QCM : Multiplicateurs de Lagrange en L3 de maths
Ce QCM Lagrange L3 fait le tour des outils d’optimisation en dimension finie. Il commence par les extrema libres : condition du premier ordre, lecture de la hessienne et cas où elle ne permet pas de conclure. Il passe ensuite aux extrema liés, avec les hypothèses exactes de la méthode des multiplicateurs de Lagrange, un exemple où elle échoue et l’interprétation du multiplicateur. Les dernières questions mobilisent la convexité, puis la compacité et la coercivité pour garantir l’existence d’un minimum.
Réponds d’abord aux douze questions sans le cours, en vérifiant chaque hypothèse avant d’appliquer un théorème. Ensuite, lis toutes les explications, même pour les questions réussies. Chacune justifie la réponse attendue et nomme le piège qui se cache derrière les autres propositions, le plus souvent une condition nécessaire prise pour une condition suffisante.
Les 12 questions
Question 1
Soit \(f\) différentiable sur un ouvert \(U\) de \(\mathbb{R}^n\), admettant un minimum local en \(a\in U\). Que peut-on affirmer ?
- La hessienne de \(f\) en \(a\) est définie positive
- \(f\) est convexe au voisinage de \(a\)
- \(\mathrm{d}f(a)=0\)
- \(f\) atteint en \(a\) son minimum global
Réponse C.
Pour tout vecteur \(h\), la fonction \(t\mapsto f(a+th)\) a un minimum local en 0, donc sa dérivée y est nulle. Ainsi, \(\mathrm{d}f(a)(h)=0\) pour tout \(h\). Il faut cependant que \(a\) soit intérieur, d’où l’ouvert. La hessienne n’est pas forcément définie : \(x^4\) a un minimum en 0, avec une dérivée seconde nulle. Enfin, un minimum local n’a aucune raison d’être global.
Question 2
On pose \(f(x,y)=x^2-3xy+2y^2+x^4\). Quelle est la nature du point critique \((0,0)\) ?
- Un col, sans extremum local
- Un minimum local strict
- Un maximum local strict
- La hessienne ne permet pas de trancher
Réponse A.
La hessienne en l’origine vaut \(\begin{pmatrix}2&-3\\-3&4\end{pmatrix}\), de déterminant \(8-9=-1<0\). Ses deux valeurs propres sont donc de signes opposés, et l’origine est un col. Le piège du minimum vient des coefficients diagonaux, tous deux positifs ; or ils ne suffisent pas. De plus, le terme \(x^4\) ne change rien, puisqu’il est d’ordre 4.
Question 3
Pour \(f(x,y)=x^2-y^3\), la hessienne en \((0,0)\) est \(\mathrm{diag}(2,0)\). Que dire de l’origine ?
- Ce n’est pas un extremum local, car \(f(0,y)=-y^3\) change de signe
- C’est un minimum local, car la hessienne est positive
- C’est un maximum local, car une valeur propre est nulle
- C’est un minimum global, car \(f(x,0)=x^2\geqslant 0\)
Réponse A.
Une hessienne positive mais non définie ne permet pas de conclure ; il faut donc revenir à la fonction. Sur l’axe vertical, \(f(0,y)=-y^3\) prend des valeurs strictement négatives et positives près de 0. Par conséquent, l’origine n’est pas un extremum. Le piège du minimum global, fondé sur \(f(x,0)=x^2\), ne regarde qu’une seule direction : or un minimum doit tenir dans toutes les directions à la fois.
Question 4
Soient \(f,g\) de classe \(C^1\) sur \(\mathbb{R}^n\), et \(a\) un extremum local de \(f\) sur \(\{g=0\}\). Quelle hypothèse garantit l’existence de \(\lambda\) avec \(\nabla f(a)-\lambda\nabla g(a)=0\) ?
- \(\nabla f(a)\neq 0\)
- \(\nabla g(a)\neq 0\)
- \(f\) est convexe sur \(\mathbb{R}^n\)
- L’ensemble \(\{g=0\}\) est compact
Réponse B.
