QCM : Banach et opérateurs continus en L3 de maths
Ce QCM Banach L3 fait le tour des espaces vectoriels normés en dimension quelconque. Il vérifie les axiomes d’une norme, la comparaison de deux normes sur un espace de fonctions, la complétude des espaces de suites et le lien entre séries absolument convergentes et espaces de Banach. Il insiste ensuite sur les applications linéaires continues : critère de continuité, calcul d’une norme subordonnée, cas de la dimension finie et des applications bilinéaires. Les dernières questions portent sur le théorème de Riesz.
Réponds d’abord sans le cours, en cherchant pour chaque proposition un exemple ou un contre-exemple en dimension infinie. Ensuite, lis toutes les explications, car elles nomment l’erreur qui conduit à chaque mauvaise réponse. Les questions sont rangées par difficulté croissante.
Les 12 questions
Question 1
Laquelle de ces applications est une norme sur \(\mathbb{R}^2\) ?
- \(N(x,y)=|x-y|\)
- \(N(x,y)=(|x|+|y|)^2\)
- \(N(x,y)=\sqrt{|x|}+\sqrt{|y|}\)
- \(N(x,y)=|x|+2|y|\)
Réponse D.
La somme pondérée \(|x|+2|y|\) est séparée, homogène et vérifie l’inégalité triangulaire. En revanche, \(|x-y|\) s’annule en \((1,1)\), donc elle n’est pas séparée. De plus, le carré donne \(N(2v)=4N(v)\), et la somme de racines donne \(N(4v)=2N(v)\) : l’homogénéité tombe dans ces deux cas. Le piège consiste à ne vérifier que la positivité.
Question 2
Sur \(\mathcal{C}([0,1])\), on compare \(\|f\|_1=\int_0^1|f|\) et \(\|f\|_\infty\). Quelle affirmation est exacte ?
- Les deux normes sont équivalentes
- \(\|f\|_1\leq\|f\|_\infty\) toujours, mais aucune majoration inverse
- \(\|f\|_\infty\leq\|f\|_1\) toujours, mais aucune majoration inverse
- Aucune des deux ne domine l’autre
Réponse B.
Comme \(|f|\leq\|f\|_\infty\) sur un intervalle de longueur 1, on obtient \(\|f\|_1\leq\|f\|_\infty\). Cependant, \(f_n(x)=x^n\) donne \(\|f_n\|_\infty=1\) et \(\|f_n\|_1=\frac{1}{n+1}\), qui tend vers 0 ; donc aucune constante ne permet l’inégalité inverse. Ainsi les normes ne sont pas équivalentes, ce qui montre que la dimension infinie change tout.
Question 3
Lequel de ces espaces normés n’est pas un espace de Banach ?
- Les suites sommables \(\ell^1\), avec la norme 1
- Les suites bornées \(\ell^\infty\), avec la norme \(\sup\)
- Les suites à support fini, avec la norme \(\sup\)
- \(\mathcal{C}([0,1])\), avec la norme \(\sup\)
Réponse C.
La suite des troncatures de \((1/k)_{k\geq 1}\) est de Cauchy pour la norme \(\sup\), car l’écart entre deux troncatures est majoré par l’inverse du plus petit rang. Pourtant, sa limite dans \(\ell^\infty\) n’a pas un support fini. Donc cet espace n’est pas complet. En revanche, \(\ell^1\), \(\ell^\infty\) et \(\mathcal{C}([0,1])\) sont des Banach classiques, contrairement à ce que suggère leur dimension infinie.
Question 4
Dans un espace normé \(E\), toute série absolument convergente converge si et seulement si :
- \(E\) est complet
- \(E\) est de dimension finie
- la norme de \(E\) provient d’un produit scalaire
- \(E\) admet une base dénombrable
Réponse A.
Si \(E\) est complet, les sommes partielles d’une série absolument convergente forment une suite de Cauchy, donc convergent. Réciproquement, une suite de Cauchy admet une sous-suite à écarts sommables, et la série télescopique associée converge ; ainsi la suite converge. Par conséquent, la dimension finie suffit mais n’est pas nécessaire, comme le montre \(\ell^1\). Le caractère hilbertien ne joue aucun rôle.
Question 5
Une application linéaire \(u:E\to F\) entre espaces normés est continue si et seulement si :
- \(u\) est bornée sur l’espace \(E\) tout entier
- \(u\) est injective et d’image fermée
- \(u\) envoie la boule unité dans une partie compacte
- il existe \(C\geq 0\) tel que \(\|u(x)\|\leq C\|x\|\) pour tout \(x\)
Réponse D.
Pour une application linéaire, la continuité équivaut au caractère borné sur la boule unité, donc à l’existence de \(C\). Cependant, être bornée sur \(E\) tout entier force \(u=0\), puisque \(u(tx)=t\,u(x)\). Par ailleurs, une application injective peut très bien être discontinue. Enfin, envoyer la boule unité dans un compact caractérise les opérateurs compacts, ce qui est plus fort.
Question 6
On munit \(\mathbb{R}[X]\) de la norme \(\|P\|\), maximum de \(|P|\) sur le segment \([0,1]\). Laquelle de ces formes linéaires n’est pas continue ?
- \(P\mapsto P(1/2)\)
- \(P\mapsto\int_0^1 P(t)\,dt\)
- \(P\mapsto P(2)\)
- \(P\mapsto P(0)+P(1)\)
Réponse C.
Avec \(P_n=X^n\), on a \(\|P_n\|=1\) alors que \(P_n(2)=2^n\) tend vers l’infini : aucune constante \(C\) ne convient, donc la forme n’est pas continue. En revanche, les trois autres formes sont majorées respectivement par \(\|P\|\), \(\|P\|\) et \(2\|P\|\). Le piège est de croire qu’une forme linéaire est toujours continue, ce qui n’est vrai qu’en dimension finie.
