Logique et types de démonstration en L1 de maths : cours et méthodes
Ce chapitre ouvre le premier semestre de licence. Il installe le langage du raisonnement dont tous les cours suivants se servent : analyse, algèbre, arithmétique. Nous y construisons pas à pas les connecteurs logiques, les tables de vérité et les quantificateurs, puis nous apprenons à écrire sans faute la négation d’une phrase quantifiée.
Ce cours de logique L1 détaille ensuite les grands types de démonstration : raisonnement direct, contraposition, raisonnement par l’absurde et analyse-synthèse. Chaque méthode est accompagnée d’une preuve commentée ligne par ligne et d’un exemple guidé. Enfin, nous montrons comment trouver un contre-exemple pertinent, outil indispensable pour réfuter un énoncé faux.
Vous y gagnerez des réflexes de rédaction utiles dès les premiers partiels, car une copie bien construite commence toujours par des hypothèses claires et une conclusion annoncée.
Ce que vous saurez faire
- Dresser la table de vérité d’une assertion composée et reconnaître deux assertions équivalentes.
- Lire et écrire une phrase avec des quantificateurs, en respectant l’ordre des variables.
- Écrire sans erreur la négation d’un énoncé quantifié, même avec une implication à l’intérieur.
- Distinguer une implication, sa réciproque et sa contraposée.
- Choisir entre raisonnement direct, contraposition, absurde et analyse-synthèse.
- Produire un contre-exemple simple et pertinent pour réfuter un énoncé faux.
1. Assertions et connecteurs : les bases de la logique
En mathématiques, on manipule des phrases dont on peut dire si elles sont vraies ou fausses. Ainsi, « \(7\) est un nombre premier » est vraie, tandis que « \(15\) est pair » est fausse. En revanche, « \(x\) est positif » n’a pas de valeur tant que \(x\) n’est pas fixé.
Une assertion est un énoncé mathématique qui possède une et une seule valeur de vérité : vrai (noté V) ou faux (noté F). Un prédicat est un énoncé qui dépend d’une ou de plusieurs variables et devient une assertion dès qu’on leur donne une valeur.
1.1 Les cinq connecteurs
Les connecteurs combinent des assertions simples, notées \(P\) et \(Q\), en assertions composées. Le résultat est vrai ou faux selon le seul couple de valeurs de \(P\) et \(Q\). Un tableau à quatre lignes, la table de vérité, suffit donc pour décrire chaque connecteur.
On définit :
- la négation \(\neg P\) (« non \(P\) »), vraie exactement quand \(P\) est fausse ;
- la conjonction \(P \wedge Q\) (« \(P\) et \(Q\) »), vraie exactement quand \(P\) et \(Q\) sont vraies toutes les deux ;
- la disjonction \(P \vee Q\) (« \(P\) ou \(Q\) »), vraie dès que l’une au moins des deux est vraie ;
- l’implication \(P \Rightarrow Q\), fausse dans un seul cas : \(P\) vraie et \(Q\) fausse ;
- l’équivalence \(P \Leftrightarrow Q\), vraie exactement quand \(P\) et \(Q\) ont la même valeur.
Le « ou » mathématique est donc inclusif. Par exemple, « \(4\) est pair ou \(4\) est un carré » est vraie, bien que les deux parties soient vraies. De plus, l’implication \(P \Rightarrow Q\) est vraie dès que \(P\) est fausse. Autrement dit, une hypothèse fausse ne permet jamais de contredire une implication.
Voici la table de vérité des connecteurs binaires.
\[
\begin{array}{|c|c|c|c|c|c|}
\hline
P & Q & P \wedge Q & P \vee Q & P \Rightarrow Q & P \Leftrightarrow Q \\
\hline
V & V & V & V & V & V \\
V & F & F & V & F & F \\
F & V & F & V & V & F \\
F & F & F & F & V & V \\
\hline
\end{array}
\]
1.2 Assertions équivalentes et tautologies
Deux assertions composées sont dites logiquement équivalentes lorsqu’elles ont la même table de vérité. On note alors \(A \equiv B\). Une tautologie est une assertion composée vraie quelles que soient les valeurs de ses variables.
