Matrices symétriques réelles en maths spé (MP) : exercices corrigés
Ces exercices matrices MP couvrent tout le chapitre sur les endomorphismes autoadjoints. Les premiers entraînent les gestes de base : calcul d’un adjoint, diagonalisation orthogonale, reconnaissance d’un projecteur orthogonal. Ensuite viennent des exercices d’oral sur la positivité, la racine carrée d’une matrice et le quotient de Rayleigh.
La dernière partie propose des énoncés plus longs, dont un problème complet sur l’inégalité de Hadamard. Les énoncés sont rangés par difficulté croissante, en trois paliers. Avant d’ouvrir la solution, accordez-vous un vrai temps de recherche, une vingtaine de minutes par exercice. Ensuite, repérez le résultat du cours qui débloque chaque question et écrivez-le en marge. Ce réflexe est précisément celui qu’un examinateur évalue à l’oral. Enfin, refaites quelques jours plus tard les exercices qui vous ont résisté.
Pour démarrer
Exercice 1 – Adjoint pour un produit scalaire à poids
On munit \(\mathbf{R}^2\) du produit scalaire \(\langle x, y \rangle = 2x_1 y_1 + x_2 y_2\). Soit \(u\) l’endomorphisme défini par \(u(x_1, x_2) = (x_2, x_1)\).
- Déterminer l’expression de \(u^{*}(y_1, y_2)\) pour ce produit scalaire.
- Écrire les matrices de \(u\) et de \(u^{*}\) dans la base canonique. La seconde est-elle la transposée de la première ?
- Vérifier que \(\left(\frac{1}{\sqrt{2}}(1,0), (0,1)\right)\) est une base orthonormée, puis y écrire les matrices de \(u\) et de \(u^{*}\). Conclure : \(u\) est-il autoadjoint ?
Exercice 2 – Diagonalisation orthogonale en dimension 2
Soit \(S = \begin{pmatrix} 7 & 6 \\ 6 & -2 \end{pmatrix}\).
- Déterminer les valeurs propres de \(S\).
- Écrire \(S = P D P^{T}\), avec \(P\) orthogonale à déterminer et \(D\) diagonale.
- La matrice \(S\) est-elle positive ? Décrire l’allure des courbes d’équation \(7x^2 + 12xy – 2y^2 = c\) pour \(c = 10\) et \(c = -5\).
Exercice 3 – Projecteur orthogonal sur un plan de l’espace
Dans \(\mathbf{R}^3\) euclidien canonique, on considère \[P = \frac{1}{9} \begin{pmatrix} 8 & 2 & -2 \\ 2 & 5 & 4 \\ -2 & 4 & 5 \end{pmatrix}, \qquad n = \begin{pmatrix} 1 \\ -2 \\ 2 \end{pmatrix}.\]
- Calculer \(Pn\), ainsi que \(Pw_1\) et \(Pw_2\) où \(w_1 = (2, 1, 0)\) et \(w_2 = (0, 1, 1)\).
- En déduire que \(P\) est la matrice d’un projecteur dont on précisera le noyau et l’image.
- Montrer que ce projecteur est orthogonal, et retrouver l’égalité \(P = I_3 – \frac{1}{9} n n^{T}\).
Exercice 4 – Une matrice définie positive par deux méthodes
Soit \(A = \begin{pmatrix} 5 & 2 \\ 2 & 2 \end{pmatrix}\) et \(q(x, y) = 5x^2 + 4xy + 2y^2\) la forme quadratique associée. La figure montre quelques lignes de niveau de \(q\).

- Calculer le spectre de \(A\) et conclure que \(A \in \mathcal{S}_2^{++}(\mathbf{R})\).
- Écrire \(q(x, y)\) comme une somme de deux carrés et retrouver le résultat sans valeur propre.
- Lorsque \(x^2 + y^2 = 1\), entre quelles bornes optimales \(q(x, y)\) varie-t-il ? Préciser en quels points chaque borne est atteinte.
Exercice 5 – Matrice de Gram d’une famille de colonnes
On considère une matrice réelle \(A\) à \(p\) lignes et \(n\) colonnes, avec \(p, n \geqslant 1\).
