Module, argument et racines n-ièmes en maths sup (MPSI) : cours et méthodes
Ce chapitre réunit tout le calcul pratique sur les nombres complexes : forme algébrique, conjugué, inégalité triangulaire, puis forme trigonométrique et exponentielle \(e^{it}\). Il arrive tôt dans l’année, juste après les rappels de trigonométrie. C’est pourquoi il sert d’outil dans presque tous les chapitres suivants, des équations différentielles aux polynômes.
Nous insistons sur quatre réflexes de colle : la technique de l’angle moitié, la linéarisation, le calcul des racines n-ièmes et la traduction d’une question de géométrie en calcul complexe. Chaque méthode est illustrée par un exemple guidé et suivie du piège classique qui coûte des points. Ce cours de module argument MPSI se termine par l’exponentielle complexe, les similitudes directes, une liste d’erreurs fréquentes et une fiche mémo à relire avant chaque interrogation.
Ce que vous saurez faire
- Passer sans hésiter de la forme algébrique à la forme trigonométrique, et inversement.
- Factoriser par l’angle moitié pour obtenir le module et un argument de \(e^{ia}\pm e^{ib}\).
- Linéariser une puissance de cosinus ou de sinus, puis calculer des sommes trigonométriques.
- Calculer les racines carrées et les racines n-ièmes d’un nombre complexe.
- Résoudre une équation du second degré à coefficients complexes.
- Résoudre l’équation \(e^{z}=a\) et décrire toutes ses solutions.
- Traduire un alignement, une orthogonalité ou une similitude en calcul complexe.
1. Forme algébrique, conjugué et module
Tout nombre complexe s’écrit de façon unique \(z=x+iy\) avec \(x\) et \(y\) réels. On note \(x=\mathrm{Re}(z)\) et \(y=\mathrm{Im}(z)\). Ainsi, l’ensemble \(\mathbb{C}\) s’identifie au plan muni d’un repère orthonormé : le point \(M(x,y)\) a pour affixe \(z\).
1.1 Conjugué et module
Le conjugué de \(z=x+iy\) est \(\overline{z}=x-iy\). Le module de \(z\) est le réel positif \(|z|=\sqrt{x^2+y^2}\). Géométriquement, \(|z|\) est la distance de l’origine \(O\) au point d’affixe \(z\), et \(|b-a|\) est la distance entre les points d’affixes \(a\) et \(b\).
Le conjugué et le module se manipulent avec quelques règles très simples. D’abord, la conjugaison respecte la somme et le produit. Ensuite, le module se calcule sans racine grâce au conjugué.
Pour tous complexes \(z\) et \(w\) :
- \(\overline{z+w}=\overline{z}+\overline{w}\), \(\overline{zw}=\overline{z}\,\overline{w}\) et \(z+\overline{z}=2\,\mathrm{Re}(z)\) ;
- \(z\overline{z}=|z|^2\), donc \(\dfrac{1}{z}=\dfrac{\overline{z}}{|z|^2}\) si \(z\neq 0\) ;
- \(|zw|=|z|\,|w|\) et \(|\mathrm{Re}(z)|\leqslant |z|\).
La relation \(z\overline{z}=|z|^2\) sert partout. Par exemple, elle permet de mettre un quotient sous forme algébrique : on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur.
Nous écrivons \(q=\dfrac{7-4i}{2+3i}\) sous forme algébrique. On multiplie en haut et en bas par \(2-3i\). Le dénominateur devient \(2^2+3^2=13\). Le numérateur vaut \((7-4i)(2-3i)=14-21i-8i+12i^2=2-29i\). Par conséquent, \(q=\dfrac{2}{13}-\dfrac{29}{13}\,i\).
De plus, on obtient le module sans calcul supplémentaire : \(|q|=\dfrac{|7-4i|}{|2+3i|}=\dfrac{\sqrt{65}}{\sqrt{13}}=\sqrt{5}\).
Remarque :
Un complexe \(z\) est réel si et seulement si \(\overline{z}=z\). De même, il est imaginaire pur si et seulement si \(\overline{z}=-z\). Ce critère évite souvent de calculer la forme algébrique.
1.2 Inégalité triangulaire et cas d’égalité
Pour tous complexes \(z\) et \(w\), on a \(\big||z|-|w|\big|\leqslant |z+w|\leqslant |z|+|w|\). De plus, si \(w\neq 0\), l’égalité \(|z+w|=|z|+|w|\) a lieu si et seulement s’il existe un réel \(\lambda\geqslant 0\) tel que \(z=\lambda w\).