Pour toutes assertions \(P\), \(Q\) et \(R\) :
- \(\neg(\neg P) \equiv P\) ;
- \(\neg(P \wedge Q) \equiv \neg P \vee \neg Q\) et \(\neg(P \vee Q) \equiv \neg P \wedge \neg Q\) (lois de De Morgan) ;
- \(P \wedge (Q \vee R) \equiv (P \wedge Q) \vee (P \wedge R)\) et \(P \vee (Q \wedge R) \equiv (P \vee Q) \wedge (P \vee R)\) ;
- \((P \Rightarrow Q) \equiv (\neg P \vee Q)\) et donc \(\neg(P \Rightarrow Q) \equiv P \wedge \neg Q\) ;
- \((P \Leftrightarrow Q) \equiv (P \Rightarrow Q) \wedge (Q \Rightarrow P)\).
Chaque point se vérifie en comparant deux tables. Traitons la quatrième équivalence. D’abord, \(\neg P \vee Q\) est fausse seulement si \(\neg P\) et \(Q\) sont fausses. Cela revient à dire que \(P\) est vraie et \(Q\) fausse. Or c’est aussi l’unique cas où \(P \Rightarrow Q\) est fausse. Les deux tables coïncident donc. Enfin, la loi de De Morgan donne \(\neg(\neg P \vee Q) \equiv P \wedge \neg Q\).
1.3 Regrouper deux hypothèses
Montrons que \(P \Rightarrow (Q \Rightarrow R)\) équivaut à \((P \wedge Q) \Rightarrow R\). Cette règle permet de rassembler deux hypothèses en une seule.
- La première assertion est fausse si et seulement si \(P\) est vraie et \(Q \Rightarrow R\) est fausse.
- Or \(Q \Rightarrow R\) est fausse si et seulement si \(Q\) est vraie et \(R\) fausse.
- Ainsi, la première assertion est fausse exactement sur la ligne « \(P\) vraie, \(Q\) vraie, \(R\) fausse ».
- De même, \((P \wedge Q) \Rightarrow R\) est fausse exactement quand \(P \wedge Q\) est vraie et \(R\) fausse : c’est la même ligne.
Les deux assertions sont fausses sur la même unique ligne de la table : elles sont donc équivalentes.
Piège à éviter :
La négation de « \(P\) et \(Q\) » n’est pas « non \(P\) et non \(Q\) ». Par exemple, le contraire de « \(n\) est pair et \(n > 0\) » est « \(n\) est impair ou \(n \leqslant 0\) ». Il suffit en effet qu’une seule des deux conditions tombe.
2. Implication, réciproque et contraposée
L’implication est le connecteur central des démonstrations. Presque chaque théorème prend la forme « si hypothèse, alors conclusion ». Il faut donc savoir la lire sous toutes ses formes et ne jamais la confondre avec ses voisines.
Soit l’implication \(P \Rightarrow Q\).
- Sa réciproque est \(Q \Rightarrow P\).
- Sa contraposée est \(\neg Q \Rightarrow \neg P\).
Lorsque \(P \Rightarrow Q\) est vraie, on dit que \(Q\) est une condition nécessaire pour \(P\), et que \(P\) est une condition suffisante pour \(Q\).
Une implication et sa contraposée sont logiquement équivalentes : \((P \Rightarrow Q) \equiv (\neg Q \Rightarrow \neg P)\).
D’après la partie 1, \(P \Rightarrow Q\) équivaut à \(\neg P \vee Q\). De même, \(\neg Q \Rightarrow \neg P\) équivaut à \(\neg(\neg Q) \vee \neg P\), c’est-à-dire à \(Q \vee \neg P\). Or la disjonction est commutative. Les deux assertions ont donc la même table de vérité.
