Ouverts, fermés et adhérence en maths spé (MP) : cours et méthodes

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Ce chapitre ouvre la topologie des espaces vectoriels normés en maths spé. Il fixe le vocabulaire qui servira toute l’année : ouverts, fermés, voisinages, intérieur, adhérence et frontière. Ce cours sur les ouverts fermés MP privilégie les méthodes : on y apprend à choisir entre trois façons de prouver qu’une partie est ouverte ou fermée.

Nous traitons ensuite la densité, la topologie relative et les limites en un point adhérent. Le théorème de l’image réciproque y occupe une place centrale, car il règle en une ligne la plupart des questions de concours. Enfin, nous comparons continuité, uniforme continuité et caractère lipschitzien. Ce chapitre prépare directement l’étude des applications linéaires continues, de la compacité et du calcul différentiel.

Ce que vous saurez faire

  • Reconnaître un ouvert, un fermé ou un voisinage dans un espace vectoriel normé, à partir des boules.
  • Calculer l’intérieur, l’adhérence et la frontière d’une partie, en dimension finie comme dans un espace de fonctions.
  • Prouver qu’une partie est fermée par la caractérisation séquentielle.
  • Montrer qu’une partie est ouverte ou fermée par image réciproque d’une application continue.
  • Exploiter une partie dense pour étendre une égalité vraie sur un « gros » sous-ensemble.
  • Distinguer continuité, uniforme continuité et caractère lipschitzien, avec un exemple pour chaque écart.

Dans tout le chapitre, \((E,\|\cdot\|)\) et \((F,\|\cdot\|)\) désignent des espaces vectoriels normés réels ou complexes. Pour \(r>0\), la boule ouverte \(B(a,r)\) réunit les \(x\) tels que \(\|x-a\|<r\). La boule fermée \(B_f(a,r)\) réunit ceux qui vérifient \(\|x-a\|\leq r\).

1. Ouverts, voisinages et fermés d’un espace normé

L’idée est simple : une partie est ouverte quand chacun de ses points garde « de la marge ». Autrement dit, on peut bouger un peu autour de lui sans quitter la partie. Cette marge se mesure avec une boule.

Définition :

On appelle ouvert de \(E\) toute partie \(U\) qui contient, avec chacun de ses points \(a\), une boule \(B(a,r)\) de rayon \(r>0\) convenable. Une partie \(V\) est un voisinage du point \(a\) lorsqu’elle contient au moins une boule ouverte centrée en \(a\). Enfin, on appelle fermé toute partie \(G\) dont le complémentaire \(E\setminus G\) est ouvert.

La figure suivante montre la différence entre un point qui a de la marge et un point situé sur le bord.

Ouvert du plan avec une boule incluse autour d'un point intérieur et une boule qui déborde autour d'un point du bord

1.1 Premiers exemples

D’abord, \(E\) et \(\emptyset\) sont à la fois ouverts et fermés. Ensuite, une boule ouverte est un ouvert. En effet, si \(x\in B(a,r)\), on pose \(\rho=r-\|x-a\|>0\). Pour \(y\in B(x,\rho)\), l’inégalité triangulaire donne \(\|y-a\|\leq\|y-x\|+\|x-a\|<r\). De même, une boule fermée et une sphère sont des fermés. Enfin, un singleton \(\{a\}\) est fermé, car son complémentaire contient une petite boule autour de chacun de ses points.

Proposition :

Les ouverts sont stables par réunion, même infinie, et par intersection d’un nombre fini d’entre eux. En prenant les complémentaires, les fermés sont stables par intersection arbitraire et par réunion d’un nombre fini d’entre eux.

Preuve :

Pour la réunion, un point de \(\bigcup U_i\) appartient à un \(U_{i_0}\). Une boule autour de lui est donc incluse dans \(U_{i_0}\), donc dans la réunion. Pour une intersection de \(U_1,\dots,U_p\), on prend un rayon \(r_k\) adapté à chaque \(U_k\), puis \(r=\min(r_1,\dots,r_p)\). Ce minimum est strictement positif, car il porte sur un nombre fini de réels \(r_k>0\). Les lois de De Morgan donnent ensuite les énoncés sur les fermés.

