Récurrence et coefficients binomiaux en L1 de maths : cours et méthodes

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Ce chapitre installe deux outils que vous utiliserez tout au long de la licence : le raisonnement par récurrence et le calcul de sommes finies. Nous partons du bon ordre de N, qui justifie toutes les formes de récurrence, puis nous apprenons à manipuler les symboles somme et produit sans perdre un indice en route.

La seconde moitié du cours porte sur les coefficients binomiaux L1 : factorielle, formule de Pascal, binôme de Newton et identités qui en découlent. Chaque résultat est démontré, et chaque méthode est suivie d’un exemple rédigé comme sur une copie de partiel.

Ces techniques servent ensuite partout : suites récurrentes, polynômes, développements limités, dénombrement et probabilités finies. Prenez le temps de refaire les preuves vous-même, car c’est là que se joue la rigueur du premier semestre.

Ce que vous saurez faire

  • Justifier le principe de récurrence à partir du bon ordre de \(\mathbb{N}\).
  • Choisir entre récurrence simple, double et forte, puis la rédiger sans trou logique.
  • Manipuler les symboles \(\sum\) et \(\prod\), effectuer un changement d’indice et contrôler les bornes.
  • Calculer une somme ou un produit par télescopage et utiliser les sommes usuelles.
  • Démontrer une identité binomiale par la formule de Pascal ou par le binôme.
  • Développer une puissance et isoler un coefficient grâce au binôme de Newton.

1. L’ensemble N et le bon ordre

Tout le chapitre repose sur une propriété très simple des entiers naturels. On ne peut pas descendre indéfiniment dans \(\mathbb{N}\) : toute descente finit par s’arrêter. Nous en faisons un axiome, puis nous en tirons le principe de récurrence.

Théorème :

Propriété du bon ordre. Toute partie non vide de \(\mathbb{N}\) possède un plus petit élément. Toute partie non vide et majorée de \(\mathbb{N}\) possède un plus grand élément.

Cette propriété distingue \(\mathbb{N}\) des autres ensembles de nombres. En effet, l’ensemble \(\mathbb{Z}\) n’a pas de plus petit élément. De même, l’intervalle \(]0,1]\) de \(\mathbb{R}\) est minoré par \(0\) mais n’a pas de minimum.

Contre-exemple :

Considérons l’ensemble \(A=\left\{\frac{1}{n} : n\in\mathbb{N}^{*}\right\}\). Il est non vide et minoré par \(0\). Pourtant, aucun de ses éléments n’est le plus petit, car \(\frac{1}{n+1}<\frac{1}{n}\). Le bon ordre est donc une propriété propre aux entiers, et non à toute partie minorée de \(\mathbb{R}\).

1.1 Du bon ordre au principe de récurrence

Notons \(\mathcal{P}(n)\) une propriété qui dépend d’un entier \(n\). Le principe de récurrence affirme qu’il suffit de vérifier deux choses pour l’obtenir partout.

Théorème :

Soit \(n_0\in\mathbb{N}\). On suppose que \(\mathcal{P}(n_0)\) est vraie et que, pour tout \(n\geq n_0\), \(\mathcal{P}(n)\) implique \(\mathcal{P}(n+1)\). Alors \(\mathcal{P}(n)\) est vraie pour tout entier \(n\geq n_0\).

Preuve :

Raisonnons par l’absurde. Supposons que l’ensemble \(F\) des entiers \(n\geq n_0\) pour lesquels \(\mathcal{P}(n)\) est fausse soit non vide. Par le bon ordre, \(F\) admet un plus petit élément \(m\). D’abord, \(m\neq n_0\) puisque \(\mathcal{P}(n_0)\) est vraie. Ainsi \(m-1\geq n_0\), et \(m-1\notin F\) par minimalité de \(m\). Autrement dit, \(\mathcal{P}(m-1)\) est vraie. L’hérédité donne alors \(\mathcal{P}(m)\), ce qui contredit \(m\in F\). Par conséquent \(F\) est vide.

Remarque :

La preuve montre que bon ordre et récurrence sont deux visages d’une même idée. On rencontre aussi la « méthode de descente infinie » : on suppose un contre-exemple minimal, puis on en fabrique un plus petit. C’est exactement l’argument ci-dessus, lu à l’envers.

