Solutions maximales et explosion : corrigé du contrôle de maths en L3
Voici le corrigé du contrôle de maths en L3 sur le thème « solutions maximales et explosion », question par question.
Cette correction est rédigée comme une copie de licence complète : chaque théorème est nommé, puis ses hypothèses sont contrôlées avant usage. Commencez par l’exercice 1, car il explique pourquoi la seule continuité du second membre ne garantit pas l’unicité. Ensuite, les exercices 2 et 4 détaillent deux techniques distinctes face à une explosion en temps fini : un changement d’inconnue exact, puis une comparaison. La preuve du lemme de Gronwall tient en quelques lignes, grâce à une fonction auxiliaire bien choisie. Le problème calcule enfin un temps d’explosion exact, égal à un logarithme divisé par une racine carrée, et propose le portrait de phase complet. Chaque exercice se termine par un barème commenté et, souvent, par une erreur fréquente.
L’énoncé complet se trouve ici : Solutions maximales et explosion : contrôle de maths en L3.
Barème du contrôle corrigé : solutions maximales et explosion
| Exercice | Points |
|---|---|
| 1. Un pinceau de solutions issu d’un même point | 3 points |
| 2. Une équation exponentielle qui explose avant t = 1 | 4 points |
| 3. Le lemme de Gronwall et deux usages | 4 points |
| 4. La méthode d’Euler face à une explosion | 3 points |
| 5. Problème : un système conservatif à un col et un centre | 6 points |
| Total | 20 points |
Le corrigé détaillé : solutions maximales et explosion
Exercice 1 – Un pinceau de solutions issu d’un même point (3 points)
Régularité du second membre loin de y = 2
-
La fonction \(u \mapsto \sqrt{|u|}\) est continue sur \(\mathbb{R}\), comme composée de la valeur absolue et de la racine carrée. Par composition avec \((t, y) \mapsto y – 2\), la fonction \(f\) est donc continue sur \(\mathbb{R}^2\).
Sur l’ouvert \(U = \mathbb{R} \times \left(\mathbb{R} \setminus \{2\}\right)\), la quantité \(|y – 2|\) est strictement positive et vaut localement \(y – 2\) ou \(2 – y\). Or la racine carrée est de classe \(C^1\) sur \(\left]0, +\infty\right[\), si bien que \(f\) est de classe \(C^1\) sur \(U\), avec \(\frac{\partial f}{\partial y}(t, y) = \frac{\mathrm{sgn}(y – 2)}{\sqrt{|y – 2|}}\).
Une fonction de classe \(C^1\) est localement lipschitzienne par rapport à \(y\), en vertu de l’inégalité des accroissements finis sur un pavé compact contenu dans \(U\). Le théorème de Cauchy-Lipschitz s’applique donc sur \(U\) : pour \(y_0 \neq 2\), le problème de Cauchy en \((t_0, y_0)\) possède une unique solution maximale à valeurs dans \(U\).
Une infinité de solutions passant par (0, 2)
-
Fixons \(a \geq 0\). D’abord, sur \(\left]-\infty, a\right[\), la fonction \(z_a\) est constante égale à 2, donc \(z_a^{\prime}(t) = 0 = 2\sqrt{0} = f(t, z_a(t))\).
Ensuite, sur \(\left]a, +\infty\right[\), on a \(z_a^{\prime}(t) = 2(t – a)\) et \(f(t, z_a(t)) = 2\sqrt{(t – a)^2} = 2|t – a| = 2(t – a)\), car \(t > a\).
Enfin, au point \(a\), le taux d’accroissement à gauche est nul, tandis qu’à droite il vaut \(\frac{(t – a)^2}{t – a} = t – a\), qui tend vers 0. Ainsi \(z_a\) est dérivable en \(a\) avec \(z_a^{\prime}(a) = 0 = f(a, 2)\). De plus, \(z_a(0) = 2\) puisque \(0 \leq a\).
