Quantificateurs et raisonnements en maths sup (MPSI) : cours et méthodes
Ce chapitre ouvre l’année de maths sup et sert d’outil pour tous les autres. Nous y traitons les assertions et les connecteurs, puis les quantificateurs MPSI et leur ordre. Ensuite, nous apprenons à nier une phrase quantifiée sans erreur, à distinguer réciproque et contraposée, ainsi que condition nécessaire et condition suffisante.
La seconde moitié du cours porte sur les raisonnements : disjonction des cas, contraposition, absurde et analyse-synthèse. Enfin, nous détaillons la récurrence simple, double et forte, avec une hypothèse rédigée proprement. Chaque partie propose des modèles de phrases à réutiliser en devoir et en colle.
Ce chapitre prépare directement l’analyse réelle, l’arithmétique et l’algèbre linéaire. En effet, toutes les définitions de limite, d’injectivité ou de borne reposent sur des quantificateurs. Une bonne maîtrise dès septembre vous fera donc gagner des points pendant toute l’année.
Ce que vous saurez faire
- Traduire une phrase française en assertion quantifiée, puis l’inverse, sans perdre le sens.
- Nier mécaniquement une assertion qui contient trois ou quatre quantificateurs.
- Distinguer réciproque et contraposée, condition nécessaire et condition suffisante.
- Choisir, devant un énoncé, entre disjonction des cas, contraposition, absurde et analyse-synthèse.
- Rédiger une récurrence simple, double ou forte avec une hypothèse écrite noir sur blanc.
- Repérer à l’oral les fautes de logique que les examinateurs de colle sanctionnent en premier.
1. Assertions, connecteurs et quantificateurs
En mathématiques, on ne manipule pas des opinions mais des assertions. Une assertion est une phrase qui a une valeur de vérité : elle est vraie ou fausse, jamais les deux. Ainsi, « \(17\) est premier » est une assertion vraie. En revanche, « \(x^2 = 5\) » n’est pas une assertion tant que l’on ne sait pas qui est \(x\). On parle alors de prédicat, noté par exemple \(P(x)\).
1.1 Les connecteurs logiques
À partir de deux assertions \(P\) et \(Q\), on en construit d’autres. Nous utilisons quatre connecteurs de base. Leur sens est fixé par une table de vérité, et non par l’usage courant de la langue.
La négation \(\neg P\) est vraie exactement quand \(P\) est fausse. La conjonction « \(P\) et \(Q\) » est vraie quand les deux sont vraies. La disjonction « \(P\) ou \(Q\) » est vraie quand au moins l’une des deux l’est. Enfin, l’implication \(P \Rightarrow Q\) est fausse dans un seul cas : \(P\) vraie et \(Q\) fausse.
Le « ou » mathématique est donc inclusif. Par exemple, « \(6\) est pair ou \(6\) est multiple de \(3\) » est vraie, alors que les deux parties sont vraies. De même, l’implication a un comportement surprenant au premier abord. En effet, « si \(2 + 2 = 5\), alors la Lune est cubique » est une assertion vraie, car sa prémisse est fausse.
La table suivante résume les cas. Elle compare aussi l’implication avec sa réciproque et sa contraposée, que nous étudions en partie 3.

1.2 Les quantificateurs et leur ordre
Un prédicat \(P(x)\) devient une assertion dès que l’on précise pour quels \(x\) on l’affirme. Deux symboles suffisent pour cela.
« \(\forall x \in E,\ P(x)\) » se lit « pour tout \(x\) de \(E\), \(P(x)\) ». Cette assertion est vraie si \(P(x)\) est vraie pour chaque élément de \(E\).
« \(\exists x \in E,\ P(x)\) » se lit « il existe \(x\) dans \(E\) tel que \(P(x)\) ». Elle est vraie si au moins un élément de \(E\) convient. Enfin, « \(\exists !\, x \in E,\ P(x)\) » affirme l’existence d’un tel \(x\) et son unicité.
