QCM : Théorèmes de convergence de Lebesgue en L3 de maths

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Ce QCM Lebesgue L3 teste la maîtrise des théorèmes limites de l’intégration. Il commence par l’intégrale des fonctions étagées et des fonctions mesurables positives, puis passe au théorème de Beppo Levi, au lemme de Fatou et à leurs contre-exemples. La suite porte sur les fonctions intégrables, la convergence dominée, l’intégration terme à terme d’une série, la comparaison avec l’intégrale de Riemann et la dérivation d’une intégrale à paramètre.

Réponds d’abord sans regarder le cours, en vérifiant chaque hypothèse avant d’intervertir une limite et une intégrale. Les calculs se font au brouillon en quelques lignes. Ensuite, lis toutes les explications : elles justifient la bonne réponse et décrivent l’erreur derrière chaque piège, souvent une domination oubliée ou une masse qui s’échappe.

Les 12 questions

Question 1

On note \(\lambda\) la mesure de Lebesgue et \(\varphi=2\cdot\mathbf{1}_{[0,3]}+5\cdot\mathbf{1}_{[1,2]}\). Que vaut \(\int\varphi\,d\lambda\) ?

  1. \(7\)
  2. \(6\)
  3. \(11\)
  4. \(21\)

Réponse C.

L’intégrale d’une fonction étagée est linéaire : elle vaut \(2\lambda([0,3])+5\lambda([1,2])=2\times 3+5\times 1=11\). Répondre 7 revient à additionner les coefficients sans les longueurs. De même, 6 oublie le second terme. Enfin, 21 multiplie \(2+5\) par la longueur totale 3, comme si les deux indicatrices portaient sur le même intervalle.

Question 2

Pour \(f\) mesurable à valeurs dans \([0,+\infty]\), l’intégrale \(\int f\,d\mu\) est définie comme :

  1. la borne inférieure des \(\int\varphi\,d\mu\), pour \(\varphi\) étagée avec \(\varphi\geq f\)
  2. la limite des sommes de Riemann de \(f\) sur des subdivisions
  3. la borne supérieure des \(\int g\,d\mu\), pour \(g\) continue avec \(g\leq f\)
  4. la borne supérieure des \(\int\varphi\,d\mu\), pour \(\varphi\) étagée avec \(0\leq\varphi\leq f\)

Réponse D.

La construction approche \(f\) par en dessous à l’aide de fonctions étagées positives, ce qui fonctionne même si \(f\) prend la valeur \(+\infty\). En revanche, une approximation par au-dessus échoue pour une fonction non bornée. De plus, les sommes de Riemann n’ont pas de sens sur un espace mesuré abstrait. Enfin, les fonctions continues ne sont pas définies sur un tel espace.

Question 3

La suite \(f_n=\mathbf{1}_{[n,n+1]}\) vérifie \(\int f_n\,d\lambda=1\) et converge simplement vers 0. Quelle hypothèse du théorème de Beppo Levi fait défaut ?

  1. La positivité des fonctions \(f_n\)
  2. La mesurabilité des fonctions \(f_n\)
  3. La croissance de la suite \((f_n)\)
  4. L’intégrabilité de la limite simple

Réponse C.

Les \(f_n\) sont positives et mesurables, mais la suite n’est pas croissante : la bosse se déplace vers la droite. Par conséquent, le théorème de convergence monotone ne s’applique pas, et la masse 1 s’échappe à l’infini. Par ailleurs, l’intégrabilité de la limite n’est pas une hypothèse de Beppo Levi, puisque ce théorème autorise une intégrale infinie.

Question 4

En justifiant l’interversion pour une série de fonctions positives, que vaut \(\displaystyle\sum_{n\geq 0}\int_0^1 x^n(1-x)\,dx\) ?

  1. \(1\)
  2. \(+\infty\)
  3. \(\dfrac{1}{2}\)
  4. \(\ln 2\)

Réponse A.

