Dénombrement et conditionnement en maths sup (MPSI) : cours et méthodes

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Ce chapitre ouvre la partie probabilités de l’année. Il réunit deux savoir-faire qui marchent ensemble : compter proprement les éléments d’un ensemble fini, puis calculer des probabilités conditionnelles sur un univers fini. Ce cours de dénombrement MPSI insiste sur la modélisation : traduire un énoncé en un univers bien choisi, avant tout calcul.

Nous traitons d’abord les cardinaux, les listes, les arrangements et les combinaisons, avec une grille de décision pour ne plus les confondre. Ensuite viennent les espaces probabilisés finis, les formules des probabilités composées et totales, la formule de Bayes et l’indépendance.

Ces outils servent directement au chapitre suivant sur les variables aléatoires finies. Vous y retrouverez aussi le double comptage, très prisé en colle.

Ce que vous saurez faire

  • Calculer le cardinal d’une réunion, d’un produit cartésien et de l’ensemble des parties d’un ensemble fini.
  • Choisir entre listes, arrangements, permutations et combinaisons à partir de deux questions simples.
  • Démontrer une identité sur les coefficients binomiaux par double comptage.
  • Construire un univers fini adapté à un énoncé et justifier l’équiprobabilité.
  • Appliquer les formules des probabilités composées et totales, puis inverser un conditionnement par la formule de Bayes.
  • Prouver ou réfuter l’indépendance de plusieurs événements.

1. Cardinal d’un ensemble fini

Compter, c’est mettre en bijection avec un ensemble de référence. Nous fixons ce vocabulaire, puis nous établissons les règles de calcul qui serviront dans tout le chapitre.

Définition :

On dit que \(E\) est fini lorsque \(E = \varnothing\), ou lorsque \(E\) peut être mis en bijection avec \([\![1, n]\!]\) pour un certain \(n \geqslant 1\). Un tel \(n\) est alors unique ; on l’appelle cardinal de \(E\), noté \(\mathrm{Card}\, E\), \(|E|\) ou \(\#E\). Par convention, \(\mathrm{Card}\, \varnothing = 0\).

Deux conséquences sont utilisées sans cesse. D’une part, deux ensembles finis en bijection ont le même cardinal. D’autre part, une partie \(A\) d’un ensemble fini \(E\) est finie, avec \(\mathrm{Card}\, A \leqslant \mathrm{Card}\, E\), et l’égalité force \(A = E\).

1.1 Réunions et complémentaires

Propriété :

Soient \(A\) et \(B\) deux parties finies d’un ensemble \(E\) fini.

  • Si \(A \cap B = \varnothing\), alors \(\mathrm{Card}(A \cup B) = \mathrm{Card}\, A + \mathrm{Card}\, B\).
  • Le complémentaire vérifie \(\mathrm{Card}(E \setminus A) = \mathrm{Card}\, E – \mathrm{Card}\, A\).
  • En général, \(\mathrm{Card}(A \cup B) = \mathrm{Card}\, A + \mathrm{Card}\, B – \mathrm{Card}(A \cap B)\).
Preuve :

Le premier point découle de la définition, en juxtaposant deux bijections. Ensuite, \(E\) est la réunion disjointe de \(A\) et de son complémentaire, ce qui donne le deuxième point. Enfin, \(A \cup B\) est la réunion disjointe de \(A\) et de \(B \setminus A\). Or \(B\) est la réunion disjointe de \(B \setminus A\) et de \(A \cap B\). Ainsi \(\mathrm{Card}(B \setminus A) = \mathrm{Card}\, B – \mathrm{Card}(A \cap B)\), d’où la formule.

Dans une réunion, les éléments communs sont comptés deux fois : on les retire une fois. Le diagramme suivant illustre cette correction sur l’exemple traité juste après.