La variable quantifiée est muette : \(\forall x \in \mathbb{R},\ x^2 + 1 > 0\) et \(\forall t \in \mathbb{R},\ t^2 + 1 > 0\) disent exactement la même chose. En revanche, l’ordre des quantificateurs change tout dès qu’ils sont de natures différentes.
Comparons \(A\) : « \(\forall x \in \mathbb{R},\ \exists y \in \mathbb{R},\ y > x\) » et \(B\) : « \(\exists y \in \mathbb{R},\ \forall x \in \mathbb{R},\ y > x\) ».
D’abord, \(A\) est vraie : pour un réel \(x\) donné, le réel \(y = x + 1\) convient. Ici, \(y\) est choisi après \(x\) et dépend de lui. Ensuite, \(B\) est fausse : un tel \(y\) serait strictement plus grand que tous les réels, donc que lui-même. Autrement dit, \(B\) affirme que \(\mathbb{R}\) possède un plus grand élément strict, ce qui est absurde.
La figure illustre l’assertion \(A\). Chaque droite verticale \(x = x_0\) rencontre la zone \(y > x\), mais aucune droite horizontale ne reste entièrement dans cette zone.

Deux quantificateurs de même nature commutent : \(\forall x\, \forall y\) équivaut à \(\forall y\, \forall x\), et de même pour \(\exists\). De plus, « \(\exists y\, \forall x,\ P(x, y)\) » implique toujours « \(\forall x\, \exists y,\ P(x, y)\) ». Cependant, la réciproque est fausse en général, comme le montre l’exemple précédent.
Piège à éviter :
Les abréviations \(\forall\) et \(\exists\) ne s’emploient pas au milieu d’une phrase française. Écrire « la suite est positive \(\forall n\) » est refusé en colle. On rédige soit en symboles complets, soit en français : « pour tout entier \(n\), le terme \(u_n\) est positif ».
2. Nier une assertion quantifiée
Nier correctement est le premier réflexe attendu en début d’année. En effet, toute preuve par l’absurde ou par contraposition commence par une négation. Une seule erreur de quantificateur rend alors la suite du raisonnement hors sujet.
Pour toutes assertions \(P\) et \(Q\) et tout prédicat \(R\) :
- \(\neg(P \text{ et } Q)\) équivaut à \((\neg P) \text{ ou } (\neg Q)\), et \(\neg(P \text{ ou } Q)\) équivaut à \((\neg P) \text{ et } (\neg Q)\) ;
- \(\neg(P \Rightarrow Q)\) équivaut à « \(P\) et \(\neg Q\) » ;
- \(\neg(\forall x \in E,\ R(x))\) équivaut à \(\exists x \in E,\ \neg R(x)\) ;
- \(\neg(\exists x \in E,\ R(x))\) équivaut à \(\forall x \in E,\ \neg R(x)\).
Les deux premières égalités portent le nom de lois de De Morgan. La troisième ligne mérite l’attention : la négation d’une implication n’est pas une implication. Par conséquent, pour montrer qu’une implication est fausse, il suffit de trouver une situation qui rend \(P\) vraie et \(Q\) fausse.
Pour nier une assertion écrite en symboles :
- on garde l’ordre des quantificateurs et on échange chaque \(\forall\) avec \(\exists\) ;
- on ne touche pas aux ensembles qui suivent les quantificateurs ;
- on nie la partie finale, sans quantificateur, avec les règles précédentes ;
- on relit enfin en français pour vérifier que le sens est bien contraire.
Soit \(g : [0, 4] \to \mathbb{R}\). L’assertion « \(g\) est bornée » s’écrit :
\[\exists M \in \mathbb{R},\ \forall t \in [0, 4],\ |g(t)| \leq M.\]
Nous appliquons la méthode. Le \(\exists M\) devient \(\forall M\), puis le \(\forall t\) devient \(\exists t\). Enfin, l’inégalité large se nie en inégalité stricte. On obtient :
\[\forall M \in \mathbb{R},\ \exists t \in [0, 4],\ |g(t)| > M.\]
En français : quel que soit le seuil choisi, la fonction le dépasse en valeur absolue quelque part.
