Divisibilité et congruences en L1 de maths : cours et méthodes
Ce cours de divisibilité congruences L1 bâtit l’arithmétique des entiers sur une base unique, la division euclidienne. Il prend place au premier semestre, après le raisonnement par récurrence. Tous les énoncés y sont prouvés, et un contre-exemple montre à chaque fois le rôle des hypothèses.
Nous partons de la divisibilité, puis nous calculons le PGCD par l’algorithme d’Euclide. En le remontant, nous obtenons le théorème de Bézout, puis le lemme de Gauss, qui sert à résoudre les équations diophantiennes. Ensuite viennent les nombres premiers, leur infinité et la décomposition en facteurs premiers. Enfin, les congruences et le théorème de Fermat permettent de calculer avec des restes. Ces notions préparent les anneaux Z/nZ, les polynômes et la cryptographie étudiés plus tard en licence.
Ce que vous saurez faire
- Écrire la division euclidienne d’un entier relatif, en particulier négatif, avec un reste correct.
- Dérouler l’algorithme d’Euclide, puis le remonter pour obtenir une relation de Bézout.
- Résoudre une équation \(ax + by = c\) en entiers et décrire toutes ses solutions.
- Utiliser le lemme de Gauss et la décomposition en facteurs premiers pour raisonner sur les diviseurs.
- Calculer modulo \(n\), inverser un entier modulo \(n\) et réduire une grande puissance grâce au petit théorème de Fermat.
- Rédiger la preuve de l’infinité des nombres premiers et l’adapter à des variantes.
1. Divisibilité dans Z et division euclidienne
L’arithmétique de ce chapitre repose sur un seul outil : la division avec reste. Nous la construisons à partir d’une propriété de \(\mathbf{N}\), puis nous en tirons tout le reste, pas à pas. Dans tout le chapitre, les lettres \(a, b, c, d, n\) désignent des entiers relatifs.
1.1 Diviseurs et multiples
L’écriture \(b \mid a\) (lire « \(b\) divise \(a\) ») signifie que \(a = kb\) pour au moins un entier relatif \(k\). Dans ce cas, \(a\) est appelé multiple de \(b\), et \(b\) diviseur de \(a\). Les multiples de \(b\) forment l’ensemble \(b\mathbf{Z}\).
Quelques conséquences sont immédiates. Le nombre 0 est multiple de chaque entier, mais il n’est diviseur que de lui-même. Ensuite, \(\pm 1\) sont diviseurs de chaque entier. Enfin, si \(b \mid a\) et \(a \neq 0\), alors \(|b| \leqslant |a|\).
La relation de divisibilité est réflexive et transitive. De plus, si \(d \mid a\) et \(d \mid b\), alors \(d\) divise toute combinaison \(ua + vb\) avec \(u, v \in \mathbf{Z}\). Enfin, \(a \mid b\) et \(b \mid a\) entraînent \(|a| = |b|\).
Pour la combinaison, écrivons \(a = d a^{\prime}\) et \(b = d b^{\prime}\). Alors \(ua + vb = d(u a^{\prime} + v b^{\prime})\), qui est bien un multiple de \(d\). Pour le dernier point, supposons \(b = ka\) et \(a = \ell b\). Si \(a = 0\), alors \(b = 0\). Sinon, \(a = k \ell a\) donne \(k \ell = 1\). Les seuls entiers inversibles étant \(1\) et \(-1\), on obtient \(k = \pm 1\).
Sur \(\mathbf{Z}\), la divisibilité n’est pas antisymétrique. En effet, \(4 \mid -4\) et \(-4 \mid 4\), alors que \(4 \neq -4\). Ce n’est donc pas une relation d’ordre sur \(\mathbf{Z}\). En revanche, elle en devient une sur \(\mathbf{N}\).
1.2 Le théorème de la division euclidienne
Nous allons prouver l’existence d’une division avec reste, puis son unicité. La preuve repose sur un principe simple : toute partie non vide de \(\mathbf{N}\) admet un plus petit élément.