Les deux membres sont positifs, donc nous comparons leurs carrés. D’une part, \(|z+w|^2=(z+w)(\overline{z}+\overline{w})=|z|^2+|w|^2+2\,\mathrm{Re}(z\overline{w})\). D’autre part, \((|z|+|w|)^2=|z|^2+|w|^2+2|z\overline{w}|\). Or \(\mathrm{Re}(z\overline{w})\leqslant|z\overline{w}|\), d’où l’inégalité.
Ensuite, l’égalité équivaut à \(\mathrm{Re}(z\overline{w})=|z\overline{w}|\), c’est-à-dire \(z\overline{w}\in\mathbb{R}_+\). On pose alors \(\lambda=z\overline{w}/|w|^2\geqslant 0\) et l’on obtient \(z=\lambda w\). La réciproque est immédiate. Enfin, l’inégalité de gauche s’obtient en appliquant la précédente à \(z=(z+w)+(-w)\).
Autrement dit, l’égalité signifie que les points d’affixes \(z\) et \(w\) sont sur une même demi-droite issue de l’origine. La figure ci-dessous illustre ce lien entre somme de complexes et somme de vecteurs.

Piège à éviter :
Le cas d’égalité ne dit pas « \(z\) et \(w\) colinéaires ». En effet, avec \(z=3\) et \(w=-1\), les vecteurs sont colinéaires, mais \(|z+w|=2\) alors que \(|z|+|w|=4\). Il faut la même direction et le même sens.
2. Le groupe U et l’exponentielle e^{it} en trigonométrie
Les complexes de module 1 forment le cercle trigonométrique. Nous les décrivons à l’aide d’une seule fonction, l’exponentielle imaginaire. Ensuite, cette écriture transforme les calculs de trigonométrie en calculs algébriques.
2.1 Définitions, formules d’Euler et de Moivre
On note \(\mathbb{U}=\{z\in\mathbb{C}\ :\ |z|=1\}\). Pour tout réel \(t\), on pose \(e^{it}=\cos t+i\sin t\). L’application \(t\mapsto e^{it}\) va de \(\mathbb{R}\) dans \(\mathbb{U}\), elle est surjective et vérifie \(e^{i(s+t)}=e^{is}e^{it}\).
Muni de la multiplication, \(\mathbb{U}\) est un groupe. En effet, le produit de deux complexes de module 1 est de module 1, et l’inverse de \(u\in\mathbb{U}\) est \(\overline{u}\). De plus, \(e^{is}=e^{it}\) si et seulement si \(s-t\in 2\pi\mathbb{Z}\).
Pour tout réel \(t\) et tout entier \(n\in\mathbb{Z}\) :
- formules d’Euler : \(\cos t=\dfrac{e^{it}+e^{-it}}{2}\) et \(\sin t=\dfrac{e^{it}-e^{-it}}{2i}\) ;
- formule de Moivre : \((\cos t+i\sin t)^n=\cos(nt)+i\sin(nt)\).
Les formules d’Euler servent à linéariser. À l’inverse, la formule de Moivre sert à délinéariser : elle exprime \(\cos(nt)\) ou \(\sin(nt)\) à l’aide de puissances de \(\cos t\) et \(\sin t\).
Nous exprimons \(\dfrac{\sin(4t)}{\sin t}\) en fonction de \(c=\cos t\), pour \(t\notin\pi\mathbb{Z}\). On note \(s=\sin t\). D’après Moivre et la formule du binôme, \(\sin(4t)\) est la partie imaginaire de \((c+is)^4\), soit \(4c^3s-4cs^3\).
On divise par \(s\) et l’on remplace \(s^2\) par \(1-c^2\). Finalement, \(\dfrac{\sin(4t)}{\sin t}=4c^3-4c(1-c^2)=8c^3-4c\).
2.2 La technique de l’angle moitié
Une somme \(e^{ia}+e^{ib}\) n’a pas de forme trigonométrique évidente. Cependant, une factorisation astucieuse la fait apparaître immédiatement.
- Factoriser par l’exponentielle de l’angle moyen : \(e^{ia}+e^{ib}=e^{i\frac{a+b}{2}}\left(e^{i\frac{a-b}{2}}+e^{-i\frac{a-b}{2}}\right)\).
