QCM : Cauchy-Lipschitz et Gronwall en L3 de maths
Ce QCM Gronwall L3 parcourt la théorie des équations différentielles ordinaires. Il commence par le problème de Cauchy, l’unicité et ce qui se passe quand l’hypothèse lipschitzienne manque. Il teste ensuite les solutions maximales, le théorème des bouts, le lemme de Gronwall et l’existence globale. La seconde moitié traite des systèmes linéaires, du wronskien, de l’exponentielle de matrice, puis des systèmes autonomes : portrait de phase, stabilité, linéarisation et méthode d’Euler.
Pour chaque question, cherche une solution explicite ou un contre-exemple simple avant de regarder les propositions. Résous sans le cours, au brouillon. Ensuite, lis toutes les explications : elles vérifient les hypothèses du théorème utilisé et indiquent l’erreur précise qui mène à chacun des pièges proposés.
Les 12 questions
Question 1
Le problème \(y^{\prime}=|y|^{2/3}\), \(y(0)=0\), admet à la fois la solution nulle et \(t\mapsto\frac{t^3}{27}\). Quelle hypothèse de Cauchy-Lipschitz fait défaut ?
- Le caractère lipschitzien en \(y\) près de 0
- La continuité globale du second membre
- La linéarité de l’équation
- La continuité en \(t\) du second membre
Réponse A.
Le second membre est continu, donc Cauchy-Peano assure l’existence. Cependant, le rapport \(\frac{|y|^{2/3}}{|y|}\) explose quand \(y\) tend vers 0 : la fonction n’est pas lipschitzienne en \(y\) au voisinage de 0, et l’unicité tombe. On vérifie d’ailleurs que \(\frac{t^2}{9}\) est bien la puissance \(\frac{2}{3}\) de \(\frac{t^3}{27}\). Le piège de la linéarité est trompeur : beaucoup d’équations non linéaires ont l’unicité.
Question 2
On résout \(y^{\prime}=1+y^2\) avec \(y(0)=0\). Sur quel intervalle vit la solution maximale ?
- \(\mathbb{R}\)
- \(]-1,1[\)
- \(]-\pi/2,\pi/2[\)
- \([0,\pi/2[\)
Réponse C.
La solution est \(y=\tan t\), qui tend vers l’infini aux bords de l’intervalle. Le second membre est de classe \(C^1\), donc localement lipschitzien ; pourtant, la solution n’est pas globale. Ainsi, régularité ne veut pas dire existence sur tout \(\mathbb{R}\). Le piège \([0,\pi/2[\) oublie que la solution maximale se prolonge aussi vers les temps négatifs.
Question 3
Soit \(u\) continue et positive sur \([0,1]\) telle que \(u(t)\le 2+\int_0^t 3u(s)\,\mathrm{d}s\) pour tout \(t\). Quelle majoration le lemme de Gronwall fournit-il ?
- \(u(t)\le 3e^{2t}\)
- \(u(t)\le 2+3t\)
- \(u(t)\le 2e^{3}\,t\)
- \(u(t)\le 2e^{3t}\)
Réponse D.
Posons \(v(t)=2+\int_0^t3u\). Alors \(v^{\prime}=3u\le3v\), donc \((e^{-3t}v)^{\prime}\le0\). Par conséquent, \(u\le v\le 2e^{3t}\). La constante additive se place devant l’exponentielle et le coefficient dans l’exposant ; les échanger donne le piège \(3e^{2t}\). La majoration affine \(2+3t\) est fausse : la fonction \(2e^{3t}\) vérifie l’hypothèse avec égalité et la dépasse.
Question 4
Soit \(f\) de classe \(C^1\) sur \(\mathbb{R}^{1+n}\) tout entier, et \(y\) une solution maximale de \(y^{\prime}=f(t,y)\) définie sur \([0,T[\) avec \(T\) fini. Que dit le théorème des bouts ?
- \(y(t)\) admet une limite finie quand \(t\) tend vers \(T\)
- \(\|y(t)\|\) tend vers \(+\infty\) quand \(t\) tend vers \(T\)
- \(y\) est bornée sur \([0,T[\)
- \(y^{\prime}(t)\) tend vers 0 quand \(t\) tend vers \(T\)
Réponse B.