Si \(\nabla g(a)\neq 0\), l’ensemble \(\{g=0\}\) est une hypersurface régulière près de \(a\), d’espace tangent \(\nabla g(a)^{\perp}\). Or \(\nabla f(a)\) est orthogonal à ce tangent, donc colinéaire à \(\nabla g(a)\). Le piège \(\nabla f(a)\neq 0\) porte sur la mauvaise fonction. La compacité, quant à elle, sert à l’existence d’un extremum, pas à la condition de Lagrange.
Question 5
On minimise \(f(x,y)=x\) sur la courbe \(\{y^2=x^3\}\), avec \(g(x,y)=y^2-x^3\). Que se passe-t-il en \((0,0)\) ?
- C’est le minimum, mais aucun \(\lambda\) ne vérifie \(\nabla f=\lambda\nabla g\) en ce point
- Ce n’est pas le minimum, car \(\nabla f(0,0)\neq 0\)
- Ce n’est pas le minimum, car \(f\) n’est pas minorée sur la courbe
- C’est le minimum, et la condition de Lagrange y est vérifiée avec \(\lambda=0\)
Réponse A.
Sur la courbe, \(x^3=y^2\geqslant 0\), donc \(x\geqslant 0\) : l’origine réalise bien le minimum. Cependant, \(\nabla g(0,0)=(0,0)\), alors que \(\nabla f=(1,0)\) ; aucun \(\lambda\) ne convient. La méthode échoue car l’hypothèse \(\nabla g\neq 0\) tombe au point de rebroussement. Invoquer \(\nabla f(0,0)\neq 0\) oublie que, sous contrainte, le gradient de \(f\) n’a pas à s’annuler.
Question 6
Quelle est la valeur maximale de \(f(x,y)=x+2y\) sur le cercle d’équation \(x^2+y^2=5\) ?
- \(\sqrt{5}\)
- \(5\sqrt{5}\)
- \(10\)
- \(5\)
Réponse D.
La condition de Lagrange donne \((1,2)=\lambda(2x,2y)\), donc \((x,y)\) est colinéaire à \((1,2)\). Sur le cercle, on trouve \((1,2)\) et \((-1,-2)\), avec \(\lambda=\pm\frac{1}{2}\). Le maximum vaut donc \(f(1,2)=5\), en accord avec Cauchy-Schwarz. Le piège \(\sqrt{5}\) oublie le rayon \(\sqrt{5}\) du cercle. Quant à \(5\sqrt{5}\), il prend 5 pour le rayon.
Question 7
On garde \(f(x,y)=x+2y\) et l’on note \(M(c)\) son maximum sur \(\{x^2+y^2=c\}\). Au point optimal pour \(c=5\), le multiplicateur vaut \(\lambda=\frac{1}{2}\). Que représente-t-il ?
- Le quotient \(M(5)/5\) de la valeur maximale par le niveau
- La pente de la tangente au cercle au point optimal
- La distance du point optimal à l’origine
- La dérivée \(M^{\prime}(5)\) de la valeur maximale par rapport au niveau
Réponse D.
Ici, \(M(c)=\sqrt{5c}\), donc \(M^{\prime}(c)=\frac{\sqrt{5}}{2\sqrt{c}}\), qui vaut bien \(\frac{1}{2}\) en \(c=5\). Plus généralement, le multiplicateur mesure la sensibilité de la valeur optimale à un relâchement de la contrainte : c’est un prix marginal. Le piège du quotient donne \(M(5)/5=1\), ce qui diffère de \(\frac{1}{2}\). Enfin, la distance à l’origine vaut \(\sqrt{5}\).
Question 8
Soit \(f\) convexe et différentiable sur \(\mathbb{R}^n\). Laquelle de ces affirmations est toujours vraie ?
- Tout point critique de \(f\) est un minimum global strict
- \(f\) admet au moins un point critique
- Tout point critique de \(f\) est un minimum global
- \(f\) admet au plus un point critique
Réponse C.