Piège à éviter :
La condition « \(t \in [0, 4]\) » n’est jamais niée. Écrire \(\exists t \notin [0, 4]\) est une faute classique. En effet, l’ensemble ne fait que préciser le domaine où l’on cherche, il ne fait pas partie de la propriété.
3. Implication, équivalence et conditions
3.1 Réciproque, contraposée et équivalence
À l’implication \(P \Rightarrow Q\), on associe sa réciproque \(Q \Rightarrow P\) et sa contraposée \(\neg Q \Rightarrow \neg P\). L’équivalence \(P \Leftrightarrow Q\) signifie que l’implication et sa réciproque sont vraies toutes les deux.
Une implication et sa contraposée ont toujours la même valeur de vérité.
L’implication \(P \Rightarrow Q\) est fausse seulement quand \(P\) est vraie et \(Q\) fausse. De même, \(\neg Q \Rightarrow \neg P\) est fausse seulement quand \(\neg Q\) est vraie et \(\neg P\) fausse. Autrement dit, c’est encore le cas où \(Q\) est fausse et \(P\) vraie. Les deux assertions sont donc fausses dans le même unique cas, d’où le résultat.
En revanche, une implication et sa réciproque sont indépendantes. Par exemple, pour un entier \(n\), l’implication « \(n\) multiple de \(10\) \(\Rightarrow\) \(n\) pair » est vraie. Cependant, sa réciproque est fausse, car \(4\) est pair sans être multiple de \(10\).
3.2 Condition nécessaire, condition suffisante
Lorsque \(P \Rightarrow Q\) est vraie, \(P\) suffit à garantir \(Q\) : c’est une condition suffisante. Dans l’autre sens, \(Q\) est indispensable à \(P\) : c’est une condition nécessaire. Quand \(P \Leftrightarrow Q\), on dit que \(P\) est une condition nécessaire et suffisante pour \(Q\).
Retenons une image simple. Si l’on note \(A\) l’ensemble des objets qui vérifient \(P\) et \(B\) celui des objets qui vérifient \(Q\), alors \(P \Rightarrow Q\) signifie \(A \subset B\). Ainsi, la condition suffisante décrit le petit ensemble, et la condition nécessaire le grand.
Pour un réel \(x\), posons \(P\) : « \(x > 3\) » et \(Q\) : « \(x^2 > 4\) ». Si \(x > 3\), alors \(x^2 > 9 > 4\). Donc \(P\) est une condition suffisante pour \(Q\).
Cependant, \(P\) n’est pas nécessaire pour \(Q\) : le réel \(x = -3\) vérifie \(x^2 = 9 > 4\), mais pas \(x > 3\). Enfin, une condition nécessaire et suffisante pour \(Q\) est « \(x < -2\) ou \(x > 2\) ».
Sur la droite réelle, l’ensemble associé à \(P\) est bien inclus dans celui associé à \(Q\).

En colle, reformulez toujours « il faut que » par « nécessaire » et « il suffit que » par « suffisant ». Ensuite, écrivez l’implication correspondante avant de répondre. Cette traduction évite les confusions de sens.
4. Trois raisonnements de base
Face à un énoncé, le choix du raisonnement se fait souvent en quelques secondes. Nous présentons ici les trois modèles les plus fréquents, avec la phrase type qui les annonce.
4.1 La disjonction des cas
On découpe l’ensemble des situations en un nombre fini de cas qui les recouvrent toutes. Ensuite, on démontre le résultat dans chaque cas. Ce découpage est naturel avec la parité, le signe ou les valeurs absolues.
Montrons que, pour tout entier \(n\), l’entier \(n^2 + n + 11\) est impair. Deux cas recouvrent tous les entiers.
- Si \(n = 2k\), alors \(n^2 + n + 11 = 4k^2 + 2k + 10 + 1 = 2(2k^2 + k + 5) + 1\), qui est impair.