Pour \(a \in \mathbf{Z}\) et \(b \geqslant 1\), on peut écrire \(a = bq + r\) avec \(q \in \mathbf{Z}\) et \(r \in \{0, 1, \dots, b – 1\}\), et ce d’une seule façon. On nomme \(q\) le quotient et \(r\) le reste.
Existence. Considérons \(A = \{a – bk \mid k \in \mathbf{Z}\} \cap \mathbf{N}\). Cette partie n’est pas vide : avec \(k = -|a|\), on obtient \(a + b|a| \geqslant a + |a| \geqslant 0\). Elle admet donc un plus petit élément \(r = a – bq\). Si l’on avait \(r \geqslant b\), alors \(r – b = a – b(q+1)\) serait encore dans \(A\) et plus petit que \(r\). C’est impossible, donc \(0 \leqslant r < b\).
Unicité. Supposons \(bq + r = bq^{\prime} + r^{\prime}\) avec les deux restes dans \([0, b – 1]\). Alors \(b \mid r – r^{\prime}\). Or \(|r – r^{\prime}| < b\). Le seul multiple de \(b\) de valeur absolue strictement inférieure à \(b\) est 0. Ainsi, \(r = r^{\prime}\), puis \(q = q^{\prime}\).
Divisons \(-47\) par 6. Le plus grand multiple de 6 inférieur ou égal à \(-47\) est \(-48 = 6 \times (-8)\). Par conséquent, \(-47 = 6 \times (-8) + 1\). Le quotient vaut \(-8\) et le reste vaut 1. On vérifie bien que \(0 \leqslant 1 < 6\).
La figure situe \(-47\) entre deux multiples consécutifs de 6. Le reste mesure l’écart avec le multiple situé juste à gauche.

Piège à éviter :
L’écriture \(-47 = 6 \times (-7) – 5\) est juste, mais ce n’est pas la division euclidienne. En effet, le reste doit être positif. Pour un dividende négatif, on descend donc au multiple de \(b\) situé à gauche, et pas à celui qui est le plus proche.
2. PGCD et algorithme d’Euclide
Deux entiers ont toujours des diviseurs communs, au moins \(1\) et \(-1\). Le plus grand d’entre eux contient une information essentielle. Nous montrons qu’il se calcule par des divisions successives.
2.1 Définition et lemme d’Euclide
Supposons \((a, b) \neq (0, 0)\). Les diviseurs communs à \(a\) et \(b\) contiennent 1 et sont bornés par \(\max(|a|, |b|)\). Le plus grand d’entre eux est le PGCD, noté \(a \wedge b\) ; on pose aussi \(0 \wedge 0 = 0\). Lorsque ce PGCD vaut 1, les deux entiers sont dits premiers entre eux.
Si \(a = bq + r\), alors les diviseurs communs à \(a\) et \(b\) sont exactement les diviseurs communs à \(b\) et \(r\). En particulier, \(a \wedge b = b \wedge r\).
Un diviseur commun à \(a\) et \(b\) divise la combinaison \(r = a – qb\). Inversement, un diviseur commun à \(b\) et \(r\) divise \(a = bq + r\). Ayant les mêmes éléments, ces deux ensembles ont le même maximum.
2.2 L’algorithme
Le lemme suggère une stratégie. On remplace le couple \((a, b)\) par \((b, r)\), qui est plus petit, et l’on recommence. À chaque étape, le nouveau reste est un entier positif plus petit que le précédent. Ce processus finit donc par produire 0 après un nombre fini d’étapes. Le dernier reste non nul est alors le PGCD.
Calculons \(1078 \wedge 322\). Les divisions successives donnent : \[\begin{aligned} 1078 &= 3 \times 322 + 112, \\ 322 &= 2 \times 112 + 98, \\ 112 &= 1 \times 98 + 14, \\ 98 &= 7 \times 14 + 0. \end{aligned}\] Le dernier reste non nul vaut 14. Par conséquent, \(1078 \wedge 322 = 14\).
L’algorithme admet une lecture géométrique. On découpe un rectangle de côtés \(a\) et \(b\) en carrés aussi grands que possible. Le plus petit carré obtenu a pour côté le PGCD. La figure montre ce découpage pour un rectangle de 31 sur 13, dont le PGCD des côtés vaut 1.