Si \(y\) restait dans un compact, \(f(t,y(t))\) serait bornée, donc \(y\) aurait une limite en \(T\). On pourrait alors la prolonger au-delà de \(T\), ce qui contredirait la maximalité. Ainsi \(y\) sort de tout compact, et comme \(f\) est définie partout, la norme explose. Le piège de la limite finie décrit justement la situation que le théorème exclut.
Question 5
Pour laquelle de ces équations toute solution maximale est-elle définie sur \(\mathbb{R}\) entier ?
- \(y^{\prime}=y^2\)
- \(y^{\prime}=e^{y}\)
- \(y^{\prime}=y^3-y\)
- \(y^{\prime}=\sin y\)
Réponse D.
Le second membre \(\sin y\) est borné, donc toute solution vérifie \(|y(t)-y(0)|\le|t|\). Par conséquent, aucune solution ne part à l’infini avant un instant fini ; le théorème des bouts donne alors l’existence globale. En revanche, \(y^{\prime}=y^2\) avec \(y(0)=1\) donne \(\frac{1}{1-t}\). De même, \(y^{\prime}=e^y\) a pour solutions \(-\ln(c-t)\). Enfin, \(y^3-y\) fait exploser les solutions qui partent au-dessus de 1.
Question 6
Soit \(W\) le wronskien de deux solutions de \(y^{\prime\prime}+2t\,y^{\prime}+y=0\). Que vaut \(W(t)\) ?
- \(W(0)\,e^{t^2}\)
- \(W(0)\,e^{-2t}\)
- \(W(0)\,e^{-t^2}\)
- \(W(0)\)
Réponse C.
Pour \(y^{\prime\prime}+p(t)y^{\prime}+q(t)y=0\), le wronskien vérifie \(W^{\prime}=-pW\). Ici \(p(t)=2t\), donc \(W(t)=W(0)\exp\left(-\int_0^t2s\,\mathrm{d}s\right)=W(0)e^{-t^2}\). Le coefficient \(q\) n’intervient pas. Le piège \(e^{t^2}\) oublie le signe moins. Par ailleurs, \(e^{-2t}\) confond \(p(t)\) avec sa primitive. Enfin, un wronskien constant ne s’obtient que si \(p\) est nul.
Question 7
Soit \(A=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}\). Que vaut la résolvante \(e^{tA}\) du système \(Y^{\prime}=AY\) ?
- \(\begin{pmatrix}1&t\\0&1\end{pmatrix}\)
- \(\begin{pmatrix}1&e^{t}\\1&1\end{pmatrix}\)
- \(\begin{pmatrix}1&t\\t&1\end{pmatrix}\)
- \(\begin{pmatrix}e^{t}&1\\0&e^{t}\end{pmatrix}\)
Réponse A.
La matrice \(A\) est nilpotente : \(A^2=0\). Donc la série exponentielle s’arrête après deux termes, et \(e^{tA}=I_2+tA\). On le retrouve en résolvant le système : \(y_2\) est constante, puis \(y_1\) est affine. La matrice qui contient \(e^{t}\) en haut à droite applique l’exponentielle à chaque coefficient, ce qui est faux ; en effet, \(e^0=1\) placerait même un 1 sous la diagonale. Enfin, la matrice de diagonale \(e^{t}\) n’est pas l’identité en \(t=0\).
Question 8
Pour deux matrices carrées \(A\) et \(B\), quelle condition suffit à garantir \(e^{A+B}=e^{A}e^{B}\) ?
- \(A\) et \(B\) inversibles
- \(AB=BA\)
- \(A\) et \(B\) diagonalisables
- \(A+B\) nilpotente
Réponse B.
Lorsque \(AB=BA\), on développe \((A+B)^k\) comme pour des nombres, puis on regroupe les termes du produit des deux séries : l’égalité suit. Sinon, elle tombe en général : avec \(A=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}\) et \(B\) sa transposée, le calcul échoue. De même, savoir que chacune est diagonalisable ne remplace pas la commutation, car leurs bases propres peuvent différer. L’inversibilité, quant à elle, ne joue aucun rôle dans le calcul.