- Si \(n = 2k + 1\), alors \(n^2 + n = (2k + 1)(2k + 2) = 2(2k + 1)(k + 1)\) est pair. Donc \(n^2 + n + 11\) est impair.
Dans les deux cas, la conclusion est la même. Par conséquent, le résultat vaut pour tout entier \(n\).
4.2 La contraposition
Pour prouver \(P \Rightarrow Q\), on peut démontrer \(\neg Q \Rightarrow \neg P\), qui lui est équivalente d’après le théorème de la partie 3. C’est utile quand \(\neg Q\) donne une information exploitable, alors que \(Q\) n’en donne pas.
- On écrit clairement la contraposée : « Nous montrons que si \(\neg Q\), alors \(\neg P\). »
- On suppose \(\neg Q\), en la traduisant de façon utilisable.
- On en déduit \(\neg P\) par un calcul direct.
- On conclut : « Par contraposition, \(P \Rightarrow Q\). »
Par exemple, montrons que si \(n^3\) est pair, alors \(n\) est pair. L’hypothèse « \(n^3\) pair » se prête mal au calcul. Nous montrons plutôt la contraposée : si \(n = 2k + 1\) est impair, alors \(n^3 = 8k^3 + 12k^2 + 6k + 1\) est impair. La conclusion suit par contraposition.
4.3 Le raisonnement par l’absurde
Pour prouver une assertion \(R\), on suppose \(\neg R\), puis l’on déduit deux résultats incompatibles. Ainsi, \(\neg R\) est fausse, donc \(R\) est vraie.
Le réel \(\log_{10}(2)\) est irrationnel.
Supposons par l’absurde que \(\log_{10}(2) = p/q\) avec \(p, q\) entiers et \(q \geq 1\). Comme \(1 < 2 < 10\), on a \(0 < \log_{10}(2) < 1\), donc \(p \geq 1\). Ensuite, \(10^{p/q} = 2\), puis \(10^p = 2^q\). Or \(10^p\) est divisible par \(5\), alors que \(2^q\) ne l’est pas. C’est une contradiction, donc \(\log_{10}(2)\) est irrationnel.
Remarque :
Contraposition et absurde se ressemblent, mais ne se confondent pas. La contraposition garde une structure d’implication et vise une conclusion précise, \(\neg P\). En revanche, l’absurde cherche n’importe quelle contradiction. Quand la contraposée suffit, elle donne souvent une rédaction plus claire.
5. Le raisonnement par analyse-synthèse
Ce raisonnement sert à trouver tous les objets qui vérifient une propriété, ou à prouver l’existence et l’unicité d’une décomposition. Il se déroule toujours en deux temps bien séparés.
- Analyse. On suppose qu’un objet convient et l’on en tire des conditions nécessaires. Le but est d’aboutir à une liste restreinte de candidats, parfois un seul.
- Synthèse. On vérifie, parmi ces candidats, lesquels conviennent vraiment. C’est l’étape de la condition suffisante.
- Conclusion. On énonce l’ensemble exact des solutions.
Cherchons les fonctions \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\) telles que, pour tous réels \(x\) et \(y\), \(f(x) – f(y) = 3(x – y)\).
Analyse. Soit \(f\) une solution. En prenant \(y = 0\), on obtient \(f(x) = 3x + f(0)\) pour tout \(x\). Donc \(f\) est de la forme \(x \mapsto 3x + c\), avec \(c\) réel.
Synthèse. Réciproquement, soit \(c\) réel et \(f(x) = 3x + c\). Alors \(f(x) – f(y) = 3x – 3y = 3(x – y)\) pour tous \(x, y\). Toutes ces fonctions conviennent.
Conclusion. Les solutions sont exactement les fonctions \(x \mapsto 3x + c\), où \(c\) décrit \(\mathbb{R}\).
Remarque :
Dans une analyse, le résultat obtenu n’est qu’une condition nécessaire. Il arrive que la synthèse élimine tous les candidats ou une partie d’entre eux. C’est pourquoi l’oubli de la synthèse coûte cher : on affirme alors des solutions qui n’en sont pas.
