Borne supérieure et densité en maths sup (MPSI) : cours et méthodes
Ce chapitre du premier semestre pose les fondations de l’analyse réelle. Nous commençons par les manipulations autorisées sur les inégalités, puis par la valeur absolue vue comme une distance, car une majoration mal justifiée coûte très cher en devoir. Ensuite, nous étudions les majorants, le maximum et surtout la borne supérieure MPSI, avec sa caractérisation par epsilon.
La suite du cours présente la partie entière, outil d’encadrement indispensable, puis les entiers, décimaux, rationnels et irrationnels. Nous démontrons enfin la densité de Q et celle des irrationaux dans R, et nous caractérisons les intervalles comme les parties « sans trou ».
Ces notions servent ensuite partout : limites de suites, continuité, théorème des valeurs intermédiaires et intégrale. Chaque partie propose une méthode rédigée et les erreurs d’inégalités les plus sanctionnées.
Ce que vous saurez faire
- Manipuler des inégalités en ne faisant que des opérations autorisées, et le justifier.
- Utiliser la valeur absolue comme une distance et appliquer l’inégalité triangulaire.
- Distinguer majorant, maximum et borne supérieure d’une partie de \(\mathbb{R}\).
- Prouver qu’un réel donné est une borne supérieure grâce à la caractérisation par epsilon.
- Encadrer un réel ou une expression à l’aide de la partie entière.
- Exploiter la densité de \(\mathbb{Q}\) et des irrationnels dans une démonstration.
1. L’ordre de R et les inégalités
1.1 Relation d’ordre et intervalles
L’ensemble \(\mathbb{R}\) est muni de la relation \(\leq\). Elle est réflexive, antisymétrique et transitive. De plus, deux réels sont toujours comparables : on dit que l’ordre est total. Cette relation est compatible avec les opérations, ce qui autorise les calculs ci-dessous.
Soit \(a, b, c, d\) des réels.
- Si \(a \leq b\) et \(c \leq d\), alors \(a + c \leq b + d\).
- Si \(a \leq b\) et \(c \geq 0\), alors \(ac \leq bc\) ; si \(c \leq 0\), alors \(ac \geq bc\).
- Si \(0 \leq a \leq b\) et \(0 \leq c \leq d\), alors \(0 \leq ac \leq bd\).
- Si \(0 < a \leq b\), alors \(0 < \frac{1}{b} \leq \frac{1}{a}\).
Un intervalle est une partie de la forme \([a,b]\), \([a,b[\), \(]a,+\infty[\), et ainsi de suite, avec \(a \leq b\). Nous verrons au paragraphe 3 une caractérisation plus intrinsèque.
Piège à éviter :
Soustraire ou diviser membre à membre deux inégalités. Par exemple, \(1 \leq 3\) et \(0 \leq 3\) ne donnent pas \(1 – 0 \leq 3 – 3\). Pour une différence, on ajoute l’opposé, dont l’encadrement est renversé. Pour un quotient, on encadre d’abord l’inverse.
Encadrer une expression compliquée.
- Découper l’expression en sommes, produits et inverses de briques simples.
- Encadrer chaque brique, en notant son signe.
- Combiner les encadrements par des règles licites : somme, produit de positifs, inverse de positifs.
- Justifier chaque étape par une phrase courte.
Encadrons \(f(x) = \frac{x+1}{x^2+3}\) pour \(x \in [2,5]\). D’abord, \(3 \leq x + 1 \leq 6\). Ensuite, \(4 \leq x^2 \leq 25\) car les termes sont positifs, donc \(7 \leq x^2 + 3 \leq 28\). Par passage à l’inverse de nombres positifs, \(\frac{1}{28} \leq \frac{1}{x^2+3} \leq \frac{1}{7}\).
Enfin, on multiplie deux encadrements de nombres positifs : \(\frac{3}{28} \leq f(x) \leq \frac{6}{7}\). Cet encadrement est grossier, mais il est juste et entièrement justifié.
1.2 Valeur absolue et distance
La valeur absolue d’un réel \(x\) est \(|x| = \max(x, -x)\). Le nombre \(|x – y|\) mesure l’écart entre les points \(x\) et \(y\) de la droite : c’est leur distance.