Diagramme de Venn des multiples de 4 et de 6 entre 1 et 300 avec leur partie commune
Exemple guidé :

Combien d’entiers de \([\![1, 300]\!]\) sont multiples de \(4\) ou de \(6\) ? Notons \(A\) les multiples de \(4\) et \(B\) ceux de \(6\). On a \(\mathrm{Card}\, A = 75\) et \(\mathrm{Card}\, B = 50\). Ensuite, un entier est multiple de \(4\) et de \(6\) exactement quand il est multiple de leur PPCM, qui vaut \(12\). Donc \(\mathrm{Card}(A \cap B) = 25\). Par conséquent, \(\mathrm{Card}(A \cup B) = 75 + 50 – 25 = 100\).

Piège à éviter :

L’intersection des multiples de \(4\) et de \(6\) n’est pas l’ensemble des multiples de \(24\). En effet, \(12\) est multiple de \(4\) et de \(6\) sans l’être de \(24\). C’est le PPCM qui compte, et non le produit, sauf pour des entiers premiers entre eux.

1.2 Produits cartésiens et ensemble des parties

Théorème :

Si \(E\) et \(F\) sont finis, alors \(\mathrm{Card}(E \times F) = \mathrm{Card}\, E \times \mathrm{Card}\, F\). Plus généralement, \(\mathrm{Card}(E_1 \times \cdots \times E_p) = \prod_{i=1}^{p} \mathrm{Card}\, E_i\). De plus, si \(\mathrm{Card}\, E = n\), l’ensemble \(\mathcal{P}(E)\) de ses parties a pour cardinal \(2^n\).

Preuve :

Le produit \(E \times F\) est la réunion disjointe des ensembles \(\{x\} \times F\), pour \(x \in E\). Chacun a \(\mathrm{Card}\, F\) éléments, d’où le premier point. Une récurrence donne ensuite le cas de \(p\) facteurs. Pour les parties, écrivons \(E = \{x_1, \dots, x_n\}\). À une partie \(A\), on associe la liste \((\varepsilon_1, \dots, \varepsilon_n)\) de \(\{0, 1\}^n\), avec \(\varepsilon_i = 1\) si et seulement si \(x_i \in A\). Cette application est une bijection, donc \(\mathrm{Card}\, \mathcal{P}(E) = 2^n\).

Remarque :

Cette bijection entre parties et suites de \(0\) et de \(1\) est l’idée centrale du chapitre. Une partie se décrit par une suite de décisions « dedans ou dehors », une par élément. Ainsi, on transforme un problème d’ensembles en un problème de listes.

2. Listes, arrangements et combinaisons : le dénombrement

Dans cette partie, \(E\) désigne un ensemble à \(n\) éléments et \(p\) un entier naturel. Nous comptons les différentes façons de choisir \(p\) éléments de \(E\). Deux questions décident du modèle : l’ordre compte-t-il ? les répétitions sont-elles permises ?

2.1 Les quatre modèles

Définition :

Une \(p\)-liste de \(E\) est un élément de \(E^p\), c’est-à-dire une suite ordonnée de \(p\) éléments, avec répétitions possibles. Lorsque les \(p\) termes sont tous différents, on parle d’arrangement. Toute bijection de \(E\) dans lui-même s’appelle une permutation. Enfin, une combinaison de \(p\) éléments de \(E\) est une partie de \(E\) à \(p\) éléments.

Théorème :

Pour \(\mathrm{Card}\, E = n\) :

  • le nombre de \(p\)-listes est \(n^p\) ;
  • le nombre d’arrangements de \(p\) éléments est \(n(n – 1) \cdots (n – p + 1) = \dfrac{n!}{(n – p)!}\) si \(p \leqslant n\), et \(0\) sinon ;
  • le nombre de permutations est \(n!\) ;
  • le nombre de combinaisons de \(p\) éléments est \(\dbinom{n}{p} = \dfrac{n(n-1)\cdots(n-p+1)}{p!}\) si \(p \leqslant n\), et \(0\) sinon.
Preuve :

Les \(p\)-listes forment \(E^p\), de cardinal \(n^p\). Pour un arrangement, on a \(n\) choix pour le premier terme, puis \(n – 1\) pour le deuxième, et ainsi de suite jusqu’à \(n – p + 1\) choix pour le dernier. Une permutation est un arrangement de \(n\) éléments, d’où \(n!\). Enfin, chaque combinaison de \(p\) éléments donne exactement \(p!\) arrangements, obtenus en ordonnant ses éléments. Le nombre d’arrangements vaut donc \(p!\) fois le nombre de combinaisons.