- Justifier que la matrice carrée \(A^{T} A\) est symétrique et positive.
- Prouver qu’elle est définie positive exactement lorsque le rang de \(A\) vaut \(n\).
- Application : calculer \(A^{T} A\) pour \(A = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}\), puis vérifier le résultat de la question précédente sur ses valeurs propres.
Exercice 6 – Trois contre-exemples à connaître
Chacune des questions suivantes illustre une hypothèse indispensable du cours.
- Soit \(M = \begin{pmatrix} 1 & \mathrm{i} \\ \mathrm{i} & -1 \end{pmatrix}\). Calculer \(M^2\). La matrice \(M\) est-elle diagonalisable ? Le théorème spectral est-il mis en défaut ?
- Soit \(B = \begin{pmatrix} 1 & 3 \\ 3 & 2 \end{pmatrix}\). Montrer que \(B\) n’est pas positive, bien que tous ses coefficients le soient.
- Soit \(C = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\). Montrer que \(X^{T} C X > 0\) pour tout \(X \neq 0\), mais que \(C\) n’est pas diagonalisable. Commenter ce contraste.
Pour s’entraîner
Exercice 7 – Spectre d’une matrice symétrique d’ordre 3
Soit \(S = \begin{pmatrix} 4 & -2 & 0 \\ -2 & 3 & -2 \\ 0 & -2 & 2 \end{pmatrix}\).
- Montrer que le polynôme caractéristique de \(S\) est \(\chi_S(X) = X(X – 3)(X – 6)\).
- Pour chaque valeur propre, donner un vecteur propre de norme 1. Construire avec eux une matrice orthogonale \(P\) qui rend \(P^{T} S P\) diagonale.
- La matrice \(S\) est-elle positive ? définie positive ? Déterminer son noyau.
Exercice 8 – Adjoints sur l’espace des matrices carrées
L’espace des matrices réelles carrées d’ordre \(n\) est muni de \((A, B) \mapsto \mathrm{tr}(A^{T} B)\). Une matrice \(M\) étant fixée, on considère la multiplication à gauche \(\varphi_M : A \mapsto MA\), la multiplication à droite \(\psi_M : A \mapsto AM\) et la transposition \(\tau\).
- Déterminer l’adjoint de \(\varphi_M\), puis celui de \(\psi_M\).
- Caractériser les matrices \(M\) pour lesquelles \(\varphi_M\) coïncide avec son adjoint.
- Établir que \(\tau\) est autoadjoint. Quelle est la nature géométrique de \(\tau\) ? Qu’en tirer pour les matrices symétriques et antisymétriques ?
Exercice 9 – Plans stables par passage à l’adjoint
On travaille dans \(\mathbf{R}^3\) euclidien canonique. L’endomorphisme \(u\) y est représenté, en base canonique, par \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 \\ 0 & 1 & 1 \\ 0 & 0 & 2 \end{pmatrix}\).
- Pour \(a \neq 0\), on pose \(H = a^{\perp}\). Prouver l’équivalence : \(u(H) \subset H\) lorsque \(a\) est vecteur propre de \(u^{*}\), et seulement dans ce cas.
- Déterminer les vecteurs propres de \(A^{T}\).
- En déduire tous les plans stables par \(u\), en donnant une équation de chacun, et vérifier directement leur stabilité.
Exercice 10 – Une matrice de Hilbert décalée
Soit \(n \geqslant 1\) et \(H \in \mathcal{M}_n(\mathbf{R})\) de coefficients \(h_{ij} = \frac{1}{i + j + 1}\) pour \(1 \leqslant i, j \leqslant n\).
- Pour \(X = (x_1, \dots, x_n)\), montrer que \(X^{T} H X = \displaystyle\int_0^1 \left( \sum_{i=1}^{n} x_i t^{i} \right)^2 \mathrm{d}t\).
- Justifier que \(H\) est symétrique définie positive. Quel est le signe de \(\det H\) ?
- Vérifier ce résultat pour \(n = 2\) en calculant \(\det H\).
