QCM : Espérance et indépendance en L3 de maths

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Ce QCM espérance L3 relit les probabilités avec les outils de la théorie de la mesure. Il commence par la définition d’une variable aléatoire et de sa loi, puis applique le théorème de transfert et la méthode de la fonction muette pour identifier une loi image. Il teste ensuite l’indépendance d’événements, de tribus et de variables, avec ses pièges classiques. La fin porte sur les vecteurs aléatoires à densité, le changement de variables par jacobien, la covariance et l’espérance conditionnelle sachant un événement.

Réponds aux douze questions sans ouvrir le cours, en écrivant chaque intégrale au brouillon. Pour une loi image, calcule l’espérance d’une fonction test plutôt qu’une probabilité isolée. Ensuite, lis toutes les explications : elles détaillent le calcul et montrent l’erreur qui mène à chaque piège.

Les 12 questions

Question 1

Sur un espace probabilisé \((\Omega,\mathcal{F},P)\), qu’appelle-t-on une variable aléatoire réelle ?

  1. Une application continue de \(\Omega\) dans \(\mathbb{R}\)
  2. Une application mesurable de \(\Omega\) muni de \(\mathcal{F}\) vers \(\mathbb{R}\) muni des boréliens
  3. Une mesure de probabilité sur \(\mathcal{B}(\mathbb{R})\)
  4. Une application intégrable de \(\Omega\) dans \(\mathbb{R}\)

Réponse B.

La mesurabilité garantit que \(\{X\in B\}\) est un événement pour tout borélien \(B\), ce qui permet de définir \(P(X\in B)\). En revanche, la continuité n’a pas de sens sans topologie sur \(\Omega\). Le piège « mesure de probabilité » décrit la loi de \(X\), et non la variable elle-même. Enfin, l’intégrabilité est une propriété supplémentaire : la loi de Cauchy n’a pas d’espérance, et elle décrit pourtant une variable aléatoire tout à fait légitime.

Question 2

Soit \(X\) de loi uniforme sur \([0,2]\). Que vaut \(E[X^2]\) ?

  1. \(1\)
  2. \(\frac{8}{3}\)
  3. \(\frac{4}{3}\)
  4. \(2\)

Réponse C.

D’après le théorème de transfert, \(E[X^2]=\int_0^2x^2\cdot\frac{1}{2}\,\mathrm{d}x=\frac{1}{2}\cdot\frac{8}{3}=\frac{4}{3}\). Le piège \(\frac{8}{3}\) oublie la densité \(\frac{1}{2}\). La réponse 1 calcule \((E[X])^2\), ce qui revient à confondre \(E[X^2]\) et \(E[X]^2\). D’ailleurs, l’écart entre les deux, \(\frac{1}{3}\), est exactement la variance de \(X\).

Question 3

On tire \(U\) uniformément dans \(]0,1]\) et l’on pose \(Y=-\ln U\). Comment \(Y\) est-elle distribuée ?

  1. La loi exponentielle de paramètre 2
  2. La loi exponentielle de paramètre 1
  3. La loi de densité \(e^{y}\) sur \(]-\infty,0]\)
  4. La loi normale centrée réduite

Réponse B.

Pour \(h\) mesurable bornée, \(E[h(Y)]=\int_0^1h(-\ln u)\,\mathrm{d}u\). Le changement de variable \(y=-\ln u\), avec \(\mathrm{d}u=e^{-y}\,\mathrm{d}y\), donne \(\int_0^{+\infty}h(y)e^{-y}\,\mathrm{d}y\). Par conséquent, \(Y\) a pour densité \(e^{-y}\) sur \(\mathbb{R}_+\). Le piège de la densité \(e^{y}\) décrit la loi de \(\ln U\) : il oublie le signe moins. Enfin, \(Y\) est positive, donc elle ne peut pas être gaussienne.

Question 4

Soit \(X\) uniforme sur \(\{-1,0,1\}\) et \(Y=X^2\). Que peut-on affirmer ?

  1. \(X\) et \(Y\) sont indépendantes, car leur covariance est nulle
  2. \(\mathrm{Cov}(X,Y)=E[Y]\)
  3. \(\mathrm{Cov}(X,Y)>0\), donc elles sont dépendantes
  4. \(\mathrm{Cov}(X,Y)=0\), mais \(X\) et \(Y\) ne sont pas indépendantes

Réponse D.