Cette lecture en distance est la plus utile. En effet, pour \(a \in \mathbb{R}\) et \(r > 0\), l’inégalité \(|x – a| \leq r\) équivaut à \(a – r \leq x \leq a + r\). Ainsi, \(|x – 3| \leq 2\) décrit l’intervalle \([1,5]\), centré en \(3\) et de rayon \(2\).
![Droite réelle où l'intervalle [1,5] apparaît comme l'ensemble des réels à distance au plus 2 de 3](https://maths-pdf.fr/wp-content/uploads/sup-maths-pdf/sup/borne-superieure-densite-reels-cours-valeur-absolue-distance.png)
Inégalité triangulaire. Pour tous réels \(x\) et \(y\), on a \(|x + y| \leq |x| + |y|\), et aussi \(|x – y| \geq \big||x| – |y|\big|\).
On a \(x \leq |x|\) et \(y \leq |y|\), donc \(x + y \leq |x| + |y|\). De même, \(-x – y \leq |x| + |y|\). Comme \(|x + y|\) est l’un des deux nombres \(x + y\) et \(-x – y\), la première inégalité suit. Ensuite, on écrit \(x = (x – y) + y\). Donc \(|x| \leq |x – y| + |y|\), soit \(|x| – |y| \leq |x – y|\). En échangeant les rôles, \(|y| – |x| \leq |x – y|\). Les deux inégalités donnent la seconde affirmation.
La seconde inégalité sert à minorer. Par exemple, si \(|x – 4| \leq 1\), alors \(|x| \geq 4 – 1 = 3\), et donc \(\frac{1}{|x|} \leq \frac{1}{3}\).
1.3 Comparer par le signe d’une différence
Quand les règles de combinaison ne suffisent pas, on revient à la définition. Pour prouver \(u \leq v\), on étudie le signe de \(v – u\), souvent en le factorisant ou en le faisant apparaître comme un carré.
Pour tous réels \(x\) et \(y\), on a \(2|xy| \leq x^2 + y^2\). Pour tous réels positifs \(a\) et \(b\), on a \(\sqrt{ab} \leq \frac{a+b}{2}\), avec égalité si et seulement si \(a = b\).
D’abord, \(x^2 + y^2 – 2|xy| = (|x| – |y|)^2\), qui est positif. Ensuite, on applique ce résultat à \(x = \sqrt{a}\) et \(y = \sqrt{b}\). On obtient \(2\sqrt{ab} \leq a + b\). Enfin, l’égalité a lieu si et seulement si \(\sqrt{a} = \sqrt{b}\), c’est-à-dire \(a = b\).
Montrons que \(t + \frac{9}{t} \geq 6\) pour tout \(t > 0\). La différence vaut \(t + \frac{9}{t} – 6 = \frac{t^2 – 6t + 9}{t} = \frac{(t-3)^2}{t}\). Le numérateur est un carré et le dénominateur est positif. Donc la différence est positive, avec égalité seulement pour \(t = 3\).
Ainsi, \(6\) est le minimum de la fonction \(t \mapsto t + \frac{9}{t}\) sur \(]0,+\infty[\). Cette technique évite une étude de fonction complète.
2. Majorants et borne supérieure
2.1 Majorant, maximum
Soit \(A\) une partie de \(\mathbb{R}\). Un réel \(M\) majore \(A\) lorsque \(a \leq M\) pour chaque \(a \in A\) ; on dit alors que \(M\) est un majorant et que \(A\) est majorée. On définit de même minorant et partie minorée. Une partie à la fois majorée et minorée est dite bornée. Enfin, un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\) s’appelle le maximum de \(A\), noté \(\max A\).
Le maximum, s’il existe, est unique. En effet, deux maxima \(M\) et \(M^{\prime}\) vérifient \(M \leq M^{\prime}\) et \(M^{\prime} \leq M\). En revanche, une partie majorée n’a pas toujours de maximum.
Soit \(A = \left\{\frac{2n+1}{n+3} : n \in \mathbb{N}\right\}\). On écrit \(\frac{2n+1}{n+3} = 2 – \frac{5}{n+3}\). Cette quantité croît avec \(n\), donc le plus petit élément est obtenu pour \(n = 0\) : \(\min A = \frac{1}{3}\).
