QCM : Tribus et mesure de Lebesgue en L3 de maths
Ce QCM tribus L3 accompagne les débuts de la théorie de la mesure. Il part des ensembles dénombrables et de la définition d’une tribu, distingue tribu et algèbre, puis s’intéresse à la tribu borélienne et à ses familles génératrices. Viennent ensuite les mesures de comptage et de Dirac, la continuité d’une mesure, le procédé de Carathéodory et la mesure de Lebesgue, avec l’ensemble de Cantor. Les dernières questions portent sur les propriétés vraies presque partout et sur les fonctions mesurables et étagées.
Réponds d’abord sans le cours, en vérifiant chaque stabilité sur un exemple simple. Ensuite, lis les explications une par une : elles montrent pourquoi la bonne réponse s’impose et quelle confusion produit chaque piège. Les questions suivent un ordre de difficulté croissant.
Les 12 questions
Question 1
Parmi ces ensembles, lequel est non dénombrable ?
- L’ensemble \(\mathbb{N}^2\) des couples d’entiers
- L’ensemble \(\mathbb{Q}\) des nombres rationnels
- L’ensemble des parties finies de \(\mathbb{N}\)
- L’ensemble \(\mathcal{P}(\mathbb{N})\) de toutes les parties de \(\mathbb{N}\)
Réponse D.
Par l’argument diagonal de Cantor, aucune application de \(\mathbb{N}\) dans \(\mathcal{P}(\mathbb{N})\) n’est surjective. En revanche, \(\mathbb{N}^2\) se numérote par diagonales, et \(\mathbb{Q}\) s’y injecte. De même, les parties finies forment une réunion dénombrable d’ensembles dénombrables. Le piège consiste à confondre parties finies et parties quelconques de \(\mathbb{N}\).
Question 2
Une famille de parties de \(\Omega\) qui contient \(\Omega\) est une tribu si elle est stable par passage au complémentaire et par :
- réunion dénombrable
- réunion finie seulement
- réunion quelconque
- intersection finie seulement
Réponse A.
Grâce aux lois de De Morgan, une tribu résiste aussi aux intersections dénombrables. Si l’on se contente des réunions finies, on obtient une simple algèbre, notion plus faible. En revanche, exiger la stabilité par réunion quelconque est trop fort : ainsi, la tribu de Lebesgue n’est pas stable par réunion quelconque, puisque toute partie est réunion de singletons.
Question 3
Sur \(\mathbb{N}\), on considère la famille des parties finies ou de complémentaire fini. Cette famille est :
- une tribu, donc aussi une algèbre
- ni une algèbre ni une tribu
- la tribu de toutes les parties de \(\mathbb{N}\)
- une algèbre, mais pas une tribu
Réponse D.
Elle contient \(\mathbb{N}\), résiste au passage au complémentaire et aux réunions de deux parties : c’est donc une algèbre. Cependant, les multiples de 2, réunis un par un, forment une famille dénombrable de singletons dont la réunion n’est ni finie ni de complémentaire fini. Par conséquent, la stabilité par réunion dénombrable échoue. Le piège est de ne tester que des réunions finies.
Question 4
Laquelle de ces familles n’engendre pas la tribu borélienne de \(\mathbb{R}\) ?
- Les ouverts de \(\mathbb{R}\)
- Les fermés de \(\mathbb{R}\)
- Les intervalles \(]-\infty,a]\) avec \(a\in\mathbb{Q}\)
- Les singletons de \(\mathbb{R}\)
Réponse D.
La tribu engendrée par les singletons contient seulement les parties dénombrables et celles de complémentaire dénombrable. Ainsi l’intervalle \([0,1]\) n’y figure pas. En revanche, les fermés sont les complémentaires des ouverts, et tout intervalle s’obtient à partir des demi-droites à extrémité rationnelle par différences et réunions dénombrables. Le piège vient de ce que les singletons sont des boréliens, sans pour autant engendrer toute la tribu.
Question 5
Sur \(\mathbb{N}\) muni de toutes ses parties, on pose \(\mu=c+3\,\delta_2\), où \(c\) est la mesure de comptage. Que vaut \(\mu(\{0,1,2,3\})\) ?
- \(4\)
- \(3\)
- \(7\)
- \(12\)
Réponse C.
La mesure de comptage donne 4, car l’ensemble a quatre éléments. De plus, \(\delta_2\) vaut 1 puisque 2 appartient à l’ensemble, d’où une contribution de 3. Donc \(\mu(\{0,1,2,3\})=4+3=7\). Répondre 4 ou 3 revient à oublier l’un des deux termes. Enfin, 12 vient d’un produit à la place d’une somme de mesures.
Question 6
On note \(\lambda\) la mesure de Lebesgue. Que vaut \(\lambda\big(\bigcup_{n\geq 1}[n,\,n+2^{-n}]\big)\) ?
- \(2\)
- \(1\)
- \(\dfrac{1}{2}\)
- \(+\infty\)
Réponse B.
Comme \(2^{-n}<1\), les segments sont deux à deux disjoints. Par \(\sigma\)-additivité, la mesure vaut \(\sum_{n\geq 1}2^{-n}=1\). Répondre 2 revient à faire commencer la somme à \(n=0\). De même, \(1/2\) ne compte que le premier segment. Enfin, une infinité d’ensembles n’impose pas une mesure infinie, puisque leurs longueurs forment une série convergente.
Question 7
Pour \(A_n=[n,+\infty[\), on a \(\lambda(A_n)=+\infty\) pour tout \(n\), alors que l’intersection des \(A_n\) est vide. Qu’en conclut-on ?