En revanche, une implication et sa réciproque n’ont aucun lien de vérité en général. Prenons \(x\) réel et l’implication « \(x > 3 \Rightarrow x^2 > 4\) ». Elle est vraie, puisque \(x > 3\) donne \(x^2 > 9 > 4\). Cependant, la réciproque « \(x^2 > 4 \Rightarrow x > 3\) » est fausse : le réel \(x = -5\) vérifie \(x^2 = 25 > 4\) sans être supérieur à \(3\). La figure traduit cette situation en termes d’ensembles.

Autrement dit, prouver \(P \Rightarrow Q\) revient à montrer que l’ensemble des objets qui vérifient \(P\) est inclus dans celui des objets qui vérifient \(Q\). L’équivalence correspond alors à l’égalité de ces deux ensembles.
Piège à éviter :
« \(Q\) est nécessaire pour \(P\) » signifie \(P \Rightarrow Q\), et non l’inverse. Par exemple, être pair est nécessaire pour être multiple de \(6\), mais ce n’est pas suffisant. D’ailleurs, l’entier \(4\) est pair sans être multiple de \(6\).
2.1 Démontrer une équivalence
Pour établir \(P \Leftrightarrow Q\), on démontre en général deux implications : le sens direct \(P \Rightarrow Q\), puis le sens réciproque \(Q \Rightarrow P\). On annonce clairement chaque sens dans la rédaction. Parfois, une chaîne d’équivalences courtes suffit, mais chaque maillon doit alors être réellement réversible.
Soit \(x\) un réel. Montrons que \(x^2 + 2x = 8 \Leftrightarrow (x = 2 \ \text{ou}\ x = -4)\).
- Sens direct : on suppose \(x^2 + 2x = 8\). Alors \(x^2 + 2x – 8 = 0\), soit \((x – 2)(x + 4) = 0\). Or un produit de deux réels ne s’annule que si un facteur vaut zéro. Donc \(x = 2\) ou \(x = -4\).
- Sens réciproque : si \(x = 2\), alors \(x^2 + 2x = 4 + 4 = 8\). Si \(x = -4\), alors \(x^2 + 2x = 16 – 8 = 8\).
Les deux sens sont établis, ce qui prouve l’équivalence.
3. Quantificateurs et négation
Un prédicat \(A(x)\) devient une assertion de deux façons : soit on remplace \(x\) par une valeur, soit on le quantifie. Les quantificateurs permettent d’écrire de façon compacte et sans ambiguïté des propriétés comme « toute fonction de ce type est bornée ».
Soit \(E\) un ensemble et \(A(x)\) un prédicat portant sur les éléments \(x\) de \(E\).
- \(\forall x \in E,\ A(x)\) se lit « pour tout \(x\) de \(E\), \(A(x)\) ». Elle est vraie si \(A(x)\) est vraie pour chaque élément de \(E\).
- \(\exists x \in E,\ A(x)\) se lit « il existe \(x\) dans \(E\) tel que \(A(x)\) ». Elle est vraie si au moins un élément de \(E\) vérifie \(A\).
- \(\exists !\, x \in E,\ A(x)\) affirme de plus l’unicité : exactement un élément de \(E\) vérifie \(A\).
La variable quantifiée est muette : \(\forall x \in \mathbb{R},\ x^2 \geqslant 0\) et \(\forall t \in \mathbb{R},\ t^2 \geqslant 0\) disent exactement la même chose. De plus, l’ensemble qui suit le quantificateur fait partie de l’énoncé. Ainsi, \(\exists x \in \mathbb{N},\ 2x = 7\) est fausse, alors que \(\exists x \in \mathbb{R},\ 2x = 7\) est vraie.
3.1 L’ordre des quantificateurs
On peut permuter librement deux « pour tout » consécutifs : \(\forall x\, \forall y\) équivaut à \(\forall y\, \forall x\), et de même pour \(\exists\). Cependant, on ne peut pas échanger un « pour tout » et un « il existe ». Comparons ces deux assertions :
\[
(A)\quad \forall x \in \mathbb{R},\ \exists y \in \mathbb{R},\ y > x
\qquad\qquad
(B)\quad \exists y \in \mathbb{R},\ \forall x \in \mathbb{R},\ y > x
\]
Dans \((A)\), le réel \(y\) est choisi après \(x\) et peut donc en dépendre : \(y = x + 1\) convient. L’assertion \((A)\) est vraie. Dans \((B)\), au contraire, un même \(y\) devrait dépasser tous les réels, y compris \(y\) lui-même. Par conséquent, \((B)\) est fausse. La figure montre la région du plan où \(y > x\) : chaque droite verticale la rencontre, mais aucune droite horizontale n’y est entièrement contenue.