2. Les trois formes du raisonnement par récurrence

Le schéma ci-dessous résume ce que l’hérédité doit transmettre dans chaque cas. Dans une récurrence simple, chaque rang s’appuie sur le précédent. Dans une récurrence double, il s’appuie sur les deux précédents. Enfin, dans une récurrence forte, il peut s’appuyer sur tous les rangs antérieurs.

Schéma des récurrences simple, double et forte avec les rangs utilisés par l'hérédité

2.1 Récurrence simple

Comment faire :
  1. Énoncer clairement la propriété \(\mathcal{P}(n)\) et le rang de départ \(n_0\).
  2. Initialisation : vérifier \(\mathcal{P}(n_0)\) par un calcul explicite.
  3. Hérédité : fixer un entier \(n\geq n_0\), supposer \(\mathcal{P}(n)\) et en déduire \(\mathcal{P}(n+1)\).
  4. Conclure en citant le principe de récurrence.
Exemple guidé :

Montrons que, pour tout \(n\in\mathbb{N}\), l’entier \(11^{n}-4^{n}\) est divisible par \(7\). Notons \(\mathcal{P}(n)\) cette propriété.

Pour \(n=0\), on obtient \(1-1=0\), qui est divisible par \(7\). Fixons ensuite \(n\in\mathbb{N}\) et supposons \(11^{n}-4^{n}=7q\) avec \(q\in\mathbb{Z}\). Alors

\[11^{n+1}-4^{n+1}=11\left(11^{n}-4^{n}\right)+11\cdot 4^{n}-4\cdot 4^{n}=77q+7\cdot 4^{n}.\]

Le membre de droite vaut \(7\left(11q+4^{n}\right)\). Ainsi \(\mathcal{P}(n+1)\) est vraie. Par récurrence, la propriété est établie pour tout \(n\).

Piège à éviter :

L’hérédité seule ne prouve rien. Prenons \(\mathcal{Q}(n)\) : « \(10^{n}+1\) est divisible par \(9\) ». Si \(10^{n}+1=9q\), alors \(10^{n+1}+1=10\cdot 9q-9\), qui est bien multiple de \(9\). Pourtant \(\mathcal{Q}(0)\) est fausse, car \(2\) n’est pas multiple de \(9\). En fait, \(10^{n}+1\) laisse toujours le reste \(2\). Il ne faut donc jamais omettre l’initialisation.

Exemple guidé :

Le rang de départ n’est pas toujours \(0\). Montrons que \(2^{n}\geq n^{2}\) pour tout entier \(n\geq 4\). D’abord, pour \(n=4\), on a \(16\geq 16\). Notons que la propriété est fausse pour \(n=3\), puisque \(8<9\) : le choix \(n_0=4\) est donc imposé.

Ensuite, fixons \(n\geq 4\) et supposons \(2^{n}\geq n^{2}\). Alors \(2^{n+1}\geq 2n^{2}\). Il reste à comparer \(2n^{2}\) et \((n+1)^{2}\). Leur différence vaut \(n^{2}-2n-1=(n-1)^{2}-2\), qui est positive dès que \(n\geq 3\). Ainsi \(2^{n+1}\geq(n+1)^{2}\), et la récurrence est établie à partir du rang \(4\).

2.2 Récurrence double

Une suite définie par une relation du type \(u_{n+2}=a\,u_{n+1}+b\,u_{n}\) appelle naturellement une récurrence double. Ici, l’hypothèse porte sur deux rangs consécutifs.

Proposition :

Si \(\mathcal{P}(n_0)\) et \(\mathcal{P}(n_0+1)\) sont vraies, et si pour tout \(n\geq n_0\) la conjonction de \(\mathcal{P}(n)\) et \(\mathcal{P}(n+1)\) implique \(\mathcal{P}(n+2)\), alors \(\mathcal{P}(n)\) est vraie pour tout \(n\geq n_0\).

Pour le démontrer, on applique la récurrence simple à la propriété \(\mathcal{Q}(n)\) : « \(\mathcal{P}(n)\) et \(\mathcal{P}(n+1)\) ». Cette astuce ramène toute récurrence double à une récurrence simple.

