Rolle et accroissements finis en maths sup (MPSI) : cours et méthodes
Ce chapitre fait passer la dérivée du statut d’outil de calcul à celui d’outil de preuve. Nous partons de la définition par le taux d’accroissement, puis nous dérivons une réciproque et nous caractérisons les points critiques. Vient ensuite le cœur du chapitre : le théorème de Rolle, puis les accroissements finis MPSI, sous forme d’égalité puis d’inégalité.
On en tire des résultats très utilisés en colle : compter les racines d’une équation, majorer un écart, étudier une suite récurrente grâce aux fonctions lipschitziennes. La dernière partie traite du prolongement de classe C1, de la formule de Leibniz et des fonctions à valeurs complexes, où Rolle tombe en défaut.
Placé au premier semestre, juste après les limites et la continuité, ce chapitre prépare directement les développements limités, la convexité et les intégrales du second semestre. Chaque méthode y est illustrée par un exemple guidé.
Ce que vous saurez faire
- Décider si une fonction est dérivable en un point grâce au taux d’accroissement, puis écrire sa tangente.
- Dériver une bijection réciproque et repérer les points où elle ne l’est pas.
- Distinguer point critique et extremum local, en particulier au bord d’un intervalle.
- Appliquer le théorème de Rolle, éventuellement plusieurs fois, pour compter les racines d’une équation.
- Majorer un écart grâce à l’inégalité des accroissements finis et reconnaître une fonction lipschitzienne.
- Prouver qu’une fonction prolongée est de classe C1 et obtenir la dérivée d’ordre n d’un produit avec Leibniz.
- Savoir ce qui reste vrai, et ce qui tombe, pour les fonctions à valeurs complexes.
1. Dérivabilité en un point
Ici, la lettre \(I\) note toujours un intervalle de \(\mathbb{R}\) qui contient au moins deux points. Sauf dans la dernière partie, nos fonctions sont à valeurs réelles. Le point de départ est un objet très concret : la pente d’une corde.
1.1 Taux d’accroissement et tangente
Prenons \(f : I \to \mathbb{R}\) et un point \(a\) de \(I\). Lorsque le quotient \(\tau_a(x) = \dfrac{f(x)-f(a)}{x-a}\) possède une limite finie pour \(x\) tendant vers \(a\), avec \(x \neq a\), la fonction \(f\) est dite dérivable en \(a\). Cette limite se note \(f^{\prime}(a)\). La droite d’équation \(y = f(a) + f^{\prime}(a)(x-a)\) est alors la tangente à la courbe au point d’abscisse \(a\).
Géométriquement, la sécante qui passe par les points d’abscisses \(a\) et \(a+h\) pivote autour du point fixe. Quand \(h\) tend vers 0, elle se stabilise sur la tangente. La figure suivante montre deux sécantes et leur position limite.

On définit de même la dérivée à gauche et la dérivée à droite, avec des limites unilatérales. Ainsi, en un point intérieur, la dérivabilité revient à l’existence des deux dérivées latérales et à leur égalité. De plus, une fonction dérivable en \(a\) y est continue, car \(f(x) – f(a) = (x-a)\tau_a(x)\) tend vers 0.
Étudions \(g(x) = x\sqrt{|x|}\) en 0. Pour \(x \neq 0\), le taux vaut \(\dfrac{g(x)-g(0)}{x} = \sqrt{|x|}\), qui tend vers 0. Le nombre dérivé \(g^{\prime}(0)\) existe donc et vaut 0 : l’axe des abscisses est tangent à la courbe. En revanche, \(x \mapsto \sqrt{|x|}\) n’est pas dérivable en 0, car son taux \(\sqrt{|x|}/x\) tend vers \(\pm\infty\). Le facteur \(x\) a donc « lissé » la racine.
La réciproque de « dérivable implique continue » est fausse. Par exemple, la valeur absolue est continue en 0, mais ses deux pentes latérales y valent \(-1\) et \(1\).
1.2 Opérations et dérivée d’une réciproque
Les règles sur les sommes, produits, quotients et composées sont supposées connues. Seule la dérivée d’une réciproque demande un vrai soin.