6. Les trois formes de récurrence
La récurrence repose sur une propriété fondamentale de \(\mathbb{N}\) : toute partie non vide de \(\mathbb{N}\) admet un plus petit élément. Nous l’admettons ici, et nous en déduisons les trois schémas.
6.1 Récurrence simple
Soit \(n_0 \in \mathbb{N}\) et \(\mathcal{P}(n)\) un prédicat défini pour \(n \geq n_0\). On suppose que \(\mathcal{P}(n_0)\) est vraie et que, pour tout \(n \geq n_0\), \(\mathcal{P}(n) \Rightarrow \mathcal{P}(n + 1)\). Alors \(\mathcal{P}(n)\) est vraie pour tout entier \(n \geq n_0\).
Supposons par l’absurde que l’ensemble \(F\) des entiers \(n \geq n_0\) pour lesquels \(\mathcal{P}(n)\) est fausse soit non vide. Il admet alors un plus petit élément \(m\). D’abord, \(m \neq n_0\), puisque \(\mathcal{P}(n_0)\) est vraie. Ainsi, \(m – 1 \geq n_0\) et \(m – 1 \notin F\), donc \(\mathcal{P}(m – 1)\) est vraie. L’hérédité donne alors \(\mathcal{P}(m)\) vraie, ce qui contredit \(m \in F\).
Montrons que, pour tout \(n \geq 1\), \(\displaystyle\sum_{k=1}^{n} k(k+2) = \frac{n(n+1)(2n+7)}{6}\).
Pour \(n \geq 1\), notons \(\mathcal{P}(n)\) cette égalité. Initialisation : pour \(n = 1\), le membre de gauche vaut \(3\) et celui de droite \(\frac{1 \times 2 \times 9}{6} = 3\).
Hérédité : soit \(n \geq 1\) tel que \(\mathcal{P}(n)\) soit vraie. Alors la somme jusqu’à \(n + 1\) vaut \(\frac{n(n+1)(2n+7)}{6} + (n+1)(n+3)\). On factorise par \(\frac{n+1}{6}\) :
\[\frac{n+1}{6}\bigl(2n^2 + 7n + 6n + 18\bigr) = \frac{(n+1)(n+2)(2n+9)}{6}.\]
C’est exactement \(\mathcal{P}(n + 1)\), car \(2(n+1) + 7 = 2n + 9\). Par récurrence, l’égalité vaut pour tout \(n \geq 1\).
6.2 Hypothèse sur deux rangs ou sur tous les rangs
Prenons une suite comme \(w_{n+2} = w_{n+1} + w_n\) : chaque terme fait appel aux deux qui le précèdent. Une hypothèse posée sur le seul rang \(n\) devient alors trop pauvre.
Récurrence double. On suppose \(\mathcal{P}(n_0)\) et \(\mathcal{P}(n_0 + 1)\) vraies. On suppose aussi que deux rangs consécutifs vrais \(n\) et \(n + 1\) entraînent toujours le rang \(n + 2\). Alors la propriété tient à chaque rang \(n \geq n_0\).
Récurrence forte. On suppose \(\mathcal{P}(n_0)\) vraie. On suppose aussi que, dès que tous les rangs de \(n_0\) jusqu’à \(n\) sont acquis, le rang \(n + 1\) l’est à son tour. Alors, là encore, la propriété tient à chaque rang \(n \geq n_0\).
Pour s’en convaincre, il suffit d’appliquer la récurrence simple aux prédicats « \(\mathcal{P}(n)\) et \(\mathcal{P}(n + 1)\) », puis « \(\mathcal{P}(n_0)\) et … et \(\mathcal{P}(n)\) ». Le schéma ci-dessous montre les rangs utilisés pour établir \(\mathcal{P}(4)\) dans chaque forme.

Montrons que tout entier \(n \geq 2\) est un produit de nombres premiers. Pour \(n \geq 2\), notons \(\mathcal{P}(n)\) cette propriété. D’abord, \(\mathcal{P}(2)\) est vraie, car \(2\) est premier.