- Reconnaître une formule d’Euler : la parenthèse vaut \(2\cos\frac{a-b}{2}\). Pour une différence, on obtient \(2i\sin\frac{a-b}{2}\).
- Étudier le signe du facteur réel avant de conclure sur le module et l’argument.
Soit \(w=e^{i\pi/9}+e^{4i\pi/9}\). L’angle moyen vaut \(\frac{5\pi}{18}\) et la demi-différence vaut \(\frac{3\pi}{18}=\frac{\pi}{6}\). Ainsi \(w=e^{5i\pi/18}\cdot 2\cos\frac{\pi}{6}=\sqrt{3}\,e^{5i\pi/18}\).
Le facteur \(\sqrt{3}\) est positif. Par conséquent, \(|w|=\sqrt{3}\) et \(\frac{5\pi}{18}\) est un argument de \(w\).
Le cas \(1+e^{it}\) est le plus fréquent : il vaut \(2\cos\frac{t}{2}\,e^{it/2}\). La figure montre que \(1+e^{it}\) est la diagonale d’un losange, donc qu’elle coupe l’angle en deux.

Piège à éviter :
Le facteur \(2\cos\frac{t}{2}\) peut être négatif. Par exemple, pour \(t\in\,]\pi,3\pi[\), on a \(\cos\frac{t}{2}<0\). Dans ce cas, le module vaut \(-2\cos\frac{t}{2}\) et un argument est \(\frac{t}{2}+\pi\). Oublier ce signe est l’erreur la plus fréquente en colle.
2.3 Linéarisation et sommes trigonométriques
Linéariser, c’est écrire un produit de puissances de \(\cos t\) et \(\sin t\) comme combinaison de \(\cos(kt)\) et \(\sin(kt)\). Cette forme est indispensable pour calculer une primitive.
- Remplacer chaque \(\cos t\) et chaque \(\sin t\) par sa formule d’Euler.
- Développer, si possible en regroupant d’abord des facteurs \((e^{it}+e^{-it})(e^{it}-e^{-it})=e^{2it}-e^{-2it}\).
- Regrouper les termes conjugués \(e^{ikt}\) et \(e^{-ikt}\) pour faire apparaître \(2\cos(kt)\) ou \(2i\sin(kt)\).
Nous linéarisons \(f(t)=\cos^3t\,\sin^2t\). On a \(f(t)=\dfrac{(e^{it}+e^{-it})^3(e^{it}-e^{-it})^2}{8\times(2i)^2}=-\dfrac{1}{32}(e^{it}+e^{-it})(e^{2it}-e^{-2it})^2\).
Or \((e^{2it}-e^{-2it})^2=e^{4it}-2+e^{-4it}\). En développant, on trouve \(2\cos(5t)+2\cos(3t)-4\cos t\) dans le produit. Donc \(f(t)=\dfrac{2\cos t-\cos(3t)-\cos(5t)}{16}\). En \(t=0\), les deux membres sont bien nuls.
Les sommes de cosinus se traitent de la même manière. On reconnaît la partie réelle d’une somme géométrique, puis on applique l’angle moitié au numérateur et au dénominateur.
Pour \(t\notin 2\pi\mathbb{Z}\) et \(n\in\mathbb{N}\), on a \[\sum_{k=0}^{n}e^{ikt}=\frac{e^{i(n+1)t}-1}{e^{it}-1}=e^{int/2}\,\frac{\sin\frac{(n+1)t}{2}}{\sin\frac{t}{2}}.\] En prenant les parties réelle et imaginaire, on obtient \(\sum_{k=0}^{n}\cos(kt)\) et \(\sum_{k=0}^{n}\sin(kt)\).
Remarque :
Pour \(t\in 2\pi\mathbb{Z}\), la raison vaut 1 et la somme vaut simplement \(n+1\). Il faut donc toujours séparer ce cas. De même, une somme \(\sum\binom{n}{k}\cos(kt)\) est la partie réelle de \((1+e^{it})^n\), que l’angle moitié rend égale à \(2^n\cos^n\frac{t}{2}\,e^{int/2}\).