Par ailleurs, tous les éléments sont strictement inférieurs à \(2\). Ainsi, \(2\) majore \(A\), mais \(2 \notin A\). Nous montrerons plus loin qu’aucun majorant n’est plus petit que \(2\).
2.2 La propriété de la borne supérieure
Soit \(A \subset \mathbb{R}\). Lorsque l’ensemble des majorants de \(A\) admet un plus petit élément, ce réel est noté \(\sup A\) : c’est la borne supérieure de \(A\). Symétriquement, \(\inf A\) désigne, s’il existe, le plus grand minorant de \(A\).
Propriété de la borne supérieure. Toute partie de \(\mathbb{R}\) non vide et majorée possède une borne supérieure. De même, toute partie non vide et minorée possède une borne inférieure.
Ce résultat est admis : il traduit la construction même de \(\mathbb{R}\). C’est lui qui distingue \(\mathbb{R}\) de \(\mathbb{Q}\), comme le montre l’exemple suivant.
Dans \(\mathbb{Q}\), la partie \(\{r \in \mathbb{Q} : r^2 < 3\}\) est non vide et majorée par \(2\). Pourtant, elle n’a pas de borne supérieure dans \(\mathbb{Q}\). Sa borne supérieure dans \(\mathbb{R}\) vaut \(\sqrt{3}\), qui est irrationnel.
2.3 Caractériser une borne supérieure
En pratique, on ne cherche pas « le plus petit des majorants » directement. On utilise plutôt une caractérisation à deux conditions.
Prenons \(A \subset \mathbb{R}\) non vide et un réel \(M\). Pour que \(M\) soit la borne supérieure de \(A\), il faut et il suffit que :
- pour tout \(a \in A\), \(a \leq M\) ;
- pour tout \(\varepsilon > 0\), il existe \(a \in A\) tel que \(a > M – \varepsilon\).
Supposons \(M = \sup A\). D’abord, \(M\) est un majorant. Ensuite, pour \(\varepsilon > 0\), le réel \(M – \varepsilon\) est plus petit que \(M\), donc il ne majore pas \(A\). Il existe donc \(a \in A\) avec \(a > M – \varepsilon\).
Réciproquement, supposons les deux conditions. Le réel \(M\) est un majorant. Soit \(M^{\prime} < M\) un autre réel. Le réel \(\varepsilon = M – M^{\prime}\) est strictement positif. Alors il existe \(a \in A\) avec \(a > M^{\prime}\), donc \(M^{\prime}\) ne majore pas \(A\). Par conséquent, \(M\) est bien le plus petit majorant.
Prouver que \(M = \sup A\).
- Vérifier que \(M\) majore \(A\), avec une inégalité valable pour tout élément.
- Fixer \(\varepsilon > 0\) quelconque.
- Chercher un élément de \(A\), souvent dépendant d’un entier \(n\), qui dépasse \(M – \varepsilon\).
- Choisir \(n\) assez grand grâce à la partie entière, puis conclure.
Reprenons \(A = \left\{2 – \frac{5}{n+3} : n \in \mathbb{N}\right\}\) et montrons que \(\sup A = 2\). D’abord, \(2\) majore \(A\). Ensuite, fixons \(\varepsilon > 0\). L’inégalité \(2 – \frac{5}{n+3} > 2 – \varepsilon\) équivaut à \(n + 3 > \frac{5}{\varepsilon}\).
Il suffit donc de prendre \(n = \left\lfloor \frac{5}{\varepsilon} \right\rfloor\), car \(n + 3 > n + 1 > \frac{5}{\varepsilon}\). Ainsi, \(\sup A = 2\), alors que \(A\) n’a pas de maximum.
Remarque :
La seconde condition admet une version avec les suites. Il suffit de trouver des éléments \(a_n\) de \(A\) qui se rapprochent de \(M\) autant qu’on veut, c’est-à-dire tels que \(M – a_n\) tende vers \(0\). Ce point de vue sera justifié dans le chapitre sur les suites. Il est souvent plus rapide, car on n’a pas à expliciter l’indice en fonction de \(\varepsilon\). Dans l’exemple ci-dessus, \(M – a_n = \frac{5}{n+3}\) tend clairement vers \(0\).