2.2 Choisir le bon modèle

Ainsi, la dernière preuve contient le principe du berger : si chaque objet compté correspond à exactement \(k\) objets d’un autre ensemble, on divise par \(k\). Ce principe sert aussi pour les anagrammes.

L’arbre de décision ci-dessous résume le choix du modèle. On y entre par la question de l’ordre, puis par celle des répétitions.

Arbre de décision pour choisir entre listes, arrangements et combinaisons selon l'ordre et les répétitions
Comment faire :
  1. Décrire précisément un résultat de l’expérience, par exemple « un podium » ou « une main de cartes ».
  2. Se demander si deux résultats qui ne diffèrent que par l’ordre doivent être distingués.
  3. Se demander si un même élément peut apparaître plusieurs fois.
  4. En déduire le modèle : listes, arrangements ou combinaisons, puis appliquer la formule.
  5. Contrôler sur un petit cas, en énumérant à la main quand c’est possible.
Exemple guidé :

Neuf coureurs disputent une course. Le nombre de podiums possibles, avec or, argent et bronze, est le nombre d’arrangements \(9 \times 8 \times 7 = 504\), car l’ordre compte. En revanche, le nombre de trios qualifiés pour une finale, sans classement, vaut \(\binom{9}{3} = 84\). On retrouve \(504 = 3! \times 84\). Enfin, un code de \(4\) caractères pris parmi \(5\) symboles, avec répétitions permises, admet \(5^4 = 625\) possibilités.

2.3 Anagrammes et coefficients multinomiaux

Pour un mot dont certaines lettres se répètent, permuter deux lettres identiques ne change pas le mot. On compte donc les permutations des positions, puis on divise par les permutations internes à chaque lettre répétée.

Exemple guidé :

Le mot RADAR contient deux R, deux A et un D. Si les cinq lettres étaient distinctes, on aurait \(5! = 120\) anagrammes. Chaque mot est obtenu \(2! \times 2! = 4\) fois, en échangeant les R entre eux et les A entre eux. Par conséquent, RADAR possède \(120 / 4 = 30\) anagrammes. Autre méthode : on choisit les \(2\) places des R parmi \(5\), puis les \(2\) places des A parmi les \(3\) restantes, soit \(\binom{5}{2}\binom{3}{2} = 10 \times 3 = 30\).

2.4 Propriétés des coefficients binomiaux

Propriété :

Pour \(0 \leqslant p \leqslant n\), on a la symétrie \(\binom{n}{n-p} = \binom{n}{p}\). Pour \(1 \leqslant p \leqslant n\), on a la relation de Pascal \(\binom{n}{p} = \binom{n-1}{p-1} + \binom{n-1}{p}\). Enfin, \(\sum_{p=0}^{n} \binom{n}{p} = 2^n\).

Preuve :

Nous raisonnons par bijection et par partition, sans calcul. D’abord, le passage au complémentaire est une bijection des parties à \(p\) éléments sur celles à \(n – p\) éléments. Ensuite, fixons \(a \in E\). Les parties à \(p\) éléments se répartissent en deux classes : celles qui contiennent \(a\), au nombre de \(\binom{n-1}{p-1}\), et les autres, au nombre de \(\binom{n-1}{p}\). Enfin, \(\mathcal{P}(E)\) est la réunion disjointe des ensembles de parties de cardinal \(p\), pour \(p\) de \(0\) à \(n\).

Le diagramme en bâtons des coefficients \(\binom{10}{p}\) montre la symétrie et le maximum au milieu. La somme des hauteurs vaut \(2^{10} = 1024\).