3. Forme trigonométrique, argument et équations du second degré
3.1 Argument d’un complexe non nul
Tout complexe \(z\neq 0\) s’écrit \(z=r\,e^{i\theta}\) avec \(r=|z|>0\) et \(\theta\) réel. Un tel \(\theta\) s’appelle un argument de \(z\). Il est défini modulo \(2\pi\) : on écrit \(\arg z\equiv\theta\ [2\pi]\).
L’argument transforme les produits en sommes. En effet, si \(z=re^{i\theta}\) et \(w=\rho e^{i\varphi}\), alors \(zw=r\rho\,e^{i(\theta+\varphi)}\). On en déduit \(\arg(zw)\equiv\arg z+\arg w\) et \(\arg(z/w)\equiv\arg z-\arg w\) modulo \(2\pi\).
Pour trouver un argument de \(z=x+iy\), on calcule d’abord \(r\). Ensuite, on cherche \(\theta\) tel que \(\cos\theta=x/r\) et \(\sin\theta=y/r\). Les deux conditions sont nécessaires : la tangente seule ne distingue pas \(\theta\) de \(\theta+\pi\).

Piège à éviter :
Pour \(z=-2-2i\), écrire \(\theta=\arctan\frac{-2}{-2}=\frac{\pi}{4}\) est faux. Le point est dans le troisième quadrant, donc un argument est \(-\frac{3\pi}{4}\). La formule \(\theta=\arctan(y/x)\) n’est valable que pour \(x>0\).
3.2 Racines carrées et équation du second degré
Un complexe \(u\neq 0\) admet deux racines carrées, et elles sont opposées l’une de l’autre. Sous forme trigonométrique, les racines carrées de \(re^{i\theta}\) sont \(\pm\sqrt{r}\,e^{i\theta/2}\). Cependant, l’angle \(\theta\) est souvent inconnu. On travaille alors sous forme algébrique.
Pour trouver les \(\delta=a+ib\) tels que \(\delta^2=u+iv\) :
- Identifier parties réelles et imaginaires : \(a^2-b^2=u\) et \(2ab=v\).
- Ajouter l’égalité des modules : \(a^2+b^2=\sqrt{u^2+v^2}\).
- En déduire \(a^2\) et \(b^2\), puis choisir les signes grâce au signe de \(ab\).
Nous cherchons les racines carrées de \(-21-20i\). On a \(a^2-b^2=-21\), \(2ab=-20\) et \(a^2+b^2=\sqrt{441+400}=29\). Donc \(a^2=4\) et \(b^2=25\). Comme \(ab=-10<0\), \(a\) et \(b\) sont de signes contraires. Ainsi, les racines carrées sont \(2-5i\) et \(-2+5i\).
Soit \(a,b,c\) complexes avec \(a\neq 0\), et \(\Delta=b^2-4ac\). Si \(\delta\) est une racine carrée de \(\Delta\), les solutions de \(az^2+bz+c=0\) sont \(\dfrac{-b\pm\delta}{2a}\). Leur somme vaut \(-b/a\) et leur produit vaut \(c/a\).
Résolvons \(z^2-(3+i)z+4+3i=0\). Le discriminant vaut \((3+i)^2-4(4+3i)=8+6i-16-12i=-8-6i\). Or \((1-3i)^2=1-6i-9=-8-6i\). Les solutions sont donc \(\dfrac{3+i+1-3i}{2}=2-i\) et \(\dfrac{3+i-1+3i}{2}=1+2i\).
Vérification rapide par les relations coefficients-racines : la somme vaut \(3+i\) et le produit \((2-i)(1+2i)=4+3i\).
Remarque :
Avec des coefficients complexes, le signe de \(\Delta\) n’a aucun sens. On ne parle jamais de « \(\Delta<0\) » : on cherche simplement une racine carrée de \(\Delta\).
4. Racines n-ièmes de l’unité et d’un complexe
Dans toute cette partie, \(n\) désigne un entier supérieur ou égal à 2. Nous cherchons les solutions de \(z^n=a\). D’abord pour \(a=1\), puis pour un complexe \(a\) quelconque non nul.
4.1 Le groupe U_n
L’ensemble \(\mathbb{U}_n=\{z\in\mathbb{C}\ :\ z^n=1\}\) contient exactement \(n\) éléments : \[\mathbb{U}_n=\left\{e^{2ik\pi/n}\ :\ k\in\{0,1,\dots,n-1\}\right\}.\] C’est un sous-groupe de \(\mathbb{U}\). En notant \(\omega=e^{2i\pi/n}\), on a \(\mathbb{U}_n=\{1,\omega,\omega^2,\dots,\omega^{n-1}\}\).