Question 9
Le système linéaire \(Y^{\prime}=AY\) dans \(\mathbb{R}^2\) a une matrice \(A\) de valeurs propres \(-1+2i\) et \(-1-2i\). Quelle est la nature de l’origine ?
- Un centre, stable mais pas asymptotiquement
- Un foyer répulsif, instable
- Un col, instable
- Un foyer attractif, asymptotiquement stable
Réponse D.
Les solutions sont des combinaisons de \(e^{-t}\cos 2t\) et \(e^{-t}\sin 2t\). Ainsi elles tournent autour de l’origine, d’où le foyer, tout en décroissant vers 0, d’où la stabilité asymptotique. C’est la partie réelle qui décide : elle vaut \(-1\). Le piège du centre correspond à une partie réelle nulle. Par ailleurs, un col exige deux valeurs propres réelles de signes opposés.
Question 10
Que permet de conclure la linéarisation en 0 de l’équation \(x^{\prime}=-x^3\) ?
- 0 est instable
- 0 est stable mais pas asymptotiquement
- Rien, car la partie linéaire est nulle
- 0 est asymptotiquement stable, d’après le théorème de linéarisation
Réponse C.
Le théorème de linéarisation exige que toutes les valeurs propres aient une partie réelle strictement négative. Or ici, la partie linéaire vaut 0, donc il ne conclut pas. Pourtant, 0 est bien asymptotiquement stable : la fonction \(x^2\) décroît le long des solutions. Invoquer le théorème de linéarisation donne donc la bonne conclusion avec une mauvaise justification. En effet, \(x^{\prime}=x^3\) a la même linéarisée et un équilibre instable.
Question 11
Quelle quantité reste constante le long des solutions de l’équation du pendule \(x^{\prime\prime}+\sin x=0\) ?
- \(\frac{1}{2}x^{\prime 2}+\cos x\)
- \(\frac{1}{2}x^{\prime 2}-\cos x\)
- \(\frac{1}{2}x^{\prime 2}-\sin x\)
- \(x^{\prime}+\cos x\)
Réponse B.
On multiplie l’équation par \(x^{\prime}\). On obtient \(x^{\prime}x^{\prime\prime}+x^{\prime}\sin x=0\), c’est-à-dire la dérivée de \(\frac{1}{2}x^{\prime 2}-\cos x\). Par conséquent, cette énergie est conservée et les trajectoires du portrait de phase sont ses lignes de niveau. Le piège \(+\cos x\) vient d’une erreur sur la primitive de \(\sin\). Enfin, \(-\sin x\) confond la force avec le potentiel.
Question 12
Pour \(y^{\prime}=y\) et \(y(0)=1\), on fait deux pas de longueur \(h=\frac{1}{2}\) avec le schéma d’Euler explicite. Quel nombre estime alors \(y(1)\) ?
- \(2{,}25\)
- \(e\approx 2{,}72\)
- \(2\)
- \(4\)
Réponse A.
Chaque pas multiplie la valeur par \(1+h=\frac{3}{2}\). Donc on obtient \(\left(\frac{3}{2}\right)^2=\frac{9}{4}\). La valeur exacte \(e\) n’est atteinte qu’à la limite, car \(\left(1+\frac{1}{n}\right)^n\) tend vers \(e\) ; l’erreur globale de la méthode est d’ordre \(h\). Le piège 2 correspond à un seul pas de longueur 1. Enfin, 4 est le résultat du schéma implicite, qui divise par \(1-h\) à chaque pas.
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de L3 de maths sur cauchy-Lipschitz et Gronwall
- S’exercer : exercices corrigés sur cauchy-Lipschitz et Gronwall
- QCM précédent : QCM : Multiplicateurs de Lagrange en L3 de maths
- QCM suivant : QCM : Holomorphie et formule de Cauchy en L3 de maths
- Tous les chapitres : le sommaire de la L3 de maths


