Ces fonctions sont deux à deux distinctes : si \(0 \leq a < b\), alors \(z_a(b) = 2 + (b – a)^2 \neq 2 = z_b(b)\). Elles sont définies sur \(\mathbb{R}\) entier, donc maximales. Le problème de Cauchy en \((0, 2)\) admet par conséquent une infinité de solutions maximales.
Il n’y a là aucune contradiction, car le théorème de Cauchy-Lipschitz exige un second membre localement lipschitzien en \(y\), ce qui échoue en \(y = 2\) (question suivante). Seul le théorème de Cauchy-Peano, qui suppose la simple continuité, s’applique en ce point : il garantit l’existence, mais pas l’unicité.
-
Raisonnons par l’absurde. Supposons qu’il existe \(\delta > 0\) et \(L \geq 0\) tels que \(|f(t, y) – f(t, y^{\prime})| \leq L|y – y^{\prime}|\) pour \(|t| \leq \delta\) et \(y, y^{\prime} \in [2 – \delta, 2 + \delta]\). Avec \(y = 2 + h\) et \(y^{\prime} = 2\), où \(0 < h \leq \delta\), on obtient \(2\sqrt{h} \leq Lh\), soit \(\frac{2}{\sqrt{h}} \leq L\). Or le membre de gauche tend vers \(+\infty\) quand \(h\) tend vers \(0^{+}\). Aucune constante ne convient, donc \(f\) n’est lipschitzienne en \(y\) sur aucun voisinage de \((0, 2)\).
Piège classique : oublier la dérivabilité de \(z_a\) au point de raccord \(t = a\). C’est pourtant là que se joue toute la question, car un raccord anguleux ne donnerait pas une solution.
Exercice 2 – Une équation exponentielle qui explose avant t = 1 (4 points)
Existence, unicité et monotonie
-
Les fonctions \((t, y) \mapsto \mathrm{e}^{y}\) et \((t, z) \mapsto \mathrm{e}^{z} + t^2\) sont de classe \(C^1\) sur l’ouvert \(\mathbb{R}^2\). Elles sont donc localement lipschitziennes par rapport à la seconde variable. D’après le théorème de Cauchy-Lipschitz, chaque problème possède une unique solution maximale, définie sur un intervalle ouvert contenant 0. De plus, \(y^{\prime} = \mathrm{e}^{y} > 0\) et \(z^{\prime} = \mathrm{e}^{z} + t^2 > 0\). Les fonctions \(y\) et \(z\) sont donc strictement croissantes.
Calcul exact de la première solution
-
La fonction \(u = \mathrm{e}^{-y}\) est dérivable sur \(J\), et \(u^{\prime} = -y^{\prime}\mathrm{e}^{-y} = -\mathrm{e}^{y}\mathrm{e}^{-y} = -1\). Comme \(J\) est un intervalle contenant 0 et que \(u(0) = 1\), il vient \(u(t) = 1 – t\) pour tout \(t \in J\).
Or \(u\) est strictement positive, donc \(1 – t > 0\) pour tout \(t \in J\), c’est-à-dire \(J \subset \left]-\infty, 1\right[\). Alors \(y(t) = -\ln u(t) = -\ln(1 – t)\).
Réciproquement, la fonction \(\psi : t \mapsto -\ln(1 – t)\) est définie et dérivable sur \(\left]-\infty, 1\right[\), avec \(\psi^{\prime}(t) = \frac{1}{1 – t} = \mathrm{e}^{\psi(t)}\) et \(\psi(0) = 0\). C’est donc une solution du problème. Comme la solution maximale prolonge toute solution, on obtient \(\left]-\infty, 1\right[ \subset J\). Finalement, \(J = \left]-\infty, 1\right[\) et \(y(t) = -\ln(1 – t)\), qui tend vers \(+\infty\) quand \(t\) tend vers 1 : la solution explose en temps fini.
Comparaison avec l’équation perturbée
-
De même, \(v = \mathrm{e}^{-z}\) est dérivable sur \(I\) et \(v^{\prime} = -z^{\prime}\mathrm{e}^{-z} = -\left(\mathrm{e}^{z} + t^2\right)\mathrm{e}^{-z} = -1 – t^2\mathrm{e}^{-z}\). Puisque \(t^2\mathrm{e}^{-z} \geq 0\), on a bien \(v^{\prime} \leq -1\).