Si \(z^n=1\), alors \(|z|^n=1\), donc \(|z|=1\) et \(z=e^{i\theta}\). L’équation devient \(e^{in\theta}=1\), c’est-à-dire \(n\theta\in 2\pi\mathbb{Z}\). Ainsi \(\theta=2k\pi/n\) avec \(k\in\mathbb{Z}\). Ensuite, \(e^{2ik\pi/n}=e^{2i\ell\pi/n}\) si et seulement si \(k-\ell\) est multiple de \(n\). Par conséquent, on obtient \(n\) valeurs distinctes en prenant \(k\) de 0 à \(n-1\).
Pour \(n\geqslant 2\), la somme des racines n-ièmes de l’unité est nulle : \(\sum_{k=0}^{n-1}\omega^k=\dfrac{\omega^n-1}{\omega-1}=0\), car \(\omega\neq 1\). Plus généralement, \(\sum_{k=0}^{n-1}\omega^{pk}\) vaut \(n\) si \(n\) divise \(p\) et 0 sinon.
Géométriquement, les \(n\) points images de \(\mathbb{U}_n\) se répartissent à intervalles d’angle égaux sur le cercle trigonométrique : ils dessinent un polygone régulier. Le sommet 1 en fait toujours partie. La nullité de la somme traduit le fait que l’isobarycentre de ces sommets est l’origine.
4.2 Racines n-ièmes d’un complexe non nul
Soit \(a=re^{i\theta}\) avec \(r>0\). L’équation \(z^n=a\) possède exactement \(n\) solutions : \[z_k=r^{1/n}\,e^{i\left(\frac{\theta}{n}+\frac{2k\pi}{n}\right)},\quad k\in\{0,\dots,n-1\}.\] Autrement dit, si \(z_0\) est une solution particulière, les solutions sont les \(z_0\,u\) avec \(u\in\mathbb{U}_n\).
- Écrire \(a\) sous forme trigonométrique \(re^{i\theta}\).
- Poser \(z=\rho e^{i\varphi}\) et identifier : \(\rho^n=r\) et \(n\varphi\equiv\theta\ [2\pi]\).
- Conclure \(\rho=r^{1/n}\) et \(\varphi=\frac{\theta}{n}+\frac{2k\pi}{n}\), en gardant exactement \(n\) valeurs de \(k\).
Nous cherchons les racines quatrièmes de \(a=-8+8\sqrt{3}\,i\). D’abord, \(|a|=\sqrt{64+192}=16\) et \(a=16\left(-\frac{1}{2}+\frac{\sqrt{3}}{2}i\right)=16\,e^{2i\pi/3}\). Ensuite, une solution particulière est \(z_0=2e^{i\pi/6}=\sqrt{3}+i\).
Enfin, on multiplie par les éléments de \(\mathbb{U}_4=\{1,i,-1,-i\}\). Les quatre solutions sont donc \(\sqrt{3}+i\), \(-1+i\sqrt{3}\), \(-\sqrt{3}-i\) et \(1-i\sqrt{3}\).
Ces quatre points forment un carré centré à l’origine, inscrit dans le cercle de rayon 2. La figure le montre.

Piège à éviter :
La notation \(\sqrt[n]{a}\) n’a pas de sens pour un complexe \(a\) non réel positif. En effet, aucune des \(n\) racines n’est privilégiée. On écrit donc toujours la liste complète des solutions.
4.3 Exploiter les racines de l’unité dans un calcul
Les racines n-ièmes de l’unité apparaissent souvent sans être annoncées. Par exemple, une somme du type \(\sum_{k}\cos\frac{2k\pi}{n}\) est la partie réelle d’une somme d’éléments de \(\mathbb{U}_n\). De même, une équation \(P(z)^n=Q(z)^n\) se ramène à \(\frac{P(z)}{Q(z)}\in\mathbb{U}_n\), après avoir écarté les zéros de \(Q\).
Pour \(\omega\in\mathbb{U}_n\), on a \(\overline{\omega}=\omega^{-1}=\omega^{n-1}\). Ainsi, conjuguer une racine de l’unité revient à changer l’exposant. Cette remarque simplifie beaucoup de calculs de modules : par exemple, \(|1+\omega|^2=(1+\omega)(1+\omega^{n-1})=2+\omega+\omega^{n-1}\).