Ensuite, soit \(n \geq 2\) tel que \(\mathcal{P}(2), \ldots, \mathcal{P}(n)\) soient vraies. Si \(n + 1\) est premier, c’est terminé. Sinon, \(n + 1 = ab\) avec \(2 \leq a, b \leq n\). Les deux facteurs sont des produits de nombres premiers, donc \(n + 1\) aussi. Ici, une récurrence simple échouerait, car \(a\) et \(b\) ne valent pas \(n\) en général.
Piège à éviter :
Une récurrence double exige deux initialisations. Si l’on vérifie seulement \(\mathcal{P}(0)\), l’hérédité ne permet pas d’atteindre \(\mathcal{P}(2)\), car elle réclame aussi \(\mathcal{P}(1)\). De même, l’hypothèse de récurrence se formule pour un \(n\) fixé : écrire « supposons \(\mathcal{P}(n)\) vraie pour tout \(n\) » revient à supposer le résultat.
Les erreurs fréquentes
- Inverser l’ordre de \(\forall\) et \(\exists\) en recopiant une définition, ce qui change complètement son sens.
- Nier l’ensemble de quantification ou oublier de transformer une inégalité large en inégalité stricte.
- Prendre la réciproque d’une implication pour sa contraposée.
- Présenter une analyse sans synthèse et annoncer des solutions jamais vérifiées.
- Rédiger une hérédité qui suppose \(\mathcal{P}(n)\) pour tout \(n\), ou oublier une initialisation en récurrence double.
Fiche mémo
- « Ou » est inclusif ; \(P \Rightarrow Q\) est fausse seulement si \(P\) est vraie et \(Q\) fausse.
- \(\exists y\, \forall x\) implique \(\forall x\, \exists y\), jamais l’inverse en général.
- Nier : échanger \(\forall\) et \(\exists\), garder les ensembles, nier la fin.
- \(\neg(P \Rightarrow Q)\) équivaut à « \(P\) et \(\neg Q\) ».
- Une implication et sa contraposée sont équivalentes ; la réciproque n’a aucun lien.
- \(P \Rightarrow Q\) : \(P\) suffisante pour \(Q\), \(Q\) nécessaire pour \(P\).
- Analyse : conditions nécessaires. Synthèse : vérification. Puis conclusion.
- Récurrence simple : une initialisation ; double : deux ; forte : hypothèse sur tous les rangs précédents.
Questions fréquentes
Quelle différence entre contraposée et raisonnement par l'absurde ?
La contraposée remplace l’implication P implique Q par non Q implique non P, et vise donc une conclusion précise. L’absurde suppose la négation du résultat et cherche n’importe quelle contradiction. Quand la contraposée suffit, elle donne en général une rédaction plus courte et plus claire.
Faut-il toujours faire la synthèse dans une analyse-synthèse ?
Oui. L’analyse ne fournit que des conditions nécessaires, donc une liste de candidats. Seule la synthèse prouve que ces candidats conviennent réellement. Sans elle, la réponse est incomplète et souvent fausse.
Quand utiliser une récurrence forte plutôt qu'une récurrence simple ?
On l’utilise quand le rang n + 1 dépend de rangs antérieurs qui ne sont pas forcément n, par exemple pour une factorisation en nombres premiers. Si seuls les deux rangs précédents interviennent, une récurrence double suffit, avec deux initialisations.
Peut-on écrire les symboles pour tout et il existe dans une phrase en français ?
Non, ces symboles ne sont pas des abréviations. On écrit soit une assertion entièrement symbolique, soit une phrase entièrement en français. Les examinateurs de colle sanctionnent ce mélange dès les premières semaines.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de maths sup (MPSI) sur quantificateurs et raisonnements
- Chapitre d’après : Ensembles, injections, surjections et relations
- Vérifier ses acquis : QCM de maths sup (MPSI) sur quantificateurs et raisonnements
- Contrôle corrigé en temps limité : Quantificateurs, injections et surjections : contrôle de maths en MPSI
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- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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