Soit \(t \in I\) avec \(t \geq 0\). Le segment \([0, t]\) est contenu dans \(I\), donc \(v(t) – v(0) = \int_0^t v^{\prime}(s)\,\mathrm{d}s \leq -t\). Comme \(v(0) = 1\), on en déduit \(v(t) \leq 1 – t\).
Or \(v(t) > 0\), donc \(1 – t > 0\) : tout élément positif de \(I\) est strictement inférieur à 1. Ainsi \(\sup I \leq 1\).
Pour un tel \(t\), on a aussi \(t \in J\), et l’inégalité s’écrit \(\mathrm{e}^{-z(t)} \leq 1 – t = \mathrm{e}^{-y(t)}\). La fonction exponentielle étant croissante, \(-z(t) \leq -y(t)\). Par conséquent, \(z \geq y\) sur \(I \cap \left[0, +\infty\right[\).
Comme \(\sup I\) est fini, le théorème des bouts montre que \(z\) sort de tout compact ; étant croissante, elle tend vers \(+\infty\). La figure, obtenue numériquement, situe ce temps d’explosion vers \(0{,}93\).
Une solution définie vers le passé
-
Soit \(t \in I\) avec \(t \leq 0\). Comme \(z\) est croissante, \(z(t) \leq z(0) = 0\). En outre, pour \(s \in [t, 0]\), on a \(z(s) \leq 0\), donc \(z^{\prime}(s) = \mathrm{e}^{z(s)} + s^2 \leq 1 + s^2\). En intégrant, il vient \(-z(t) = z(0) – z(t) \leq \int_t^0 \left(1 + s^2\right)\mathrm{d}s = -t – \frac{t^3}{3}\). D’où \(t + \frac{t^3}{3} \leq z(t) \leq 0\).
Supposons alors \(\alpha = \inf I > -\infty\). La fonction \(t \mapsto t + \frac{t^3}{3}\) est croissante, donc pour \(t \in \left]\alpha, 0\right]\), le point \((t, z(t))\) reste dans le compact \([\alpha, 0] \times \left[\alpha + \frac{\alpha^3}{3}, 0\right]\) de l’ouvert \(\mathbb{R}^2\). Cela contredit le théorème des bouts. Donc \(\inf I = -\infty\).
Piège classique : écrire directement \(J = \left]-\infty, 1\right[\) après le calcul. Le calcul ne donne qu’une inclusion ; l’égalité demande la réciproque et la maximalité.
Exercice 3 – Le lemme de Gronwall et deux usages (4 points)
Preuve par une fonction auxiliaire
-
La fonction \(k\varphi\) est continue, donc \(F\) est de classe \(C^1\) sur \([0, T]\), avec \(F^{\prime} = k\varphi\). Comme \(k \geq 0\) et \(\varphi \leq F\), on obtient \(F^{\prime} \leq kF\).
La fonction \(K\) est dérivable, de dérivée \(k\). Il en résulte \(\left(F\mathrm{e}^{-K}\right)^{\prime} = \left(F^{\prime} – kF\right)\mathrm{e}^{-K} \leq 0\), si bien que \(F\mathrm{e}^{-K}\) est décroissante sur \([0, T]\).
Pour tout \(t \in [0, T]\), on a donc \(F(t)\mathrm{e}^{-K(t)} \leq F(0)\mathrm{e}^{-K(0)} = a\). Ainsi \(\varphi(t) \leq F(t) \leq a\,\mathrm{e}^{K(t)}\) : c’est le lemme de Gronwall.
Écart entre deux solutions et unicité
-
Les solutions vérifient la forme intégrale \(y(t) = y(0) + \int_0^t g(s, y(s))\,\mathrm{d}s\), et de même pour \(w\). Posons \(\varphi(t) = \|y(t) – w(t)\|\), fonction continue et positive. Par l’inégalité triangulaire, puis grâce au caractère lipschitzien de \(g\), on obtient :
\(\varphi(t) \leq \|y(0) – w(0)\| + \int_0^t \|g(s, y(s)) – g(s, w(s))\|\,\mathrm{d}s \leq \|y(0) – w(0)\| + \int_0^t L\varphi(s)\,\mathrm{d}s\).