Nous calculons \(\cos\frac{2\pi}{5}+\cos\frac{4\pi}{5}\). Notons \(\omega=e^{2i\pi/5}\). D’abord, la somme \(1+\omega+\omega^2+\omega^3+\omega^4\) est nulle. Ensuite, \(\omega^4=\overline{\omega}\) et \(\omega^3=\overline{\omega^2}\). En prenant la partie réelle, on obtient \(1+2\cos\frac{2\pi}{5}+2\cos\frac{4\pi}{5}=0\). Par conséquent, la somme cherchée vaut \(-\frac{1}{2}\).
Remarque :
Le produit de deux racines n-ièmes de l’unité est encore une racine n-ième de l’unité. En revanche, la somme de deux éléments de \(\mathbb{U}_n\) n’appartient presque jamais à \(\mathbb{U}_n\) : par exemple, \(1+1=2\) n’est pas de module 1. On retient donc que \(\mathbb{U}_n\) est stable par produit et par inverse, mais pas par somme.
5. Exponentielle complexe
Pour \(z=x+iy\), on pose \(e^{z}=e^{x}e^{iy}\). Ainsi \(|e^{z}|=e^{\mathrm{Re}(z)}\) et \(\mathrm{Im}(z)\) est un argument de \(e^{z}\). De plus, \(e^{z+w}=e^{z}e^{w}\) pour tous complexes \(z\) et \(w\).
L’exponentielle complexe ne s’annule jamais, car son module est strictement positif. En revanche, elle n’est pas injective : \(e^{z}=e^{w}\) si et seulement si \(z-w\in 2i\pi\mathbb{Z}\).
Fixons \(a=re^{i\theta}\) avec \(r>0\). Un complexe \(z\) vérifie \(e^{z}=a\) exactement lorsque \(z\) s’écrit \(\ln r+i(\theta+2k\pi)\) pour un entier relatif \(k\). En revanche, pour \(a=0\), l’ensemble des solutions est vide.
Résolvons \(e^{z}=-3+3i\). Le module vaut \(3\sqrt{2}\) et un argument est \(\frac{3\pi}{4}\). En posant \(z=x+iy\), on obtient \(e^{x}=3\sqrt{2}\) et \(y\equiv\frac{3\pi}{4}\ [2\pi]\). Donc les solutions sont \(z_k=\ln(3\sqrt{2})+i\left(\frac{3\pi}{4}+2k\pi\right)\), \(k\in\mathbb{Z}\). Il y en a une infinité, alignées sur une droite verticale.
Piège à éviter :
Il ne faut pas « simplifier » une égalité \(e^{z}=e^{w}\) en \(z=w\). En effet, \(e^{0}=e^{2i\pi}=1\), alors que \(0\neq 2i\pi\). De même, l’écriture \(\ln a\) n’a pas de sens pour un complexe \(a\) quelconque dans ce chapitre. On revient donc toujours au module et à l’argument.
Enfin, notons une conséquence utile : pour \(z=x+iy\), on a \(|e^{iz}|=e^{-y}\). Ainsi, \(|e^{iz}|\) est petit lorsque \(z\) est loin au-dessus de l’axe réel, et grand lorsqu’il est loin en dessous. Par exemple, pour \(z=1-2i\), on trouve \(|e^{iz}|=e^{2}\).
6. Traduire la géométrie en calcul complexe
Le module mesure des distances et l’argument mesure des angles orientés. Par conséquent, beaucoup de questions de géométrie plane se ramènent à étudier un quotient de différences d’affixes.
6.1 Alignement et orthogonalité
Soit \(A\), \(B\), \(C\) d’affixes \(a\), \(b\), \(c\), avec \(A\neq B\) et \(A\neq C\). Un argument de \(\dfrac{c-a}{b-a}\) est une mesure de l’angle orienté \((\overrightarrow{AB},\overrightarrow{AC})\). On en déduit :
- \(A\), \(B\), \(C\) sont alignés si et seulement si \(\dfrac{c-a}{b-a}\) est réel ;
- \((AB)\) et \((AC)\) sont perpendiculaires si et seulement si \(\dfrac{c-a}{b-a}\) est imaginaire pur.