Soit \(f : I \to \mathbb{R}\) continue et strictement monotone, et \(J = f(I)\). Supposons \(f\) dérivable en \(a \in I\) et \(f^{\prime}(a) \neq 0\). La réciproque \(f^{-1}\) possède alors un nombre dérivé au point \(b = f(a)\), égal à l’inverse de la pente de \(f\) en \(a\) : \[(f^{-1})^{\prime}(b) = \frac{1}{f^{\prime}(a)}.\] Lorsque \(f^{\prime}(a) = 0\), le graphe de \(f^{-1}\) possède en \(b\) une tangente parallèle à l’axe des ordonnées.
La continuité de \(f^{-1}\) sur \(J\) est acquise depuis le chapitre précédent. Fixons \(y \in J\) distinct de \(b\) et notons \(x = f^{-1}(y)\), qui diffère de \(a\) par injectivité. Il vient \[\frac{f^{-1}(y) – f^{-1}(b)}{y – b} = \frac{x-a}{f(x)-f(a)}.\] Quand \(y\) tend vers \(b\), la continuité de \(f^{-1}\) donne \(x \to a\). Le taux de \(f\) tend alors vers \(f^{\prime}(a) \neq 0\), donc son inverse tend vers \(1/f^{\prime}(a)\).
Soit \(f(x) = x^3 + 2x + 4\). Sa dérivée \(3x^2 + 2\) reste strictement positive ; avec ses limites infinies, cela fait de \(f\) une bijection croissante de la droite réelle sur elle-même. On remarque que \(f(1) = 7\). Par conséquent, \((f^{-1})^{\prime}(7) = \dfrac{1}{f^{\prime}(1)} = \dfrac{1}{5}\). Aucune expression explicite de \(f^{-1}\) n’est nécessaire.
Piège à éviter :
La condition \(f^{\prime}(a) \neq 0\) n’est pas décorative. Ainsi, \(x \mapsto x^3\) est une bijection dérivable de \(\mathbb{R}\), mais sa réciproque, la racine cubique, n’est pas dérivable en 0. En effet, son taux \(y^{-2/3}\) tend vers \(+\infty\).
2. Extremum local et point critique
Un extremum est une notion d’ordre ; la dérivée est une notion de pente. Le lien entre les deux est précis, mais il exige une hypothèse de position.
Le réel \(f(a)\), avec \(a \in I\), est un maximum local lorsqu’il majore toutes les valeurs \(f(x)\) pour \(x \in I \cap [a-\eta, a+\eta]\), avec un certain \(\eta > 0\). En renversant l’inégalité, on obtient le minimum local. Lorsque \(f\) est dérivable, tout zéro de \(f^{\prime}\) s’appelle un point critique.
Si \(f\) est dérivable en un point \(a\) intérieur à \(I\) et admet un extremum local en \(a\), alors \(f^{\prime}(a) = 0\).
Supposons un maximum local. Pour \(x\) proche de \(a\) et \(x > a\), on a \(f(x) – f(a) \leqslant 0\) et \(x – a > 0\), donc le taux est négatif. Sa limite à droite vérifie donc \(f^{\prime}(a) \leqslant 0\). De même, pour \(x < a\), le taux est positif, d’où \(f^{\prime}(a) \geqslant 0\). Finalement \(f^{\prime}(a) = 0\). L’argument utilise des points des deux côtés de \(a\), d’où l’hypothèse « intérieur ».
Piège à éviter :
La proposition ne marche que dans un sens. D’une part, \(x \mapsto x^3\) a un point critique en 0 sans extremum. D’autre part, \(x \mapsto x\) sur \([0,1]\) atteint son maximum en 1 avec une dérivée égale à 1. Pour chercher les extremums d’une fonction sur un segment, on examine donc les points critiques intérieurs et les bornes.
3. Le théorème de Rolle
Voici le résultat qui fait de la dérivée un outil d’existence. Il combine le théorème des bornes atteintes, vu dans le chapitre sur la continuité, et la proposition précédente.
3.1 Énoncé et preuve
Considérons \(a < b\) et une fonction réelle \(f\), continue sur le segment \([a,b]\), dérivable sur l’ouvert \(]a,b[\), qui prend la même valeur en \(a\) et en \(b\). Sa dérivée s’annule alors en au moins un point \(c\) de \(]a,b[\).