Exercice 11 – Encadrer la somme des doubles produits
Sur \(\mathbf{R}^3\), on étudie \(q(x, y, z) = 2(x^2 + y^2 + z^2) + 2(xy + yz + zx)\).
- Donner la matrice symétrique \(S\) telle que \(q(X) = X^{T} S X\). Trouver son spectre et ses espaces propres.
- Quelles sont la plus grande et la plus petite valeur prise par \(q\) quand \(x^2 + y^2 + z^2 = 1\) ? Décrire l’ensemble des points où chacune est obtenue.
- En déduire que pour tous réels \(x, y, z\) : \(-\frac{1}{2}(x^2 + y^2 + z^2) \leqslant xy + yz + zx \leqslant x^2 + y^2 + z^2\), et étudier les cas d’égalité.
Exercice 12 – Racine carrée d’une matrice positive
- Soit \(S \in \mathcal{S}_n^{+}(\mathbf{R})\). Montrer qu’il existe \(R \in \mathcal{S}_n^{+}(\mathbf{R})\) telle que \(R^2 = S\).
- Cas particulier : \(S = \begin{pmatrix} 10 & 6 \\ 6 & 10 \end{pmatrix}\). Diagonaliser \(S\) en base orthonormée, puis expliciter la matrice \(R\) construite à la question 1.
- Trouver deux réels \(a, b\) tels que \(R = aS + bI_2\), et vérifier directement que \(R^2 = S\).
Exercice 13 – Coefficients d’une matrice positive
Soit \(S = (s_{ij}) \in \mathcal{S}_n^{+}(\mathbf{R})\).
- Montrer que \(s_{ii} \geqslant 0\) pour tout \(i\).
- Soit \(i \neq j\). En étudiant \(t \mapsto (tE_i + E_j)^{T} S (tE_i + E_j)\), montrer que \(s_{ij}^2 \leqslant s_{ii} s_{jj}\).
- En déduire que si \(s_{ii} = 0\), alors toute la ligne \(i\) de \(S\) est nulle.
- Montrer sans calcul de valeur propre que \(\begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 \\ 2 & 3 & 1 \\ 0 & 1 & 1 \end{pmatrix}\) n’est pas positive.
Exercice 14 – Norme euclidienne d’une matrice de cisaillement
Soit \(A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}\) et \(\varphi = \frac{1 + \sqrt{5}}{2}\). Sur le dessin, le cercle unité et sa transformée par \(A\) sont superposés.

- Calculer \(A^{T} A\) et ses valeurs propres. Vérifier que la plus grande vaut \(\varphi^2\).
- En déduire \(\max_{\|X\| = 1} \|AX\| = \varphi\) et \(\min_{\|X\| = 1} \|AX\| = \frac{1}{\varphi}\).
- Préciser un vecteur unitaire où le maximum est atteint et interpréter géométriquement la figure.
Exercice 15 – Produit de deux endomorphismes autoadjoints
Soit \(E\) un espace euclidien et \(u, v \in \mathcal{S}(E)\).
- Montrer que \(u \circ v\) est autoadjoint si et seulement si \(u \circ v = v \circ u\).
- Montrer que \(u \circ v + v \circ u\) est toujours autoadjoint, et que \(w = u \circ v – v \circ u\) vérifie \(w^{*} = -w\).
- Déduire de la question précédente que \(\langle w(x), x \rangle = 0\) pour tout \(x \in E\).
- Donner deux matrices symétriques réelles d’ordre 2 dont le produit n’est pas symétrique.
Exercice 16 – Noyau et image d’un endomorphisme autoadjoint
Soit \(E\) un espace euclidien et \(u \in \mathcal{S}(E)\).
- Montrer que \(\ker u\) et \(\mathrm{Im}\, u\) sont orthogonaux, puis que \(\mathrm{Im}\, u = (\ker u)^{\perp}\).
- Montrer que \(\ker(u^2) = \ker u\), en calculant \(\langle u^2(x), x \rangle\).
- Montrer que le rang de \(u\) est égal au nombre de valeurs propres non nulles, comptées avec multiplicité.