Soit \(A(1+i)\), \(B(4+3i)\) et \(C(-1+4i)\). On calcule \(\dfrac{c-a}{b-a}=\dfrac{-2+3i}{3+2i}\). Or \(i(3+2i)=-2+3i\), donc ce quotient vaut \(i\). Ainsi, le triangle \(ABC\) est rectangle en \(A\). De plus, son module vaut 1, donc \(AB=AC\) : le triangle est rectangle isocèle.
Remarque :
Pour tester l’alignement sans diviser, on peut aussi vérifier que \((c-a)\overline{(b-a)}\) est réel. Cette version reste valable même si \(A=B\).
6.2 Similitudes directes
Une similitude directe est une application du plan dont l’écriture complexe est \(z\mapsto az+b\), avec \(a\in\mathbb{C}^*\) et \(b\in\mathbb{C}\). Les translations (\(a=1\)), les rotations (\(|a|=1\)) et les homothéties (\(a\) réel) en sont des cas particuliers.
Soit \(f:z\mapsto az+b\) avec \(a\neq 1\). Alors \(f\) possède un unique point fixe \(\Omega\), d’affixe \(\omega=\dfrac{b}{1-a}\), et \(f(z)-\omega=a(z-\omega)\) pour tout \(z\). Ainsi \(f\) est la composée de la rotation de centre \(\Omega\) d’angle \(\arg a\) et de l’homothétie de centre \(\Omega\) de rapport \(|a|\).
L’équation \(az+b=z\) équivaut à \(z(1-a)=b\). Comme \(a\neq 1\), elle a l’unique solution \(\omega=b/(1-a)\). Ensuite, on soustrait \(\omega=a\omega+b\) à \(f(z)=az+b\). On obtient \(f(z)-\omega=a(z-\omega)\). Enfin, en écrivant \(a=|a|e^{i\alpha}\), la multiplication par \(a\) tourne de \(\alpha\) et dilate d’un facteur \(|a|\) autour de \(\Omega\).
Considérons \(f(z)=(1+i)z+2-i\). Le point fixe vérifie \(\omega(1-1-i)=2-i\), donc \(\omega=\dfrac{2-i}{-i}=1+2i\). Par ailleurs, \(1+i=\sqrt{2}\,e^{i\pi/4}\). Donc \(f\) est la similitude de centre \(\Omega(1+2i)\), de rapport \(\sqrt{2}\) et d’angle \(\frac{\pi}{4}\).
La figure montre un triangle et son image : les longueurs sont multipliées par \(\sqrt{2}\) et la figure tourne d’un huitième de tour autour de \(\Omega\).

Une similitude directe conserve les angles orientés et multiplie les distances par \(|a|\). Réciproquement, pour deux couples de points distincts \((A,B)\) et \((A^{\prime},B^{\prime})\), il existe une unique similitude directe envoyant \(A\) sur \(A^{\prime}\) et \(B\) sur \(B^{\prime}\).
Les erreurs fréquentes
- Affirmer que \(2\cos\frac{t}{2}\) est le module de \(1+e^{it}\) sans étudier son signe.
- Calculer un argument par \(\arctan(y/x)\) alors que la partie réelle est négative.
- Écrire \(\sqrt{z}\) ou \(\sqrt[n]{a}\) pour un complexe quelconque, au lieu de lister toutes les racines.
- Oublier le cas \(t\in 2\pi\mathbb{Z}\) dans une somme géométrique de raison \(e^{it}\).
- Donner une seule solution à \(e^{z}=a\), en oubliant le terme \(2ik\pi\).
- Confondre « colinéaires » et « de même sens » dans le cas d’égalité de l’inégalité triangulaire.
Fiche mémo
- \(z\overline{z}=|z|^2\) ; \(z\) est réel si et seulement si \(\overline{z}=z\).
- \(|z+w|=|z|+|w|\) avec \(w\neq 0\) si et seulement si \(z=\lambda w\) avec \(\lambda\geqslant 0\).
- Euler : \(\cos t=\frac{e^{it}+e^{-it}}{2}\), \(\sin t=\frac{e^{it}-e^{-it}}{2i}\) ; Moivre : \((e^{it})^n=e^{int}\).
- Angle moitié : \(e^{ia}+e^{ib}=2\cos\frac{a-b}{2}\,e^{i\frac{a+b}{2}}\) et \(e^{ia}-e^{ib}=2i\sin\frac{a-b}{2}\,e^{i\frac{a+b}{2}}\).
