QCM : Tribus et probabilités en maths spé (MP)
Ce QCM tribus MP part des ensembles infinis avant d’arriver aux probabilités. Les premières questions portent sur la dénombrabilité : bijection explicite entre \(\mathbb{N}^2\) et \(\mathbb{N}\), suites de bits, réunions dénombrables. Viennent ensuite la définition d’une tribu, la σ-additivité pour fixer une constante et la continuité monotone pour traiter une expérience qui ne s’arrête jamais.
La seconde moitié vérifie la sous-additivité, les événements négligeables, les systèmes quasi-complets, les probabilités totales sur une famille infinie et la différence entre deux types d’indépendance. Réponds d’abord sans le cours, au brouillon. Lis ensuite chaque explication : elle justifie la bonne réponse et décrit le raisonnement fautif qui produit chaque piège.
Les 12 questions
Question 1
Lequel de ces ensembles est dénombrable ?
- \([0,1]\)
- \(\mathbb{R}\times\{0\}\)
- \(\mathcal{P}(\mathbb{N})\)
- \(\mathbb{Q}^2\)
Réponse D.
Le plan rationnel est un produit de deux copies de \(\mathbb{Q}\). Or \(\mathbb{Q}\) est dénombrable, grâce à l’écriture irréductible des fractions, et un produit fini d’ensembles dénombrables l’est aussi. Le segment \([0,1]\) contient au contraire autant de points que \(\mathbb{R}\), qui ne se numérote pas d’après la diagonale de Cantor. L’ensemble \(\mathbb{R}\times\{0\}\) est une copie de la droite réelle, malgré son second facteur réduit à un point. Enfin, les parties de \(\mathbb{N}\) échappent elles aussi à toute numérotation.
Question 2
Quelle formule réalise une bijection entre les couples d’entiers naturels et \(\mathbb{N}\) tout entier ?
- \((p,q)\mapsto 2^p(2q+1)\)
- \((p,q)\mapsto 2^p(2q+1)-1\)
- \((p,q)\mapsto 2^p3^q\)
- \((p,q)\mapsto p+q\)
Réponse B.
Tout entier \(m\geqslant1\) s’écrit de façon unique \(2^p\times\) impair, donc \((p,q)\mapsto2^p(2q+1)\) est une bijection sur \(\mathbb{N}^*\). Par conséquent, en retranchant \(1\), on atteint aussi \(0\). Sans ce décalage, l’entier \(0\) n’a pas d’antécédent. L’application \(2^p3^q\) est injective mais rate \(5\). Quant à \(p+q\), elle est surjective mais pas injective, car \((1,0)\) et \((0,1)\) ont la même image.
Question 3
Parmi ces ensembles, un seul est non dénombrable. Lequel ?
- L’ensemble des parties finies de \(\mathbb{N}\)
- L’ensemble \(\mathbb{Z}[X]\) des polynômes à coefficients entiers
- L’ensemble \(\{0,1\}^{\mathbb{N}}\) des suites de bits
- L’ensemble \(\mathbb{N}^5\) des quintuplets d’entiers
Réponse C.
Une suite de bits code une partie quelconque de \(\mathbb{N}\), donc \(\{0,1\}^{\mathbb{N}}\) a le cardinal de \(\mathcal{P}(\mathbb{N})\) : la diagonale de Cantor interdit toute numérotation. En revanche, une partie finie correspond à une suite de bits presque nulle, c’est-à-dire à l’écriture binaire d’un entier. Le piège principal est là : finitude des parties contre parties arbitraires. Les polynômes entiers se rangent par degré, chaque degré donnant un ensemble dénombrable. Enfin, \(\mathbb{N}^5\) est un produit fini de dénombrables.
Question 4
Une réunion indexée par \(\mathbb{N}\) d’ensembles tous dénombrables est :
- dénombrable
- pas forcément dénombrable
- finie
- en bijection avec \(\mathbb{R}\)
Réponse A.