L’implication \(\left(\exists y,\ \forall x,\ A(x, y)\right) \Rightarrow \left(\forall x,\ \exists y,\ A(x, y)\right)\) est toujours vraie. Sa réciproque est fausse en général.
On suppose qu’un élément \(y_0\) vérifie \(A(x, y_0)\) pour tout \(x\). Soit alors \(x\) quelconque. Le choix \(y = y_0\) convient, puisque \(A(x, y_0)\) est vraie. Ainsi, pour tout \(x\), un \(y\) convient. Enfin, le couple d’assertions \((A)\) et \((B)\) ci-dessus fournit un cas où la réciproque échoue.
3.2 Nier une phrase quantifiée
Pour tout prédicat \(A(x)\) sur un ensemble \(E\) :
\[
\neg\left(\forall x \in E,\ A(x)\right) \equiv \left(\exists x \in E,\ \neg A(x)\right)
\quad\text{et}\quad
\neg\left(\exists x \in E,\ A(x)\right) \equiv \left(\forall x \in E,\ \neg A(x)\right)
\]
En effet, dire que \(A(x)\) n’est pas vraie pour tous les \(x\), c’est dire qu’un \(x\) au moins la met en défaut. De même, dire qu’aucun \(x\) ne vérifie \(A\), c’est dire que tous vérifient \(\neg A\). Ces deux règles s’appliquent ensuite de proche en proche à des phrases plus longues.
Pour nier un énoncé quantifié :
- recopier les quantificateurs dans le même ordre, en échangeant \(\forall\) et \(\exists\) ;
- garder les ensembles de chaque variable sans les modifier ;
- nier la propriété finale avec les règles de la partie 1 : \(\neg(P \Rightarrow Q) \equiv P \wedge \neg Q\), De Morgan pour « et » et « ou » ;
- relire la phrase obtenue en français pour vérifier qu’elle décrit bien le contraire.
On considère l’assertion suivante, qui dit que les inverses des entiers deviennent plus petits que tout réel strictement positif :
\[
\forall a \in \left]0, +\infty\right[,\ \exists n \in \mathbb{N}^{*},\ \frac{1}{n} < a
\]
On échange d’abord les quantificateurs, puis on nie l’inégalité stricte. On obtient :
\[
\exists a \in \left]0, +\infty\right[,\ \forall n \in \mathbb{N}^{*},\ \frac{1}{n} \geqslant a
\]
Cette négation est fausse, car l’assertion de départ est vraie. En effet, pour \(a > 0\) donné, tout entier \(n > 1/a\) convient.
Remarque :
Une phrase de la forme \(\forall x \in E,\ (A(x) \Rightarrow B(x))\) se nie en \(\exists x \in E,\ (A(x) \wedge \neg B(x))\). Le résultat ne contient donc plus d’implication. Par exemple, la négation de « pour tous réels \(x\) et \(y\), si \(g(x) = g(y)\) alors \(x = y\) » est « il existe deux réels \(x\) et \(y\) tels que \(g(x) = g(y)\) et \(x \neq y\) ».
4. Les grands types de démonstration
Une démonstration est une suite d’arguments qui part des hypothèses et des résultats déjà établis pour arriver à la conclusion. Selon la forme de l’énoncé, certaines stratégies sont plus naturelles que d’autres. Nous présentons ici les trois plus courantes.
4.1 Le raisonnement direct
Pour prouver \(P \Rightarrow Q\) directement, on suppose \(P\) vraie et on enchaîne des déductions jusqu’à obtenir \(Q\). Pour prouver \(\forall x \in E,\ A(x)\), on commence par « Soit \(x \in E\) » : on fixe un élément quelconque, sans rien supposer d’autre, puis on établit \(A(x)\).
