{1}\) donnerait \(-1 = 1\).
5. Racines n-ièmes des complexes
5.1 Racines de l’unité
Soit \(n \geqslant 1\). L’équation \(z^n = 1\) possède exactement \(n\) solutions, les racines \(n\)-ièmes de l’unité : \(\omega_k = e^{2ik\pi/n}\) pour \(k \in \{0, \dots, n-1\}\). On note \(\mathbb{U}_n\) leur ensemble. Pour \(n \geqslant 2\), leur somme est nulle.
Si \(z^n = 1\), alors \(|z|^n = 1\), donc \(|z| = 1\) et \(z = e^{i\theta}\). L’équation devient \(e^{in\theta} = 1\), soit \(n\theta \in 2\pi\mathbb{Z}\). Ainsi, \(\theta = 2k\pi/n\) avec \(k\) entier. Deux valeurs de \(k\) donnent le même point si et seulement si elles sont congrues modulo \(n\), d’où exactement \(n\) solutions. Enfin, posons \(\omega = e^{2i\pi/n} \neq 1\). La somme vaut \(\sum_{k=0}^{n-1} \omega^k = \dfrac{1 – \omega^n}{1 – \omega} = 0\).
Géométriquement, on obtient \(n\) points équirépartis sur le cercle unité, à partir du point 1 : ils dessinent un polygone régulier. La nullité de leur somme traduit le fait que le centre de gravité de ce polygone est l’origine.
Pour \(n = 3\), on note traditionnellement \(j = e^{2i\pi/3} = -\frac12 + i\frac{\sqrt{3}}{2}\). Les racines cubiques de l’unité sont alors \(1\), \(j\) et \(j^2\). Plusieurs relations en découlent. D’abord, \(1 + j + j^2 = 0\), par le théorème. Ensuite, \(j^3 = 1\), donc \(j^2 = 1/j = \overline{j}\). Enfin, on obtient la factorisation \(X^3 – 1 = (X – 1)(X – j)(X – \overline{j})\). En regroupant les deux derniers facteurs, on retrouve \(X^3 – 1 = (X – 1)(X^2 + X + 1)\), car \(j + \overline{j} = -1\) et \(j\overline{j} = 1\). Par conséquent, \(j\) et \(\overline{j}\) sont exactement les racines de \(X^2 + X + 1\).
5.2 Racines n-ièmes d’un complexe non nul
Soit \(w = re^{i\alpha}\) avec \(r > 0\). L’équation \(z^n = w\) possède exactement \(n\) solutions :
\[ z_k = r^{1/n}\, e^{i\left(\frac{\alpha}{n} + \frac{2k\pi}{n}\right)}, \qquad k \in \{0, \dots, n-1\}. \]
Autrement dit, ce sont les produits de l’une d’entre elles par les racines \(n\)-ièmes de l’unité.
Cherchons les racines cubiques de \(w = -8i\). D’abord, \(w = 8e^{-i\pi/2}\). Les solutions de \(z^3 = w\) sont donc \(z_k = 2e^{i(-\pi/6 + 2k\pi/3)}\) pour \(k \in \{0, 1, 2\}\). Ensuite, on les écrit sous forme algébrique : \(z_0 = 2e^{-i\pi/6} = \sqrt{3} – i\), \(z_1 = 2e^{i\pi/2} = 2i\) et \(z_2 = 2e^{7i\pi/6} = -\sqrt{3} – i\). Vérification : \((2i)^3 = 8i^3 = -8i\). Par ailleurs, leur somme est nulle, comme prévu.
La figure place ces trois racines : elles forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle de rayon 2.

L’égalité \(a^n = b^n\) n’entraîne pas \(a = b\). Par exemple, \(i^4 = 1^4\) alors que \(i \neq 1\). On peut seulement conclure que \(a/b\) est une racine \(n\)-ième de l’unité, lorsque \(b \neq 0\).