On numérote les éléments de chaque \(A_n\) : \(A_n=\{a_{n,k}\mid k\in\mathbb{N}\}\). L’application \((n,k)\mapsto a_{n,k}\) est alors une surjection de \(\mathbb{N}^2\), qui est dénombrable, sur la réunion. Celle-ci est donc au plus dénombrable, et infinie puisqu’elle contient \(A_0\). La réponse « pas forcément » confond avec une réunion indexée par \(\mathbb{R}\). L’option « finie » est absurde dès que \(A_0\) est infini. Enfin, la bijection avec \(\mathbb{R}\) contredirait la surjection obtenue.
Question 5
Sur \(\Omega=\{1,2,3,4\}\), laquelle de ces familles est une tribu ?
- \(\{\varnothing,\ \{1\},\ \{2\},\ \Omega\}\)
- \(\{\varnothing,\ \{1,2\},\ \{2,3\},\ \Omega\}\)
- \(\{\{1\},\ \{2,3,4\}\}\)
- \(\{\varnothing,\ \{1\},\ \{2,3,4\},\ \Omega\}\)
Réponse D.
Trois exigences définissent une tribu : contenir \(\Omega\), contenir le complémentaire de chacun de ses membres, contenir toute réunion dénombrable de ses membres. La famille retenue vérifie ces trois points. En revanche, la famille avec \(\{1\}\) et \(\{2\}\) ne contient pas leur complémentaire. Celle avec \(\{1,2\}\) et \(\{2,3\}\) manque \(\{3,4\}\) ainsi que la réunion \(\{1,2,3\}\). Enfin, la dernière oublie \(\Omega\), alors que les deux parties qu’elle contient forment pourtant une partition.
Question 6
On veut définir une probabilité sur \(\mathbb{N}^*\) par \(P(\{n\})=c\,3^{-n}\). Quelle valeur de \(c\) convient ?
- \(c=2\)
- \(c=\frac{2}{3}\)
- \(c=1\)
- \(c=3\)
Réponse A.
Par σ-additivité, \(P(\mathbb{N}^*)=\sum_{n\geqslant1}c\,3^{-n}=c\cdot\frac{1/3}{1-1/3}=\frac{c}{2}\). Ainsi, la condition \(P(\mathbb{N}^*)=1\) impose \(c=2\). La valeur \(\frac23\) fait démarrer la série géométrique en \(n=0\), alors que \(0\) n’est pas dans l’univers. La valeur \(1\) suppose à tort que les \(3^{-n}\) sont déjà de somme \(1\). Enfin, \(c=3\) confond la raison et la somme de la série.
Question 7
Une pièce truquée tombe sur pile avec probabilité \(\frac{1}{3}\). On la jette sans fin, chaque jet étant indépendant des autres. Avec quelle probabilité n’observe-t-on que des faces ?
- \(\frac{2}{3}\)
- \(0\)
- \(\frac{1}{3}\)
- \(1\)
Réponse B.
Soit \(F_m\) : « face aux \(m\) premiers jets ». Ces événements s’emboîtent en décroissant, avec \(P(F_m)=(2/3)^m\). Leur intersection est l’événement étudié, donc sa probabilité est \(\lim(2/3)^m=0\) par continuité décroissante. La valeur \(\frac23\) s’arrête au premier jet. Le piège \(\frac13\) donne la chance de pile sur un seul jet. Enfin, \(1\) concerne le contraire : voir pile au moins une fois est presque sûr.
Question 8
La suite d’événements \((A_n)_{n\geqslant1}\) est croissante pour l’inclusion et \(P(A_n)=\frac{n}{2n+1}\). Que vaut \(P\left(\bigcup_{n\geqslant1}A_n\right)\) ?
- \(\frac{1}{3}\)
- \(1\)
- \(0\)
- \(\frac{1}{2}\)
Réponse D.
La continuité croissante donne \(P\left(\bigcup A_n\right)=\lim P(A_n)=\lim\frac{n}{2n+1}=\frac12\). La valeur \(\frac13\) est seulement \(P(A_1)\) : on a pris le premier terme au lieu de la limite. La réponse \(1\) vient d’une sous-additivité mal employée, car la série des \(P(A_n)\) diverge, ce qui ne majore rien d’utile. Enfin, \(0\) confond avec la continuité décroissante d’une suite qui tendrait vers \(0\).