Piège à éviter :

« Fermé » n’est pas le contraire de « ouvert ». Par exemple, l’intervalle \([0,1[\) de \(\mathbb{R}\) n’est ni ouvert ni fermé. De plus, l’intersection infinie des ouverts \(]-1/n,1/n[\) vaut \(\{0\}\), qui n’est pas ouvert. La finitude n’est donc pas un détail.

Remarque :

Deux normes équivalentes définissent les mêmes boules à un facteur près, donc les mêmes ouverts. En dimension finie, toutes les normes sont équivalentes : la notion d’ouvert de \(\mathbb{R}^n\) ou de \(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) ne dépend donc pas de la norme choisie. En revanche, dans un espace de fonctions, changer de norme peut tout changer.

2. Intérieur, adhérence et frontière

La plupart des parties ne sont ni ouvertes ni fermées. Pour les étudier, on les encadre donc entre deux parties plus commodes : le plus grand ouvert qu’elles contiennent et le plus petit fermé qui les contient.

Définition :

Soit \(A\subset E\). Un point \(a\) est intérieur à \(A\) si \(A\) est un voisinage de \(a\). Un point \(a\) est adhérent à \(A\) si toute boule \(B(a,r)\), \(r>0\), rencontre \(A\). On note \(\mathring{A}\) l’intérieur et \(\overline{A}\) l’adhérence. La frontière est \(\mathrm{Fr}(A)=\overline{A}\setminus\mathring{A}\).

Propriété :

L’intérieur de \(A\) est inclus dans \(A\), elle-même incluse dans son adhérence. L’intérieur \(\mathring{A}\) est le plus grand ouvert inclus dans \(A\), et \(\overline{A}\) est le plus petit fermé contenant \(A\). Ainsi, \(A\) est ouverte si et seulement si \(A=\mathring{A}\), et \(A\) est fermée si et seulement si \(A=\overline{A}\). Enfin, \(E\setminus\overline{A}\) est l’intérieur de \(E\setminus A\).

2.1 La caractérisation séquentielle des points adhérents

En pratique, on manipule l’adhérence avec des suites. C’est l’outil le plus souple du chapitre.

Théorème :

Pour un point \(a\) de \(E\), être adhérent à \(A\) revient à être la limite d’au moins une suite \((x_n)\) à valeurs dans \(A\).

Preuve :

Partons d’un point \(a\) adhérent à \(A\). Chaque boule \(B(a,2^{-n})\) contient au moins un élément de \(A\), que nous appelons \(x_n\). L’écart \(\|x_n-a\|\) est majoré par \(2^{-n}\), qui tend vers \(0\). Dans l’autre sens, donnons-nous une suite de \(A\) de limite \(a\) et un rayon \(r>0\). À partir d’un certain rang, ses termes tombent dans \(B(a,r)\), qui rencontre bien \(A\).

Exemple guidé :

Dans \(\mathbb{R}^2\) muni de la norme euclidienne, on considère \(A=\{z,\ 0<\|z\|<1\}\cup\big(]1,2]\times\{0\}\big)\), un disque ouvert épointé auquel on accroche un segment.

  1. Intérieur : le disque épointé est un ouvert inclus dans \(A\), donc il est inclus dans \(\mathring{A}\). En revanche, un point \((t,0)\) avec \(1<t\leq 2\) n’est pas intérieur, car \((t,\varepsilon)\notin A\) pour tout \(\varepsilon>0\) petit. Ainsi \(\mathring{A}=\{z,\ 0<\|z\|<1\}\).
  2. Adhérence : l’origine est limite de \((1/n,0)\in A\), et un point du cercle unité est limite de points du disque. Par conséquent, \(\overline{A}\) contient le disque fermé et le segment \([1,2]\times\{0\}\). Cette réunion est fermée, comme réunion de deux fermés : c’est donc \(\overline{A}\).
  3. Frontière : on obtient le cercle unité, l’origine et le segment \([1,2]\times\{0\}\).
Disque épointé avec un segment accroché, puis son intérieur et son adhérence représentés côte à côte

3. Prouver qu’une partie est fermée par les suites

Le théorème précédent fournit aussitôt un critère de fermeture très maniable. Il évite tout calcul de complémentaire.

Théorème :

La partie \(G\) est fermée exactement lorsqu’elle « retient » les limites : dès qu’une suite à valeurs dans \(G\) admet une limite \(\ell\) dans \(E\), ce point \(\ell\) se trouve dans \(G\).