Diagramme en bâtons des coefficients binomiaux pour n égal à 10, symétriques autour de p égal à 5

2.5 Double comptage et formule du binôme

Le double comptage consiste à dénombrer un même ensemble de deux façons. Les deux résultats sont égaux, ce qui fournit une identité. La difficulté est de choisir le bon ensemble.

Comment faire :
  1. Interpréter chaque membre de l’identité comme un nombre de choix : comités, chemins, mots, couples.
  2. Trouver un ensemble unique dont le cardinal se calcule de deux manières, une par membre.
  3. Pour une somme, partitionner cet ensemble selon un paramètre : le plus grand élément, la position d’un objet, le nombre d’éléments d’un certain type.
  4. Rédiger en nommant l’ensemble compté et la partition utilisée.
Exemple guidé :

Montrons que \(p\binom{n}{p} = n\binom{n-1}{p-1}\) pour \(1 \leqslant p \leqslant n\). Comptons les couples \((C, c)\) où \(C\) est un comité de \(p\) personnes parmi \(n\) et \(c\) un capitaine choisi dans \(C\). D’une part, on choisit le comité, puis le capitaine : \(\binom{n}{p} \times p\) façons. D’autre part, on choisit d’abord le capitaine parmi \(n\), puis les \(p – 1\) autres membres parmi les \(n – 1\) personnes restantes : \(n \binom{n-1}{p-1}\) façons. Les deux nombres sont donc égaux.

Théorème :

Formule du binôme. Pour \(a\), \(b\) complexes et \(n \in \mathbb{N}\),
\[(a + b)^n = \sum_{p=0}^{n} \binom{n}{p} a^p b^{n-p}.\]

Preuve :

Développons le produit de \(n\) facteurs \((a + b)\). On obtient une somme de \(2^n\) termes : chaque terme correspond au choix, dans chaque facteur, de \(a\) ou de \(b\). Un terme vaut \(a^p b^{n-p}\) quand on a choisi \(a\) dans exactement \(p\) facteurs. Choisir ces facteurs revient à choisir une partie à \(p\) éléments de \([\![1, n]\!]\). Ainsi, le terme \(a^p b^{n-p}\) apparaît \(\binom{n}{p}\) fois.

3. Univers fini et probabilité

Nous passons maintenant aux probabilités. Le cadre est volontairement simple : une expérience aléatoire dont les issues forment un ensemble fini.

Définition :

Un univers \(\Omega\) est un ensemble fini dont les éléments représentent les issues d’une expérience. Un événement est une partie de \(\Omega\). Deux événements \(A\) et \(B\) sont incompatibles si \(A \cap B = \varnothing\). Une famille \((A_1, \dots, A_m)\) d’événements est un système complet s’ils sont deux à deux incompatibles et de réunion \(\Omega\).

Définition :

Une probabilité sur \(\Omega\) est une application \(P : \mathcal{P}(\Omega) \to [0, 1]\) telle que \(P(\Omega) = 1\) et \(P(A \cup B) = P(A) + P(B)\) dès que \(A\) et \(B\) sont incompatibles. Le couple \((\Omega, P)\) est un espace probabilisé fini.

On en déduit les règles usuelles : \(P(\varnothing) = 0\), \(P(\overline{A}) = 1 – P(A)\), la croissance de \(P\) et la relation \(P(A \cup B) + P(A \cap B) = P(A) + P(B)\). De plus, une probabilité est entièrement déterminée par les nombres \(P(\{\omega\})\), qui sont positifs et de somme \(1\).

Propriété :

La probabilité uniforme sur \(\Omega\) est celle qui donne le même poids à chaque issue. Elle vérifie, pour tout événement \(A\),
\[P(A) = \frac{\mathrm{Card}\, A}{\mathrm{Card}\, \Omega}.\]

Piège à éviter :

L’équiprobabilité dépend de l’univers choisi. Lançons deux dés équilibrés et notons la somme. Les onze sommes de \(2\) à \(12\) ne sont pas équiprobables. En revanche, les \(36\) couples de résultats des deux dés, que l’on suppose discernables, le sont. C’est donc sur l’univers des couples qu’on calcule, par exemple \(P(\text{somme} = 7) = 6/36 = 1/6\).

