QCM : Polynômes annulateurs en L2 de maths
Ce QCM annulateurs L2 fait le tour des polynômes d’endomorphismes : calcul de \(P(u)\), recherche d’un polynôme annulateur, puis polynôme minimal et ses diviseurs. Il vérifie ensuite le lemme des noyaux, le théorème de Cayley-Hamilton, le critère de diagonalisabilité par les racines simples, la trigonalisation, les sous-espaces caractéristiques et les endomorphismes nilpotents. Les douze questions vont du réflexe de base au raisonnement plus fin.
Pour bien s’en servir, réponds d’abord sans ouvrir le cours, avec un brouillon pour les petits calculs de matrices. Avant de valider une réponse, demande-toi quelle hypothèse elle suppose : corps de base, polynôme scindé, racines simples. Ensuite, lis toutes les explications, y compris celles des questions réussies, car chacune nomme l’erreur qui mène à chaque piège.
Les 12 questions
Question 1
Un endomorphisme \(u\) d’un espace vectoriel \(E\) vérifie \(u^2=3u\). Lequel de ces polynômes annule à coup sûr \(u\) ?
- \(X-3\)
- \(X^2+3X\)
- \(X^2-3\)
- \(X^2-3X\)
Réponse D.
La relation s’écrit \(u^2-3u=0\), donc \(P=X^2-3X\) vérifie \(P(u)=0\). En revanche, \(X-3\) n’annule \(u\) que si \(u=3\,\mathrm{id}_E\), ce qui n’est pas imposé : par exemple \(u=0\) convient aussi. Le piège du signe donne \(X^2+3X\), et confondre \(3u\) avec \(3\,\mathrm{id}_E\) donne \(X^2-3\).
Question 2
Soit \(u\in\mathcal{L}(E)\) et \(P,Q\in\mathbb{K}[X]\). Quelle affirmation est toujours vraie ?
- \(P(u)\circ Q(u)=Q(u)\circ P(u)\)
- \(P(u)\circ v=v\circ P(u)\) pour tout \(v\in\mathcal{L}(E)\)
- \((P\circ Q)(u)=P(u)\circ Q(u)\)
- \(\ker P(u)\subset\ker (PQ)(u)\) seulement si \(P\) divise \(Q\)
Réponse A.
L’application \(P\mapsto P(u)\) est un morphisme d’algèbres, donc \(P(u)\circ Q(u)=(PQ)(u)=(QP)(u)\). Ainsi, deux polynômes en \(u\) commutent toujours. Cependant, \(P(u)\) ne commute pas avec n’importe quel endomorphisme. Le produit correspond à \(PQ\) et non à la composée \(P\circ Q\). Enfin, l’inclusion des noyaux est vraie sans condition, puisque \(PQ\) est multiple de \(P\).
Question 3
Quel est le polynôme minimal de la matrice \(A=\begin{pmatrix}2&1\\0&2\end{pmatrix}\) ?
- \(X-2\)
- \(X^2-4\)
- \((X-2)^3\)
- \((X-2)^2\)
Réponse D.
Le polynôme caractéristique vaut \((X-2)^2\) et le minimal le divise. Or \(A-2I_2\) est non nulle, donc \(X-2\) n’annule pas \(A\). Par conséquent, le polynôme minimal est \((X-2)^2\). Le piège \(X-2\) vient d’une lecture trop rapide de la diagonale ; \(X^2-4\) ajoute une racine \(-2\) qui n’est pas valeur propre ; \((X-2)^3\) annule \(A\) mais n’est pas de degré minimal.
Question 4
Une matrice \(A\in\mathrm{M}_2(\mathbb{R})\) a pour trace \(5\) et pour déterminant \(6\). Que donne le théorème de Cayley-Hamilton ?
- \(A^2=-5A+6I_2\)
- \(A^2=5A+6I_2\)
- \(A^2=5A-6I_2\)
- \(A^2=6A-5I_2\)
Réponse C.
En taille 2, on a \(\chi_A=X^2-\operatorname{tr}(A)X+\det(A)=X^2-5X+6\). Le théorème affirme \(\chi_A(A)=0\), donc \(A^2-5A+6I_2=0\), c’est-à-dire \(A^2=5A-6I_2\). Les trois pièges correspondent à des erreurs de signe en faisant passer les termes de l’autre côté, ou à l’inversion des rôles de la trace et du déterminant.