Le lemme précédent, appliqué avec \(a = \|y(0) – w(0)\|\) et \(k = L\), donne \(\varphi(t) \leq \|y(0) – w(0)\|\,\mathrm{e}^{Lt}\). En particulier, si \(y(0) = w(0)\), alors \(\varphi = 0\), donc deux solutions de même condition initiale coïncident sur \([0, T]\).
Une majoration qui empêche l’explosion
-
La fonction \((t, y) \mapsto \frac{y\cos y}{1 + t^2}\) est de classe \(C^1\) sur \(\mathbb{R}^2\). Le théorème de Cauchy-Lipschitz fournit donc une unique solution maximale \((J, y)\), avec \(J\) intervalle ouvert contenant 0.
Soit \(t \in J\) avec \(t \geq 0\). Sur \([0, t] \subset J\), on a \(y(s) = c + \int_0^s \frac{y(r)\cos y(r)}{1 + r^2}\,\mathrm{d}r\). Puisque \(|\cos| \leq 1\), on en déduit \(|y(s)| \leq |c| + \int_0^s \frac{|y(r)|}{1 + r^2}\,\mathrm{d}r\) pour tout \(s \in [0, t]\).
Le lemme de Gronwall, avec \(a = |c|\) et \(k(r) = \frac{1}{1 + r^2}\), donne alors \(|y(t)| \leq |c|\,\mathrm{e}^{\arctan t}\). Or \(\arctan t < \frac{\pi}{2}\), donc \(|y(t)| \leq |c|\,\mathrm{e}^{\pi/2}\).
Supposons enfin \(\beta = \sup J\) fini. Pour \(t \in [0, \beta[\), le point \((t, y(t))\) reste alors dans le compact \([0, \beta] \times \left[-|c|\mathrm{e}^{\pi/2}, |c|\mathrm{e}^{\pi/2}\right]\), ce qui contredit le théorème des bouts. Par conséquent, \(\sup J = +\infty\).
Piège classique : appliquer Gronwall sur \(J \cap \left[0, +\infty\right[\) tout entier sans savoir s’il est borné. Il faut travailler sur un segment \([0, t]\) contenu dans \(J\), puis conclure point par point.
Exercice 4 – La méthode d’Euler face à une explosion (3 points)
Solution exacte
-
Le second membre \(y \mapsto y^2\) est de classe \(C^1\), donc Cauchy-Lipschitz s’applique. La fonction nulle est solution ; par unicité, la solution maximale \((J, y)\), qui vaut 1 en 0, ne s’annule jamais et reste donc strictement positive. Ensuite, \(\left(\frac{1}{y}\right)^{\prime} = -\frac{y^{\prime}}{y^2} = -1\), d’où \(\frac{1}{y(t)} = 1 – t\) sur \(J\), ce qui impose \(J \subset \left]-\infty, 1\right[\). Comme \(t \mapsto \frac{1}{1 – t}\) est solution sur \(\left]-\infty, 1\right[\), la solution maximale est \(y(t) = \frac{1}{1 – t}\), définie sur \(\left]-\infty, 1\right[\).
Trois pas de la méthode
-
Avec \(h = \frac{1}{2}\), la récurrence s’écrit \(y_{k+1} = y_k + \frac{1}{2}y_k^2\).
\(y_1 = 1 + \frac{1}{2} = \frac{3}{2}\).
\(y_2 = \frac{3}{2} + \frac{1}{2} \times \frac{9}{4} = \frac{12}{8} + \frac{9}{8} = \frac{21}{8}\).
\(y_3 = \frac{21}{8} + \frac{1}{2} \times \frac{441}{64} = \frac{336}{128} + \frac{441}{128} = \frac{777}{128}\).