La fonction \(f\) est continue sur un segment, donc elle est bornée et atteint son minimum \(m\) et son maximum \(M\). Si \(m = M\), alors \(f\) est constante et tout point de \(]a,b[\) convient. Dans le cas contraire, \(m\) ou \(M\) se distingue de la valeur commune \(f(a) = f(b)\). Supposons-le pour \(M\) : un point \(c\) où \(M\) est atteint ne peut alors être une extrémité, il est intérieur. Comme \(f\) est dérivable en \(c\), la proposition de la partie 2 donne \(f^{\prime}(c) = 0\).
La figure illustre l’énoncé : dès que la courbe revient à sa hauteur de départ, elle a dû passer par un sommet ou un creux. Ici, il y en a même deux.

Remarque :
Les trois hypothèses servent toutes. Sans continuité en \(b\), la fonction qui vaut \(x\) sur \([0,1[\) et 0 en 1 n’a aucun point critique. De même, sans dérivabilité, \(x \mapsto |x|\) sur \([-1,1]\) n’a pas de tangente horizontale. Enfin, le point \(c\) n’est pas unique en général, et rien ne permet de le calculer.
3.2 Rolle itéré et comptage de racines
Le premier usage de Rolle en colle consiste à majorer un nombre de solutions. En effet, entre deux zéros de \(f\), on trouve un zéro de \(f^{\prime}\). Par conséquent, \(f\) ne peut pas avoir beaucoup plus de zéros que sa dérivée.
Soit \(n \geqslant 1\) et \(f\) dérivable \(n\) fois sur \(I\). Si \(f\) s’annule en \(n+1\) points distincts de \(I\), alors \(f^{(n)}\) s’annule au moins une fois sur \(I\). Autrement dit, si \(f^{(n)}\) ne s’annule jamais, \(f\) possède au plus \(n\) zéros.
Notons \(x_0 < x_1 < \dots < x_n\) les zéros. Rolle sur chacun des \(n\) segments \([x_{k}, x_{k+1}]\) fournit \(n\) zéros de \(f^{\prime}\), distincts car situés dans des intervalles ouverts disjoints. On recommence avec \(f^{\prime}\), qui a \(n\) zéros : on obtient \(n-1\) zéros de \(f^{\prime\prime}\). Après \(n\) étapes, il reste au moins un zéro de \(f^{(n)}\).
Pour montrer qu’une équation \(\varphi(x) = 0\) a exactement \(p\) solutions :
- écrire l’équation sous la forme \(f(x) = 0\) avec une fonction dont une dérivée \(f^{(p)}\) a un signe constant ;
- en déduire par Rolle itéré qu’il y a au plus \(p\) solutions ;
- trouver \(p\) solutions, soit explicitement, soit par le théorème des valeurs intermédiaires sur des intervalles disjoints ;
- conclure en combinant les deux inégalités.
Montrons que l’équation \(e^x = 1 + 3x^2\) a exactement trois solutions réelles. Posons \(f(x) = e^x – 1 – 3x^2\). Alors \(f^{\prime\prime\prime}(x) = e^x > 0\), donc \(f\) a au plus trois zéros. D’abord, \(f(0) = 0\) fournit une solution. Ensuite, \(f(1) = e – 4 < 0\) et \(f(4) = e^4 – 49 > 0\), car \(e^4 > 2{,}7^4 > 53\). Le théorème des valeurs intermédiaires donne un zéro dans \(]1,4[\). Enfin, il faut un zéro positif plus petit. On utilise \(e^{t} \geqslant 1 + t\) en \(t = 0{,}1\) : \(f(0{,}1) = e^{0{,}1} – 1{,}03 \geqslant 1{,}1 – 1{,}03 > 0\). Comme \(f(1) < 0\), on obtient un zéro dans \(]0{,}1 ; 1[\). Les trois zéros \(0\), puis un dans \(]0{,}1;1[\), puis un dans \(]1,4[\), sont distincts. Il y a donc exactement trois solutions.
