Séries et sommation des équivalents en maths spé (MP) : cours et méthodes

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Ce chapitre rassemble les outils d’estimation asymptotique des sommes qui reviennent dans presque tous les sujets d’écrit. Nous partons des séries vectorielles en dimension finie, puis nous révisons la règle de d’Alembert et la comparaison série-intégrale. Le cœur du cours est la sommation équivalents MP : comment transmettre un \(o\), un \(O\) ou un \(\sim\) aux restes ou aux sommes partielles.

Placé au premier semestre, juste après les normes, ce chapitre prépare directement les séries de fonctions, les séries entières et l’intégration sur un intervalle quelconque. Vous y trouverez aussi le théorème de Cesàro, appliqué aux suites récurrentes qui tendent vers 0. Chaque résultat est accompagné d’une méthode en étapes et d’un exemple traité avec des valeurs inédites. Les pièges classiques de copie sont signalés au fil du texte.

Ce que vous saurez faire

  • Étudier une série de vecteurs ou de matrices en passant par la norme de son terme général.
  • Conclure rapidement avec la règle de d’Alembert, et reconnaître le cas limite où elle ne dit rien.
  • Encadrer une somme partielle ou un reste par deux intégrales, puis en tirer un équivalent.
  • Sommer des relations de comparaison : restes dans le cas convergent, sommes partielles dans le cas divergent.
  • Obtenir un développement asymptotique à deux ou trois termes par télescopage.
  • Déduire du théorème de Cesàro le comportement précis d’une suite récurrente de limite nulle ou infinie.

1. Séries dans un espace normé de dimension finie

Dans tout le chapitre, \(E\) désigne un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel normé de dimension finie, avec \(\mathbb{K}=\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\). Ainsi, \(E\) peut être \(\mathbb{R}^3\), \(\mathbb{C}\) ou encore \(\mathcal{M}_p(\mathbb{R})\). Les normes y étant toutes équivalentes, changer de norme ne modifie jamais la nature d’une série. Nous gardons donc la norme la plus commode pour chaque calcul.

1.1 Sommes partielles et restes

Définition :

Soit \((u_n)_{n\geqslant 0}\) une suite de \(E\). La série \(\sum u_n\) est la suite des sommes partielles \(S_n=\sum_{k=0}^{n}u_k\). Elle converge si \((S_n)\) admet une limite \(S\) dans \(E\) ; on note alors \(S=\sum_{k=0}^{+\infty}u_k\). Dans ce cas, le reste d’ordre \(n\) est \(R_n=S-S_n=\sum_{k=n+1}^{+\infty}u_k\), et \((R_n)\) tend vers \(0\).

En pratique, on travaille souvent coordonnée par coordonnée. En effet, si \((e_1,\dots,e_p)\) est une base de \(E\), la série \(\sum u_n\) converge si et seulement si chacune des \(p\) séries de coordonnées converge. De plus, la somme se calcule coordonnée par coordonnée.

Propriété :

Le terme général d’une série convergente tend vers \(0\). Lorsque cette condition nécessaire échoue, on dit que la série diverge grossièrement.

La preuve tient en une ligne : \(u_n=S_n-S_{n-1}\) et les deux sommes tendent vers \(S\). Cependant, la réciproque est fausse, comme le rappelle la série harmonique.

Piège à éviter :

Un terme général qui tend vers 0 ne prouve rien. Par exemple, \(\sum \ln(1+1/n)\) a un terme qui tend vers 0, et pourtant ses sommes partielles valent \(\ln(n+1)\). Autrement dit, la divergence grossière sert seulement à éliminer vite une série.

1.2 Séries absolument convergentes

Définition :

La série \(\sum u_n\) est absolument convergente si la série réelle positive \(\sum \lVert u_n\rVert\) converge.

Théorème :

En dimension finie, une série absolument convergente converge, et \(\left\lVert \sum_{k=0}^{+\infty}u_k\right\rVert\leqslant \sum_{k=0}^{+\infty}\lVert u_k\rVert\).

Preuve :

Fixons une base et notons \(N_\infty\) la norme « plus grande coordonnée en module ». Par équivalence des normes, il existe \(c>0\) tel que \(N_\infty\leqslant c\lVert\cdot\rVert\). Ainsi, chaque coordonnée \(u_{n,i}\) vérifie \(|u_{n,i}|\leqslant c\lVert u_n\rVert\). Par comparaison de séries positives, \(\sum u_{n,i}\) converge absolument dans \(\mathbb{K}\), donc converge. Toutes les coordonnées convergent, donc \(\sum u_n\) converge. Pour finir, on majore \(\lVert S_n\rVert\) par \(\sum_{k\leqslant n}\lVert u_k\rVert\) grâce à l’inégalité triangulaire. Il reste à faire tendre \(n\) vers l’infini, la norme étant continue.

Cette propriété ramène l’étude d’une série vectorielle à celle d’une série positive. C’est pourquoi tous les outils de comparaison de première année redeviennent disponibles.