6. Nombres complexes et géométrie du plan
Identifier le plan à \(\mathbb{C}\) permet de traduire des transformations géométriques par des formules très courtes. Nous étudions les applications \(f : z \mapsto az + b\), avec \(a\) non nul.
6.1 Translations, homothéties, rotations
Soit \(b \in \mathbb{C}\), \(\omega \in \mathbb{C}\), \(k \in \mathbb{R}^*\) et \(\theta \in \mathbb{R}\).
- La translation de vecteur d’affixe \(b\) s’écrit \(z \mapsto z + b\).
- L’homothétie de centre \(\omega\) et de rapport \(k\) s’écrit \(z \mapsto \omega + k(z – \omega)\).
- La rotation de centre \(\omega\) et d’angle \(\theta\) s’écrit \(z \mapsto \omega + e^{i\theta}(z – \omega)\).
6.2 Lire la nature de z ↦ az + b
Soit \(f(z) = az + b\) avec \(a \neq 0\).
- Si \(a = 1\), \(f\) est la translation de vecteur \(b\).
- Si \(a \neq 1\), \(f\) possède un unique point fixe \(\omega = \dfrac{b}{1 – a}\), et \(f(z) – \omega = a(z – \omega)\) pour tout \(z\).
- Dans ce second cas, si \(a\) est un réel, \(f\) est l’homothétie de centre \(\omega\) et de rapport \(a\). Si \(|a| = 1\), c’est la rotation de centre \(\omega\) et d’angle \(\arg a\).
Si \(a \neq 1\), l’équation \(a\omega + b = \omega\) a pour unique solution \(\omega = b/(1 – a)\). Ensuite, on soustrait membre à membre \(f(z) = az + b\) et \(\omega = a\omega + b\). On obtient \(f(z) – \omega = a(z – \omega)\). Les deux derniers cas se lisent alors sur les définitions.
Lorsque \(a = \rho e^{i\theta}\) avec \(\rho > 0\) quelconque, l’égalité \(f(z) – \omega = \rho e^{i\theta}(z – \omega)\) se lit en deux temps. D’abord, on fait tourner \(z\) d’un angle \(\theta\) autour de \(\omega\). Ensuite, on dilate le résultat d’un facteur \(\rho\) depuis ce même point. L’ordre de ces deux opérations n’a d’ailleurs aucune importance.
6.3 Un exemple complet
Étudions \(f(z) = (1 + i)z + 2 – i\). Ici \(a = 1 + i = \sqrt{2}\,e^{i\pi/4}\), qui est différent de 1. Le point fixe vérifie \(\omega(1 – (1+i)) = 2 – i\), soit \(-i\omega = 2 – i\). Donc \(\omega = \dfrac{2 – i}{-i} = (2 – i)\,i = 1 + 2i\). Vérifions : \((1 + i)(1 + 2i) + 2 – i = (-1 + 3i) + 2 – i = 1 + 2i\). Ainsi, \(f\) tourne chaque point de \(\pi/4\) autour de \(1 + 2i\), puis multiplie sa distance à ce centre par \(\sqrt{2}\).
La figure montre un triangle et son image par cette transformation. Les deux triangles sont semblables, et le second est plus grand d’un facteur \(\sqrt{2}\).

6.4 Alignement et orthogonalité
Soit \(A\), \(B\), \(C\) trois points distincts d’affixes \(a\), \(b\), \(c\). Un argument de \(\dfrac{c – a}{b – a}\) est une mesure de l’angle orienté entre les vecteurs \(\overrightarrow{AB}\) et \(\overrightarrow{AC}\). Ainsi, les points sont alignés si et seulement si ce quotient est réel. De plus, les droites \((AB)\) et \((AC)\) sont perpendiculaires si et seulement s’il est imaginaire pur.
Ce critère transforme donc une question de géométrie en un simple calcul de quotient. Par exemple, avec \(a = 1\), \(b = 3 + i\) et \(c = 2i\), on trouve \(\frac{c – a}{b – a} = \frac{-1 + 2i}{2 + i} = \frac{(-1 + 2i)(2 – i)}{5} = i\). Le triangle \(ABC\) est donc rectangle et isocèle en \(A\), puisque le quotient est de module 1.