Exemple guidé :

Soit \((u_n)\) définie par \(u_0=2\), \(u_1=5\) et \(u_{n+2}=5u_{n+1}-6u_n\). Montrons que \(u_n=2^{n}+3^{n}\) pour tout \(n\).

D’abord, \(2^{0}+3^{0}=2=u_0\) et \(2+3=5=u_1\) : les deux premiers rangs sont vérifiés. Ensuite, supposons la formule vraie aux rangs \(n\) et \(n+1\). On calcule

\[u_{n+2}=5\left(2^{n+1}+3^{n+1}\right)-6\left(2^{n}+3^{n}\right)=2^{n}(10-6)+3^{n}(15-6).\]

On trouve \(4\cdot 2^{n}+9\cdot 3^{n}=2^{n+2}+3^{n+2}\). Par récurrence double, la formule est vraie pour tout \(n\in\mathbb{N}\).

Piège à éviter :

Une récurrence double initialisée sur un seul rang est fausse. Le calcul de \(u_2\) utilise \(u_0\) et \(u_1\) : il faut donc avoir vérifié ces deux valeurs. Avec seulement \(u_0\), l’hérédité ne peut même pas démarrer.

2.3 Récurrence forte

Théorème :

Supposons \(\mathcal{P}(n_0)\) vraie et, pour tout \(n\geq n_0\), que la validité de \(\mathcal{P}(n_0),\mathcal{P}(n_0+1),\dots,\mathcal{P}(n)\) entraîne celle de \(\mathcal{P}(n+1)\). Alors \(\mathcal{P}(n)\) est vraie pour tout \(n\geq n_0\).

Preuve :

On applique la récurrence simple à \(\mathcal{R}(n)\) : « pour tout \(k\) entre \(n_0\) et \(n\), \(\mathcal{P}(k)\) est vraie ». D’abord, \(\mathcal{R}(n_0)\) coïncide avec \(\mathcal{P}(n_0)\). Ensuite, si \(\mathcal{R}(n)\) est vraie, l’hypothèse fournit \(\mathcal{P}(n+1)\), donc \(\mathcal{R}(n+1)\). Ainsi \(\mathcal{R}(n)\) est vraie pour tout \(n\geq n_0\), et a fortiori \(\mathcal{P}(n)\).

Comment faire :
  1. Écrire l’hypothèse sous la forme : « supposons \(\mathcal{P}(k)\) vraie pour tout \(k\) tel que \(n_0\leq k\leq n\) ».
  2. Ramener le rang \(n+1\) à un ou plusieurs rangs plus petits, sans savoir à l’avance lesquels.
  3. Vérifier que ces rangs sont bien supérieurs ou égaux à \(n_0\) ; sinon, traiter les petits cas à part dans l’initialisation.
Exemple guidé :

Montrons que tout entier \(n\geq 1\) s’écrit comme une somme de puissances de \(2\) deux à deux distinctes. Pour \(n=1\), on a \(1=2^{0}\).

Soit \(n\geq 1\) et supposons la propriété vraie pour tous les entiers de \(1\) à \(n\). Notons \(2^{p}\) la plus grande puissance de \(2\) inférieure ou égale à \(n+1\). Si \(n+1=2^{p}\), c’est terminé. Sinon, posons \(r=n+1-2^{p}\). Alors \(1\leq r\leq n\), et de plus \(r<2^{p}\) car \(n+1<2^{p+1}\). L’hypothèse de récurrence écrit \(r\) comme somme de puissances distinctes, toutes strictement inférieures à \(2^{p}\). En ajoutant \(2^{p}\), on obtient une écriture de \(n+1\) sans répétition.

C’est l’existence de l’écriture en base \(2\). Le rang utilisé, \(r\), n’est pas \(n\) : une récurrence simple ne suffirait donc pas.