- Racines carrées de \(u+iv\) : système \(a^2-b^2=u\), \(a^2+b^2=|u+iv|\), signe de \(2ab=v\).
- \(\mathbb{U}_n=\{e^{2ik\pi/n}\ :\ 0\leqslant k\leqslant n-1\}\) et la somme de ses éléments est nulle.
- Racines n-ièmes de \(re^{i\theta}\) : \(r^{1/n}e^{i(\theta+2k\pi)/n}\), exactement \(n\) valeurs.
- \(e^{z}=a\neq 0\) : \(z=\ln|a|+i(\arg a+2k\pi)\), \(k\in\mathbb{Z}\).
- Alignement : \(\frac{c-a}{b-a}\in\mathbb{R}\) ; orthogonalité : \(\frac{c-a}{b-a}\in i\mathbb{R}\).
- \(z\mapsto az+b\), \(a\neq 1\) : centre \(\frac{b}{1-a}\), rapport \(|a|\), angle \(\arg a\).
Questions fréquentes
Comment choisir entre forme algébrique et forme trigonométrique ?
La forme algébrique est adaptée aux sommes et aux identifications de parties réelles et imaginaires. La forme trigonométrique est adaptée aux produits, aux quotients et aux puissances. Pour les racines n-ièmes, on passe presque toujours par la forme trigonométrique, sauf pour les racines carrées d’un complexe dont l’argument n’est pas usuel.
Pourquoi le module de 1 + e^{it} n'est-il pas toujours 2cos(t/2) ?
La factorisation donne 1 + e^{it} = 2cos(t/2) e^{it/2}, mais le facteur 2cos(t/2) peut être négatif. Un module est toujours positif : lorsque cos(t/2) est négatif, le module vaut -2cos(t/2) et il faut ajouter π à l’argument. C’est l’un des pièges les plus fréquents en colle.
Peut-on écrire la racine carrée d'un nombre complexe ?
Non, le symbole racine carrée est réservé aux réels positifs. Un complexe non nul possède deux racines carrées opposées, et aucune n’est privilégiée. On écrit donc toujours les deux solutions, ou les n solutions pour une racine n-ième.
Combien de solutions possède l'équation exp(z) = a ?
Si a est nul, il n’y en a aucune, car l’exponentielle ne s’annule jamais. Si a est non nul, il y en a une infinité : les complexes ln|a| + i(θ + 2kπ), où θ est un argument de a et k un entier relatif. Elles sont alignées sur une droite verticale du plan complexe.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de maths sup (MPSI) sur module, argument et racines n-ièmes
- Bases utiles : Calculer avec Σ et Π : télescopage et binôme, Formules de trigonométrie et équations trigonométriques
- Chapitre d’avant : Formules de trigonométrie et équations trigonométriques
- Chapitre d’après : Étude de fonctions, fonctions réciproques et usuelles
- Vérifier ses acquis : QCM de maths sup (MPSI) sur module, argument et racines n-ièmes
- Contrôle corrigé en temps limité : Module, argument et similitudes : contrôle de maths en MPSI
- Le même thème en L1 de maths : Complexes : forme exponentielle, racines et géométrie
- Tous les chapitres : le sommaire de maths sup (MPSI)
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
Télécharger ou imprimer cette fiche «module, argument et racines n-ièmes en maths sup (MPSI) : cours et méthodes» au format PDF afin de pouvoir travailler en totale autonomie.
Ressources de maths en Maths sup (MPSI)
Cours
Tout voirCalcul de développements limités en maths sup (MPSI)
Convexité et inégalités classiques en maths sup (MPSI)
Dimension et formule de Grassmann en maths sup (MPSI)
Étude de fonctions et réciproques en maths sup (MPSI)
Variables aléatoires finies en maths sup (MPSI)
PGCD, Bézout et nombres premiers en maths sup (MPSI)
Exercices corrigés
Tout voirRolle et accroissements finis en maths sup (MPSI)
Projecteurs, symétries et hyperplans en maths sup (MPSI)
EDL du premier et du second ordre en maths sup (MPSI)
Convexité et inégalités classiques en maths sup (MPSI)
Calcul de développements limités en maths sup (MPSI)
PGCD, Bézout et nombres premiers en maths sup (MPSI)
Contrôles
Tout voirQCM
Tout voir

