Question 7
On munit \(\mathbb{R}^2\) de la norme infinie (plus grande des deux coordonnées en valeur absolue) et \(\mathbb{R}\) de la valeur absolue. Quelle est la norme subordonnée de \(u(x,y)=2x-3y\) ?
- \(3\)
- \(5\)
- \(\sqrt{13}\)
- \(1\)
Réponse B.
Pour \(\max(|x|,|y|)\leq 1\), on a \(|2x-3y|\leq 2+3=5\). De plus, le vecteur \((1,-1)\), de norme 1, donne exactement 5, donc la borne est atteinte. Répondre 3 revient à prendre le plus grand coefficient, ce qui correspond à la norme 1 au départ. Enfin, \(\sqrt{13}\) est la réponse pour la norme euclidienne, d’où la confusion.
Question 8
Sur \(\mathcal{C}([0,1])\) muni de \(\|\cdot\|_\infty\), on pose \(T(f)=g\,f\) avec \(g(x)=x(1-x)\). Que vaut la norme subordonnée de \(T\) ?
- \(\dfrac{1}{4}\)
- \(\dfrac{1}{2}\)
- \(\dfrac{1}{6}\)
- \(1\)
Réponse A.
On a \(\|gf\|_\infty\leq\|g\|_\infty\|f\|_\infty\), et la fonction constante 1 donne l’égalité. Donc la norme vaut \(\|g\|_\infty\), atteinte en \(x=1/2\) : elle est égale à \(1/4\). La valeur \(1/6\) est l’intégrale de \(g\), qui serait pertinente pour la norme 1. Par ailleurs, \(1/2\) provient d’une évaluation de \(g\) au mauvais point.
Question 9
Soit \(E\) un espace normé de dimension finie et \(F\) un espace normé quelconque. Toute application linéaire \(u:E\to F\) est :
- continue seulement si \(F\) est de dimension finie
- continue seulement si \(F\) est complet
- continue
- continue seulement pour la norme euclidienne sur \(E\)
Réponse C.
Dans une base \((e_i)\) de \(E\), on a \(\|u(x)\|\leq\big(\sum\|u(e_i)\|\big)\|x\|_\infty\). Or toutes les normes de \(E\) sont équivalentes, donc cette majoration vaut pour toute norme. Ainsi seule la dimension de l’espace de départ compte. Le piège consiste à placer l’hypothèse sur l’espace d’arrivée, alors que la complétude de \(F\) n’intervient pas.
Question 10
Soit \(\beta\) une application bilinéaire de \(E\times F\) dans \(G\), ces trois espaces étant normés. Pour que \(\beta\) soit continue, il faut et il suffit qu’une constante \(K\) vérifie, pour tous \(a\in E\) et \(b\in F\) :
- \(\|\beta(a,b)\|\leq K\,(\|a\|+\|b\|)\)
- \(\|\beta(a,b)\|\leq K\,\|a\|\,\|b\|\)
- \(\|\beta(a,b)\|\leq K\max\{\|a\|,\|b\|\}\)
- \(\|\beta(a,b)\|\leq K\,\|a\|\)
Réponse B.
Une majoration par une somme est impossible pour \(\beta\neq 0\) : en remplaçant \((a,b)\) par \((ta,tb)\), le membre de gauche croît comme \(t^2\) et celui de droite comme \(t\). De même, le maximum se comporte comme une somme. En revanche, le produit des normes respecte la bilinéarité. Par conséquent, c’est l’analogue naturel du critère linéaire, et l’oubli de \(\|b\|\) casse la symétrie.
Question 11
Dans \(\ell^1\), on note \(e_n\) la suite qui vaut 1 au rang \(n\) et 0 ailleurs. La suite \((e_n)_n\) :
- reste dans la boule unité fermée, sans sous-suite convergente
- converge vers la suite nulle pour la norme 1
- admet une sous-suite convergente, car elle est bornée
- sort de toute boule, car elle n’est pas bornée
Réponse A.
Chaque \(e_n\) est de norme 1, et \(\|e_n-e_m\|_1=2\) dès que \(n\neq m\). Ainsi aucune sous-suite n’est de Cauchy, donc aucune ne converge. Le piège principal vient de la convergence coordonnée par coordonnée vers 0, qui n’entraîne pas la convergence en norme. De plus, invoquer Bolzano-Weierstrass est faux ici, car ce théorème ne vaut qu’en dimension finie.
Question 12
Soit \(E\) un espace normé de dimension infinie. Que dit le théorème de Riesz sur sa boule unité fermée ?
- Elle est compacte si \(E\) est un Banach
- Elle est compacte si la norme vient d’un produit scalaire
- Elle est compacte pour une norme bien choisie
- Elle n’est jamais compacte
Réponse D.
D’après Riesz, la compacité de la boule unité fermée caractérise exactement les espaces de dimension finie. Donc, en dimension infinie, aucune norme ne la rend compacte. En effet, la complétude ne suffit pas, comme le montre \(\ell^1\) à la question précédente. De même, un espace de Hilbert de dimension infinie possède une suite orthonormée sans sous-suite convergente.
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de L3 de maths sur banach et opérateurs continus
- S’exercer : exercices corrigés sur banach et opérateurs continus
- QCM précédent : QCM : Espaces complets et point fixe en L3 de maths
- QCM suivant : QCM : Compacité séquentielle et connexité en L3 de maths
- Tous les chapitres : le sommaire de la L3 de maths


