4. Rolle et accroissements finis : égalité et inégalité
Le théorème de Rolle suppose des valeurs égales aux bornes. On s’affranchit de cette hypothèse en retranchant à \(f\) la fonction affine qui joint les deux extrémités.
4.1 L’égalité des accroissements finis
On suppose \(f\) réelle, continue sur le segment \([a,b]\) et dérivable sur son intérieur. On peut alors trouver un réel \(c\), strictement compris entre \(a\) et \(b\), qui vérifie \[\frac{f(b) – f(a)}{b – a} = f^{\prime}(c).\]
Notons \(p = \dfrac{f(b)-f(a)}{b-a}\) la pente de la corde et introduisons \(g(x) = f(x) – p\,(x-a)\), qui hérite de la régularité de \(f\). Un calcul direct montre que \(g(a)\) et \(g(b)\) valent tous deux \(f(a)\). Rolle s’applique donc à \(g\) : en un certain \(c\), on a \(g^{\prime}(c) = f^{\prime}(c) – p = 0\).
Autrement dit, il existe une tangente parallèle à la corde. La figure ci-dessous le montre pour une fonction racine carrée.

Une conséquence immédiate concerne la monotonie. Si \(f^{\prime} \geqslant 0\) sur l’intérieur de \(I\), alors pour \(x < y\) dans \(I\), on a \(f(y) – f(x) = f^{\prime}(c)(y – x) \geqslant 0\). Ainsi, \(f\) est croissante. De même, une dérivée nulle sur un intervalle force la fonction à être constante. Le mot « intervalle » est essentiel : sur \(\mathbb{R}^*\), la fonction signe a une dérivée nulle sans être constante.
4.2 L’inégalité des accroissements finis
Le point \(c\) étant inconnu, on se contente souvent d’encadrer \(f^{\prime}\). On obtient alors l’énoncé suivant, qui est celui que l’on utilise le plus.
Gardons les hypothèses de régularité précédentes sur \([a,b]\). S’il existe des réels \(m \leqslant M\) tels que \(m \leqslant f^{\prime} \leqslant M\) sur \(]a,b[\), alors \(m(b-a) \leqslant f(b) – f(a) \leqslant M(b-a)\). En particulier, si \(|f^{\prime}| \leqslant K\) sur l’intérieur de \(I\), alors \(|f(x) – f(y)| \leqslant K|x – y|\) pour tous \(x, y \in I\).
Pour majorer un écart \(|f(x) – f(y)|\) ou encadrer une valeur numérique :
- identifier la fonction \(f\) et les deux points \(x\) et \(y\) qui font apparaître l’écart voulu ;
- vérifier continuité sur le segment et dérivabilité sur l’ouvert ;
- encadrer \(f^{\prime}\) sur tout l’intervalle entre \(x\) et \(y\), souvent par monotonie de \(f^{\prime}\) ;
- multiplier par la longueur de l’intervalle, en gardant les inégalités strictes si \(f^{\prime}\) est strictement monotone.
Encadrons \(\sqrt{103}\). La fonction racine est dérivable sur \([100, 103]\) et sa dérivée \(x \mapsto \dfrac{1}{2\sqrt{x}}\) est strictement décroissante. Il existe \(c \in \,]100,103[\) tel que \(\sqrt{103} – 10 = \dfrac{3}{2\sqrt{c}}\). Or \(10 < \sqrt{c} < \sqrt{103} < 10{,}5\), car \(10{,}5^2 = 110{,}25\). On en déduit \[\frac{3}{21} < \sqrt{103} – 10 < \frac{3}{20}.\] Par conséquent, \(10{,}142 < \sqrt{103} < 10{,}15\), ce qui fixe déjà deux décimales.
4.3 Fonctions lipschitziennes
Soit \(k \geqslant 0\). Une fonction \(f : I \to \mathbb{R}\) est dite \(k\)-lipschitzienne si \(|f(x) – f(y)| \leqslant k|x – y|\) pour tous \(x, y \in I\). Si \(k < 1\), on dit que \(f\) est contractante.
Une fonction lipschitzienne est continue. Une fonction dérivable sur \(I\) est \(k\)-lipschitzienne si et seulement si \(|f^{\prime}| \leqslant k\) sur \(I\). En particulier, une fonction de classe C1 sur un segment est lipschitzienne, avec \(k = \max |f^{\prime}|\).