Exemple guidé :

Prenons \(z=\frac{4}{5}e^{i\pi/3}\) et la série \(\sum_{k\geqslant 0} z^k\) dans \(\mathbb{C}\), vu comme le plan \(\mathbb{R}^2\). D’abord, \(|z^k|=(4/5)^k\) est le terme d’une série géométrique convergente : la série converge absolument. Ensuite, \(S_n=\dfrac{1-z^{n+1}}{1-z}\) et \(z^{n+1}\to 0\), donc la somme vaut \(\dfrac{1}{1-z}\). Enfin, le reste se calcule exactement : \(R_n=\dfrac{z^{n+1}}{1-z}\), de module \(\dfrac{(4/5)^{n+1}}{|1-z|}\).

La figure suivante place les sommes partielles dans le plan. Chaque terme ajoute un vecteur tourné de \(60^\circ\) et raccourci d’un facteur \(4/5\). Les points s’enroulent donc vers la somme.

Sommes partielles de la série géométrique de raison complexe qui s'enroulent vers la somme dans le plan

2. La règle de d’Alembert

La règle de d’Alembert compare le terme général à une suite géométrique. Elle convient donc aux termes construits avec des produits : factorielles, puissances, coefficients binomiaux. En revanche, elle échoue sur les termes de type puissance de \(n\).

2.1 Énoncé et preuve

Théorème :

On considère des réels \(u_n\) strictement positifs dont le quotient \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) admet une limite \(\ell\in[0,+\infty]\).

  • Si \(\ell<1\), la série \(\sum u_n\) converge.
  • Si \(\ell>1\), la série diverge grossièrement.
  • Si \(\ell=1\), on ne peut rien conclure.
Preuve :

Supposons \(\ell<1\) et choisissons \(q\) strictement entre \(\ell\) et \(1\). Il existe un rang \(N\) à partir duquel \(u_{n+1}\leqslant q\,u_n\). Par récurrence, \(u_n\leqslant u_N\,q^{\,n-N}\) pour \(n\geqslant N\). Le majorant est le terme d’une série géométrique convergente, donc \(\sum u_n\) converge. Supposons maintenant \(\ell>1\). À partir d’un certain rang, \(u_{n+1}\geqslant u_n\), donc la suite positive \((u_n)\) croît et ne tend pas vers \(0\).

Pour une série de vecteurs dont le terme ne s’annule pas, on applique la règle à \(\lVert u_n\rVert\). Si la limite des rapports est strictement inférieure à 1, on obtient alors la convergence absolue.

2.2 Mise en œuvre et cas limite

Contre-exemple :

Pour \(u_n=1/n\) et pour \(v_n=1/n^2\), le rapport tend vers \(1\) dans les deux cas. Pourtant, \(\sum u_n\) diverge et \(\sum v_n\) converge. Le cas \(\ell=1\) est donc réellement indécidable par cette règle.

Exemple guidé :

Étudions \(u_n=\dfrac{(3n)!}{(n!)^3\,30^n}\). Le terme est strictement positif. On simplifie le rapport : \[\frac{u_{n+1}}{u_n}=\frac{(3n+3)(3n+2)(3n+1)}{(n+1)^3\cdot 30}=\frac{3(3n+2)(3n+1)}{30\,(n+1)^2}.\] Le numérateur et le dénominateur sont de degré 2, donc le rapport tend vers \(\dfrac{27}{30}=\dfrac{9}{10}\). Comme \(9/10<1\), la série converge.

Rapports successifs du terme général qui montent vers la limite neuf dixièmes sous le seuil un

Piège à éviter :

Avoir \(u_{n+1}/u_n<1\) pour tout \(n\) ne suffit pas. Par exemple, \(u_n=1/n\) vérifie cette inégalité stricte et sa série diverge. Ce qui compte, c’est une limite strictement inférieure à 1, ou plus généralement un rapport majoré par une constante \(q<1\).

Comment faire :
  1. Vérifier que le terme est strictement positif, ou passer à la norme.
  2. Écrire le rapport et simplifier les factorielles avant tout calcul de limite.
  3. Pour les puissances \(n^n\), utiliser \(\left(\frac{n}{n+1}\right)^n=\left(1+\frac{1}{n}\right)^{-n}\to e^{-1}\).
  4. Si la limite vaut 1, changer d’outil : équivalent, comparaison série-intégrale ou minoration directe.

Remarque :

La règle s’adapte aux nombres complexes. Prenons par exemple \(u_n=n^2z^n\) avec \(z\in\mathbb{C}^*\). Le quotient des modules vaut \(\left(\frac{n+1}{n}\right)^2|z|\), qui tend vers \(|z|\). Ainsi, la série converge absolument si \(|z|<1\) et diverge grossièrement si \(|z|>1\). Si \(|z|=1\), le module du terme vaut \(n^2\) : la série diverge encore grossièrement, mais la règle ne le dit pas. Cette discussion annonce directement la notion de rayon de convergence des séries entières.

3. Comparaison série-intégrale

Quand le terme général s’écrit \(f(n)\) avec \(f\) monotone, la somme ressemble à une intégrale. Nous rendons cette idée précise par un encadrement. Celui-ci donne à la fois la nature de la série et l’ordre de grandeur des sommes.