Question 5
Un endomorphisme \(u\) d’un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel de dimension finie vérifie \(u^3=u\). Que peut-on affirmer ?
- \(u\) est diagonalisable seulement s’il est inversible
- \(u\) est diagonalisable
- \(u\) est nilpotent
- rien, car \(X^3-X\) n’est peut-être pas le polynôme minimal
Réponse B.
Le polynôme \(X^3-X=X(X-1)(X+1)\) annule \(u\) ; il est scindé sur \(\mathbb{R}\) à racines simples. Ainsi, \(u\) est diagonalisable, et ses valeurs propres sont parmi \(-1\), \(0\) et \(1\). Le critère n’exige pas que ce soit le polynôme minimal : il suffit d’un annulateur scindé à racines simples, puisque le minimal le divise. L’inversibilité n’intervient pas, car \(0\) peut être valeur propre.
Question 6
Une matrice \(A\in\mathrm{M}_2(\mathbb{R})\) vérifie \(A^2=-I_2\). Que peut-on dire de \(A\) ?
- Diagonalisable dans \(\mathrm{M}_2(\mathbb{R})\)
- Trigonalisable mais non diagonalisable dans \(\mathrm{M}_2(\mathbb{C})\)
- Diagonalisable dans \(\mathrm{M}_2(\mathbb{C})\), sans valeur propre réelle
- Égale à \(I_2\) ou à \(-I_2\)
Réponse C.
Le polynôme \(X^2+1\) annule \(A\). Sur \(\mathbb{C}\), il vaut \((X-i)(X+i)\) : il est scindé à racines simples, donc \(A\) est diagonalisable dans \(\mathrm{M}_2(\mathbb{C})\). En revanche, toute valeur propre vérifie \(\lambda^2=-1\), si bien qu’aucune n’est réelle. Le piège principal oublie le corps de base. Par ailleurs, \(\pm I_2\) ont un carré égal à \(I_2\) et non à \(-I_2\).
Question 7
Soit \(u\in\mathcal{L}(E)\) tel que \(u^2-5u+6\,\mathrm{id}_E=0\). Que donne le lemme des noyaux ?
- \(E=\ker(u+2\,\mathrm{id}_E)\oplus\ker(u+3\,\mathrm{id}_E)\)
- \(E=\ker(u-2\,\mathrm{id}_E)+\ker(u-3\,\mathrm{id}_E)\), somme non directe en général
- \(E=\ker(u-2\,\mathrm{id}_E)\oplus\ker(u-3\,\mathrm{id}_E)\)
- \(E=\ker(u-2\,\mathrm{id}_E)\cap\ker(u-3\,\mathrm{id}_E)\)
Réponse C.
On factorise \(X^2-5X+6=(X-2)(X-3)\), avec deux facteurs premiers entre eux. Le lemme des noyaux donne donc une décomposition de \(\ker P(u)\) en somme directe des deux noyaux, et ici \(\ker P(u)=E\). La somme est directe précisément grâce à la coprimalité. Le piège des signes donne les racines \(-2\) et \(-3\). Enfin, l’intersection des deux noyaux est réduite à \(\{0\}\), ce qui exclut la réponse en intersection.
Question 8
Un endomorphisme \(u\) d’un espace de dimension 4 est annulé par \((X-1)^2(X+3)\). Lequel de ces polynômes ne peut pas être son polynôme minimal ?
- \(X+3\)
- \((X-1)^3\)
- \((X-1)(X+3)\)
- \((X-1)^2\)
Réponse B.
Le polynôme minimal divise tout polynôme annulateur. Par conséquent, il fait partie des diviseurs unitaires de \((X-1)^2(X+3)\). Les polynômes \(X+3\), \((X-1)(X+3)\) et \((X-1)^2\) en sont, et chacun est atteint par un exemple simple, comme \(u=-3\,\mathrm{id}\). En revanche, \((X-1)^3\) ne divise pas l’annulateur. Le piège consiste à croire que le degré 3 suffit, puisqu’il reste inférieur à 4.