Preuve :

Si \(G\) est fermée, alors \(G=\overline{G}\). Or la limite d’une suite de \(G\) est adhérente à \(G\), donc elle est dans \(G\). Inversement, supposons la stabilité par limite. Tout point de \(\overline{G}\) est limite d’une suite de \(G\), donc il appartient à \(G\). Ainsi \(\overline{G}\subset G\), puis \(G=\overline{G}\).

Comment faire :
  1. On prend une suite \((x_n)\) de \(G\) et l’on suppose qu’elle converge vers un \(\ell\in E\). On n’a pas à prouver la convergence : elle fait partie des hypothèses.
  2. On écrit la propriété qui définit \(G\) pour chaque \(x_n\).
  3. On passe à la limite dans cette propriété : égalités, inégalités larges, continuité des opérations.
  4. On conclut que \(\ell\) vérifie la même propriété, donc \(\ell\in G\).
Exemple guidé :

Dans \(\mathcal{M}_2(\mathbb{R})\), nous montrons que \(G=\{M,\ M^2=M\text{ et }\mathrm{tr}(M)\geq 1\}\) est fermé. Soit \((M_k)\) une suite de \(G\) de limite \(L\). D’abord, le produit matriciel est continu, donc \(M_k^2\to L^2\). Comme \(M_k^2=M_k\), l’unicité de la limite donne \(L^2=L\). Ensuite, la trace est continue, donc \(\mathrm{tr}(L)=\lim\mathrm{tr}(M_k)\geq 1\), par passage à la limite dans une inégalité large. Par conséquent \(L\in G\) et \(G\) est fermé.

Piège à éviter :

Une inégalité stricte ne passe pas à la limite. Ainsi, la suite \(1/n\) est strictement positive mais sa limite est nulle. C’est pourquoi \(\{x,\ f(x)>0\}\) n’a aucune raison d’être fermé, alors que \(\{x,\ f(x)\geq 0\}\) l’est quand \(f\) est continue.

4. Parties denses et topologie relative

4.1 Densité

Définition :

Une partie \(D\) de \(E\) est dense dans \(E\) si \(\overline{D}=E\). Cela revient à dire que chaque boule ouverte de \(E\) contient au moins un point de \(D\). Cela revient aussi à dire que chaque vecteur de \(E\) s’approche par une suite à valeurs dans \(D\).

Ainsi, \(\mathbb{Q}\) et \(\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}\) sont denses dans \(\mathbb{R}\). De même, l’ensemble des nombres décimaux est dense : pour \(x\) réel, la suite \(10^{-n}\lfloor 10^n x\rfloor\) est décimale et converge vers \(x\), car l’écart est compris entre \(0\) et \(10^{-n}\).

Exemple guidé :

Nous montrons que \(\mathrm{GL}_n(\mathbb{K})\) est dense dans \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\). Soit \(M\in\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\). L’application \(\lambda\mapsto\det(M-\lambda I_n)\) est polynomiale de degré \(n\), donc elle a au plus \(n\) racines. Il existe alors un rang \(p_0\) tel que, pour tout \(p\geq p_0\), le réel \(1/p\) n’est pas racine. La suite \(M_p=M-\frac{1}{p}I_n\), définie pour \(p\geq p_0\), est formée de matrices inversibles et converge vers \(M\).

4.2 Topologie relative

Beaucoup de fonctions vivent sur un domaine \(X\) plus petit que \(E\), comme \(]0,1]\) ou \(\mathrm{GL}_n(\mathbb{R})\). Il faut alors parler d’ouverts « vus depuis \(X\) ».

Définition :

Soit \(X\subset E\) et \(A\subset X\). On dit que \(A\) est ouverte dans \(X\), ou ouvert relatif de \(X\), lorsque \(A\) s’écrit \(U\cap X\) avec \(U\) ouvert de \(E\). On dit qu’elle est fermée dans \(X\), ou fermé relatif, lorsqu’elle s’écrit \(G\cap X\) avec \(G\) fermé de \(E\).

À savoir :

La partie \(A\) est un ouvert relatif de \(X\) si et seulement si, pour tout \(a\in A\), il existe \(r>0\) tel que \(B(a,r)\cap X\subset A\). Elle est fermée dans \(X\) quand seules comptent les limites qui tombent dans \(X\) : si \(a_n\in A\) et \(a_n\to x\in X\), alors \(x\in A\). Enfin, \(A\) est dense dans \(X\) si \(X\subset\overline{A}\).