On a \(E[X]=0\) et \(E[XY]=E[X^3]=0\), donc la covariance est nulle. Cependant, \(P(X=0,Y=1)=0\), alors que \(P(X=0)P(Y=1)=\frac{1}{3}\cdot\frac{2}{3}\) ne l’est pas. Ainsi les variables sont dépendantes. Le piège principal lit l’implication à l’envers : seule l’indépendance force une covariance nulle, pas l’inverse. Par ailleurs, \(E[Y]=\frac{2}{3}\) n’est pas la covariance.

Question 5

On choisit \(\omega\) uniformément dans \(\{1,2,3,4\}\) et l’on pose \(A=\{1,2\}\), \(B=\{1,3\}\), \(C=\{1,4\}\). Que dire de ces trois événements ?

  1. Mutuellement indépendants
  2. \(A\) et \(C\) sont dépendants
  3. Indépendants deux à deux, sans l’être mutuellement
  4. Aucun couple n’est indépendant

Réponse C.

Chacun des trois événements pèse \(\frac{1}{2}\). Deux d’entre eux se coupent toujours en \(\{1\}\), de poids \(\frac{1}{4}=\frac{1}{2}\cdot\frac{1}{2}\) : l’indépendance deux à deux est donc acquise. Cependant, \(A\cap B\cap C=\{1\}\) pèse encore \(\frac{1}{4}\), et non \(\frac{1}{8}\). Par conséquent, l’indépendance mutuelle échoue. Le piège consiste à croire que vérifier les couples suffit.

Question 6

Soit \(X\), \(Y\), \(Z\) trois variables réelles mutuellement indépendantes. Quel couple est toujours formé de variables indépendantes ?

  1. \(X+Y\) et \(Z\)
  2. \(X+Y\) et \(X-Y\)
  3. \(XY\) et \(X\)
  4. \(X\) et \(X+Z\)

Réponse A.

Par le lemme des coalitions, la tribu engendrée par \((X,Y)\) est indépendante de celle de \(Z\). Or \(X+Y\) est une fonction mesurable de \((X,Y)\), donc elle est indépendante de \(Z\). En revanche, \(X+Y\) et \(X-Y\) ne sont indépendantes que dans des cas particuliers, comme deux gaussiennes de même variance. Les deux derniers couples partagent \(X\) : avec \(Y=1\) et \(Z=0\), chacun se réduit à \(X\) et \(X\), qui ne sont pas indépendantes si \(X\) n’est pas constante.

Question 7

Le couple \((X,Y)\) a pour densité \(2\) sur le triangle \(\{(x,y)\,:\,0<y<x<1\}\) et 0 ailleurs. Quelle est la densité de \(X\) sur \([0,1]\) ?

  1. \(x\mapsto 2(1-x)\)
  2. \(x\mapsto 1\)
  3. \(x\mapsto 2\)
  4. \(x\mapsto 2x\)

Réponse D.

On intègre la densité jointe en \(y\), à \(x\) fixé : \(y\) varie de 0 à \(x\), donc on obtient \(\int_0^x2\,\mathrm{d}y=2x\). Le piège \(2(1-x)\) intègre de \(x\) à 1 : c’est en fait la densité de \(Y\). La réponse 2 oublie que le domaine d’intégration dépend de \(x\), et elle n’est d’ailleurs pas d’intégrale 1. Enfin, comme le support n’est pas un pavé, \(X\) et \(Y\) ne sont pas indépendantes.

Question 8

Soit \(X\) et \(Y\) indépendantes de loi normale centrée réduite. Quelle est la loi de \(X^2+Y^2\) ?

  1. La loi exponentielle de paramètre 1
  2. La loi exponentielle de paramètre \(\frac{1}{2}\)
  3. La loi exponentielle de paramètre 2
  4. La loi normale centrée de variance 2

Réponse B.