4. Probabilités conditionnelles

Une information partielle modifie les chances d’un événement. La probabilité conditionnelle mesure cette mise à jour.

Définition :

Soit \(B\) un événement tel que \(P(B) > 0\). La probabilité de \(A\) sachant \(B\) est
\[P_B(A) = P(A \mid B) = \frac{P(A \cap B)}{P(B)}.\]
L’application \(P_B\) est une probabilité sur \(\Omega\).

En situation d’équiprobabilité, \(P_B(A) = \mathrm{Card}(A \cap B) / \mathrm{Card}\, B\). Autrement dit, conditionner par \(B\) revient à prendre \(B\) comme nouvel univers.

4.1 Probabilités composées

Théorème :

Si \(P(A_1 \cap \cdots \cap A_{m-1}) > 0\), alors
\[P(A_1 \cap \cdots \cap A_m) = P(A_1)\, P_{A_1}(A_2)\, P_{A_1 \cap A_2}(A_3) \cdots P_{A_1 \cap \cdots \cap A_{m-1}}(A_m).\]

La preuve se fait par récurrence sur \(m\) : le produit est télescopique une fois chaque probabilité conditionnelle écrite comme un quotient. Cette formule est l’outil naturel des tirages successifs sans remise.

Exemple guidé :

Une urne contient \(4\) boules rouges et \(3\) bleues. On tire trois boules successivement, sans remise. Notons \(R_i\) l’événement « la \(i\)-ème boule est rouge ». Alors
\[P(R_1 \cap R_2 \cap \overline{R_3}) = \frac{4}{7} \times \frac{3}{6} \times \frac{3}{5} = \frac{36}{210} = \frac{6}{35}.\]
En effet, après deux rouges, il reste \(2\) rouges et \(3\) bleues, soit \(5\) boules.

4.2 Probabilités totales et formule de Bayes

Théorème :

Formule des probabilités totales. On se donne un système complet \((A_1, \dots, A_m)\) dont aucun événement n’est négligeable. Alors, quel que soit \(B\),
\[P(B) = \sum_{i=1}^{m} P(A_i)\, P_{A_i}(B).\]
Formule de Bayes. Si de plus \(P(B) > 0\), alors pour tout \(j\),
\[P_B(A_j) = \frac{P(A_j)\, P_{A_j}(B)}{\sum_{i=1}^{m} P(A_i)\, P_{A_i}(B)}.\]

Preuve :

Les événements \(B \cap A_i\) sont deux à deux incompatibles, et leur réunion est \(B\), car les \(A_i\) recouvrent \(\Omega\). Par additivité, \(P(B) = \sum P(B \cap A_i)\), et chaque terme vaut \(P(A_i)\, P_{A_i}(B)\). Pour Bayes, on écrit \(P_B(A_j) = P(A_j \cap B) / P(B)\), puis on remplace le numérateur par \(P(A_j)\, P_{A_j}(B)\) et le dénominateur par la formule précédente.

Un arbre pondéré rend ces calculs lisibles. Chaque chemin porte le produit des probabilités de ses branches, et la probabilité de \(B\) est la somme des chemins qui y mènent.

Arbre pondéré de deux machines produisant des pièces, avec les probabilités de défaut sur chaque branche
Exemple guidé :

Un atelier fabrique des pièces sur deux machines. La machine \(M_1\) produit \(60\,\%\) des pièces, dont \(3\,\%\) sont défectueuses. La machine \(M_2\) produit le reste, avec \(5\,\%\) de défauts. Notons \(D\) l’événement « la pièce est défectueuse ». Le couple \((M_1, M_2)\) est un système complet. D’abord, \(P(D) = 0{,}6 \times 0{,}03 + 0{,}4 \times 0{,}05 = 0{,}018 + 0{,}02 = 0{,}038\). Ensuite, la formule de Bayes donne
\[P_D(M_2) = \frac{0{,}02}{0{,}038} = \frac{10}{19} \approx 0{,}53.\]
Ainsi, une pièce défectueuse vient plus souvent de \(M_2\), bien que cette machine produise moins.