La figure place les premiers éléments de \(A\) sur un axe. Ils s’accumulent vers \(2\) sans jamais l’atteindre, et tout réel au-delà de \(2\) est un majorant.

Piège à éviter :
Conclure \(\sup A = \max A\) sans vérifier que la borne est atteinte. Écrire \(\max A = 2\) ici serait faux. La borne supérieure existe dès que \(A\) est non vide et majorée, mais le maximum peut manquer.
Soit \(B = \left\{(-1)^n + \frac{1}{n+1} : n \in \mathbb{N}\right\}\). Pour \(n\) pair, l’élément vaut \(1 + \frac{1}{n+1}\), qui est au plus \(2\), atteint en \(n = 0\). Pour \(n\) impair, il vaut \(-1 + \frac{1}{n+1}\), qui appartient à \(\left]-1, -\frac{1}{2}\right]\). Par conséquent, \(\max B = 2\).
De plus, \(-1\) minore \(B\). Soit \(\varepsilon > 0\) ; un indice \(n\) impair avec \(\frac{1}{n+1} < \varepsilon\) donne un élément inférieur à \(-1 + \varepsilon\). Donc \(\inf B = -1\), et cette borne n’est pas atteinte.
Soit \(A\) et \(B\) deux parties non vides et majorées. On note \(A + B = \{a + b : a \in A, b \in B\}\). Alors \(\sup(A + B) = \sup A + \sup B\).
Pour \(a \in A\) et \(b \in B\), on a \(a + b \leq \sup A + \sup B\) : c’est un majorant. Soit ensuite \(\varepsilon > 0\). Par la caractérisation appliquée avec \(\frac{\varepsilon}{2}\), on trouve \(a \in A\) et \(b \in B\) tels que \(\sup A – a < \frac{\varepsilon}{2}\) et \(\sup B – b < \frac{\varepsilon}{2}\). Alors \(a + b > \sup A + \sup B – \varepsilon\). La caractérisation permet de conclure.
Piège à éviter :
Croire que la règle vaut aussi pour les produits. Avec \(A = B = [-2,1]\), on a \(\sup A \times \sup B = 1\). Pourtant, le produit \((-2) \times (-2) = 4\) est un élément de \(\{ab : a \in A, b \in B\}\). La borne supérieure des produits vaut donc \(4\), et non \(1\).
Déterminons les bornes de \(H = \left\{\frac{x}{1+x^2} : x \in \mathbb{R}\right\}\). D’après le paragraphe 1.3, on a \(2|x| \leq 1 + x^2\). Par conséquent, \(\left|\frac{x}{1+x^2}\right| \leq \frac{1}{2}\) pour tout réel \(x\).
De plus, la valeur \(\frac{1}{2}\) est atteinte en \(x = 1\), et la valeur \(-\frac{1}{2}\) en \(x = -1\). Ainsi \(\max H = \frac{1}{2}\) et \(\min H = -\frac{1}{2}\). Ici, aucun epsilon n’est nécessaire, car les bornes sont atteintes.
3. Intervalles et droite achevée
3.1 Les intervalles sont les parties sans trou
Les intervalles de \(\mathbb{R}\) sont exactement les parties \(I\) qui vérifient la propriété suivante : dès que \(x \leq y\) appartiennent à \(I\), tout le segment \([x,y]\) est contenu dans \(I\).
Le sens direct se lit sur chaque forme d’intervalle. Pour la réciproque, supposons \(I\) non vide et minorée, majorée. Posons \(m = \inf I\) et \(M = \sup I\). Soit \(t\) tel que \(m < t < M\). Par la caractérisation, il existe \(x \in I\) avec \(x < t\) et \(y \in I\) avec \(y > t\). Comme \([x,y] \subset I\), on obtient \(t \in I\). Ainsi \(]m, M[ \subset I \subset [m, M]\), et \(I\) est un intervalle. Les cas non bornés se traitent de la même façon.
Ce critère sert surtout à reconnaître ce qui n’est pas un intervalle. Par exemple, \(\mathbb{Q}\) n’en est pas un : il contient \(1\) et \(2\), mais pas \(\sqrt{3}\). De même, l’intersection de deux intervalles en est toujours un, car la condition passe à l’intersection.