Le sens direct découle de l’inégalité des accroissements finis. Pour la réciproque, le taux d’accroissement est majoré par \(k\) en valeur absolue, donc sa limite aussi.
La racine carrée est continue sur \([0,1]\), mais elle n’y est pas lipschitzienne. En effet, le quotient \(\dfrac{\sqrt{x}}{x}\), égal à \(x^{-1/2}\), n’est pas borné quand \(x \to 0^+\). À l’inverse, \(x \mapsto |x|\) est 1-lipschitzienne sans être dérivable en 0 : le caractère lipschitzien est une propriété intermédiaire.
L’application phare concerne les suites définies par \(u_{n+1} = g(u_n)\). Si \(g\) est \(k\)-contractante sur un intervalle stable contenant un point fixe \(\ell\), alors \(|u_{n+1} – \ell| = |g(u_n) – g(\ell)| \leqslant k|u_n – \ell|\). Par récurrence, \(|u_n – \ell| \leqslant k^n |u_0 – \ell|\), donc la suite converge vers \(\ell\) à vitesse géométrique. De plus, cette majoration indique combien de termes calculer pour une précision donnée.
5. Limite de la dérivée et classe Ck
Une situation revient sans cesse : une fonction est donnée par une formule sur \(I\) privé d’un point, puis prolongée par continuité. La question est alors de savoir si le prolongement est dérivable, et même de classe C1.
5.1 Le théorème de la limite de la dérivée
Soit \(a \in I\) et \(f : I \to \mathbb{R}\) continue sur \(I\) et dérivable sur \(I \setminus \{a\}\). Si \(f^{\prime}(x)\) tend vers un réel \(\ell\) quand \(x \to a\), \(x \neq a\), alors \(f\) est dérivable en \(a\) et \(f^{\prime}(a) = \ell\). Ainsi, \(f^{\prime}\) est continue en \(a\). Si \(f^{\prime}(x)\) tend vers \(\pm\infty\), alors le taux en \(a\) tend vers la même limite et \(f\) n’est pas dérivable en \(a\).
Prenons \(x \neq a\) dans \(I\). Entre \(a\) et \(x\), toutes les hypothèses de l’égalité des accroissements finis sont réunies. On dispose donc d’un réel \(c_x\), situé strictement entre \(a\) et \(x\), pour lequel \(\tau_a(x) = f^{\prime}(c_x)\). Comme \(0 < |c_x – a| < |x – a|\), le point \(c_x\) tend vers \(a\) sans l’atteindre. Par composition des limites, \(\tau_a(x)\) tend vers \(\ell\).
Pour prouver qu’une fonction prolongée en \(a\) est de classe C1 :
- vérifier que \(f\) est continue en \(a\), c’est-à-dire que la valeur choisie est la limite de \(f\) ;
- justifier que \(f\) est de classe C1 sur \(I \setminus \{a\}\) par les théorèmes généraux ;
- calculer \(f^{\prime}(x)\) pour \(x \neq a\) et montrer que cette expression a une limite finie \(\ell\) en \(a\) ;
- conclure par le théorème : \(f^{\prime}(a) = \ell\) et \(f^{\prime}\) est continue en \(a\).
Soit \(h(x) = x^2 \ln x\) pour \(x > 0\), et \(h(0) = 0\). Par croissances comparées, \(x^2 \ln x \to 0\), donc \(h\) est continue en 0. Sur \(]0, +\infty[\), \(h\) est de classe C1 et \(h^{\prime}(x) = 2x\ln x + x\). Cette dérivée tend vers 0 en \(0^+\). On en conclut que \(h^{\prime}(0)\) existe, qu’il est nul, et que \(h\) est de classe C1 sur \([0, +\infty[\).
Piège à éviter :
Ce résultat ne fournit qu’une condition suffisante. Prenons \(f(x) = x^2 \sin(1/x)\) pour \(x \neq 0\) et \(f(0) = 0\). Le taux en 0 vaut \(x \sin(1/x)\), qui tend vers 0 : \(f\) est dérivable en 0. Pourtant, pour \(x \neq 0\), \(f^{\prime}(x) = 2x\sin(1/x) – \cos(1/x)\) n’a pas de limite en 0. Ainsi, \(f\) est dérivable sur \(\mathbb{R}\) sans être de classe C1. La figure montre la courbe, très plate, et sa dérivée qui oscille sans fin.