La convexité donne l’inégalité \(f(y)\geqslant f(x)+\mathrm{d}f(x)(y-x)\) pour tous \(x,y\). Donc, si \(\mathrm{d}f(x)=0\), alors \(f(y)\geqslant f(x)\) partout. En revanche, une fonction constante est convexe, et tous ses points sont critiques sans être stricts. De même, l’exponentielle est convexe sans aucun point critique. Ainsi, la stricte convexité serait nécessaire pour l’unicité.
Question 9
Pour quelles valeurs du réel \(a\) la fonction \(f(x,y)=x^2+axy+y^2\) est-elle convexe sur \(\mathbb{R}^2\) ?
- \(|a|<2\)
- \(|a|\leqslant 2\)
- \(a\geqslant 0\)
- \(|a|\leqslant 1\)
Réponse B.
Une fonction \(C^2\) sur un ouvert convexe est convexe si et seulement si sa hessienne est positive en tout point. Ici, la hessienne est constante, de trace 4 et de déterminant \(4-a^2\). Elle est donc positive exactement lorsque \(a^2\leqslant 4\). Le piège \(|a|<2\) correspond à une hessienne définie positive, donc à la stricte convexité. Pour \(a=2\), \(f=(x+y)^2\) reste convexe.
Question 10
Pourquoi la fonction \(f(x,y)=x^4+y^4-4xy\) atteint-elle un minimum global sur \(\mathbb{R}^2\) ?
- Parce qu’elle est convexe sur \(\mathbb{R}^2\)
- Parce qu’elle est continue et tend vers \(+\infty\) à l’infini
- Parce qu’elle est minorée sur \(\mathbb{R}^2\)
- Parce qu’elle admet un point critique en \((0,0)\)
Réponse B.
On a \(4|xy|\leqslant 2(x^2+y^2)\), et \(2(x^4+y^4)\geqslant(x^2+y^2)^2\), donc \(f\) tend vers \(+\infty\). Par conséquent, l’ensemble \(\{f\leqslant f(0,0)\}\) est un compact, car fermé et borné, et \(f\) y atteint son minimum. En revanche, \(f\) n’est pas convexe, puisque sa hessienne en 0 est indéfinie. Être minorée ne suffit pas non plus, comme le montre l’exponentielle.
Question 11
Avec la même fonction \(f(x,y)=x^4+y^4-4xy\), quelle est la valeur de ce minimum global ?
- \(0\)
- \(-4\)
- \(-1\)
- \(-2\)
Réponse D.
Les points critiques vérifient \(x^3=y\) et \(y^3=x\), donc \(x^9=x\) : on obtient \((0,0)\), \((1,1)\) et \((-1,-1)\). Le minimum, qui existe, est atteint en l’un d’eux. Or \(f(0,0)=0\) et \(f(1,1)=f(-1,-1)=-2\). Ainsi, il vaut \(-2\). La réponse 0 suppose à tort que l’origine, où la hessienne est indéfinie, réalise le minimum. Le piège \(-4\) oublie les termes de degré 4.
Question 12
Quelle est la valeur minimale de \(x^2+2y^2\) sur l’hyperbole \(\{xy=1\}\) ?
- \(2\)
- \(3\)
- \(2\sqrt{2}\)
- \(\sqrt{2}\)
Réponse C.
L’hyperbole est fermée, non bornée, mais la fonction est coercive : le minimum existe donc. Lagrange donne \(2x=\lambda y\) et \(4y=\lambda x\), d’où \(x^2=2y^2\). Avec \(xy=1\), on obtient \(y^2=\frac{1}{\sqrt{2}}\), puis \(x^2+2y^2=4y^2=2\sqrt{2}\). Le piège 2 traite \(x^2+y^2\). Quant à 3, il teste seulement le point \((1,1)\), qui n’est pas optimal.
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de L3 de maths sur multiplicateurs de Lagrange
- S’exercer : exercices corrigés sur multiplicateurs de Lagrange
- QCM précédent : QCM : Inversion locale et implicites en L3 de maths
- QCM suivant : QCM : Cauchy-Lipschitz et Gronwall en L3 de maths
- Tous les chapitres : le sommaire de la L3 de maths


