Ainsi \(y_1 = \frac{3}{2}\), \(y_2 = \frac{21}{8}\) et \(y_3 = \frac{777}{128}\). Par ailleurs, \(y\left(\frac{1}{2}\right) = 2\), donc dès le premier pas l’erreur vaut \(\frac{1}{2}\), et la méthode sous-estime la solution.
Convexité et minoration
-
Sur \(J\), \(y\) est de classe \(C^2\) et \(y^{\prime\prime} = 2yy^{\prime} = 2y^3 > 0\), donc \(y\) est convexe. Sa courbe est alors au-dessus de ses tangentes : pour \(s, t \in J\), \(y(t) \geq y(s) + (t – s)y^{\prime}(s)\). Avec \(s = kh\) et \(t = (k+1)h\), il vient \(y((k+1)h) \geq y(kh) + h\,y(kh)^2\).
Montrons maintenant \(y_k \leq y(kh)\) par récurrence, tant que \(kh < 1\). D’abord, \(y_0 = 1 = y(0)\). Supposons ensuite \(y_k \leq y(kh)\) et \((k+1)h < 1\). La suite \((y_k)\) est croissante et positive, et \(\phi : u \mapsto u + hu^2\) est croissante sur \(\left[0, +\infty\right[\). Donc \(y_{k+1} = \phi(y_k) \leq \phi(y(kh)) \leq y((k+1)h)\). L’inégalité \(y_k \leq y(kh)\) est donc établie pour tout \(k\) tel que \(kh < 1\).
-
La suite \((y_k)\) est définie pour tout entier \(k\), car la récurrence est polynomiale. Elle fournit donc des valeurs finies même au-delà de \(t = 1\), par exemple \(y_2 = \frac{21}{8}\) au temps 1 et \(y_3\) au temps \(\frac{3}{2}\), où la solution exacte n’existe plus. Ainsi la méthode ne signale pas l’explosion : seule l’étude théorique, ou une croissance qui s’emballe quand on réduit le pas, peut la révéler.
Exercice 5 – Problème : un système conservatif à un col et un centre (6 points)
Cadre et quantité conservée
-
Le champ \(F(x, y) = \left(2y, 3 – 3x^2\right)\) est polynomial, donc de classe \(C^1\) sur \(\mathbb{R}^2\). D’après le théorème de Cauchy-Lipschitz, chaque condition initiale détermine une unique solution maximale.
Le long d’une solution, la règle de dérivation des fonctions composées donne \(\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}H(x, y) = 2yy^{\prime} + V^{\prime}(x)x^{\prime} = 2y\left(3 – 3x^2\right) + \left(3x^2 – 3\right)2y = 0\). Comme l’intervalle de définition est connexe, \(H\) est constante le long de chaque solution : c’est une intégrale première.
Équilibres : un col, puis un centre
-
Les équilibres vérifient \(2y = 0\) et \(3 – 3x^2 = 0\). Ce sont donc les points \((1, 0)\) et \((-1, 0)\). La jacobienne du champ vaut \(DF(x, y) = \begin{pmatrix} 0 & 2 \\ -6x & 0 \end{pmatrix}\).
En \((-1, 0)\), la matrice \(\begin{pmatrix} 0 & 2 \\ 6 & 0 \end{pmatrix}\) a pour polynôme caractéristique \(\lambda^2 – 12\), donc pour valeurs propres \(\pm 2\sqrt{3}\). L’une d’elles est strictement positive. Par le théorème de linéarisation de Liapounov, l’équilibre \((-1, 0)\) est instable : c’est un col.
En \((1, 0)\), en revanche, la matrice \(\begin{pmatrix} 0 & 2 \\ -6 & 0 \end{pmatrix}\) a pour polynôme caractéristique \(\lambda^2 + 12\), donc des valeurs propres \(\pm 2\mathrm{i}\sqrt{3}\) de partie réelle nulle. L’équilibre n’est pas hyperbolique, si bien que le théorème de linéarisation ne permet pas de conclure : les termes non linéaires pourraient décider de la stabilité.