2.3 Remonter l’algorithme : Euclide étendu
Chaque reste est une combinaison des deux restes précédents. En remontant les égalités, on exprime donc le PGCD comme combinaison de \(a\) et \(b\). C’est l’algorithme d’Euclide étendu.
- On écrit toutes les divisions de l’algorithme, en isolant chaque reste : \(r = a – qb\).
- On part de l’avant-dernière égalité, qui exprime le PGCD.
- On y remplace le reste précédent par son expression, puis on regroupe.
- On recommence jusqu’à ne plus voir apparaître que \(a\) et \(b\).
- On contrôle enfin la relation obtenue en effectuant les deux produits : les fautes de signe sont fréquentes.
Reprenons \(a = 1078\) et \(b = 322\). La troisième division donne \(14 = 112 – 98\). Or \(98 = 322 – 2 \times 112\), donc \(14 = 3 \times 112 – 322\). Ensuite, \(112 = 1078 – 3 \times 322\). En remplaçant, on obtient \[14 = 3 \times 1078 – 10 \times 322.\] Vérification : \(3234 – 3220 = 14\).
3. De Bézout à Gauss, puis au PPCM
L’algorithme étendu fournit toujours une combinaison égale au PGCD. Nous transformons cette observation en théorème. Ensuite, nous en déduisons le résultat le plus utile de l’arithmétique élémentaire : le lemme de Gauss.
3.1 Le théorème de Bézout
Le PGCD \(d\) de deux entiers \(a\) et \(b\) s’écrit toujours \(d = au + bv\) avec \(u, v\) entiers. En outre, la condition \(a \wedge b = 1\) équivaut à l’existence d’entiers \(u, v\) vérifiant \(au + bv = 1\).
Le premier point découle de l’algorithme d’Euclide étendu. Pour l’équivalence, le sens direct en est un cas particulier. Réciproquement, supposons \(au + bv = 1\). Tout diviseur commun à \(a\) et \(b\) divise alors 1. Il vaut donc \(\pm 1\), et le PGCD est égal à 1.
Remarque :
Le couple \((u, v)\) n’est jamais unique. Par exemple, \(3 \times 1078 – 10 \times 322 = 14\), mais aussi \((3 – 23) \times 1078 + (-10 + 77) \times 322 = 14\). En effet, on a ajouté \(-23 \times 1078 + 77 \times 322\), qui est nul puisque \(1078 = 77 \times 14\) et \(322 = 23 \times 14\).
3.2 Le lemme de Gauss
Si \(a \mid bc\) et si \(a \wedge b = 1\), alors \(a \mid c\).
Par Bézout, il existe \(u, v\) avec \(au + bv = 1\). Multiplions par \(c\) : \(c = acu + bcv\). Le premier terme est un multiple de \(a\). Le second aussi, car \(a \mid bc\). Donc \(a\) divise leur somme, c’est-à-dire \(c\).
L’hypothèse \(a \wedge b = 1\) est indispensable. Par exemple, 10 divise \(4 \times 15 = 60\). Pourtant, 10 ne divise ni 4 ni 15. Ici, \(10 \wedge 4 = 2\) et le lemme ne s’applique pas.
Si \(a \mid c\), \(b \mid c\) et \(a \wedge b = 1\), alors \(ab \mid c\). De plus, un entier premier avec \(b\) et premier avec \(c\) reste premier avec le produit \(bc\).
Pour le premier point, on écrit \(c = a k\). Ensuite, \(b \mid ak\) avec \(b \wedge a = 1\), donc \(b \mid k\) par Gauss. Ainsi, \(c\) est un multiple de \(ab\).
3.3 Le PPCM
Soit \(a\) et \(b\) non nuls. Le produit \(|ab|\) est un multiple commun strictement positif ; il en existe donc un plus petit. On l’appelle PPCM de \(a\) et \(b\) et on le note \(a \vee b\).
Lorsque \(a\) et \(b\) sont strictement positifs, le produit du PGCD par le PPCM redonne \(ab\). Par ailleurs, un entier est multiple commun de \(a\) et \(b\) exactement quand il est multiple de \(a \vee b\).
