QCM : Dunford et Jordan en L3 de maths
Ce QCM Dunford L3 balaie la réduction des endomorphismes au-delà de la diagonalisation. Il part du polynôme minimal et du lemme des noyaux, puis teste les sous-espaces caractéristiques et la décomposition de Dunford, avec son exigence de commutation souvent oubliée. Les questions suivantes portent sur les nilpotents : indice, noyaux itérés, tableaux de Young et réduction de Jordan. Pour finir, les invariants de similitude et la dualité complètent le tour du chapitre.
Résous chaque question au brouillon, sans le cours, en écrivant si besoin une petite matrice pour tester ton intuition. Pour les nilpotents, dessine le tableau de Young associé aux dimensions des noyaux. Lis ensuite les explications : elles refont le raisonnement et montrent quelle confusion produit chaque mauvaise réponse.
Les 12 questions
Question 1
Quel est le polynôme minimal de la matrice diagonale \(A=\mathrm{diag}(2,2,3)\) ?
- \((X-2)^2(X-3)\)
- \((X-2)(X-3)\)
- \(X-2\)
- \((X-2)(X-3)^2\)
Réponse B.
Une matrice diagonale est annulée par le produit des \(X-\lambda\), chaque valeur propre distincte étant prise une seule fois. Ainsi \((A-2I)(A-3I)=0\), et aucun diviseur strict ne convient. Le piège \((X-2)^2(X-3)\) est le polynôme caractéristique : il annule \(A\) par Cayley-Hamilton, mais il n’est pas minimal. De plus, \(X-2\) oublie la valeur propre 3.
Question 2
Soit \(u\) un endomorphisme d’un espace réel de dimension finie tel que \(u^3=u\). Que peut-on conclure ?
- \(u\) est diagonalisable, de valeurs propres dans \(\{-1,0,1\}\)
- \(u\) est un projecteur
- \(u\) est inversible
- \(u\) est nilpotent
Réponse A.
Le polynôme \(X^3-X=X(X-1)(X+1)\) annule \(u\) et il est scindé à racines simples. Donc, par le lemme des noyaux, \(E=\ker u\oplus\ker(u-\mathrm{id})\oplus\ker(u+\mathrm{id})\). Cependant, rien n’oblige \(u\) à être un projecteur : \(u=-\mathrm{id}\) convient. De même, \(u=0\) montre que \(u\) n’est pas forcément inversible. Enfin, \(u=\mathrm{id}\) n’est pas nilpotent.
Question 3
Dans \(\mathbb{R}^2\), on considère la base \(e_1=(1,0)\), \(e_2=(1,1)\). Quelle est la forme linéaire \(e_1^*\) de la base duale ?
- \((x,y)\mapsto x\)
- \((x,y)\mapsto x+y\)
- \((x,y)\mapsto x-y\)
- \((x,y)\mapsto y\)
Réponse C.
La forme \(e_1^*\) est caractérisée par \(e_1^*(e_1)=1\) et \(e_1^*(e_2)=0\). Or \(x-y\) vaut 1 en \((1,0)\) et 0 en \((1,1)\). Le piège \((x,y)\mapsto x\) reprend la base duale canonique : il ne tient pas compte du second vecteur, et il vaut 1 en \(e_2\). Retiens donc qu’une forme duale dépend de toute la base, pas seulement du vecteur associé.
Question 4
Un endomorphisme \(u\) d’un espace de dimension 5 a pour polynôme caractéristique \((X-2)^3(X+1)^2\). Quelle est la dimension de \(\ker(u-2\,\mathrm{id})^5\) ?
- 5
- 1
- 3
- 2
Réponse C.
Le noyau de \((u-2\,\mathrm{id})^k\) se stabilise dès que \(k\) atteint la multiplicité 3. On obtient alors le sous-espace caractéristique associé à 2, dont la dimension est la multiplicité algébrique, donc 3. Le piège 5 suppose qu’une grande puissance annule tout l’espace ; pourtant \(u-2\,\mathrm{id}\) reste inversible sur le sous-espace caractéristique de \(-1\). Les valeurs 1 et 2 concernent seulement le sous-espace propre.
Question 5
Quelle est la décomposition de Dunford \(A=D+N\) de la matrice \(A=\begin{pmatrix}1&1\\0&2\end{pmatrix}\) ?
- \(D=\mathrm{diag}(1,2)\) et \(N=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}\)
- \(D=A\) et \(N=0\)
- \(D=I_2\) et \(N=A-I_2\)
- \(D=2I_2\) et \(N=A-2I_2\)
Réponse B.
Les valeurs propres 1 et 2 sont distinctes, donc \(A\) est déjà diagonalisable. Ainsi \(D=A\) et \(N=0\) conviennent, et l’unicité conclut. Le découpage en partie diagonale et partie strictement triangulaire est le piège classique : ces deux matrices ne commutent pas. Par ailleurs, \(A-I_2\) et \(A-2I_2\) ont une valeur propre non nulle, donc elles ne sont pas nilpotentes.
Question 6
Soit \(N\in M_5(\mathbb{R})\) nilpotente de rang 4. Quel est son indice de nilpotence ?
- 4
- 5
- 2
- On ne peut pas le savoir
Réponse B.
Le noyau de \(N\) est de dimension 1 par le théorème du rang. Or le nombre de blocs de Jordan est égal à cette dimension. Donc la réduite de Jordan ne comporte qu’un seul bloc, de taille 5, et l’indice vaut 5. Le piège 4 confond l’indice avec le rang. En outre, l’indice est majoré par la dimension, mais ici il est bien déterminé par les données.
