QCM : Hölder, Minkowski et Riesz-Fischer en L3 de maths
Ce QCM Hölder L3 fait le tour des espaces de Lebesgue : exposants conjugués, inégalité de Jensen, inégalités de Hölder et de Minkowski, classes de fonctions égales presque partout et norme essentielle de L^∞. Il aborde ensuite les inclusions entre espaces, qui dépendent de la mesure totale, la complétude donnée par Riesz-Fischer, le lien entre convergence en moyenne et convergence presque partout, puis deux résultats de densité.
Pour progresser, traite chaque question au brouillon sans relire le cours. Teste les affirmations sur des exemples simples : puissances de x près de 0 ou à l’infini, indicatrices, fonctions en créneau qui se déplacent. Lis ensuite toutes les explications. Chacune justifie la bonne réponse et décrit le raisonnement fautif qui conduit aux pièges proposés.
Les 12 questions
Question 1
Quel est l’exposant conjugué de \(p=\frac{3}{2}\), c’est-à-dire le réel \(q\) tel que \(\frac{1}{p}+\frac{1}{q}=1\) ?
- \(q=\frac{2}{3}\)
- \(q=\frac{5}{2}\)
- \(q=\frac{1}{3}\)
- \(q=3\)
Réponse D.
On a \(\frac{1}{q}=1-\frac{2}{3}=\frac{1}{3}\), donc \(q=3\). On peut aussi utiliser \(q=\frac{p}{p-1}\). Prendre l’inverse \(\frac{2}{3}\) est le piège le plus fréquent : un exposant conjugué d’un réel supérieur à 1 est lui aussi supérieur à 1. Quant à \(\frac{1}{3}\), c’est la valeur de \(\frac{1}{q}\) et non celle de \(q\).
Question 2
Soit \(f\in L^2([0,1])\), avec la mesure de Lebesgue. Quelle inégalité découle de l’inégalité de Jensen ?
- \(\int_0^1 f^2\le\left(\int_0^1|f|\right)^2\)
- \(\left(\int_0^1|f|\right)^2\le\frac{1}{2}\int_0^1 f^2\)
- \(\left(\int_0^1|f|\right)^2=\int_0^1 f^2\)
- \(\left(\int_0^1|f|\right)^2\le\int_0^1 f^2\)
Réponse D.
La mesure de Lebesgue sur \([0,1]\) est une probabilité. Par conséquent, Jensen appliqué à la fonction convexe \(t\mapsto t^2\) donne \(\varphi\left(\int|f|\right)\le\int\varphi(|f|)\). Le sens inverse est faux : avec \(f=2\cdot\mathbf{1}_{[0,1/4]}\), on trouve \(\int f^2=1\) alors que \(\left(\int|f|\right)^2=\frac{1}{4}\). Attention : sur \([0,2]\), sans masse totale égale à 1, l’inégalité peut tomber.
Question 3
Pour la mesure de Lebesgue sur \(\mathbb{R}\), que vaut la norme \(\|\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\|_\infty\) de l’indicatrice des rationnels dans \(L^\infty(\mathbb{R})\) ?
- \(1\)
- \(+\infty\)
- \(0\)
- Elle n’est pas définie, car \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) n’est pas mesurable
Réponse C.
La norme de \(L^\infty\) est un supremum essentiel : on ignore les ensembles négligeables. Or \(\mathbb{Q}\) est dénombrable, donc de mesure nulle ; ainsi \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) est égale à 0 presque partout et sa classe est la classe nulle. Répondre 1 revient à confondre supremum et supremum essentiel. Enfin, \(\mathbb{Q}\) est un borélien, donc l’indicatrice est bien mesurable.
Question 4
Pour tout \(f\in L^3([0,2])\), on a \(\|f\|_1\le C\,\|f\|_3\). Quelle est la plus petite constante \(C\) fournie par l’inégalité de Hölder ?
- \(C=2^{2/3}\)
- \(C=2^{1/3}\)
- \(C=1\)
- \(C=2\)
Réponse A.
On écrit \(\int_0^2|f|\cdot 1\) et on applique Hölder avec les exposants 3 et \(\frac{3}{2}\). Ainsi \(\|f\|_1\le\|f\|_3\,\|1\|_{3/2}\), avec \(\|1\|_{3/2}=2^{2/3}\). Le piège \(2^{1/3}\) vient d’une norme de la constante calculée avec le mauvais exposant. De plus, la constante 1 ne vaut que si la mesure totale vaut 1. Enfin, \(f=1\) montre que \(2^{2/3}\) est optimale.