Les fonctions sont positives, donc Beppo Levi permet d’échanger somme et intégrale. Or \(\sum_{n\geq 0}x^n(1-x)=1\) pour \(0\leq x<1\), ainsi la somme vaut \(\int_0^1 1\,dx=1\). De même, le calcul direct donne \(\sum\frac{1}{(n+1)(n+2)}=1\) par télescopage. Le piège \(+\infty\) vient de l’oubli du facteur \(1-x\), qui rend la série géométrique sommable.

Question 5

Soit \((h_k)\) une suite de fonctions mesurables à valeurs dans \([0,+\infty]\). Que dit le lemme de Fatou ?

  1. \(\int(\liminf_k h_k)\,d\mu\geq\liminf_k\int h_k\,d\mu\)
  2. \(\int(\liminf_k h_k)\,d\mu\leq\liminf_k\int h_k\,d\mu\)
  3. \(\int(\liminf_k h_k)\,d\mu=\liminf_k\int h_k\,d\mu\)
  4. \(\int(\limsup_k h_k)\,d\mu\leq\limsup_k\int h_k\,d\mu\)

Réponse B.

Les fonctions \(g_k=\inf_{j\geq k}h_j\) croissent vers \(\liminf h_k\). Ainsi Beppo Levi, combiné à \(\int g_k\leq\int h_j\) pour \(j\geq k\), donne l’inégalité. L’égalité est fausse en général, comme le montre une bosse qui fuit. De plus, la version avec \(\limsup\) demande une domination, sinon elle échoue : le sens de l’inégalité est le piège principal.

Question 6

On prend \(u_n\) égale à \(n\) sur \(]0,1/n]\) et nulle ailleurs. Que valent \(\int\liminf u_n\,d\lambda\) et \(\liminf\int u_n\,d\lambda\) ?

  1. \(0\) et \(1\)
  2. \(1\) et \(1\)
  3. \(0\) et \(0\)
  4. \(1\) et \(0\)

Réponse A.

Pour chaque \(x\), on a \(u_n(x)=0\) dès que \(n>1/x\) ; donc la limite simple est nulle, et son intégrale aussi. Cependant, \(\int u_n=n\times\frac{1}{n}=1\) pour tout \(n\). L’inégalité de Fatou est donc stricte ici. Enfin, le couple 1 et 0 contredirait Fatou, ce qui suffit à l’écarter.

Question 7

Laquelle de ces fonctions est intégrable au sens de Lebesgue sur \(]0,+\infty[\) ?

  1. \(x\mapsto\dfrac{\sin x}{x}\)
  2. \(x\mapsto\dfrac{1}{x}\)
  3. \(x\mapsto\dfrac{1}{1+x}\)
  4. \(x\mapsto\dfrac{e^{-x}}{\sqrt{x}}\)

Réponse D.

Près de 0, \(e^{-x}/\sqrt{x}\) se comporte comme \(x^{-1/2}\), intégrable ; à l’infini, elle est dominée par \(e^{-x}\). En revanche, \(\int|\sin x|/x\) diverge, donc le sinus cardinal n’est pas dans \(L^1\), malgré une intégrale impropre convergente. De même, \(1/x\) diverge aux deux bornes, et \(1/(1+x)\) diverge à l’infini.

Question 8

Pour appliquer la convergence dominée à une suite \((f_n)\) qui converge presque partout, il faut une fonction \(g\) :

  1. intégrable mais dépendant de \(n\), avec \(|f_n|\leq g_n\) presque partout
  2. intégrable et indépendante de \(n\), avec \(|f_n|\leq g\) presque partout
  3. bornée et indépendante de \(n\), avec \(|f_n|\leq g\) presque partout
  4. intégrable et indépendante de \(n\), avec \(f_n\leq g\) presque partout

Réponse B.

La domination doit être uniforme en \(n\) et porter sur \(|f_n|\). En effet, avec \(g_n\) variable, on retrouve la bosse \(n\,\mathbf{1}_{]0,1/n]}\), qui contredit le résultat. De plus, une borne constante n’est pas intégrable sur \(\mathbb{R}\), et \(\mathbf{1}_{[n,n+1]}\) le confirme. Enfin, sans valeur absolue, une suite très négative échapperait à tout contrôle.