Question 7
Une matrice \(A\in M_3(\mathbb{C})\) a pour polynôme caractéristique \((X-1)^3\) et pour polynôme minimal \((X-1)^2\). Quels sont ses blocs de Jordan ?
- Un seul bloc de taille 3
- Trois blocs de taille 1
- On ne peut pas les déterminer
- Un bloc de taille 2 et un bloc de taille 1
Réponse D.
La multiplicité de 1 dans le polynôme minimal donne la taille du plus grand bloc, ici 2. Comme les tailles totalisent 3, il reste un bloc de taille 1. Un bloc unique de taille 3 imposerait \((X-1)^3\) comme polynôme minimal. Trois blocs de taille 1 donneraient \(A=I_3\). Le piège « indéterminé » vient de la dimension 4, où deux configurations différentes partagent parfois les mêmes polynômes.
Question 8
Soit \(N\) nilpotente en dimension 6, avec \(\dim\ker N=3\), \(\dim\ker N^2=5\) et \(\dim\ker N^3=6\). Quelles sont les tailles de ses blocs de Jordan ?
- 3 et 3
- 2, 2 et 2
- 4, 1 et 1
- 3, 2 et 1
Réponse D.
Le nombre de blocs est \(\dim\ker N=3\). Ensuite, les blocs de taille au moins 2 sont au nombre de \(5-3=2\), et ceux de taille au moins 3 au nombre de \(6-5=1\). On lit donc un tableau de Young de colonnes 3, 2, 1. La réponse \((3,3)\) ne compte que deux blocs. De son côté, \((2,2,2)\) donnerait \(N^2=0\), et \((4,1,1)\) exigerait \(N^3\neq0\).
Question 9
Combien existe-t-il de classes de similitude de matrices nilpotentes dans \(M_4(\mathbb{C})\) ?
- 5
- 4
- 8
- 3
Réponse A.
Deux nilpotentes sont semblables si et seulement si elles ont les mêmes tailles de blocs de Jordan, rangées dans l’ordre décroissant. Il s’agit donc de compter les partitions de 4 : \(4\), \(3+1\), \(2+2\), \(2+1+1\) et \(1+1+1+1\). Le piège 4 confond avec les indices possibles, de 1 à 4. Quant à 8, il compte les suites ordonnées de tailles, comme si \(3+1\) et \(1+3\) différaient.
Question 10
Quelle est la plus petite dimension \(n\) pour laquelle il existe deux matrices nilpotentes non semblables de \(M_n(\mathbb{C})\) ayant le même polynôme minimal ?
- \(n=4\)
- \(n=3\)
- \(n=2\)
- \(n=5\)
Réponse A.
En dimension 3, les partitions \(3\), \(2+1\) et \(1+1+1\) donnent les polynômes minimaux \(X^3\), \(X^2\) et \(X\), tous distincts. En revanche, en dimension 4, les partitions \(2+2\) et \(2+1+1\) ont toutes deux \(X^2\) pour polynôme minimal. Elles diffèrent pourtant par le rang, 2 contre 1. Par conséquent, polynômes minimal et caractéristique ne suffisent plus à classer dès \(n=4\).
Question 11
Quels sont les invariants de similitude de la matrice \(\mathrm{diag}(1,1,2)\) ?
- \(X-1\), \(X-1\) et \(X-2\)
- \((X-1)^2(X-2)\) seul
- \(X-2\) et \((X-1)^2\)
- \(X-1\) et \((X-1)(X-2)\)
Réponse D.
Les invariants non constants forment une suite où chacun divise le suivant ; leur produit vaut le polynôme caractéristique et le dernier est le polynôme minimal. Ici, le minimal vaut \((X-1)(X-2)\), et le quotient restant est \(X-1\). La suite \(X-1\), \(X-1\), \(X-2\) ne respecte pas la divisibilité. De plus, un invariant unique caractériserait une matrice cyclique, ce que \(\mathrm{diag}(1,1,2)\) n’est pas.
Question 12
Soit \(u\in\mathcal{L}(E)\), avec \(E\) de dimension finie, et \(u^{\top}\) sa transposée, définie sur \(E^*\) par \(u^{\top}(\varphi)=\varphi\circ u\). À quoi est égal le noyau de \(u^{\top}\) ?
- À l’orthogonal de \(\ker u\) dans \(E^*\)
- Au noyau de \(u\)
- À l’orthogonal de \(\mathrm{Im}\,u\) dans \(E^*\)
- À \(E^*\) tout entier
Réponse C.
Une forme \(\varphi\) vérifie \(\varphi\circ u=0\) si et seulement si elle s’annule sur l’image de \(u\). Ainsi le noyau de la transposée est l’orthogonal de \(\mathrm{Im}\,u\). L’orthogonal de \(\ker u\) correspond en fait à l’image de \(u^{\top}\). En outre, \(\ker u\) vit dans \(E\), pas dans \(E^*\). On retrouve au passage que \(u\) et \(u^{\top}\) ont le même rang.
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de L3 de maths sur dunford et Jordan
- S’exercer : exercices corrigés sur dunford et Jordan
- QCM précédent : QCM : Extensions et corps finis en L3 de maths
- QCM suivant : QCM : Différentielle de Fréchet en L3 de maths
- Tous les chapitres : le sommaire de la L3 de maths


