Étudions alors \(H\) près de \((1, 0)\), où \(H(1, 0) = -2\). En posant \(x = 1 + s\), on développe : \(H(1 + s, y) + 2 = y^2 + 1 + 3s + 3s^2 + s^3 – 3 – 3s + 2 = y^2 + s^2(3 + s)\). Cette quantité est strictement positive dès que \((s, y) \neq (0, 0)\) et \(|s| < 3\). Le point \((1, 0)\) est donc un minimum local strict de \(H\), et l’équilibre est stable (c’est un centre).
Une orbite fermée autour du centre
-
Pour cette solution, \(H = 1^2 + V(0) = 1\). Ainsi, pour tout \(t \in J\), \(y(t)^2 = 1 – V(x(t)) = p(x(t)) \geq 0\).
Or \(p(-1) = -1\), \(p(0) = 1\) et \(p(2) = -1\). Si \(x\) atteignait une valeur hors de \(\left]-1, 2\right[\), comme \(x(0) = 0\), le théorème des valeurs intermédiaires donnerait un instant où \(x = -1\) ou \(x = 2\). On aurait alors \(y^2 = -1\), ce qui est absurde. Donc \(x(t) \in \left]-1, 2\right[\) pour tout \(t \in J\).
De plus, \(p^{\prime}(x) = 3 – 3x^2\) s’annule en 1 sur cet intervalle, et \(p\) y atteint son maximum \(p(1) = 3\). Il vient \(|y(t)| \leq \sqrt{3}\). La solution reste dans le compact \([-1, 2] \times \left[-\sqrt{3}, \sqrt{3}\right]\) ; par le théorème des bouts, ses deux extrémités sont infinies. La solution est définie sur \(\mathbb{R}\) : sa trajectoire est la courbe fermée de niveau 1 qui entoure le centre.
Le cas du point (−2, −2) : signes conservés
-
-
Ici \(H(-2, -2) = 4 + V(-2) = 4 – 2 = 2\). Notons \(\tau\) la borne supérieure des \(t \in [0, \beta[\) tels que \(x < -1\) et \(y < 0\) sur \([0, t]\) ; par continuité, \(\tau > 0\).
Supposons \(\tau < \beta\). Sur \([0, \tau[\), on a \(x < -1\), donc \(y^{\prime} = 3 – 3x^2 < 0\), puis \(y \leq y(0) = -2\). Il s’ensuit \(x^{\prime} = 2y \leq -4\), d’où \(x \leq x(0) = -2\). Par continuité, \(x(\tau) \leq -2\) et \(y(\tau) \leq -2\), donc ces inégalités strictes persistent un peu après \(\tau\), ce qui contredit la définition de \(\tau\). Ainsi \(x < -1\) et \(y < 0\) sur \([0, \beta[\).
Ensuite, \(y^2 = 2 – V(x) = 2 + 3x – x^3\). On vérifie que \((x + 1)^2(x – 2) = x^3 – 3x – 2\), donc \(y^2 = (x + 1)^2(2 – x)\). Puisque \(y < 0\), \(x + 1 < 0\) et \(2 – x > 0\), on obtient \(y = (x + 1)\sqrt{2 – x}\).
-
Comme \(2 – x > 3\), la fonction \(u = \sqrt{2 – x}\) est dérivable et \(u > \sqrt{3}\). On calcule \(u^{\prime} = \frac{-x^{\prime}}{2u} = \frac{-2y}{2u} = -(x + 1)\). Or \(x = 2 – u^2\), donc \(-(x + 1) = u^2 – 3\). Ainsi \(u^{\prime} = u^2 – 3\) avec \(u(0) = \sqrt{4} = 2\).
Par suite, \(\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}\ln\left(\frac{u – \sqrt{3}}{u + \sqrt{3}}\right) = u^{\prime}\left(\frac{1}{u – \sqrt{3}} – \frac{1}{u + \sqrt{3}}\right) = \frac{2\sqrt{3}\,u^{\prime}}{u^2 – 3} = 2\sqrt{3}\).