3.2 La droite achevée
La droite achevée \(\overline{\mathbb{R}}\) s’obtient en ajoutant à \(\mathbb{R}\) deux éléments notés \(-\infty\) et \(+\infty\), avec \(-\infty < x < +\infty\) pour tout réel \(x\). Si \(A\) est non vide et non majorée, on pose \(\sup A = +\infty\). De même, si \(A\) est non vide et non minorée, on pose \(\inf A = -\infty\).
Avec cette convention, toute partie non vide de \(\mathbb{R}\) possède une borne supérieure dans \(\overline{\mathbb{R}}\). Par exemple, \(\sup \mathbb{N} = +\infty\) et \(\inf\,]0,1] = 0\). Cependant, les règles de calcul ne s’étendent pas toutes : l’expression \(+\infty – \infty\) n’a pas de sens.
Cette convention simplifie de nombreux énoncés. Par exemple, la borne supérieure d’une réunion reste le plus grand des deux \(\sup\), même lorsque l’une des parties n’est pas majorée. De même, si \(A \subset B\), on a toujours \(\sup A \leq \sup B\) dans \(\overline{\mathbb{R}}\), sans hypothèse supplémentaire.
4. La partie entière
Nous admettons ici que \(\mathbb{R}\) est archimédien : pour tout réel \(x\), il existe un entier \(n\) tel que \(n > x\). Cela découle d’ailleurs de la propriété de la borne supérieure, car \(\mathbb{N}\) n’est pas majoré dans \(\mathbb{R}\).
Chaque réel \(x\) est situé entre deux entiers consécutifs : un seul \(n \in \mathbb{Z}\) vérifie \(n \leq x < n + 1\). On nomme cet entier partie entière de \(x\) et se note \(\lfloor x \rfloor\). C’est le plus grand entier inférieur ou égal à \(x\).
- Pour tout réel \(x\) : \(\lfloor x \rfloor \leq x\) et \(x < \lfloor x \rfloor + 1\) ; autrement dit, \(x – \lfloor x \rfloor \in [0,1[\).
- Ajouter un entier \(k\) à \(x\) ajoute \(k\) à sa partie entière.
- Pour \(n \in \mathbb{Z}\) : \(\lfloor x \rfloor = n\) si et seulement si \(n \leq x < n + 1\).
- La fonction partie entière est croissante.
Le graphe de la partie entière est un escalier : chaque marche est fermée à gauche et ouverte à droite.

Piège à éviter :
Confondre partie entière et troncature pour un nombre négatif. Ainsi, \(\lfloor -3{,}7 \rfloor = -4\), car \(-4 \leq -3{,}7 < -3\). En outre, \(\lfloor x + y \rfloor\) n’est pas toujours égal à \(\lfloor x \rfloor + \lfloor y \rfloor\) : avec \(x = y = 0{,}6\), on trouve \(1\) d’un côté et \(0\) de l’autre.
Résolvons \(\lfloor 2x – 1 \rfloor = 3\). Par la caractérisation, cela équivaut à \(3 \leq 2x – 1 < 4\), soit \(2 \leq x < \frac{5}{2}\). L’ensemble des solutions est donc \(\left[2, \frac{5}{2}\right[\).
Comptons les multiples de \(7\) compris entre \(1\) et \(500\). Un entier \(7k\), avec \(k \geq 1\), convient si et seulement si \(7k \leq 500\), soit \(k \leq \frac{500}{7}\). Comme \(k\) est entier, cela équivaut à \(k \leq \left\lfloor \frac{500}{7} \right\rfloor\).
Or \(7 \times 71 = 497 \leq 500 < 504 = 7 \times 72\). Donc \(\left\lfloor \frac{500}{7} \right\rfloor = 71\), et il y a exactement \(71\) multiples de \(7\) entre \(1\) et \(500\).
Plus généralement, pour \(N\) et \(q\) entiers naturels non nuls, le nombre de multiples de \(q\) dans \(\{1, \ldots, N\}\) vaut \(\left\lfloor \frac{N}{q} \right\rfloor\). En effet, c’est le nombre d’entiers \(k \geq 1\) tels que \(k \leq \frac{N}{q}\).