Question 5
Soit \(0<p<1\). Sur \([0,1]\), on pose \(N_p(f)=\left(\int_0^1|f|^p\right)^{1/p}\). Est-ce une norme sur l’espace des classes où elle est finie ?
- Oui, d’après l’inégalité de Minkowski
- Non, car \(N_p\) n’est pas homogène
- Non, l’inégalité triangulaire échoue
- Non, car \(N_p(f)=0\) n’impose pas \(f=0\) presque partout
Réponse C.
Prenons \(f=\mathbf{1}_{[0,1/2]}\) et \(g=\mathbf{1}_{]1/2,1]}\). Alors \(N_p(f)+N_p(g)=2^{1-1/p}\), qui est strictement inférieur à 1 puisque \(p<1\), alors que \(N_p(f+g)=1\). En revanche, l’homogénéité et la séparation sur les classes restent vraies. Le piège consiste à invoquer Minkowski, qui exige \(p\ge 1\) : sa preuve repose sur Hölder, donc sur la convexité de \(t\mapsto t^p\).
Question 6
Laquelle de ces fonctions définies sur \(]0,1]\) appartient à \(L^1\) mais pas à \(L^2\) ?
- \(x\mapsto x^{-1/2}\)
- \(x\mapsto x^{-1/3}\)
- \(x\mapsto x^{-1}\)
- \(x\mapsto \ln x\)
Réponse A.
Près de 0, \(x^{-a}\) est intégrable si et seulement si \(a<1\). Donc \(x^{-1/2}\) est dans \(L^1\), tandis que son carré \(x^{-1}\) ne l’est pas. Cependant, \(x^{-1/3}\) est dans les deux espaces, car son carré \(x^{-2/3}\) reste intégrable. Le logarithme appartient à tous les \(L^p\) avec \(p\) fini. Enfin, \(x^{-1}\) échoue dès \(L^1\).
Question 7
Sur \(\mathbb{R}\) muni de la mesure de Lebesgue, quelle fonction est dans \(L^2(\mathbb{R})\) sans être dans \(L^1(\mathbb{R})\) ?
- \(x\mapsto e^{-|x|}\)
- \(x\mapsto\frac{1}{1+|x|}\)
- \(x\mapsto\frac{1}{1+x^2}\)
- \(x\mapsto\frac{\mathbf{1}_{]0,1]}(x)}{\sqrt{x}}\)
Réponse B.
À l’infini, \(\frac{1}{1+|x|}\) se comporte comme \(\frac{1}{|x|}\), qui n’est pas intégrable ; en revanche, son carré l’est. Les deux fonctions suivantes sont dans tous les \(L^p\). La dernière fait l’inverse : elle est intégrable mais son carré ne l’est pas près de 0. Ainsi, sur une mesure infinie, aucune inclusion entre \(L^1\) et \(L^2\) n’a lieu : le défaut d’intégrabilité peut venir de l’infini ou d’une singularité.
Question 8
Sur \([0,1]\), on pose \(f_n=n^{a}\,\mathbf{1}_{[0,1/n]}\) avec \(a>0\). Pour quelles valeurs de \(a\) la suite \((f_n)\) tend-elle vers 0 dans \(L^2\) ?
- \(a<\frac{1}{2}\)
- \(a<1\)
- \(a\le\frac{1}{2}\)
- \(a<\frac{1}{4}\)
Réponse A.
On calcule \(\|f_n\|_2^2=n^{2a}\cdot\frac{1}{n}=n^{2a-1}\), qui tend vers 0 si et seulement si \(2a<1\). Pour \(a=\frac{1}{2}\), la norme reste égale à 1 : la borne est donc stricte. La réponse \(a<1\) correspond au calcul de la norme \(L^1\). Pourtant, pour tout \(a\), la suite tend vers 0 presque partout, ce qui montre que cette convergence ne suffit pas.
Question 9
Soit \(1\le p<\infty\) et \((f_n)\) une suite qui converge vers \(f\) dans \(L^p\). Que peut-on affirmer en général ?