3. Les symboles somme et produit

Notation :

Pour des nombres \(a_p,a_{p+1},\dots,a_q\) avec \(p\leq q\), on note

\[\sum_{k=p}^{q}a_k=a_p+a_{p+1}+\cdots+a_q\quad\text{et}\quad\prod_{k=p}^{q}a_k=a_p\,a_{p+1}\cdots a_q.\]

Si \(q<p\), on convient que la somme vaut \(0\) et que le produit vaut \(1\). La lettre \(k\) est muette : on peut la remplacer par \(i\) ou \(j\) sans rien changer.

La somme contient \(q-p+1\) termes. Ce décompte paraît anodin ; pourtant, il est à l’origine de nombreuses erreurs. Par exemple, \(\sum_{k=3}^{10}1\) vaut \(8\), et non \(7\).

Propriété :

Pour tous réels \(\lambda,\mu\) et toutes familles \((a_k)\), \((b_k)\) :

\[\sum_{k=p}^{q}\left(\lambda a_k+\mu b_k\right)=\lambda\sum_{k=p}^{q}a_k+\mu\sum_{k=p}^{q}b_k,\qquad \prod_{k=p}^{q}\left(a_kb_k\right)=\prod_{k=p}^{q}a_k\prod_{k=p}^{q}b_k.\]

De plus, \(\prod_{k=p}^{q}\lambda a_k=\lambda^{q-p+1}\prod_{k=p}^{q}a_k\). Enfin, la relation de Chasles permet de couper une somme : pour \(p\leq r<q\), \(\sum_{k=p}^{q}a_k=\sum_{k=p}^{r}a_k+\sum_{k=r+1}^{q}a_k\).

Piège à éviter :

Le produit ne se distribue pas sur une somme. En général, \(\prod(a_k+b_k)\) diffère de \(\prod a_k+\prod b_k\). De même, une constante sortie d’un produit de \(m\) facteurs sort avec l’exposant \(m\), et non une seule fois.

3.1 Changements d’indice

Changer d’indice revient à renuméroter les termes sans en modifier la liste. Deux changements suffisent dans la plupart des calculs.

Propriété :

Translation. Pour tout entier \(r\), en posant \(j=k+r\) :

\[\sum_{k=p}^{q}a_{k+r}=\sum_{j=p+r}^{q+r}a_j.\]

Renversement. En posant \(j=n-k\) :

\[\sum_{k=0}^{n}a_k=\sum_{j=0}^{n}a_{n-j}.\]

Exemple guidé :

Calculons \(S_n=\sum_{k=0}^{n}(3k+2)\) par renversement. En posant \(j=n-k\), on obtient \(S_n=\sum_{j=0}^{n}(3n-3j+2)\). Renommons \(j\) en \(k\), puis additionnons les deux écritures terme à terme :

\[2S_n=\sum_{k=0}^{n}\left[(3k+2)+(3n-3k+2)\right]=\sum_{k=0}^{n}(3n+4)=(n+1)(3n+4).\]

Ainsi \(S_n=\frac{(n+1)(3n+4)}{2}\). On contrôle avec \(n=1\) : \(2+5=7\) et \(\frac{2\cdot 7}{2}=7\).

Remarque :

Après un changement d’indice, testez toujours la formule sur un petit rang. Cette vérification prend dix secondes et détecte presque toutes les erreurs de bornes.

4. Sommes télescopiques et sommes usuelles

4.1 Le télescopage

Théorème :

Pour toute suite \((b_k)\) et tous entiers \(p\leq q\) :

\[\sum_{k=p}^{q}\left(b_{k+1}-b_k\right)=b_{q+1}-b_p.\]

De même, si les \(b_k\) sont non nuls, \(\prod_{k=p}^{q}\frac{b_{k+1}}{b_k}=\frac{b_{q+1}}{b_p}\).

Preuve :

Par linéarité, la somme vaut \(\sum_{k=p}^{q}b_{k+1}-\sum_{k=p}^{q}b_k\). Dans la première, on pose \(j=k+1\) : elle devient \(\sum_{j=p+1}^{q+1}b_j\). Les termes d’indice compris entre \(p+1\) et \(q\) apparaissent dans les deux sommes et s’annulent. Il reste donc \(b_{q+1}-b_p\). Le cas du produit se traite de la même manière.