Posons \(d = a \wedge b\), puis \(a = d a^{\prime}\) et \(b = d b^{\prime}\), avec \(a^{\prime} \wedge b^{\prime} = 1\). Soit \(m\) un multiple commun : \(m = a k = d a^{\prime} k\). Comme \(b \mid m\), on obtient \(b^{\prime} \mid a^{\prime} k\), donc \(b^{\prime} \mid k\) par Gauss. Ainsi, \(m\) est un multiple de \(d a^{\prime} b^{\prime}\). Réciproquement, \(d a^{\prime} b^{\prime}\) est un multiple commun. Finalement, \(a \vee b = d a^{\prime} b^{\prime}\), et \(d \times d a^{\prime} b^{\prime} = ab\).
3.4 Équations diophantiennes linéaires
Étant donnés \(a, b, c\), on veut tous les couples \((x, y) \in \mathbf{Z}^2\) qui vérifient \(ax + by = c\). Le théorème de Bézout dit quand il en existe. Le lemme de Gauss permet ensuite de les décrire toutes.
Prenons \(a, b\) non nuls, de PGCD \(d\). Pour que \(ax + by = c\) possède au moins une solution dans \(\mathbf{Z}^2\), il faut et il suffit que \(d\) divise \(c\). Une solution \((x_0, y_0)\) étant connue, toutes les autres s’obtiennent sous la forme \[\left(x_0 + k \frac{b}{d},\ y_0 – k \frac{a}{d}\right), \qquad k \in \mathbf{Z}.\]
- On calcule \(d = a \wedge b\) et l’on vérifie que \(d \mid c\) ; sinon, il n’y a aucune solution.
- On divise l’équation par \(d\) pour se ramener à des coefficients premiers entre eux.
- On cherche un premier couple solution, soit de tête, soit en remontant l’algorithme d’Euclide.
- On soustrait les deux égalités et l’on applique le lemme de Gauss.
- On écrit la famille de solutions, puis on la vérifie en la réinjectant.
Résolvons \(39x – 24y = 15\). D’abord, \(39 \wedge 24 = 3\), qui divise 15. Après division par 3, l’équation devient \(13x – 8y = 5\). Le couple \((1, 1)\) convient, car \(13 – 8 = 5\). Par différence, une solution vérifie \(13(x – 1) = 8(y – 1)\). Ainsi, 8 divise \(13(x – 1)\) et \(8 \wedge 13 = 1\). Par Gauss, \(8 \mid x – 1\), soit \(x = 1 + 8k\). En reportant, \(13 \times 8k = 8(y – 1)\), d’où \(y = 1 + 13k\). Réciproquement, ces couples conviennent : \(13(1 + 8k) – 8(1 + 13k) = 5\).
Sur un dessin, chaque solution est un point du quadrillage entier situé sur la droite \(13x – 8y = 5\). Ces points sont régulièrement espacés, d’un pas égal au vecteur \((8, 13)\).

Piège à éviter :
Si l’on oublie de diviser par \(d\), on obtient une famille trop petite. Par exemple, avec \(39(x – 1) = 24(y – 1)\), on serait tenté d’écrire \(x = 1 + 24k\). On manquerait alors la solution \((9, 14)\), qui correspond à \(k = 1\) dans la bonne description.
4. Nombres premiers
Les nombres premiers sont les briques de la multiplication. Nous prouvons qu’ils sont en nombre infini, puis que tout entier se décompose de façon unique en produit de premiers.
4.1 Définition et infinité
Un entier \(p \geqslant 2\) est dit premier lorsqu’il n’a pas d’autre diviseur positif que 1 et lui-même. Leur ensemble est noté \(\mathcal{P}\).
Chaque entier \(n \geqslant 2\) est divisible par un nombre premier. Plus précisément, son plus petit diviseur \(d \geqslant 2\) est premier. Si \(n\) n’est pas premier, ce diviseur vérifie de plus \(d^2 \leqslant n\).