La partie entière fournit aussi les approximations décimales. Pour \(n \in \mathbb{N}\), le nombre \(d_n = 10^{-n}\lfloor 10^n x \rfloor\) vérifie \(d_n \leq x < d_n + 10^{-n}\). Par exemple, pour \(x = \frac{22}{7} \approx 3{,}1428571\), on obtient \(d_2 = 3{,}14\) et \(d_3 = 3{,}142\).
5. Rationnels, irrationnels et densité
5.1 Les différentes familles de nombres
Chaque famille contient la précédente : les entiers naturels, les entiers relatifs, les décimaux \(\mathbb{D}\), les rationnels, puis les réels. Un décimal est un nombre de la forme \(\frac{p}{10^n}\), avec \(p \in \mathbb{Z}\) et \(n \in \mathbb{N}\). Un rationnel s’écrit \(\frac{p}{q}\), avec \(p \in \mathbb{Z}\) et \(q \in \mathbb{N}^*\). Enfin, un réel non rationnel est dit irrationnel.
Le nombre \(\sqrt{6}\) est irrationnel.
Supposons \(\sqrt{6} = \frac{p}{q}\), avec \(p\) et \(q\) entiers naturels non nuls et premiers entre eux. En élevant au carré, \(p^2 = 6q^2\). Le carré \(p^2\) est donc pair, ce qui force \(p\) à l’être aussi, car le carré d’un impair est impair. Posons \(p = 2k\) ; il vient \(4k^2 = 6q^2\), soit \(2k^2 = 3q^2\). Ainsi \(3q^2\) est pair, donc \(q\) est pair. Finalement, \(p\) et \(q\) sont tous deux pairs, ce qui contredit leur primalité relative.
Par ailleurs, la somme d’un rationnel et d’un irrationnel est irrationnelle. En effet, si \(r + x = s\) avec \(r, s\) rationnels, alors \(x = s – r\) serait rationnel. En revanche, la somme de deux irrationnels peut être rationnelle, comme \(\sqrt{6} + (1 – \sqrt{6}) = 1\).
5.2 Rationnels et irrationnels partout sur la droite
On dit que \(D \subset \mathbb{R}\) est dense dans \(\mathbb{R}\) lorsque \(D\) rencontre chaque intervalle \(]a,b[\) tel que \(a < b\).
Entre deux réels distincts, on trouve toujours un rationnel et un irrationnel. Autrement dit, \(\mathbb{Q}\) et son complémentaire \(\mathbb{R} \setminus \mathbb{Q}\) sont denses dans \(\mathbb{R}\).
Soit \(a < b\). Comme \(\mathbb{R}\) est archimédien, il existe un entier \(n \geq 1\) avec \(n > \frac{1}{b – a}\), c’est-à-dire \(\frac{1}{n} < b – a\). Posons \(p = \lfloor na \rfloor + 1\). Alors \(na < p \leq na + 1\), donc \(a < \frac{p}{n} \leq a + \frac{1}{n} < b\). Le rationnel \(\frac{p}{n}\) convient.
Pour les irrationnels, on applique ce résultat à l’intervalle \(]a – \sqrt{6}, b – \sqrt{6}[\). On obtient un rationnel \(r\) dans cet intervalle. Alors \(r + \sqrt{6}\) appartient à \(]a,b[\), et il est irrationnel.
La figure montre l’idée de la preuve. Les fractions de dénominateur \(n\) forment une grille de pas \(\frac{1}{n}\). Dès que ce pas est plus petit que la longueur de l’intervalle, un point de la grille tombe dedans.
![Grilles de fractions p/n pour plusieurs dénominateurs n, et intervalle ]a,b[ qui finit par contenir un point de grille](https://maths-pdf.fr/wp-content/uploads/sup-maths-pdf/sup/borne-superieure-densite-reels-cours-densite-rationnels.png)
Cherchons un rationnel entre \(\sqrt{5} \approx 2{,}2360680\) et \(2{,}237\). L’écart vaut environ \(0{,}00093\). On prend \(n = 1100\), car \(\frac{1}{1100} \approx 0{,}00091\) est plus petit. Ensuite, \(1100\sqrt{5} \approx 2459{,}67\), donc \(p = 2459 + 1 = 2460\).