Question 9
Soit \(N\in\mathrm{M}_5(\mathbb{R})\) une matrice nilpotente. Laquelle de ces propriétés est forcément vraie ?
- \(N^2=0\)
- \(\operatorname{rg}(N)\leqslant 2\)
- \(N\) est diagonalisable
- \(N^5=0\)
Réponse D.
Si \(N^p=0\), le polynôme \(X^p\) annule \(N\) ; donc le minimal est une puissance \(X^k\) qui divise \(\chi_N=X^5\). Ainsi, \(k\leqslant 5\) et \(N^5=0\). Cependant, l’indice peut valoir 5 : le bloc de Jordan nilpotent de taille 5 a un carré non nul et un rang égal à 4. De plus, une nilpotente diagonalisable est nulle, ce qui exclut la réponse « diagonalisable ».
Question 10
Le polynôme caractéristique de \(u\in\mathcal{L}(E)\) vaut \((X-2)^3(X+1)^2\). Quelle est la dimension du sous-espace caractéristique \(\ker(u-2\,\mathrm{id}_E)^3\) ?
- 3
- 1
- 2
- 5
Réponse A.
Le lemme des noyaux, appliqué au polynôme caractéristique grâce à Cayley-Hamilton, donne \(E=\ker(u-2\,\mathrm{id})^3\oplus\ker(u+\mathrm{id})^2\). De plus, la dimension de chaque sous-espace caractéristique égale la multiplicité de la valeur propre, donc 3 ici. Le piège 1 confond avec la dimension minimale du sous-espace propre. La réponse 2 prend la mauvaise multiplicité, et 5 donne la dimension totale.
Question 11
Soit \(A\in\mathrm{M}_3(\mathbb{R})\) avec \(\chi_A=(X-1)^2(X-4)\) et \(\operatorname{rg}(A-I_3)=2\). Que conclure ?
- Diagonalisable dans \(\mathrm{M}_3(\mathbb{R})\)
- Trigonalisable mais non diagonalisable dans \(\mathrm{M}_3(\mathbb{R})\)
- Ni trigonalisable ni diagonalisable dans \(\mathrm{M}_3(\mathbb{R})\)
- Diagonalisable dans \(\mathrm{M}_3(\mathbb{C})\) seulement
Réponse B.
Le polynôme caractéristique est scindé sur \(\mathbb{R}\), donc \(A\) est trigonalisable dans \(\mathrm{M}_3(\mathbb{R})\). Par le théorème du rang, le sous-espace propre associé à 1 est de dimension \(3-2=1\), alors que la multiplicité vaut 2. Ainsi, \(A\) n’est pas diagonalisable, ni sur \(\mathbb{R}\) ni sur \(\mathbb{C}\), car le rang ne dépend pas du corps. Le piège classique confond multiplicité et dimension.
Question 12
Une matrice \(A\in\mathrm{M}_3(\mathbb{R})\) a pour polynôme caractéristique \(X^3-2X^2+X-3\). Grâce à Cayley-Hamilton, que vaut \(A^{-1}\) ?
- \(\frac{1}{3}(A^2-2A+I_3)\)
- \(-\frac{1}{3}(A^2-2A+I_3)\)
- \(\frac{1}{3}(A^2+2A-I_3)\)
- \(3(A^2-2A+I_3)\)
Réponse A.
Le théorème donne \(A^3-2A^2+A-3I_3=0\), donc \(A(A^2-2A+I_3)=3I_3\). Le coefficient constant étant non nul, \(A\) est inversible, et on divise par 3 pour obtenir \(A^{-1}=\frac{1}{3}(A^2-2A+I_3)\). Le facteur \(-\frac{1}{3}\) vient d’une erreur de signe lors du passage du terme constant. La réponse \(\frac{1}{3}(A^2+2A-I_3)\) change les signes de la factorisation, et le facteur \(3\) multiplie au lieu de diviser.
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de L2 de maths sur polynômes annulateurs
- S’exercer : exercices corrigés sur polynômes annulateurs
- QCM précédent : QCM : Diagonaliser une matrice en L2 de maths
- QCM suivant : QCM : Anneau Z/nZ et RSA en L2 de maths
- Tous les chapitres : le sommaire de la L2 de maths


