En effet, un diviseur de \(d\) compris entre 2 et \(d – 1\) diviserait aussi \(n\), contredisant la minimalité. Par ailleurs, si \(n = d m\) avec \(m \geqslant d\), alors \(d^2 \leqslant dm = n\). Ce critère justifie le crible d’Ératosthène : pour trouver les premiers jusqu’à 100, il suffit de barrer les multiples de 2, 3, 5 et 7.

L’ensemble \(\mathcal{P}\) des nombres premiers est infini.
Raisonnons par l’absurde. Supposons que \(p_1, \dots, p_k\) soient tous les nombres premiers. Formons \(N = p_1 p_2 \cdots p_k + 1\), qui est au moins égal à 3. D’après le lemme, \(N\) possède un diviseur premier \(p\). Puisque la liste est complète, \(p\) est l’un des \(p_i\) ; il est donc facteur du produit \(p_1 \cdots p_k\). Étant aussi facteur de \(N\), il devrait diviser l’écart entre les deux, qui vaut 1. Un entier supérieur ou égal à 2 ne divise pas 1 : la supposition de départ tombe.
Remarque :
La preuve n’affirme pas que \(N\) soit premier. Par exemple, \(2 \times 3 \times 5 \times 7 \times 11 \times 13 + 1 = 30031 = 59 \times 509\). Elle montre seulement que \(N\) a un facteur premier hors de la liste.
4.2 Décomposition en facteurs premiers
(Lemme d’Euclide.) Un nombre premier qui divise un produit \(ab\) divise forcément l’un des deux facteurs.
Supposons en effet que \(p\) ne soit pas facteur de \(a\). Le PGCD de \(p\) et \(a\) est un diviseur positif de \(p\) différent de \(p\), donc il vaut 1. Le lemme de Gauss donne alors \(p \mid b\).
Tout entier \(n \geqslant 2\) s’écrit \(n = p_1^{\alpha_1} \cdots p_r^{\alpha_r}\), avec \(p_1 < \dots < p_r\) premiers et \(\alpha_i \geqslant 1\). Cette écriture est unique.
Pour l’existence, on raisonne par récurrence forte. Un nombre premier est sa propre décomposition. Un entier \(n\) composé s’écrit \(ab\) avec deux facteurs entre 2 et \(n – 1\) ; on décompose chacun d’eux, puis on réunit. Pour l’unicité, prenons deux écritures \(p_1 \cdots p_s = q_1 \cdots q_t\), où les facteurs sont répétés. Le facteur \(p_1\) est diviseur du membre de droite. En itérant le lemme d’Euclide, il est diviseur d’un certain \(q_j\), premier, donc \(p_1 = q_j\). On simplifie et l’on recommence. Les deux listes coïncident donc à l’ordre près.
La décomposition donne le PGCD et le PPCM d’un coup d’œil. Il suffit de prendre, pour chaque premier, le plus petit exposant pour le PGCD et le plus grand pour le PPCM. Par exemple, \(1078 = 2 \times 7^2 \times 11\) et \(322 = 2 \times 7 \times 23\). On retrouve \(1078 \wedge 322 = 2 \times 7 = 14\). De plus, \(1078 \vee 322 = 2 \times 7^2 \times 11 \times 23 = 24794\).
5. Congruences et petit théorème de Fermat
Les congruences permettent de calculer seulement avec les restes. Elles transforment de nombreuses questions de divisibilité en calculs courts.
5.1 Définition et règles de calcul
Fixons un module \(n \geqslant 1\). L’écriture \(a \equiv b \pmod{n}\) signifie que la différence \(a – b\) est un multiple de \(n\). Cela revient à dire que la division par \(n\) laisse à \(a\) et à \(b\) le même reste.
Être congrus modulo \(n\) est réflexif, symétrique et transitif. Surtout, on peut additionner et multiplier membre à membre : si \(a \equiv a^{\prime}\) et \(b \equiv b^{\prime}\) modulo \(n\), alors \(a + b \equiv a^{\prime} + b^{\prime}\) et \(ab \equiv a^{\prime} b^{\prime}\). En particulier, \(a^k \equiv a^{\prime k}\) pour tout \(k \in \mathbf{N}\).