Comment faire :
  1. Chercher une suite \((b_k)\) telle que le terme général soit \(b_{k+1}-b_k\), au signe près.
  2. Pour une fraction rationnelle, décomposer en éléments simples, puis regrouper les fractions qui se décalent d’un rang.
  3. Écrire le résultat, puis le contrôler sur le premier rang.
Exemple guidé :

Calculons \(T_n=\sum_{k=1}^{n}k\cdot k!\). L’idée consiste à écrire \(k=(k+1)-1\). On obtient alors \(k\cdot k!=(k+1)!-k!\). C’est une différence de deux termes consécutifs de la suite \(b_k=k!\). Par conséquent

\[T_n=\sum_{k=1}^{n}\left((k+1)!-k!\right)=(n+1)!-1.\]

Vérification pour \(n=2\) : \(1+4=5\) et \(3!-1=5\).

Exemple guidé :

Calculons \(U_n=\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k(k+1)(k+2)}\). On remarque d’abord que

\[\frac{1}{k(k+1)}-\frac{1}{(k+1)(k+2)}=\frac{(k+2)-k}{k(k+1)(k+2)}=\frac{2}{k(k+1)(k+2)}.\]

Ainsi, avec \(b_k=\frac{1}{k(k+1)}\), le terme général vaut \(\frac{1}{2}\left(b_k-b_{k+1}\right)\). Le télescopage donne alors

\[U_n=\frac{1}{2}\left(\frac{1}{2}-\frac{1}{(n+1)(n+2)}\right).\]

En particulier, \(U_n\) croît et tend vers \(\frac{1}{4}\), comme le montre la figure.

Exemple guidé :

Le télescopage fonctionne aussi pour les produits. Calculons \(W_n=\prod_{k=1}^{n}\frac{2k+1}{2k-1}\). Posons \(b_k=2k-1\). Alors \(b_{k+1}=2k+1\), et chaque facteur s’écrit \(\frac{b_{k+1}}{b_k}\). Par conséquent

\[W_n=\frac{3}{1}\cdot\frac{5}{3}\cdots\frac{2n+1}{2n-1}=\frac{b_{n+1}}{b_1}=2n+1.\]

Chaque numérateur se simplifie avec le dénominateur suivant. Pour \(n=2\), on vérifie que \(3\cdot\frac{5}{3}=5\).

Sommes partielles de la série télescopique qui se rapprochent de la valeur limite un quart

4.2 Sommes usuelles

Théorème :

Pour tout \(n\in\mathbb{N}\) et tout complexe \(q\neq 1\) :

\[\sum_{k=1}^{n}k=\frac{n(n+1)}{2},\qquad \sum_{k=1}^{n}k^{2}=\frac{n(n+1)(2n+1)}{6},\qquad \sum_{k=1}^{n}k^{3}=\frac{n^{2}(n+1)^{2}}{4},\]
\[\sum_{k=0}^{n}q^{k}=\frac{1-q^{n+1}}{1-q}.\]

La première formule admet une lecture géométrique. Deux escaliers de \(n\) marches, emboîtés tête-bêche, remplissent un rectangle de \(n\) sur \(n+1\). Chaque escalier contient donc la moitié des cases.

Deux escaliers emboîtés formant un rectangle pour visualiser la somme des premiers entiers
Preuve :

Prouvons la formule des carrés par télescopage. Pour tout \(k\), \((k+1)^{3}-k^{3}=3k^{2}+3k+1\). Sommons de \(k=0\) à \(n\) : le membre de gauche télescope en \((n+1)^{3}\). Ainsi

\[(n+1)^{3}=3\sum_{k=0}^{n}k^{2}+\frac{3n(n+1)}{2}+(n+1).\]

On isole la somme des carrés, puis on factorise par \(n+1\) :

\[3\sum_{k=0}^{n}k^{2}=(n+1)\left[(n+1)^{2}-1-\frac{3n}{2}\right]=\frac{(n+1)\left(2n^{2}+n\right)}{2}.\]

On divise par \(3\) et on obtient la formule annoncée. Pour la somme géométrique, on multiplie par \(1-q\) : la somme \(\sum_{k=0}^{n}\left(q^{k}-q^{k+1}\right)\) télescope en \(1-q^{n+1}\).