-
Posons \(w = \frac{u – \sqrt{3}}{u + \sqrt{3}}\). Comme \((2 + \sqrt{3})(2 – \sqrt{3}) = 1\), on a \(w(0) = \frac{2 – \sqrt{3}}{2 + \sqrt{3}} = \left(2 – \sqrt{3}\right)^2\). En intégrant, \(w(t) = \left(2 – \sqrt{3}\right)^2\mathrm{e}^{2\sqrt{3}\,t}\) sur \([0, \beta[\).
D’une part, \(u > \sqrt{3}\) impose \(w(t) < 1\), soit \(2\sqrt{3}\,t < -2\ln\left(2 – \sqrt{3}\right) = 2\ln\left(2 + \sqrt{3}\right)\). Ainsi \(t < T\), où \(T = \frac{\ln\left(2 + \sqrt{3}\right)}{\sqrt{3}}\), donc \(\beta \leq T\).
D’autre part, si l’on avait \(\beta < T\), alors \(w \leq \left(2 – \sqrt{3}\right)^2\mathrm{e}^{2\sqrt{3}\,\beta} < 1\) sur \([0, \beta[\). Dans ce cas, \(u = \sqrt{3}\,\frac{1 + w}{1 – w}\) resterait borné, de même que \(x = 2 – u^2\) et \(y\). La solution resterait dans un compact avec \(\beta\) fini, ce que le théorème des bouts interdit.
Donc \(\beta = \frac{\ln\left(2 + \sqrt{3}\right)}{\sqrt{3}} \approx 0{,}76\). Quand \(t\) tend vers \(\beta\), \(w\) tend vers 1, puis \(u\) tend vers \(+\infty\). Par conséquent, \(x(t) = 2 – u(t)^2\) tend vers \(-\infty\), et \(y(t)\) aussi : la solution explose en temps fini.
-
Le portrait de phase complet
-
Le portrait s’obtient en traçant les lignes de niveau de \(H\). Le niveau 2 contient le col \((-1, 0)\) : il forme une boucle qui va de \(-1\) à 2 autour du centre, ainsi que deux branches qui partent vers \(x \to -\infty\). L’orbite de la question 3 est la courbe fermée de niveau 1, intérieure à la boucle. Celle de la question 4 est la branche inférieure gauche du niveau 2, parcourue vers le bas. Enfin, le sens de parcours est donné par \(x^{\prime} = 2y\) : vers la droite quand \(y > 0\), donc les orbites fermées tournent dans le sens des aiguilles d’une montre.
Piège classique : déduire la stabilité de \((1, 0)\) de valeurs propres imaginaires pures. La linéarisation ne dit rien dans ce cas ; c’est l’intégrale première qui conclut.
À retenir de ce contrôle
- Sans le caractère localement lipschitzien en la variable d’état, une équation à second membre continu peut posséder une infinité de solutions issues du même point.
- Une solution maximale dont l’intervalle de définition est majoré par un réel T sort de tout compact quand t tend vers T : c’est le théorème des bouts.
- Le lemme de Gronwall transforme une inégalité intégrale en majoration exponentielle ; il donne à la fois l’unicité et la dépendance continue en la condition initiale.
- La méthode d’Euler produit une suite définie pour tout indice, donc elle ne signale jamais d’elle-même une explosion en temps fini.
- Pour un système conservatif, un minimum local strict de l’intégrale première est un équilibre stable, même quand la linéarisation ne permet pas de conclure.
Revenir à l’énoncé du contrôle
Consolider solutions maximales et explosion après ce corrigé
Pour ne plus perdre de points sur ce thème, relisez le cours cauchy-lipschitz, gronwall et systèmes autonomes ; entraînez-vous sur les exercices cauchy-lipschitz, gronwall et systèmes autonomes.
D’autres évaluations corrigées vous attendent sur la page contrôles de maths en L3.
Autres corrigés sur le même thème
Télécharger ou imprimer cette fiche «solutions maximales et explosion : corrigé du contrôle de maths en L3» au format PDF afin de pouvoir travailler en totale autonomie.





