Question 9

Que vaut \(\displaystyle\lim_{n\to\infty}\int_0^n\Big(1-\frac{x}{n}\Big)^n dx\) ?

  1. \(0\)
  2. \(e\)
  3. \(1\)
  4. \(\dfrac{1}{2}\)

Réponse C.

On pose \(f_n(x)=(1-x/n)^n\) sur \([0,n]\) et 0 ailleurs. Comme \(\ln(1-u)\leq -u\), on a \(0\leq f_n\leq e^{-x}\), domination intégrable. De plus, \(f_n(x)\) tend vers \(e^{-x}\). Donc la limite vaut \(1\), intégrale de \(e^{-x}\) sur \([0,+\infty[\). Le calcul direct donne d’ailleurs \(\frac{n}{n+1}\). Répondre \(e\) confond la limite de la suite de fonctions avec celle de \((1+1/n)^n\).

Question 10

En développant \(\frac{1}{e^x-1}=\sum_{k\geq 1}e^{-kx}\) puis en intégrant terme à terme, que vaut \(\int_0^{\infty}x\,(e^x-1)^{-1}\,dx\) ?

  1. \(\dfrac{\pi^2}{6}\)
  2. \(\dfrac{\pi^2}{12}\)
  3. \(1\)
  4. \(+\infty\)

Réponse A.

Les termes \(x\,e^{-kx}\) sont positifs, donc l’interversion est permise. Or \(\int_0^{+\infty}x\,e^{-kx}dx=\frac{1}{k^2}\), ainsi l’intégrale vaut \(\sum\frac{1}{k^2}=\frac{\pi^2}{6}\). La valeur 1 ne garde que \(k=1\). De même, \(\frac{\pi^2}{12}\) correspond à une série alternée, qui apparaît avec \(e^x+1\) au dénominateur. Enfin, la fonction est bornée près de 0 : aucune divergence.

Question 11

Sur \([0,1]\), que dire de l’indicatrice \(\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\) vis-à-vis des deux intégrales ?

  1. Riemann-intégrable et Lebesgue-intégrable, d’intégrale nulle
  2. Intégrable ni au sens de Riemann ni au sens de Lebesgue
  3. Riemann-intégrable et Lebesgue-intégrable, d’intégrale 1
  4. Lebesgue-intégrable d’intégrale nulle, mais pas Riemann-intégrable

Réponse D.

L’ensemble \(\mathbb{Q}\cap[0,1]\) est dénombrable, donc négligeable ; ainsi l’intégrale de Lebesgue vaut 0. Cependant, sur tout intervalle d’une subdivision, la fonction prend les valeurs 0 et 1. Par conséquent, les sommes de Darboux inférieures valent 0 et les supérieures valent 1. Le piège consiste à croire que les deux théories ont exactement les mêmes fonctions intégrables.

Question 12

On pose \(F(t)=\int_0^{+\infty}e^{-x}\cos(tx)\,dx\) pour \(t\in\mathbb{R}\). Quelle domination justifie la dérivation sous le signe intégrale ?

  1. \(|e^{-x}\cos(tx)|\leq e^{-x}\), intégrable
  2. \(|x\,e^{-x}\sin(tx)|\leq x\,e^{-x}\), intégrable
  3. \(|x\,e^{-x}\sin(tx)|\leq x\), indépendant de \(t\)
  4. Aucune, car le cosinus est borné

Réponse B.

Pour dériver, il faut dominer la dérivée partielle \(-x\,e^{-x}\sin(tx)\) indépendamment de \(t\). Or \(x\,e^{-x}\) convient, car elle est intégrable sur \([0,+\infty[\). La domination de \(e^{-x}\cos(tx)\) ne donne que la continuité de \(F\). De plus, la borne \(x\) n’est pas intégrable. Enfin, borner le cosinus ne contrôle pas le facteur \(x\) qui apparaît en dérivant.

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