Montrons que pour tous réels \(x\) et \(y\), on a \(x^2 + xy + y^2 \geqslant 0\).
- Soient \(x\) et \(y\) deux réels quelconques.
- On reconnaît le début d’un carré : \(x^2 + xy = \left(x + \frac{y}{2}\right)^2 – \frac{y^2}{4}\).
- Par conséquent, \(x^2 + xy + y^2 = \left(x + \frac{y}{2}\right)^2 + \frac{3y^2}{4}\).
- Cette expression est une somme de deux réels positifs, donc elle est positive.
Comme \(x\) et \(y\) étaient quelconques, l’inégalité vaut pour tous les réels. On remarque de plus qu’il y a égalité si et seulement si \(y = 0\) et \(x = 0\).
4.2 Le raisonnement par contraposition
D’après le théorème de la partie 2, prouver \(\neg Q \Rightarrow \neg P\) suffit pour établir \(P \Rightarrow Q\). Cette méthode est utile quand la négation de la conclusion fournit une information plus maniable que l’hypothèse.
Soient \(a\) et \(b\) deux réels. Montrons que si \(a + b > 10\), alors \(a > 5\) ou \(b > 5\).
- La conclusion est une disjonction. Sa négation est \(a \leqslant 5\) et \(b \leqslant 5\), qui se manipule facilement.
- On démontre donc la contraposée : on suppose \(a \leqslant 5\) et \(b \leqslant 5\).
- En ajoutant ces deux inégalités, on obtient \(a + b \leqslant 10\).
- C’est exactement la négation de \(a + b > 10\).
La contraposée est vraie, donc l’implication de départ aussi.
4.3 Le raisonnement par l’absurde
Pour démontrer une assertion \(P\) par l’absurde, on suppose \(\neg P\) et on en tire une contradiction, c’est-à-dire une assertion de la forme \(R \wedge \neg R\). Puisque \(\neg P\) mène au faux, elle est fausse, et donc \(P\) est vraie. Cette méthode convient bien aux énoncés négatifs : « il n’existe pas… », « … n’est pas rationnel », « … est infini ».
Il n’existe pas de plus petit réel strictement positif.
Supposons par l’absurde qu’il existe un réel \(m > 0\) tel que tout réel \(x > 0\) vérifie \(x \geqslant m\). Considérons alors le réel \(x = \frac{m}{2}\). D’une part, \(x > 0\), car \(m > 0\). D’autre part, \(x < m\), puisque \(m – \frac{m}{2} = \frac{m}{2} > 0\). Ainsi, \(x\) est un réel strictement positif inférieur strictement à \(m\) : cela contredit la définition de \(m\). L’hypothèse est donc fausse, ce qui prouve la proposition.
Piège à éviter :
Dans un raisonnement par l’absurde, il faut écrire explicitement l’hypothèse ajoutée, puis la contradiction précise. Une phrase vague comme « c’est absurde » ne suffit pas. Par ailleurs, une preuve par l’absurde qui ne sert jamais de l’hypothèse ajoutée est en réalité une preuve directe déguisée.
4.4 Choisir une stratégie
Il n’existe pas de règle absolue. Toutefois, la forme de l’énoncé oriente souvent le choix, comme le résume le schéma suivant.

- Si l’énoncé est universel et qu’on dispose d’un calcul ou d’une identité, on tente d’abord le raisonnement direct.
- Si la conclusion contient un « ou », un « différent » ou une inégalité large difficile à atteindre, on essaie la contraposition.
- Si l’énoncé affirme une impossibilité ou une irrationalité, on raisonne par l’absurde.
- Si l’on cherche tous les objets vérifiant une condition, on fait une analyse-synthèse.
- Si l’énoncé semble faux, on cherche un contre-exemple parmi les cas simples.
5. Le raisonnement par analyse-synthèse
Quand une question demande « toutes les solutions », l’analyse-synthèse est l’outil naturel. Il se déroule toujours en deux temps, que l’on sépare nettement dans la rédaction.