- La mesure \(\lambda\) n’est pas \(\sigma\)-additive sur \(\mathbb{R}\)
- Passer à la limite demande qu’un des \(A_n\) soit de mesure finie
- La continuité décroissante est fausse pour toute mesure
- L’intersection des \(A_n\) est en fait de mesure infinie
Réponse B.
Pour une suite décroissante, la mesure de l’intersection est la limite des \(\mu(A_n)\), pourvu qu’un des termes soit de mesure finie. Ici, cette hypothèse manque, donc la limite \(+\infty\) ne donne pas la mesure de l’ensemble vide. Cependant, \(\lambda\) reste bien une mesure. De plus, la continuité croissante, elle, ne demande aucune hypothèse de finitude, ce qui explique le piège.
Question 8
Appliqué à la mesure extérieure de Lebesgue \(\lambda^{*}\), le procédé de Carathéodory fournit :
- une mesure définie sur toutes les parties de \(\mathbb{R}\)
- une mesure finie définie sur les boréliens de \(\mathbb{R}\)
- une tribu contenant les boréliens, sur laquelle \(\lambda^{*}\) est une mesure
- une mesure définie seulement sur les intervalles
Réponse C.
Les parties qui coupent tout ensemble de façon additive pour \(\lambda^{*}\) forment une tribu, et \(\lambda^{*}\) y est \(\sigma\)-additive. Cette tribu contient les intervalles, donc les boréliens. En revanche, \(\lambda^{*}\) n’est pas additive sur toutes les parties, à cause des ensembles de Vitali. Par ailleurs, la mesure obtenue n’est pas finie, puisque \(\lambda(\mathbb{R})=+\infty\).
Question 9
L’ensemble triadique de Cantor, obtenu en retirant successivement les tiers centraux ouverts de \([0,1]\), est :
- dénombrable et de mesure de Lebesgue nulle
- non dénombrable et de mesure de Lebesgue \(1/2\)
- non dénombrable, mais de mesure de Lebesgue nulle
- dénombrable et de mesure de Lebesgue \(1/3\)
Réponse C.
La longueur retirée vaut \(\frac{1}{3}+\frac{2}{9}+\frac{4}{27}+\cdots=1\), donc le reste est de mesure nulle. Pourtant, les points de Cantor correspondent aux développements en base 3 sans chiffre 1, qui sont en bijection avec les suites de 0 et de 2. Ainsi l’ensemble n’est pas dénombrable. Le piège consiste à croire qu’un ensemble négligeable est forcément dénombrable.
Question 10
On mesure les parties de \(\mathbb{R}\) avec \(\lambda\). L’indicatrice \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) des rationnels :
- n’est pas borélienne
- est nulle presque partout
- vaut 1 presque partout, car \(\mathbb{Q}\) est dense
- ne coïncide presque partout avec aucune fonction continue
Réponse B.
L’ensemble \(\mathbb{Q}\) est dénombrable, donc négligeable, et \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) ne diffère de la fonction nulle que sur \(\mathbb{Q}\). Elle est donc nulle presque partout, et ainsi égale presque partout à une fonction continue. Par ailleurs, \(\mathbb{Q}\) est borélien, comme réunion dénombrable de singletons. Le piège est de croire que la densité donne une mesure positive.
Question 11
Pourquoi toute fonction croissante \(f\) de \(\mathbb{R}\) dans \(\mathbb{R}\) est-elle borélienne ?
- L’image réciproque de chaque \(]a,+\infty[\) est un intervalle
- Une fonction croissante est toujours continue
- Elle a un nombre fini de points de discontinuité
- Elle est dérivable en tout point de \(\mathbb{R}\)
Réponse A.
Si \(f(x)>a\) et \(y\geq x\), alors \(f(y)\geq f(x)>a\). Donc \(f^{-1}(]a,+\infty[)\) est un intervalle, donc un borélien. Comme ces demi-droites engendrent les boréliens, la mesurabilité suit. En revanche, une fonction croissante peut avoir une infinité dénombrable de sauts. De même, elle n’est dérivable que presque partout, et pas partout.
Question 12
Soit \(f\) mesurable à valeurs dans \([0,+\infty[\). On pose \(\varphi_n=2^{-n}\lfloor 2^n\min(f,n)\rfloor\). La suite \((\varphi_n)\) est formée de fonctions :
- étagées, croissante, convergeant simplement vers \(f\)
- étagées, croissante, convergeant toujours uniformément vers \(f\)
- étagées, décroissante, convergeant simplement vers \(f\)
- en escalier, croissante, convergeant simplement vers \(f\)
Réponse A.
Chaque \(\varphi_n\) prend un nombre fini de valeurs sur des ensembles mesurables, donc elle est étagée. De plus, passer de \(n\) à \(n+1\) affine la grille dyadique, ainsi la suite croît. Là où \(f(x)\leq n\), l’écart est au plus \(2^{-n}\), d’où la convergence simple. Cependant, elle n’est uniforme que si \(f\) est bornée. Enfin, les ensembles de niveau ne sont pas des intervalles en général.
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de L3 de maths sur tribus et mesure de Lebesgue
- S’exercer : exercices corrigés sur tribus et mesure de Lebesgue
- QCM précédent : QCM : Compacité séquentielle et connexité en L3 de maths
- QCM suivant : QCM : Théorèmes de convergence de Lebesgue en L3 de maths
- Tous les chapitres : le sommaire de la L3 de maths


