- La suite \((f_n)\) converge presque partout vers \(f\)
- La suite \((f_n)\) converge presque partout vers \(f\) dès que \(p\ge 2\)
- Une sous-suite de \((f_n)\) converge presque partout vers \(f\)
- Une sous-suite de \((f_n)\) converge uniformément vers \(f\)
Réponse C.
L’extraction d’une sous-suite convergente presque partout fait partie de la preuve de Riesz-Fischer. Cependant, la suite entière peut diverger en tout point. Sur \([0,1]\), on fait glisser des indicatrices d’intervalles de longueurs \(\frac{1}{2},\frac{1}{2},\frac{1}{4},\dots\) qui balaient l’intervalle : leur norme tend vers 0, mais chaque point est recouvert une infinité de fois. Ce contre-exemple fonctionne pour tout \(p\) fini. Par ailleurs, une convergence uniforme est hors de portée.
Question 10
Dans la preuve classique de Riesz-Fischer, on part d’une suite de Cauchy \((f_n)\) de \(L^p\) et l’on extrait \((f_{n_k})\) avec \(\|f_{n_{k+1}}-f_{n_k}\|_p\le 2^{-k}\). Dans quel but ?
- Rendre la suite \((f_{n_k})\) bornée dans \(L^p\)
- Rendre \(\sum_k|f_{n_{k+1}}-f_{n_k}|\) finie presque partout
- Rendre la suite \((f_{n_k})\) croissante
- Appliquer la convergence dominée à toute la suite \((f_n)\)
Réponse B.
Posons \(g=\sum_k|f_{n_{k+1}}-f_{n_k}|\). Par Minkowski puis convergence monotone, \(\|g\|_p\le\sum_k 2^{-k}\), donc \(g\) est finie presque partout. Ainsi la série télescopique converge absolument presque partout, ce qui définit la limite \(f\). Ensuite, Fatou montre que \(f_n\to f\) dans \(L^p\). Le piège de la bornitude est tentant, mais toute suite de Cauchy est déjà bornée.
Question 11
Soit \(f\in L^\infty(\mathbb{R})\). Existe-t-il une suite de fonctions étagées qui converge vers \(f\) pour la norme \(\|\cdot\|_\infty\) ?
- Non, la densité des étagées ne vaut que pour \(p\) fini
- Oui, en découpant l’intervalle des valeurs en pas de longueur \(\frac{1}{n}\)
- Seulement si \(f\) est continue
- Seulement si \(f\) est nulle hors d’un ensemble de mesure finie
Réponse B.
Quitte à modifier \(f\) sur un ensemble négligeable, on a \(|f|\le M\) partout. On pose alors \(s_n=\frac{1}{n}\lfloor nf\rfloor\), qui ne prend qu’un nombre fini de valeurs et vérifie \(\|f-s_n\|_\infty\le\frac{1}{n}\). Le piège vient de \(L^p\) avec \(p\) fini : il faut des étagées à support de mesure finie, contrainte inutile ici. Ce qui échoue dans \(L^\infty\), c’est la densité des fonctions continues.
Question 12
Pour quel exposant l’espace \(C_c(\mathbb{R})\) des fonctions continues à support compact n’est-il pas dense dans \(L^p(\mathbb{R})\) ?
- \(p=1\)
- \(p=2\)
- \(p=\frac{3}{2}\)
- \(p=\infty\)
Réponse D.
Pour \(1\le p<\infty\), la densité de \(C_c\) se déduit de celle des étagées et de la régularité de la mesure de Lebesgue. En revanche, si \(g\) est continue, \(\|\mathbf{1}_{[0,1]}-g\|_\infty\ge\frac{1}{2}\), car \(g\) ne peut pas sauter de 0 à 1 en 0. Par conséquent, l’adhérence de \(C_c\) pour cette norme est l’espace des continues tendant vers 0 à l’infini, bien plus petit que \(L^\infty\).
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de L3 de maths sur hölder, Minkowski et Riesz-Fischer
- S’exercer : exercices corrigés sur hölder, Minkowski et Riesz-Fischer
- QCM précédent : QCM : Tonelli, Fubini et jacobien en L3 de maths
- QCM suivant : QCM : Groupes quotients en L3 de maths
- Tous les chapitres : le sommaire de la L3 de maths


