Question 9
Pour une suite quelconque d’événements \((A_n)\), quelle relation est toujours vraie ?
- La probabilité de la réunion vaut \(\sum_{k}P(A_k)\)
- La probabilité de la réunion est au moins \(\sum_{k}P(A_k)\)
- La probabilité de la réunion est au plus \(\sum_{k}P(A_k)\)
- La probabilité de la réunion vaut \(\sup_{k}P(A_k)\)
Réponse C.
C’est la sous-additivité, valable sans hypothèse (la somme peut d’ailleurs valoir \(+\infty\)). L’égalité exige en effet des événements deux à deux incompatibles : avec \(A_n=\Omega\) pour tout \(n\), le membre de droite diverge. L’inégalité dans l’autre sens échoue sur ce même exemple. Quant au maximum, il ne fournit qu’une minoration de la probabilité de la réunion, atteinte seulement dans des cas très particuliers, par exemple pour une suite croissante stationnaire.
Question 10
Les événements \(N_k\), \(k\in\mathbb{N}\), sont tous négligeables. Que dire de \(\bigcup_{k\in\mathbb{N}}N_k\) ?
- Elle est négligeable
- Elle est presque sûre
- Elle n’est pas forcément négligeable
- Elle est négligeable seulement si elle est finie
Réponse A.
Par sous-additivité, \(P\left(\bigcup N_k\right)\leqslant\sum P(N_k)=0\). La réunion est donc négligeable ; symétriquement, si chaque \(\overline{N_k}\) est presque sûr, leur intersection l’est aussi. La réponse « presque sûre » inverse les deux notions. Le doute « pas forcément » serait fondé pour une réunion non dénombrable, qui peut d’ailleurs ne pas être un événement. Enfin, la finitude n’intervient pas : seule compte la dénombrabilité.
Question 11
On choisit l’urne \(n\in\mathbb{N}^*\) avec probabilité \(2^{-n}\), puis une boule dans cette urne, dont la proportion de boules blanches vaut \(\frac{1}{n}\). Avec quelle chance la boule sortie est-elle blanche ?
- \(\frac{1}{2}\)
- \(\ln\frac{3}{2}\)
- \(\ln 2\)
- \(1-\ln 2\)
Réponse C.
Les événements « urne \(n\) » forment un système complet dénombrable. On somme alors sur toutes les urnes, ce qui donne \(\sum_{n\geqslant1}\frac{2^{-n}}{n}=-\ln\left(1-\frac12\right)=\ln2\). La valeur \(\frac12\) ne garde que le terme \(n=1\). Le piège \(\ln\frac32\) utilise le développement de \(\ln(1+x)\), qui alterne les signes. Enfin, \(1-\ln2\) est la probabilité de tirer une boule qui n’est pas blanche.
Question 12
Un dé rouge et un dé vert, équilibrés, sont jetés. \(R\) : « le rouge montre au plus \(3\) », \(V\) : « le vert montre au plus \(3\) », \(U\) : « exactement un des deux dés montre au plus \(3\) ». Quel est le bon diagnostic ?
- Indépendance mutuelle des trois événements
- Indépendance deux à deux, sans indépendance mutuelle
- Aucune paire d’événements indépendants
- Seule la paire \(R\), \(V\) est indépendante
Réponse B.
Les trois événements ont pour probabilité \(\frac12\). Ensuite, \(R\cap U\) impose rouge au plus \(3\) et vert au moins \(4\), soit \(\frac14=\frac12\times\frac12\) ; il en va de même pour \(V\cap U\). Cependant, \(R\cap V\cap U\) est impossible, de probabilité \(0\neq\frac18\). L’indépendance mutuelle tombe donc. Penser \(U\) lié à \(R\) parce qu’il « fait intervenir » le dé rouge confond influence concrète et indépendance probabiliste.
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de maths spé (MP) sur tribus et probabilités
- S’exercer : exercices corrigés sur tribus et probabilités
- QCM précédent : QCM : Convergence dominée et paramètre en maths spé (MP)
- QCM suivant : QCM : Lois géométrique et de Poisson en maths spé (MP)
- Tous les chapitres : le sommaire de maths spé (MP)
Ressources de maths en Maths spé (MP)
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