Remarque :

Dans \(X=[0,3[\), la partie \([0,1[\) est un ouvert relatif, puisque \([0,1[=\,]-1,1[\,\cap X\). Pourtant, elle n’est pas ouverte dans \(\mathbb{R}\). De même, \([2,3[\) est un fermé relatif de \(X\), car elle vaut \([2,5]\cap X\), sans être fermée dans \(\mathbb{R}\).

5. Limites, continuité et image réciproque

5.1 Limite en un point adhérent

Soit \(f\) définie sur une partie \(X\) de \(E\), à valeurs dans \(F\). On ne cherche une limite qu’en un point \(a\) adhérent à \(X\) : sinon, il n’y a aucun point de \(X\) « près de \(a\) » pour l’approcher.

Définition :

Soit \(a\in\overline{X}\) et \(\ell\in F\). On dit que \(f\) tend vers \(\ell\) en \(a\) si, pour tout \(\varepsilon>0\), il existe \(\delta>0\) tel que, pour tout \(x\in X\) vérifiant \(\|x-a\|<\delta\), on ait \(\|f(x)-\ell\|<\varepsilon\). Cette limite, si elle existe, est unique.

Théorème :

Les deux énoncés suivants sont équivalents : d’une part \(f(x)\to\ell\) quand \(x\to a\) ; d’autre part, \(f\) envoie chaque suite de points de \(X\) de limite \(a\) sur une suite de limite \(\ell\).

En pratique, ce critère établit surtout l’absence de limite. On exhibe deux chemins vers \(a\) le long desquels \(f\) se stabilise à des valeurs distinctes. Ainsi, pour \(g(x,y)=\dfrac{xy^2}{x^2+y^4}\) sur \(\mathbb{R}^2\setminus\{(0,0)\}\), la suite \((1/n,0)\) donne \(0\), alors que \((1/n^2,1/n)\) donne \(1/2\). Par conséquent, \(g\) n’a pas de limite en l’origine.

5.2 Continuité et image réciproque

Une fonction \(f:X\to F\) est continue en \(a\in X\) si elle tend vers \(f(a)\) en \(a\). Elle est continue si elle l’est en tout point. Les sommes, produits et composées de fonctions continues sont continues. De même, les fonctions coordonnées et les fonctions polynomiales en les coordonnées sont continues en dimension finie.

Théorème :

Soit \(f:E\to F\) continue. Si \(V\) est ouvert dans \(F\), alors \(f^{-1}(V)\) est ouvert dans \(E\). De même, si \(G\) est fermé dans \(F\), alors \(f^{-1}(G)\) est fermé dans \(E\). Plus généralement, si \(f\) est définie sur \(X\), ces images réciproques sont des ouverts ou des fermés relatifs de \(X\).

Preuve :

Commençons par les fermés. Soit \((x_n)\) une suite de \(f^{-1}(G)\) qui converge vers \(\ell\in E\). Par continuité, \(f(x_n)\to f(\ell)\). Or chaque \(f(x_n)\) est dans le fermé \(G\), donc \(f(\ell)\in G\), c’est-à-dire \(\ell\in f^{-1}(G)\). Pour les ouverts, on passe au complémentaire : \(E\setminus f^{-1}(V)=f^{-1}(F\setminus V)\) est fermé.

Par exemple, \(f(x,y)=x^2-2y\) est polynomiale, donc continue sur \(\mathbb{R}^2\). Ainsi \(U=f^{-1}(]-\infty,2[)\) est un ouvert : c’est la région située strictement au-dessus de la parabole \(y=x^2/2-1\).

Région du plan située strictement au-dessus d'une parabole, ouverte car image réciproque d'un intervalle ouvert
Comment faire :
  1. On écrit la partie comme un ensemble de points vérifiant des conditions \(f_k(x)\in I_k\).
  2. On vérifie que chaque \(f_k\) est continue, par opérations sur des fonctions connues.
  3. On vérifie que chaque \(I_k\) est ouvert (inégalités strictes, \(\neq\)) ou fermé (égalités, inégalités larges).
  4. On combine enfin par intersection : quelques ouverts donnent un ouvert, et des fermés donnent un fermé.
Exemple guidé :

Le déterminant d’une matrice carrée réelle est polynomial en les coefficients, donc continue. D’une part, \(\mathrm{GL}_n(\mathbb{R})=\det^{-1}(\mathbb{R}^{*})\) est ouvert, car \(\mathbb{R}^{*}\) est ouvert. D’autre part, \(\mathrm{SL}_n(\mathbb{R})=\det^{-1}(\{1\})\) est fermé. En outre, \(\mathrm{O}_n(\mathbb{R})\) est fermé, comme image réciproque de \(\{I_n\}\) par l’application continue \(M\mapsto M^{\top}M\).