Remarque :

La somme des cubes est le carré de la somme des entiers. On la démontre par récurrence simple, ou par le même télescopage appliqué à \((k+1)^{4}-k^{4}\).

5. Factorielle et coefficients binomiaux

Définition :

On pose \(0!=1\) et \((n+1)!=(n+1)\,n!\) pour tout \(n\in\mathbb{N}\). Autrement dit, \(n!=\prod_{k=1}^{n}k\). Pour des entiers \(0\leq k\leq n\), le coefficient binomial « \(k\) parmi \(n\) » est

\[\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!\,(n-k)!}.\]

Si \(k<0\) ou \(k>n\), on convient que \(\binom{n}{k}=0\).

Les petites valeurs se calculent sans écrire de grandes factorielles. En effet, on simplifie d’abord par \((n-k)!\), ce qui laisse \(k\) facteurs au numérateur :

\[\binom{n}{k}=\frac{n(n-1)\cdots(n-k+1)}{k!}.\]

Par exemple, \(\binom{11}{3}=\frac{11\cdot 10\cdot 9}{6}=165\). De même, \(\binom{n}{2}=\frac{n(n-1)}{2}\) pour tout \(n\geq 2\).

Astuce :

Pour écrire toute une ligne sans factorielle, on passe d’un coefficient au suivant par la relation

\[\binom{n}{k+1}=\binom{n}{k}\cdot\frac{n-k}{k+1}.\]

Pour \(n=7\), on part de \(1\), puis on multiplie successivement par \(\frac{7}{1}\), \(\frac{6}{2}\) et \(\frac{5}{3}\). On obtient ainsi \(1\), \(7\), \(21\) et \(35\). La symétrie fournit ensuite le reste de la ligne : \(35\), \(21\), \(7\), \(1\).

Propriété :

Pour tous entiers \(0\leq k\leq n\) :

  • symétrie : \(\binom{n}{n-k}=\binom{n}{k}\) ;
  • valeurs extrêmes : \(\binom{n}{0}=\binom{n}{n}=1\) et \(\binom{n}{1}=n\) ;
  • formule du pion : si \(1\leq k\leq n\), alors \(k\binom{n}{k}=n\binom{n-1}{k-1}\).
Preuve :

La symétrie se lit sur la définition : échanger \(k\) et \(n-k\) ne modifie pas le dénominateur. Pour la formule du pion, on écrit \(k\cdot\frac{n!}{k!(n-k)!}=\frac{n!}{(k-1)!(n-k)!}\). Ensuite, on sort le facteur \(n\) de \(n!\). Comme \(n-k=(n-1)-(k-1)\), on reconnaît \(n\binom{n-1}{k-1}\).

5.1 La formule de Pascal

Théorème :

Pour tous entiers \(n\geq 0\) et \(k\geq 1\) :

\[\binom{n}{k-1}+\binom{n}{k}=\binom{n+1}{k}.\]

Preuve :

Si \(k>n+1\), les trois termes sont nuls. Si \(k=n+1\), l’égalité s’écrit \(1+0=1\). Supposons donc \(1\leq k\leq n\). On met les deux fractions au dénominateur commun \(k!\,(n+1-k)!\) :

\[\binom{n}{k-1}+\binom{n}{k}=\frac{n!\,k+n!\,(n+1-k)}{k!\,(n+1-k)!}=\frac{(n+1)!}{k!\,(n+1-k)!}.\]

On reconnaît bien \(\binom{n+1}{k}\).

La formule de Pascal permet de construire les coefficients ligne par ligne. Chaque nombre est la somme des deux nombres situés au-dessus de lui. La figure met en évidence le calcul \(\binom{4}{1}+\binom{4}{2}=\binom{5}{2}\), soit \(4+6=10\).

Triangle de Pascal jusqu'à la ligne sept avec une addition de deux voisins mise en évidence
Corollaire :

Tous les coefficients binomiaux sont des entiers naturels.