5.2 Classe Ck et formule de Leibniz
Pour \(k \in \mathbb{N}^*\), \(f\) est de classe Ck sur \(I\) si elle est \(k\) fois dérivable sur \(I\) et si \(f^{(k)}\) est continue. Elle est de classe C∞ si elle est de classe Ck pour tout \(k\). Les sommes, produits, composées et quotients à dénominateur non nul conservent ces classes.
Le produit de deux fonctions \(f\) et \(g\), dérivables \(n\) fois sur \(I\), possède encore une dérivée d’ordre \(n\), donnée par \[(fg)^{(n)} = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} f^{(k)}\, g^{(n-k)}.\]
Procédons par récurrence ; pour \(n = 0\), il n’y a rien à prouver. Admettons l’égalité à l’ordre \(n\) et prenons \(f\), \(g\) dérivables \(n+1\) fois. Chaque terme \(f^{(k)}g^{(n-k)}\) est dérivable, et sa dérivée vaut \(f^{(k+1)}g^{(n-k)} + f^{(k)}g^{(n+1-k)}\). On regroupe les deux sommes obtenues en décalant l’indice dans la première. On conclut à l’ordre \(n+1\) grâce à la relation \(\binom{n}{k-1} + \binom{n}{k} = \binom{n+1}{k}\).
Calculons la dérivée \(n\)-ième de \(q(x) = (x^2+1)e^{-x}\). Le facteur polynomial a ses dérivées nulles à partir de l’ordre 3, et \((e^{-x})^{(j)} = (-1)^j e^{-x}\). Seuls trois termes subsistent : \[q^{(n)}(x) = (-1)^n e^{-x}\bigl(x^2 + 1 – 2nx + n(n-1)\bigr).\] Le deuxième terme provient de \(n \cdot 2x \cdot (-1)^{n-1}e^{-x}\), le troisième de \(\binom{n}{2} \cdot 2 \cdot (-1)^{n-2}e^{-x}\).
Placez toujours en premier le facteur dont les dérivées s’annulent, un polynôme en pratique. La somme de Leibniz devient alors finie et courte, quel que soit \(n\).
6. Fonctions à valeurs complexes
Soit \(f : I \to \mathbb{C}\). On écrit \(f = u + iv\) avec \(u = \mathrm{Re}\, f\) et \(v = \mathrm{Im}\, f\) réelles.
On dit que \(f\) est dérivable en \(a\) si son taux d’accroissement, à valeurs complexes, a une limite. Cela équivaut à la dérivabilité de \(u\) et \(v\) en \(a\), et alors \(f^{\prime}(a) = u^{\prime}(a) + i\,v^{\prime}(a)\).
Les règles de calcul restent les mêmes : somme, produit, quotient, formule de Leibniz, classe Ck. Par exemple, pour \(\lambda \in \mathbb{C}\), la dérivée de \(t \mapsto e^{\lambda t}\) vaut \(\lambda e^{\lambda t}\). Par contre, \(\mathbb{C}\) n’est pas ordonné : parler d’extremum ou de monotonie n’y a plus de sens.
La fonction \(f(t) = e^{it}\) est dérivable sur \([0, 2\pi]\) et vérifie \(f(0) = f(2\pi) = 1\). Pourtant, \(|f^{\prime}(t)| = |i e^{it}| = 1\) ne s’annule jamais. Ainsi, ni Rolle ni l’égalité des accroissements finis ne survivent au passage aux valeurs complexes.
La majoration, elle, subsiste : lorsque \(f : I \to \mathbb{C}\) est de classe C1 et \(|f^{\prime}| \leqslant K\) sur \(I\), on a encore \(|f(x) – f(y)| \leqslant K|x-y|\). On l’admet ici ; la preuve la plus directe passe par l’intégrale, au second semestre.