5.3 Étendre une égalité par densité

Proposition :

Soit \(f,g:X\to F\) continues et \(D\) une partie dense dans \(X\). Si \(f=g\) sur \(D\), alors \(f=g\) sur \(X\).

Preuve :

L’ensemble \(Z=\{x\in X,\ f(x)=g(x)\}\) est l’image réciproque de \(\{0\}\) par \(f-g\), qui est continue. C’est donc un fermé relatif de \(X\). Soit \(x\in X\) : par densité, il existe une suite \((d_n)\) de \(D\) qui tend vers \(x\). Comme \(d_n\in Z\) et \(x\in X\), on obtient \(x\in Z\).

Cette méthode est un réflexe de concours en algèbre linéaire. On prouve d’abord une identité matricielle pour des matrices inversibles, où le calcul est facile. Puis la densité de \(\mathrm{GL}_n(\mathbb{K})\), jointe à la continuité des deux membres, la transporte à toute matrice carrée.

Piège à éviter :

La continuité des deux membres est indispensable. Par exemple, la fonction indicatrice de \(\mathbb{Q}\) coïncide avec la constante \(1\) sur la partie dense \(\mathbb{Q}\), mais pas ailleurs.

6. Applications lipschitziennes et uniformément continues

La continuité autorise un \(\delta\) qui dépend du point. Les deux notions suivantes demandent davantage : un contrôle valable partout à la fois.

Définition :

Une application \(f:X\to F\) est \(k\)-lipschitzienne si, pour tous \(u,v\in X\), on a \(\|f(u)-f(v)\|\leq k\|u-v\|\). Elle est uniformément continue lorsqu’à chaque \(\varepsilon>0\) on peut associer un seuil \(\delta>0\), le même pour tous les couples : dès que \(u,v\in X\) vérifient \(\|u-v\|<\delta\), on a \(\|f(u)-f(v)\|<\varepsilon\).

Proposition :

Lipschitzienne implique uniformément continue, qui implique continue. En effet, si \(f\) est \(k\)-lipschitzienne avec \(k>0\), le choix \(\delta=\varepsilon/k\) convient pour tous les points à la fois.

6.1 Deux exemples à connaître

D’abord, la norme est \(1\)-lipschitzienne, puisque l’écart entre \(\|u\|\) et \(\|v\|\) ne dépasse jamais \(\|u-v\|\). Ensuite, pour \(A\) non vide, la distance \(d(x,A)=\inf_{a\in A}\|x-a\|\) est aussi \(1\)-lipschitzienne. De plus, \(d(x,A)=0\) si et seulement si \(x\in\overline{A}\). Cette fonction fournit donc une équation continue de l’adhérence.

Contre-exemple :

La fonction racine carrée est uniformément continue sur \([0,1]\), mais elle n’y est pas lipschitzienne. En effet, la corde qui joint l’origine au point d’abscisse \(h\) a pour pente \(1/\sqrt{h}\), et cette pente explose quand \(h\to 0^{+}\). En sens inverse, \(x\mapsto x^2\) est continue sur \(\mathbb{R}\) sans être uniformément continue : pour \(x=n+\frac{1}{n}\) et \(y=n\), on a \(|x-y|\to 0\), alors que \(x^2-y^2=2+\frac{1}{n^2}\) reste plus grand que \(2\).

Courbe de la racine carrée et cordes issues de l'origine dont la pente augmente sans limite près de zéro

Remarque :

Le théorème de Heine affirme qu’une fonction continue sur un segment de \(\mathbb{R}\) y est uniformément continue. Il sera généralisé aux parties compactes dans un chapitre ultérieur. C’est lui qui justifie l’uniforme continuité de la racine carrée sur \([0,1]\).

7. Ouverts, fermés et adhérence : trois méthodes pour conclure

Face à une partie précise, il faut choisir la bonne méthode avant de rédiger. Le tableau mental suivant fait gagner beaucoup de temps en colle.