- Analyse : on part d’une solution hypothétique et on accumule ce qu’elle est forcée de satisfaire. On réduit ainsi la recherche à quelques candidats. Si un seul candidat survit, l’unicité est déjà prouvée.
- Synthèse : on vérifie que chaque candidat trouvé convient réellement. Cette étape prouve l’existence.
L’analyse travaille avec des implications et non avec des équivalences. C’est pourquoi elle peut produire des candidats en trop, que la synthèse élimine.
Déterminons les réels \(x \geqslant -6\) tels que \(\sqrt{x + 6} = x\).
- Analyse : si \(x\) convient, on élève au carré et l’on obtient \(x + 6 = x^2\), soit \(x^2 – x – 6 = 0\). Or \(x^2 – x – 6 = (x – 3)(x + 2)\). Donc \(x = 3\) ou \(x = -2\).
- Synthèse pour \(x = 3\) : \(\sqrt{9} = 3\), ce candidat convient.
- Synthèse pour \(x = -2\) : \(\sqrt{4} = 2 \neq -2\), ce candidat ne convient pas.
L’unique solution est donc \(x = 3\). L’élévation au carré n’était qu’une implication, ce qui explique le candidat parasite.
5.1 Existence et unicité d’une décomposition
L’analyse-synthèse sert aussi à prouver qu’un objet s’écrit de façon unique sous une forme donnée. Voici un exemple avec des fonctions.
Toute fonction \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\) s’écrit de manière unique \(f = h + g\), où \(h\) est une fonction affine et \(g\) une fonction qui s’annule en \(0\) et en \(1\).
Analyse : supposons \(f = h + g\) avec \(h(x) = ax + b\) et \(g(0) = g(1) = 0\). En évaluant en \(0\), on trouve \(f(0) = b\). En évaluant en \(1\), on trouve \(f(1) = a + b\). Ainsi \(b = f(0)\) et \(a = f(1) – f(0)\). Le couple \((h, g)\) est donc imposé, puisque \(g = f – h\). L’unicité est démontrée.
Synthèse : posons \(h(x) = \left(f(1) – f(0)\right)x + f(0)\) et \(g = f – h\). La fonction \(h\) est affine et \(f = h + g\). De plus, \(g(0) = f(0) – f(0) = 0\) et \(g(1) = f(1) – f(1) = 0\). L’existence est donc établie.
Par exemple, pour \(f(x) = x^3\), on obtient \(h(x) = x\) et \(g(x) = x^3 – x\), qui s’annule bien en \(0\) et en \(1\).
6. Le contre-exemple
Pour montrer qu’un énoncé universel \(\forall x \in E,\ A(x)\) est faux, il suffit d’exhiber un seul \(x\) de \(E\) qui ne vérifie pas \(A\). C’est précisément la négation de l’énoncé. Un bon contre-exemple est simple, explicite et vérifié par un calcul complet.
L’énoncé « pour tout réel \(x\), \(x^2 \geqslant x\) » est faux. Le réel \(x = \frac{1}{2}\) donne en effet \(x^2 = \frac{1}{4} < \frac{1}{2}\). La figure montre d’ailleurs que tout réel de \(\left]0, 1\right[\) fournit un contre-exemple.

On pourrait croire qu’une fonction \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\) qui vérifie \(f(x + 1) \geqslant f(x)\) pour tout réel \(x\) est croissante. C’est faux. Prenons \(f(x) = x – \lfloor x \rfloor\), où \(\lfloor x \rfloor\) désigne la partie entière. Alors \(f(x + 1) = f(x)\) pour tout \(x\), donc l’hypothèse est vérifiée. Pourtant, \(f(0{,}9) = 0{,}9\) et \(f(1) = 0\) : la fonction n’est pas croissante.
- Écrire la négation de l’énoncé pour savoir exactement ce qu’il faut exhiber.
- Tester les cas simples : \(0\), \(1\), \(-1\), \(\frac{1}{2}\), les petits entiers, une fonction constante ou affine.