Les erreurs fréquentes
- Déterminer un argument par la seule tangente, sans contrôler le quadrant.
- Écrire \(\sqrt{z}\) pour un complexe non réel positif, ou parler de « la » racine carrée d’un complexe.
- Oublier qu’un argument n’est défini qu’à \(2\pi\) près, puis conclure à tort que deux complexes sont différents.
- Croire que \(a^n = b^n\) implique \(a = b\), ou n’écrire qu’une seule racine \(n\)-ième sur les \(n\).
- Confondre \(|z|^2\) et \(z^2\), ou le conjugué d’une somme avec une somme de modules.
Fiche mémo
- \(z\overline{z} = |z|^2\) ; le module est multiplicatif mais pas additif.
- Inégalité triangulaire : \(|z + w| \leqslant |z| + |w|\), égalité si et seulement si les vecteurs sont de même sens.
- \(e^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta\) et \(e^{ia}e^{ib} = e^{i(a+b)}\).
- Forme exponentielle \(z = re^{i\theta}\), argument défini modulo \(2\pi\).
- Moivre : \((e^{i\theta})^n = e^{in\theta}\) ; Euler : \(\cos\theta = (e^{i\theta} + e^{-i\theta})/2\).
- Angle moitié : \(1 + e^{i\theta} = 2\cos(\theta/2)\,e^{i\theta/2}\).
- Racines carrées : système \(a^2 – b^2 = u\), \(2ab = v\), \(a^2 + b^2 = |w|\).
- Racines \(n\)-ièmes de \(re^{i\alpha}\) : \(r^{1/n}e^{i(\alpha + 2k\pi)/n}\), \(k = 0, \dots, n-1\).
- \(z \mapsto az + b\) avec \(a \neq 1\) : point fixe \(b/(1 – a)\), rotation si \(|a| = 1\), homothétie si \(a\) réel.
Questions fréquentes
Faut-il connaître par cœur les formules de trigonométrie en L1 ?
Retenez cos(a+b), sin(a+b) et cos² + sin² = 1. Les autres formules se retrouvent en quelques lignes grâce aux formules d’Euler, et c’est la méthode attendue en partiel.
Pourquoi l'argument d'un nombre complexe n'est-il pas unique ?
Deux angles qui diffèrent d’un multiple de 2π donnent le même point du cercle unité. On parle donc d’un argument, défini modulo 2π ; l’argument principal est celui de ]−π, π].
Peut-on écrire la racine carrée d'un nombre complexe ?
Non, le symbole racine est réservé aux réels positifs. Pour un complexe non nul, l’équation δ² = w a deux solutions de signes contraires, et rien ne permet d’en préférer une. Écrire √(−4) = 2i conduit d’ailleurs à des contradictions classiques, comme −1 = 1.
Quelle est la différence entre linéariser et factoriser ?
Linéariser transforme un produit de puissances de cos et sin en somme de cos(kx) et sin(kx), pour intégrer facilement. Factoriser fait l’inverse, par exemple pour étudier un signe.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de L1 de maths sur complexes et forme exponentielle
- Bases utiles : Connecteurs, quantificateurs et types de démonstration
- Chapitre d’avant : Récurrence, symboles Σ et coefficients binomiaux
- Chapitre d’après : Inégalités, borne supérieure et propriété d'Archimède
- Vérifier ses acquis : QCM de L1 de maths sur complexes et forme exponentielle
- Contrôle corrigé en temps limité : Forme exponentielle et linéarisation : contrôle de maths en L1
- Le même thème en maths sup (MPSI) : Complexes : module, argument et racines n-ièmes
- Tous les chapitres : le sommaire de la L1 de maths
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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![Multiplicités et factorisation dans R[X]](https://maths-pdf.fr/wp-content/uploads/2026/10/postbac-24702-300x169.jpg)