- Application : avec la matrice \(S\) de l’exercice 7, donner une équation de l’image de \(S\).
Pour approfondir
Exercice 17 – Projecteurs qui ne font pas grandir la norme
On fixe un projecteur \(p\) d’un espace euclidien \(E\). Établir que les trois énoncés ci-dessous sont équivalents :
- \(p\) est autoadjoint ;
- \(\ker p\) et \(\mathrm{Im}\, p\) sont orthogonaux ;
- pour tout \(x \in E\), \(\|p(x)\| \leqslant \|x\|\).
Pour l’implication de la troisième propriété vers la deuxième, on pourra fixer \(a \in \mathrm{Im}\, p\), \(b \in \ker p\) et étudier \(t \mapsto \|a + tb\|^2\). Donner enfin un projecteur de \(\mathbf{R}^2\) et un vecteur \(x\) tels que \(\|p(x)\| > \|x\|\).
Exercice 18 – Codiagonalisation de deux matrices symétriques
Soit \(S, T \in \mathcal{S}_n(\mathbf{R})\) telles que \(ST = TS\).
- Prouver que \(T\) laisse invariant tout sous-espace propre de \(S\).
- En déduire qu’il existe \(P \in \mathcal{O}_n(\mathbf{R})\) telle que \(P^{T} S P\) et \(P^{T} T P\) soient toutes deux diagonales.
- Montrer la réciproque : deux matrices diagonalisables dans une même base commutent.
- Application : vérifier que \(S = \begin{pmatrix} 3 & -1 \\ -1 & 3 \end{pmatrix}\) et \(T = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 2 & 1 \end{pmatrix}\) commutent. Exhiber une matrice orthogonale \(P\) qui les rend diagonales toutes les deux.
Exercice 19 – Problème sur l’inégalité de Hadamard
Soit \(n \geqslant 2\) et \(S = (s_{ij}) \in \mathcal{S}_n^{++}(\mathbf{R})\), de valeurs propres \(\lambda_1, \dots, \lambda_n\).
- Montrer que \(\det S > 0\) et que \(S^{-1} \in \mathcal{S}_n^{++}(\mathbf{R})\).
- Montrer que \(\lambda_{\min} \leqslant s_{ii} \leqslant \lambda_{\max}\) pour tout \(i\). En déduire que \(s_{ii} > 0\).
- Soit \(\Delta\) la matrice diagonale de coefficients \(1/\sqrt{s_{ii}}\), et \(T = \Delta S \Delta\). Vérifier que \(T\) est encore symétrique définie positive, avec une diagonale formée de 1.
- Que vaut la trace de \(T\) ? Comparer moyenne arithmétique et moyenne géométrique des valeurs propres de \(T\) pour obtenir \(\det T \leqslant 1\). Conclure : \(\det S \leqslant s_{11} s_{22} \cdots s_{nn}\) (inégalité de Hadamard).
- Étendre cette majoration aux matrices symétriques positives. Lorsque \(S\) est définie positive, caractériser le cas où la majoration est une égalité.
- Soit \(A \in \mathcal{M}_n(\mathbf{R})\) de colonnes \(C_1, \dots, C_n\). Montrer que \(|\det A| \leqslant \|C_1\| \, \|C_2\| \cdots \|C_n\|\). Interpréter en termes de volume.
- Vérifier l’inégalité pour \(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 0 \\ 1 & 3 & 1 \\ 0 & 1 & 2 \end{pmatrix}\).
Pour aller plus loin
- Revoir la leçon : cours de maths spé (MP) sur matrices symétriques réelles
- Bases utiles : Isométries vectorielles et matrices orthogonales, Polynôme caractéristique, diagonalisation, trigonalisation
- Chapitre d’avant : Isométries vectorielles et matrices orthogonales
- Chapitre d’après : Théorème de Cauchy linéaire et wronskien
- Vérifier ses acquis : QCM de maths spé (MP) sur matrices symétriques réelles
- Contrôle corrigé en temps limité : Diagonalisation orthogonale et Rayleigh : contrôle de maths en MP
- Tous les chapitres : le sommaire de maths spé (MP)
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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