En coordonnées polaires, le jacobien vaut \(r\), et la densité du couple devient \(\frac{1}{2\pi}e^{-r^2/2}r\). En intégrant l’angle, \(R\) a pour densité \(re^{-r^2/2}\). Puis le changement \(s=r^2\) donne la densité \(\frac{1}{2}e^{-s/2}\) pour \(R^2\), dont l’espérance vaut 2. Le piège du paramètre 2 confond paramètre et espérance. Enfin, \(X+Y\), et non la somme des carrés, suit la loi normale de variance 2.

Question 9

Soit \(X\) et \(Y\) indépendantes de loi exponentielle de paramètre 1. Quelle est la loi de \(\frac{X}{X+Y}\) ?

  1. La loi uniforme sur \([0,1]\)
  2. La loi exponentielle de paramètre 1
  3. La loi de densité \(2u\) sur \([0,1]\)
  4. La loi de Cauchy

Réponse A.

On pose \(S=X+Y\) et \(U=\frac{X}{S}\). Alors \(x=us\), \(y=(1-u)s\), et le jacobien vaut \(s\). La densité du couple \((U,S)\) est donc \(se^{-s}\) sur \([0,1]\times\mathbb{R}_+\). Elle se factorise, si bien que \(U\) est uniforme et indépendante de \(S\). La loi exponentielle est impossible, car le quotient reste entre 0 et 1. Le piège \(2u\) vient d’un jacobien oublié ou mal calculé.

Question 10

On sait que \(V(X)=1\), \(V(Y)=2\) et \(\mathrm{Cov}(X,Y)=-1\). Que vaut \(V(X+2Y)\) ?

  1. 9
  2. 13
  3. 5
  4. 1

Réponse C.

Par bilinéarité de la covariance, \(V(X+2Y)=V(X)+4V(Y)+4\,\mathrm{Cov}(X,Y)\). On obtient donc \(1+8-4=5\). Le piège 9 suppose les variables non corrélées, et 13 prend la covariance avec le mauvais signe. Quant à 1, il oublie de mettre le coefficient 2 au carré devant \(V(Y)\). Par ailleurs, la covariance négative diminue bien la variance, car les deux termes tendent à se compenser.

Question 11

On lance un dé cubique équilibré ; \(X\) désigne le numéro obtenu et \(B=\{X\text{ pair}\}\). Que vaut l’espérance conditionnelle \(E[X\mid\sigma(B)]\) ?

  1. \(4\cdot\mathbf{1}_B+3\cdot\mathbf{1}_{B^c}\)
  2. \(\frac{7}{2}\)
  3. \(4\cdot\mathbf{1}_B\)
  4. \(2\cdot\mathbf{1}_B+\frac{3}{2}\cdot\mathbf{1}_{B^c}\)

Réponse A.

Sachant une partition finie, l’espérance conditionnelle est une variable aléatoire constante sur chaque bloc. Sur \(B\), elle vaut la moyenne de 2, 4 et 6, soit 4 ; sur le complémentaire, celle de 1, 3 et 5, soit 3. Le piège \(2\cdot\mathbf{1}_B+\frac{3}{2}\cdot\mathbf{1}_{B^c}\) calcule \(E[X\mathbf{1}_B]\) sans diviser par \(P(B)=\frac{1}{2}\). Enfin, \(\frac{7}{2}\) est \(E[X]\) : c’est l’espérance de la réponse, pas la réponse elle-même.

Question 12

Soit \(X\) une variable positive telle que \(P(X>t)=(1+t)^{-3}\) pour tout \(t\ge0\). Que vaut \(E[X]\) ?

  1. \(\frac{1}{3}\)
  2. \(1\)
  3. \(\frac{3}{2}\)
  4. \(\frac{1}{2}\)

Réponse D.

Pour une variable positive, Fubini-Tonelli donne \(E[X]=\int_0^{+\infty}P(X>t)\,\mathrm{d}t\). En effet, on écrit \(X=\int_0^{+\infty}\mathbf{1}_{t<X}\,\mathrm{d}t\), puis on échange espérance et intégrale. Ici, \(\int_0^{+\infty}(1+t)^{-3}\,\mathrm{d}t=\frac{1}{2}\). Le piège \(\frac{1}{3}\) vient d’une primitive fausse, avec l’exposant 3 au dénominateur au lieu de 2. De plus, l’échange est légitime ici, car tout est positif.

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