Preuve :

Procédons par récurrence sur \(n\) avec la propriété : « pour tout \(k\in\mathbb{Z}\), \(\binom{n}{k}\in\mathbb{N}\) ». Pour \(n=0\), les seules valeurs sont \(1\) et \(0\). Supposons ensuite la propriété vraie au rang \(n\). Pour \(k\geq 1\), la formule de Pascal exprime \(\binom{n+1}{k}\) comme une somme de deux entiers naturels. Enfin, \(\binom{n+1}{0}=1\) et les coefficients d’indice négatif sont nuls. La propriété passe donc au rang \(n+1\).

Remarque :

Ce corollaire a une conséquence arithmétique surprenante. Le produit de \(k\) entiers consécutifs est toujours divisible par \(k!\), puisque leur quotient est un coefficient binomial. Par exemple, \(17\cdot 18\cdot 19\cdot 20\) est multiple de \(24\).

6. La formule du binôme de Newton

Théorème :

Pour tous nombres complexes \(a\) et \(b\) et tout entier \(n\in\mathbb{N}\) :

\[(a+b)^{n}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}a^{k}b^{n-k}.\]

Preuve :

Raisonnons par récurrence sur \(n\). Pour \(n=0\), les deux membres valent \(1\). Supposons la formule vraie au rang \(n\) et multiplions par \(a+b\) :

\[(a+b)^{n+1}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}a^{k+1}b^{n-k}+\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}a^{k}b^{n+1-k}.\]

Dans la première somme, on pose \(j=k+1\) ; elle devient \(\sum_{j=1}^{n+1}\binom{n}{j-1}a^{j}b^{n+1-j}\). Grâce à la convention sur les coefficients nuls, les deux sommes peuvent ensuite courir de \(0\) à \(n+1\). On les regroupe alors terme à terme :

\[(a+b)^{n+1}=\sum_{j=0}^{n+1}\left[\binom{n}{j-1}+\binom{n}{j}\right]a^{j}b^{n+1-j}=\sum_{j=0}^{n+1}\binom{n+1}{j}a^{j}b^{n+1-j}.\]

La dernière égalité est la formule de Pascal, valable aussi pour \(j=0\) avec nos conventions. La formule est donc héréditaire.

Remarque :

La preuve utilise seulement le fait que \(ab=ba\). Hors programme de ce chapitre : pour deux matrices qui ne commutent pas, la formule tombe en défaut dès \(n=2\).

Comment faire :
  1. Pour développer, écrire le terme général \(\binom{n}{k}a^{k}b^{n-k}\) en gardant les signes dans \(a\) et \(b\).
  2. Pour isoler un coefficient, exprimer la puissance de \(x\) du terme général en fonction de \(k\), puis résoudre l’équation en \(k\).
  3. Pour démontrer une identité, choisir des valeurs de \(a\) et \(b\) qui font apparaître la somme voulue, par exemple \(a=b=1\) ou \(a=-1\).
Exemple guidé :

Cherchons le coefficient de \(x^{3}\) dans \((3-2x)^{6}\). Le terme général s’écrit \(\binom{6}{k}(-2x)^{k}3^{6-k}\). La puissance de \(x\) vaut \(3\) lorsque \(k=3\). Le coefficient cherché est donc

\[\binom{6}{3}(-2)^{3}3^{3}=20\times(-8)\times 27=-4320.\]

Notons que le signe vient de \((-2)^{3}\) : une puissance impaire d’un nombre négatif reste négative.

Corollaire :

Pour tout \(n\in\mathbb{N}\), \(\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}=2^{n}\). Pour tout \(n\geq 1\), \(\sum_{k=0}^{n}(-1)^{k}\binom{n}{k}=0\).

Il suffit en effet de prendre \(a=b=1\), puis \(a=-1\) et \(b=1\). La première identité dit que la ligne \(n\) du triangle a pour somme \(2^{n}\). Sur la figure suivante, la ligne \(12\) totalise ainsi \(4096\). On y voit aussi la symétrie et le maximum atteint au centre.

Diagramme en barres des coefficients binomiaux de la ligne douze, symétriques avec un maximum au centre
Exemple guidé :

Montrons que \(\sum_{k=1}^{n}k\binom{n}{k}=n\,2^{n-1}\) pour \(n\geq 1\). D’abord, la formule du pion transforme chaque terme : \(k\binom{n}{k}=n\binom{n-1}{k-1}\). Ensuite, on pose \(j=k-1\) :

\[\sum_{k=1}^{n}k\binom{n}{k}=n\sum_{j=0}^{n-1}\binom{n-1}{j}=n\,2^{n-1}.\]

Contrôle avec \(n=3\) : \(3+2\cdot 3+3\cdot 1=12=3\cdot 4\).