Pour le produit, on écrit \(ab – a^{\prime} b^{\prime} = a(b – b^{\prime}) + b^{\prime}(a – a^{\prime})\). Chaque terme est un multiple de \(n\), donc leur somme aussi. La règle des puissances s’obtient ensuite par récurrence sur \(k\).
Piège à éviter :
On ne peut pas simplifier une congruence comme une égalité. Par exemple, \(2 \times 5 \equiv 2 \times 2 \pmod{6}\), puisque \(10 – 4 = 6\). Pourtant, \(5 \not\equiv 2 \pmod{6}\). On a seulement le droit de simplifier par un \(c\) premier avec \(n\) ; c’est alors le lemme de Gauss qui le justifie.
5.2 Inverse modulo n
L’entier \(a\) possède un inverse modulo \(n\), c’est-à-dire un \(u\) avec \(au \equiv 1 \pmod{n}\), exactement quand \(a\) et \(n\) sont premiers entre eux. Cet inverse est alors déterminé à un multiple de \(n\) près.
En effet, \(au \equiv 1 \pmod{n}\) signifie qu’il existe \(v\) avec \(au + nv = 1\). C’est exactement la condition de Bézout. L’algorithme d’Euclide étendu fournit donc l’inverse.
Résolvons \(7x \equiv 4 \pmod{30}\). D’abord, \(7 \times 13 = 91 = 3 \times 30 + 1\), donc 13 est un inverse de 7 modulo 30. Multiplions alors les deux membres par 13 : \(x \equiv 52 \equiv 22 \pmod{30}\). Vérification : \(7 \times 22 = 154 = 5 \times 30 + 4\). Les solutions sont donc les entiers \(22 + 30k\), \(k \in \mathbf{Z}\).
5.3 Le petit théorème de Fermat
Quel que soit l’entier \(a\) et le nombre premier \(p\), la puissance \(a^p\) a le même reste que \(a\) modulo \(p\). Lorsque \(a\) n’est pas multiple de \(p\), on peut simplifier : \(a^{p-1}\) est alors congru à 1.
D’abord, pour \(1 \leqslant k \leqslant p – 1\), le nombre premier \(p\) divise \(\binom{p}{k}\). En effet, \(k \binom{p}{k} = p \binom{p-1}{k-1}\), donc \(p \mid k \binom{p}{k}\). Or \(p \wedge k = 1\), donc \(p \mid \binom{p}{k}\) par Gauss. La formule du binôme donne alors \((a + 1)^p \equiv a^p + 1 \pmod{p}\).
Ensuite, nous prouvons \(a^p \equiv a\) par récurrence pour \(a \in \mathbf{N}\). Le cas \(a = 0\) est clair. Si la propriété tient au rang \(a\), alors \((a+1)^p \equiv a^p + 1 \equiv a + 1\). Pour \(a\) négatif, on se ramène à un représentant positif de même reste. Enfin, si \(p \nmid a\), on simplifie \(a \cdot a^{p-1} \equiv a \cdot 1\) par \(a\), ce qui est permis car \(a \wedge p = 1\).
Pour calculer le reste de \(a^N\) modulo un nombre premier \(p\) ne divisant pas \(a\) :
- on écrit la division euclidienne \(N = (p – 1) q + s\), avec \(0 \leqslant s < p – 1\) ;
- on en déduit \(a^N = \left(a^{p-1}\right)^q a^s \equiv a^s \pmod{p}\) ;
- on calcule \(a^s\) par carrés successifs, en réduisant modulo \(p\) à chaque étape.
Cherchons le reste de \(6^{1234}\) modulo 11. Le module 11 est premier et ne divise pas 6, donc \(6^{10} \equiv 1\). Or \(1234 = 10 \times 123 + 4\). Par conséquent, \(6^{1234} \equiv 6^4 \pmod{11}\). Ensuite, \(6^2 = 36 \equiv 3\), puis \(6^4 \equiv 3^2 = 9\). Le reste cherché vaut donc 9.
La figure montre les restes des puissances de 2 et de 3 modulo 11. Les deux suites sont périodiques, et 10 est toujours une période, conformément à Fermat. Cependant, la plus petite période de \(3^k\) vaut 5 : l’exposant \(p – 1\) n’est pas forcément optimal.