Piège à éviter :

Il ne faut pas confondre \(P_D(M_2)\) et \(P_{M_2}(D)\). La seconde vaut \(0{,}05\) et décrit la qualité de la machine. La première, environ \(0{,}53\), répond à la question d’un contrôleur qui tient une pièce défectueuse en main. Par conséquent, on vérifie toujours quel événement est connu avant d’écrire une barre verticale.

5. Indépendance d’événements

Définition :

Deux événements \(A\) et \(B\) sont indépendants si \(P(A \cap B) = P(A)\, P(B)\). Des événements \(A_1, \dots, A_m\) sont mutuellement indépendants si, pour toute partie \(I\) non vide de \([\![1, m]\!]\),
\[\prod_{i \in I} P(A_i) = P\Big(\bigcap_{i \in I} A_i\Big).\]

Si \(P(B) > 0\), l’indépendance de \(A\) et \(B\) équivaut à \(P_B(A) = P(A)\) : savoir que \(B\) est réalisé ne change pas les chances de \(A\). De plus, si \(A\) et \(B\) sont indépendants, alors \(A\) et \(\overline{B}\) le sont aussi, car \(P(A \cap \overline{B}) = P(A) – P(A)P(B) = P(A)P(\overline{B})\). Plus généralement, nous admettons que remplacer certains des \(A_i\) d’une famille mutuellement indépendante par leurs contraires donne encore une famille mutuellement indépendante.

Contre-exemple :

L’indépendance mutuelle est plus forte que l’indépendance deux à deux. Prenons un dé équilibré à quatre faces numérotées de \(1\) à \(4\), et posons \(A = \{1, 2\}\), \(B = \{1, 3\}\), \(C = \{1, 4\}\). Chaque événement a pour probabilité \(1/2\). Chaque intersection de deux d’entre eux vaut \(\{1\}\), de probabilité \(1/4 = (1/2)^2\). Les événements sont donc indépendants deux à deux. Cependant, la probabilité de \(A \cap B \cap C\) vaut \(\frac{1}{4}\), et non \(\frac{1}{8}\) : ils ne sont pas mutuellement indépendants.

Remarque :

L’indépendance est souvent une hypothèse de modélisation, et non un résultat. Par exemple, on suppose indépendants les résultats de lancers successifs d’une pièce. En revanche, dans un exercice où la probabilité est déjà définie, l’indépendance se vérifie par le calcul.

6. De l’énoncé au bon univers

La plupart des erreurs de ce chapitre ne sont pas des erreurs de calcul. Ce sont des erreurs de modèle. Nous donnons ici les réflexes qui permettent de les éviter.

6.1 Tirages simultanés ou successifs

Un tirage simultané de \(k\) boules se modélise par des combinaisons : l’univers est l’ensemble des parties à \(k\) éléments. Un tirage successif sans remise se modélise par des arrangements. Cependant, pour un événement qui ne dépend pas de l’ordre, les deux modèles donnent la même probabilité. En effet, chaque partie correspond à exactement \(k!\) arrangements, au numérateur comme au dénominateur.

Exemple guidé :

On tire \(3\) cartes parmi \(10\), dont \(4\) cartes « atout ». Calculons la probabilité d’obtenir exactement \(2\) atouts. Avec les combinaisons, on obtient \(\binom{4}{2}\binom{6}{1} / \binom{10}{3} = 36/120 = 3/10\). Avec les arrangements, on choisit d’abord la position de la carte non atout parmi \(3\), puis on compte \(3 \times (4 \times 3 \times 6) / (10 \times 9 \times 8) = 216/720 = 3/10\). Le résultat est bien le même.

6.2 Le réflexe du complémentaire

Dès qu’un énoncé contient « au moins un », il est presque toujours plus simple de passer au complémentaire « aucun ». Par exemple, la probabilité d’obtenir au moins un six en quatre lancers d’un dé équilibré vaut \(1 – (5/6)^4 = 671/1296\), soit environ \(0{,}52\). Le calcul direct demanderait de séparer quatre cas.