Comment faire :
  1. Image réciproque. La partie est décrite par des égalités ou des inégalités portant sur des fonctions continues ? C’est la méthode la plus rapide, en une ligne.
  2. Suites. La partie est définie par une propriété qui passe à la limite, mais sans fonction continue évidente (rang, nilpotence, ensemble de fonctions) ? On suit la méthode séquentielle de la partie 3.
  3. Boules. On veut prouver qu’une partie est ouverte et l’on dispose d’un rayon explicite ? On exhibe la boule. Cette méthode sert aussi à prouver qu’une partie n’est pas ouverte : on trouve un point dont toutes les boules débordent.

Pour prouver qu’une partie n’est pas fermée, enfin, on cherche une suite de la partie qui converge hors d’elle. Par exemple, \((1/k)I_n\) est inversible et tend vers la matrice nulle, donc \(\mathrm{GL}_n(\mathbb{R})\) n’est pas fermé.

Astuce :

Pour calculer une adhérence, on procède en deux temps. On devine d’abord un fermé \(G\) contenant \(A\), ce qui donne \(\overline{A}\subset G\). On montre ensuite que chaque point de \(G\) est limite d’une suite de \(A\), ce qui donne l’inclusion inverse.

Les erreurs fréquentes

  • Croire qu’une partie qui n’est pas ouverte est forcément fermée.
  • Passer à la limite dans une inégalité stricte et conclure qu’une partie définie par \(f>0\) est fermée.
  • Oublier de vérifier la continuité de la fonction avant d’invoquer l’image réciproque.
  • Chercher une limite en un point qui n’est pas adhérent à l’ensemble de définition.
  • Étendre une égalité par densité sans vérifier que les deux membres sont continus.
  • Confondre ouvert relatif de \(X\) et ouvert de \(E\), par exemple pour \([0,1[\) dans \([0,3[\).

Fiche mémo

  • Ouvert : chaque point est le centre d’une boule incluse. Fermé : complémentaire ouvert.
  • Stabilité : les ouverts par réunion arbitraire et intersection finie, les fermés par intersection arbitraire et réunion finie.
  • \(a\in\overline{A}\) si et seulement si \(a\) est limite d’une suite de \(A\).
  • \(G\) fermé si et seulement si toute suite convergente de \(G\) a sa limite dans \(G\).
  • \(D\) dense dans \(E\) : \(\overline{D}=E\), toute boule rencontre \(D\).
  • Ouvert relatif de \(X\) : trace \(U\cap X\) d’un ouvert de \(E\).
  • Image réciproque d’un ouvert (resp. fermé) par une fonction continue : ouvert (resp. fermé).
  • Deux fonctions continues égales sur une partie dense sont égales.
  • Chaîne d’implications : lipschitzienne, puis uniformément continue, puis continue ; aucune flèche ne se renverse.
  • \(d(\cdot,A)\) est \(1\)-lipschitzienne et s’annule exactement sur \(\overline{A}\).

Questions fréquentes

Comment montrer rapidement qu'une partie est fermée ?

Si la partie est décrite par des égalités ou des inégalités larges sur des fonctions continues, l’image réciproque d’un fermé conclut en une ligne. Sinon, on prend une suite de la partie qui converge et l’on vérifie que sa limite reste dans la partie. Cette seconde méthode marche même sans fonction continue évidente.

Existe-t-il des parties ouvertes et fermées en même temps ?

Oui : l’espace entier et l’ensemble vide le sont toujours. Dans un espace normé, ce sont d’ailleurs les seules, mais pour une partie X quelconque, il peut exister d’autres parties à la fois ouvertes et fermées relativement à X. Il ne faut donc jamais déduire « fermé » de « pas ouvert ».

À quoi sert la densité de GLn dans les exercices ?

Elle permet d’étendre une identité prouvée pour des matrices inversibles à toutes les matrices. On vérifie que les deux membres sont continus, puis on approche chaque matrice par des matrices inversibles. C’est un réflexe très fréquent aux oraux.

Quelle différence entre continue et uniformément continue ?

Pour une fonction continue, le seuil delta peut dépendre du point où l’on se place. Pour une fonction uniformément continue, un même delta convient partout. Par exemple, la fonction carré est continue sur R mais pas uniformément continue.

Pour aller plus loin

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