Le rationnel \(\frac{2460}{1100} = \frac{123}{55} \approx 2{,}23636\) convient : il est bien compris entre \(\sqrt{5}\) et \(2{,}237\).
Remarque :
Par densité, tout intervalle ouvert non vide contient même une infinité de rationnels. On applique en effet le théorème à des sous-intervalles disjoints. De plus, les approximations décimales \(d_n\) fournissent des rationnels qui se rapprochent autant qu’on veut d’un réel fixé.
Les erreurs fréquentes
- Soustraire ou diviser deux inégalités membre à membre.
- Multiplier une inégalité par un nombre dont on ignore le signe.
- Affirmer qu’une borne supérieure est un maximum sans vérifier qu’elle appartient à l’ensemble.
- Oublier la seconde condition de la caractérisation, et ne prouver que l’existence d’un majorant.
- Calculer \(\lfloor -2{,}5 \rfloor\) comme une troncature et trouver \(-2\) au lieu de \(-3\).
Fiche mémo
- Règles licites : sommer des inégalités, multiplier par un positif, multiplier des encadrements de positifs, inverser des positifs.
- Distance : \(|x – a| \leq r\) équivaut à \(a – r \leq x \leq a + r\).
- Inégalité triangulaire : \(\big||x| – |y|\big| \leq |x \pm y| \leq |x| + |y|\).
- Toute partie non vide et majorée de \(\mathbb{R}\) a une borne supérieure.
- \(M = \sup A\) : \(M\) majore \(A\) et, pour tout \(\varepsilon > 0\), un élément de \(A\) dépasse \(M – \varepsilon\).
- Intervalles : parties qui contiennent \([x,y]\) dès qu’elles contiennent \(x\) et \(y\).
- Partie entière : le plus grand entier \(n\) tel que \(n \leq x\) ; on a toujours \(x < \lfloor x \rfloor + 1\).
- Densité de \(\mathbb{Q}\) : \(\frac{\lfloor na \rfloor + 1}{n}\) est dans \(]a,b[\) dès que \(\frac{1}{n} < b – a\).
Questions fréquentes
Quelle différence entre maximum et borne supérieure ?
Le maximum est un majorant qui appartient à l’ensemble. La borne supérieure est le plus petit des majorants, qu’elle appartienne ou non à l’ensemble. Ainsi, l’intervalle [0,1[ admet 1 pour borne supérieure mais ne possède pas de maximum. Quand le maximum existe, il est égal à la borne supérieure.
Peut-on soustraire ou diviser deux inégalités ?
Non, ces opérations ne sont pas licites en général. On peut ajouter deux inégalités de même sens, et multiplier des inégalités entre nombres positifs. Pour une différence, on ajoute l’opposé, ce qui renverse l’encadrement du terme soustrait. Pour un quotient, on encadre l’inverse avant de multiplier.
Comment montrer qu'un réel M est la borne supérieure d'un ensemble ?
On vérifie deux points. D’abord, M majore tous les éléments de l’ensemble. Ensuite, pour tout epsilon strictement positif, on exhibe un élément de l’ensemble strictement supérieur à M moins epsilon. On peut aussi construire une suite d’éléments de l’ensemble qui converge vers M.
Pourquoi la partie entière d'un nombre négatif surprend-elle ?
La partie entière est le plus grand entier inférieur ou égal au nombre, et non sa troncature. Pour -2,3, ce plus grand entier vaut -3, et non -2. Il suffit de se rappeler l’encadrement : la partie entière est toujours inférieure ou égale au nombre.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de maths sup (MPSI) sur borne supérieure et densité
- Bases utiles : Quantificateurs, raisonnements et rédaction
- Chapitre d’avant : Résoudre une équation différentielle linéaire
- Chapitre d’après : Convergence des suites réelles et complexes
- Vérifier ses acquis : QCM de maths sup (MPSI) sur borne supérieure et densité
- Contrôle corrigé en temps limité : Bornes supérieures et parties entières : contrôle de maths en MPSI
- Le même thème en L1 de maths : Inégalités, borne supérieure et propriété d'Archimède
- Tous les chapitres : le sommaire de maths sup (MPSI)
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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