Les erreurs fréquentes
- Donner un reste négatif dans une division euclidienne, comme \(-47 = 6 \times (-7) – 5\).
- Appliquer le lemme de Gauss sans avoir vérifié que les deux entiers sont premiers entre eux.
- Oublier de diviser par le PGCD avant de décrire les solutions d’une équation \(ax + by = c\).
- Simplifier une congruence par un entier qui n’est pas premier avec le module.
- Utiliser \(a^{p-1} \equiv 1 \pmod{p}\) alors que \(p\) divise \(a\), ou que \(p\) n’est pas premier.
- Croire que le nombre \(p_1 \cdots p_k + 1\) de la preuve d’Euclide est toujours premier.
Fiche mémo
- Division euclidienne : \(a = bq + r\) avec \(0 \leqslant r < b\), couple \((q, r)\) unique.
- \(a \wedge b = b \wedge r\) : l’algorithme d’Euclide donne le PGCD comme dernier reste non nul.
- Bézout : \(a \wedge b = 1\) si et seulement s’il existe \(u, v\) avec \(au + bv = 1\).
- Gauss : \(a \mid bc\) et \(a \wedge b = 1\) entraînent \(a \mid c\).
- PGCD et PPCM : \((a \wedge b)(a \vee b) = ab\) pour \(a, b > 0\).
- \(ax + by = c\) a des solutions si et seulement si \(a \wedge b\) divise \(c\) ; pas des solutions : \(b/d\) et \(-a/d\).
- Il existe une infinité de nombres premiers ; tout \(n \geqslant 2\) a une décomposition unique.
- Congruences : compatibles avec \(+\) et \(\times\), simplification seulement par un entier premier avec \(n\).
- Inverse de \(a\) modulo \(n\) : il existe si et seulement si \(a \wedge n = 1\), et Euclide étendu le calcule.
- Fermat : \(a^p \equiv a \pmod{p}\), et \(a^{p-1} \equiv 1\) si \(p \nmid a\).
Questions fréquentes
Quel reste donner quand on divise un nombre négatif ?
On cherche le plus grand multiple du diviseur qui reste inférieur ou égal au nombre. Par exemple, pour -47 divisé par 6, ce multiple est -48. Le reste vaut alors -47 – (-48) = 1, qui est bien compris entre 0 et 5.
Gauss ou Euclide : quel lemme utiliser pour un produit ?
Le lemme de Gauss suppose que a divise bc et que a est premier avec b ; il conclut que a divise c. Le lemme d’Euclide en est le cas particulier où a est un nombre premier p. Dans ce cas, p divise a ou p divise b, sans autre hypothèse.
Faut-il toujours utiliser l'algorithme d'Euclide étendu pour une relation de Bézout ?
Non. Lorsque les nombres sont petits, une solution se voit souvent directement, comme 13 – 8 = 5. En revanche, dès que les nombres dépassent quelques dizaines, l’algorithme étendu est la méthode sûre. Dans tous les cas, on vérifie le résultat par un calcul direct.
Le petit théorème de Fermat marche-t-il pour un module qui n'est pas premier ?
Pas tel quel. Par exemple, 2 puissance 3 vaut 8, qui est congru à 0 et non à 1 modulo 4. Le théorème exige un module premier. En licence, on le généralise avec l’indicatrice d’Euler pour les entiers premiers avec le module.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de L1 de maths sur divisibilité et congruences
- Bases utiles : Récurrence, symboles Σ et coefficients binomiaux
- Chapitre d’avant : Exponentielle, logarithme, fonctions arc et hyperboliques
- Chapitre d’après : Polynômes : division, racines et d'Alembert-Gauss
- Vérifier ses acquis : QCM de L1 de maths sur divisibilité et congruences
- Contrôle corrigé en temps limité : Algorithme d'Euclide et diophantiennes : contrôle de maths en L1
- Un autre sujet noté sur 20 : Partiel d'algèbre du premier semestre : contrôle de maths en L1
- Tous les chapitres : le sommaire de la L1 de maths
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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