- Tester les cas limites : nombres négatifs, valeurs entre \(0\) et \(1\), objets qui vérifient l’hypothèse « de justesse ».
- Rédiger le contre-exemple avec un calcul complet, sans se contenter d’un dessin.
Remarque :
À l’inverse, un exemple ne démontre jamais un énoncé universel. Ainsi, \(n^2 – n + 11\) est premier pour \(n = 1, 2, \ldots, 10\), mais l’énoncé « pour tout \(n\), \(n^2 – n + 11\) est premier » est faux. L’exercice 6 en donne la raison.
Les erreurs fréquentes
- Nier « \(P\) et \(Q\) » en « non \(P\) et non \(Q\) » au lieu de « non \(P\) ou non \(Q\) ».
- Nier une implication en une autre implication, alors que \(\neg(P \Rightarrow Q)\) est \(P \wedge \neg Q\).
- Échanger l’ordre d’un « pour tout » et d’un « il existe », ce qui change le sens de la phrase.
- Démontrer la réciproque d’un énoncé en croyant démontrer l’énoncé lui-même.
- Oublier la synthèse dans une analyse-synthèse et garder des solutions parasites.
- Justifier un énoncé universel par quelques exemples numériques.
Fiche mémo
- \(P \Rightarrow Q\) est fausse seulement si \(P\) est vraie et \(Q\) fausse.
- \((P \Rightarrow Q) \equiv (\neg P \vee Q)\) et \(\neg(P \Rightarrow Q) \equiv (P \wedge \neg Q)\).
- De Morgan : \(\neg(P \wedge Q) \equiv \neg P \vee \neg Q\) et \(\neg(P \vee Q) \equiv \neg P \wedge \neg Q\).
- Une implication équivaut à sa contraposée, jamais automatiquement à sa réciproque.
- Négation : on échange \(\forall\) et \(\exists\), on garde l’ordre et les ensembles, on nie la fin.
- \(\exists y\, \forall x\) entraîne \(\forall x\, \exists y\), mais pas l’inverse.
- Absurde : supposer la négation, aboutir à une contradiction écrite.
- Analyse-synthèse : l’analyse donne l’unicité, la synthèse donne l’existence.
- Un seul contre-exemple suffit pour réfuter un énoncé universel.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre la réciproque et la contraposée d'une implication ?
La contraposée de « P implique Q » est « non Q implique non P » : elle a toujours la même valeur de vérité que l’implication de départ. La réciproque est « Q implique P » et elle peut être fausse alors que l’implication est vraie. Démontrer la contraposée suffit donc, démontrer la réciproque ne prouve rien.
Comment écrire la négation d'une phrase avec plusieurs quantificateurs ?
On lit la phrase de gauche à droite : chaque « pour tout » devient « il existe », chaque « il existe » devient « pour tout », et l’ordre des variables ne change pas. Ensuite, on nie la propriété finale ; une implication « A implique B » se nie en « A et non B ». Il faut enfin conserver les ensembles auxquels appartiennent les variables.
Un seul exemple suffit-il pour démontrer une propriété ?
Non : un exemple ne prouve qu’un énoncé existentiel, du type « il existe ». Pour un énoncé universel, il faut un argument valable pour tous les objets. En revanche, un seul contre-exemple suffit pour montrer qu’un énoncé universel est faux.
Quand utiliser un raisonnement par analyse-synthèse ?
On l’emploie quand on cherche tous les objets qui vérifient une condition, ou quand on veut prouver l’existence et l’unicité d’une décomposition. L’analyse trouve les seuls candidats possibles, ce qui donne l’unicité. La synthèse vérifie ensuite que ces candidats conviennent vraiment, ce qui donne l’existence.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de L1 de maths sur logique et types de démonstration
- Chapitre d’après : Ensembles, applications et bijections
- Vérifier ses acquis : QCM de L1 de maths sur logique et types de démonstration
- Contrôle corrigé en temps limité : Négations et types de démonstration : contrôle de maths en L1
- Tous les chapitres : le sommaire de la L1 de maths
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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