À savoir :

Pour rédiger un exercice de probabilités, on suit toujours le même plan. D’abord, on nomme les événements utiles par des lettres. Ensuite, on traduit chaque donnée de l’énoncé en une probabilité ou une probabilité conditionnelle. Puis on cite le système complet utilisé et la formule appliquée. Enfin, on conclut par une phrase qui répond à la question posée.

6.3 Contrôler un résultat

Plusieurs tests rapides détectent les erreurs. Une probabilité doit appartenir à \([0, 1]\). Les probabilités d’un système complet doivent avoir pour somme \(1\). Un dénombrement doit être entier, et il doit coïncider avec une énumération à la main sur un petit cas. Ainsi, pour les comités de \(2\) personnes parmi \(4\), on liste les \(6\) paires et on retrouve \(\binom{4}{2}\).

Les erreurs fréquentes

  • Compter des listes au numérateur et des combinaisons au dénominateur, ou l’inverse.
  • Supposer l’équiprobabilité sur un univers qui ne s’y prête pas, comme les sommes de deux dés.
  • Confondre \(P_B(A)\) et \(P_A(B)\), ou écrire \(P(A \mid B)\) quand on veut \(P(A \cap B)\).
  • Appliquer les probabilités totales avec une famille qui n’est pas un système complet.
  • Confondre événements incompatibles et événements indépendants.
  • Conclure à l’indépendance mutuelle à partir de l’indépendance deux à deux.

Fiche mémo

  • \(\mathrm{Card}(A \cup B) = \mathrm{Card}\, A + \mathrm{Card}\, B – \mathrm{Card}(A \cap B)\).
  • \(\mathrm{Card}(E \times F) = \mathrm{Card}\, E \times \mathrm{Card}\, F\) et \(\mathrm{Card}\, \mathcal{P}(E) = 2^n\).
  • Listes : \(n^p\) ; arrangements : \(n!/(n-p)!\) ; permutations : \(n!\) ; combinaisons : \(\binom{n}{p}\).
  • Ordre important : listes ou arrangements ; ordre indifférent : combinaisons.
  • Double comptage : un ensemble, deux façons de le compter.
  • Probabilité uniforme : cas favorables sur cas possibles, sur un univers d’issues équiprobables.
  • \(P_B(A) = P(A \cap B)/P(B)\), et probabilités composées pour les tirages successifs.
  • Probabilités totales sur un système complet ; Bayes pour inverser un conditionnement.
  • Indépendance : \(P(A \cap B) = P(A)P(B)\) ; la mutuelle exige toutes les sous-familles.

Questions fréquentes

Comment savoir s'il faut compter des listes ou des combinaisons ?

Il faut se demander si l’ordre des objets choisis change le résultat. Si deux tirages qui ne diffèrent que par l’ordre doivent être distingués, on compte des listes ou des arrangements ; sinon, on compte des parties, donc des combinaisons. Dans un calcul de probabilité, l’essentiel est de garder le même choix au numérateur et au dénominateur.

Quelle différence entre P(A|B) et P(B|A) ?

La première est la probabilité de A quand on sait que B est réalisé, la seconde l’inverse. Elles sont en général très différentes, comme le montre un test médical fiable mais appliqué à une maladie rare. La formule de Bayes permet justement de passer de l’une à l’autre.

Des événements incompatibles sont-ils indépendants ?

Presque jamais. Si A et B sont incompatibles et de probabilités non nulles, alors P(A ∩ B) = 0 alors que P(A)P(B) est strictement positif. Savoir que B est réalisé apporte même une information totale : A ne l’est pas.

Faut-il toujours supposer l'équiprobabilité ?

Non. L’équiprobabilité est une hypothèse de modélisation, justifiée par une symétrie de l’expérience comme un dé équilibré ou un tirage au hasard. Lorsqu’elle n’est pas naturelle, on décrit la probabilité autrement, souvent par un arbre et les probabilités conditionnelles.

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