Piège à éviter :

Dans \((x-y)^{n}\), le signe porte sur \(y\) et non sur le coefficient. On écrit donc \(\binom{n}{k}x^{n-k}(-y)^{k}\), et les signes alternent. Oublier les parenthèses autour de \(-y\) ou de \(2x\) fausse tous les coefficients.

Les erreurs fréquentes

  • Rédiger une hérédité sans initialisation, ou initialiser une récurrence double sur un seul rang.
  • Utiliser dans l’hérédité la propriété au rang \(n+1\), c’est-à-dire supposer ce qu’on veut prouver.
  • Se tromper d’une unité dans le nombre de termes d’une somme, ou oublier de décaler les bornes lors d’un changement d’indice.
  • Croire qu’un télescopage laisse toujours un seul terme de chaque côté : avec un décalage de deux rangs, il en reste deux.
  • Sortir une constante d’un produit sans l’élever à la puissance du nombre de facteurs.
  • Écrire \((2x)^{k}=2x^{k}\) dans un développement par le binôme.

Fiche mémo

  • Bon ordre : toute partie non vide de \(\mathbb{N}\) a un minimum ; c’est le fondement de la récurrence.
  • Récurrence double : deux rangs initiaux ; récurrence forte : hypothèse sur tous les rangs de \(n_0\) à \(n\).
  • \(\sum_{k=p}^{q}\) compte \(q-p+1\) termes ; somme vide égale à \(0\), produit vide égal à \(1\).
  • Changements d’indice : translation \(j=k+r\), renversement \(j=n-k\).
  • Télescopage : \(\sum_{k=p}^{q}(b_{k+1}-b_k)=b_{q+1}-b_p\).
  • Sommes usuelles : \(\frac{n(n+1)}{2}\), \(\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}\), \(\frac{n^{2}(n+1)^{2}}{4}\) et \(\frac{1-q^{n+1}}{1-q}\).
  • \(\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!(n-k)!}\), symétrie, formule du pion \(k\binom{n}{k}=n\binom{n-1}{k-1}\).
  • Pascal : \(\binom{n}{k-1}+\binom{n}{k}=\binom{n+1}{k}\).
  • Binôme : \((a+b)^{n}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}a^{k}b^{n-k}\) dès que \(ab=ba\).

Questions fréquentes

Quand faut-il choisir une récurrence forte plutôt qu'une récurrence simple ?

On passe à la récurrence forte dès que la propriété au rang n+1 dépend d’un rang plus ancien que n, et pas seulement du rang n. C’est le cas pour les décompositions en facteurs premiers ou pour une suite définie à partir de tous ses termes précédents. En pratique, une récurrence forte n’est jamais fausse là où une simple marche : elle demande juste une hypothèse plus large.

Comment repérer qu'une somme est télescopique ?

On cherche à écrire le terme général sous la forme a(k+1) – a(k), souvent après une décomposition en éléments simples ou une mise au même dénominateur. Un indice fiable : une fraction rationnelle dont le dénominateur est un produit de facteurs consécutifs. Pour un produit, on cherche de même un quotient b(k+1)/b(k).

Faut-il connaître par cœur les sommes des carrés et des cubes ?

Oui, les formules pour la somme des k, des k au carré et des k au cube sont attendues sans hésitation en L1. Il est cependant plus sûr de savoir aussi les retrouver, par exemple en télescopant (k+1)^3 – k^3. Cela permet de vérifier une formule douteuse en quelques lignes.

Pourquoi le coefficient binomial est-il toujours un entier alors qu'il est défini par une fraction ?

La formule de Pascal exprime chaque coefficient comme la somme de deux coefficients de la ligne précédente. Une récurrence sur n montre alors que tous sont des entiers, puisque la première ligne ne contient que des 1. L’interprétation en dénombrement donne une seconde explication, traitée dans le chapitre de probabilités.

Pour aller plus loin

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