Les erreurs fréquentes
- Appliquer Rolle sans vérifier la continuité sur le segment fermé, ou en oubliant que les valeurs aux bornes doivent être égales.
- Conclure à un extremum à partir de \(f^{\prime}(a) = 0\), ou chercher les extremums d’une fonction sur un segment sans regarder les bornes.
- Majorer \(|f^{\prime}|\) en un seul point au lieu de le faire sur tout l’intervalle entre \(x\) et \(y\).
- Utiliser la limite de la dérivée sans avoir d’abord prouvé la continuité au point.
- Croire qu’une fonction dérivable est forcément de classe C1, ou qu’une fonction continue est lipschitzienne.
- Appliquer Rolle ou l’égalité des accroissements finis à une fonction à valeurs complexes.
Fiche mémo
- Dérivable en \(a\) : le taux \(\frac{f(x)-f(a)}{x-a}\) a une limite finie ; tangente \(y = f(a) + f^{\prime}(a)(x-a)\).
- Réciproque : \((f^{-1})^{\prime}(b) = 1/f^{\prime}(f^{-1}(b))\) si \(f^{\prime}(f^{-1}(b)) \neq 0\).
- Extremum local en un point intérieur et \(f\) dérivable : \(f^{\prime}(a) = 0\) ; la réciproque est fausse.
- Rolle : continue sur \([a,b]\), dérivable sur \(]a,b[\), \(f(a) = f(b)\) donnent \(c\) avec \(f^{\prime}(c) = 0\).
- Si \(f^{(n)}\) ne s’annule pas, \(f\) a au plus \(n\) zéros.
- Égalité : \(f(b) – f(a) = f^{\prime}(c)(b-a)\) ; inégalité : \(|f(x)-f(y)| \leqslant \sup|f^{\prime}|\,|x-y|\).
- Dérivable et \(|f^{\prime}| \leqslant k\) équivaut à \(k\)-lipschitzienne ; contractante si \(k < 1\).
- Continuité en \(a\) et \(f^{\prime}(x) \to \ell\) donnent \(f^{\prime}(a) = \ell\) et \(f\) de classe C1.
- Leibniz : \((fg)^{(n)} = \sum \binom{n}{k} f^{(k)}g^{(n-k)}\).
- Valeurs complexes : calculs et inégalité conservés, Rolle et égalité perdus.
Questions fréquentes
Égalité ou inégalité des accroissements finis : laquelle utiliser ?
L’égalité affirme l’existence d’un point c où la dérivée vaut exactement le taux de la corde ; elle exige une fonction réelle. L’inégalité ne donne qu’une majoration de l’écart par le maximum de la dérivée. C’est elle qui sert le plus souvent, et elle reste vraie pour les fonctions à valeurs complexes.
Comment choisir la fonction auxiliaire dans un exercice de Rolle ?
On cherche une fonction qui s’annule en deux points connus et dont la dérivée fait apparaître la quantité voulue. Si l’on veut obtenir f'(c) + λf(c) = 0, on multiplie f par une exponentielle bien choisie. Il est utile de partir de la conclusion et de remonter à la fonction.
Le théorème de la limite de la dérivée est-il une équivalence ?
Non. Si la dérivée admet une limite finie au point, la fonction y est dérivable et sa dérivée est continue. En revanche, une fonction peut être dérivable en un point sans que sa dérivée y ait de limite : x²sin(1/x) en est l’exemple type.
Faut-il connaître la preuve de la formule de Leibniz ?
Oui, elle se fait par récurrence sur n et ressemble à celle du binôme de Newton. Elle tombe régulièrement en colle. Il faut surtout savoir s’en servir avec un facteur polynomial : la somme ne garde alors que quelques termes.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de maths sup (MPSI) sur rolle et accroissements finis
- Bases utiles : Limite d'une fonction, continuité et TVI
- Chapitre d’avant : Limite d'une fonction, continuité et TVI
- Chapitre d’après : Fonctions convexes et inégalités de convexité
- Vérifier ses acquis : QCM de maths sup (MPSI) sur rolle et accroissements finis
- Contrôle corrigé en temps limité : Inégalités par Rolle et par convexité : contrôle de maths en MPSI
- Tous les chapitres : le sommaire de maths sup (MPSI)
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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