3.1 L’encadrement de base

Lemme :

On suppose \(f\) positive, décroissante et continue par morceaux sur \([a,+\infty[\). Alors, dès que l’entier \(k\) vérifie \(k\geqslant a+1\),\[\int_{k}^{k+1}f(t)\,\mathrm{d}t\leqslant f(k)\leqslant\int_{k-1}^{k}f(t)\,\mathrm{d}t.\]

En effet, sur \([k,k+1]\) on a \(f(t)\leqslant f(k)\), et sur \([k-1,k]\) on a \(f(t)\geqslant f(k)\). Il suffit donc d’intégrer ces deux inégalités sur des intervalles de longueur 1. Ensuite, on somme sur \(k\) et la relation de Chasles fait le reste.

Théorème :

Sous les mêmes hypothèses, la série \(\sum f(n)\) converge si et seulement si la suite \(\left(\int_a^n f\right)_n\) est bornée, c’est-à-dire si et seulement si \(f\) est intégrable sur \([a,+\infty[\). Dans le cas convergent, pour \(n\geqslant a\) : \[\int_{n+1}^{+\infty}f\leqslant R_n\leqslant\int_{n}^{+\infty}f.\]

Pour \(f(t)=1/t^\alpha\), on retrouve ainsi les séries de Riemann. De plus, le reste de \(\sum 1/k^\alpha\) avec \(\alpha>1\) est équivalent à \(\dfrac{1}{(\alpha-1)n^{\alpha-1}}\), car les deux bornes de l’encadrement ont cet équivalent.

3.2 Équivalents de sommes partielles

Exemple guidé :

Cherchons un équivalent de \(S_n=\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{\sqrt{k}}\). La fonction \(f(t)=1/\sqrt{t}\) est positive et décroissante sur \([1,+\infty[\). D’une part, en sommant \(\int_k^{k+1}f\leqslant f(k)\) pour \(1\leqslant k\leqslant n\), on obtient \(S_n\geqslant 2\sqrt{n+1}-2\). D’autre part, en sommant \(f(k)\leqslant\int_{k-1}^k f\) pour \(2\leqslant k\leqslant n\), on obtient \(S_n\leqslant 1+2\sqrt{n}-2=2\sqrt{n}-1\). Les deux bornes sont équivalentes à \(2\sqrt{n}\). Par encadrement, \(S_n\sim 2\sqrt{n}\).

La figure montre les rectangles de hauteur \(f(k)\) posés sur \([k,k+1]\). Ils dépassent la courbe, ce qui traduit la minoration de \(S_n\) par l’intégrale.

Rectangles de hauteur un sur racine de k au-dessus de la courbe de la fonction inverse de la racine
Comment faire :
  1. Écrire le terme sous la forme \(f(k)\) et vérifier la monotonie de \(f\), au moins à partir d’un certain rang.
  2. Écrire les deux inégalités du lemme, en séparant éventuellement les premiers termes.
  3. Sommer, puis calculer les intégrales avec une primitive.
  4. Conclure par encadrement, en vérifiant que les deux bornes ont le même équivalent.

Remarque :

Si \(f\) est croissante, les inégalités du lemme changent de sens. Par exemple, pour \(f(t)=t^2\), on obtient \(\int_0^n t^2\,\mathrm{d}t\leqslant\sum_{k=1}^n k^2\leqslant\int_1^{n+1}t^2\,\mathrm{d}t\). La méthode reste identique, il faut seulement redessiner les rectangles.

3.3 Les séries de Bertrand comme terrain d’essai

Les séries de terme \(\frac{1}{k(\ln k)^\beta}\) se situent juste à la frontière entre convergence et divergence. Elles montrent bien la finesse de la comparaison série-intégrale. En effet, aucun équivalent par une puissance de \(k\) ne permet de conclure.

Exemple guidé :

La fonction \(g(t)=\frac{1}{t\ln t}\) est positive et décroissante sur \([2,+\infty[\), comme inverse d’un produit de fonctions positives croissantes. Une primitive est \(\ln(\ln t)\), qui tend vers \(+\infty\). Par conséquent, \(\sum_{k\geqslant 2}\frac{1}{k\ln k}\) diverge, et l’encadrement donne \(\sum_{k=2}^{n}\frac{1}{k\ln k}\sim\ln(\ln n)\). De même, pour \(h(t)=\frac{1}{t(\ln t)^2}\), une primitive est \(-\frac{1}{\ln t}\). La série associée converge donc, et son reste vérifie \(\sum_{k>n}\frac{1}{k(\ln k)^2}\sim\frac{1}{\ln n}\).

Ce dernier reste tend vers 0 d’une façon extrêmement lente. Par exemple, pour garantir une erreur inférieure à \(10^{-1}\), il faut dépasser \(n=e^{10}\), soit environ 22 000 termes. Autrement dit, la convergence d’une série ne dit rien sur la rapidité du calcul numérique de sa somme.

4. Sommation des équivalents et des relations de comparaison

Voici le cœur du chapitre. Nous savons comparer deux termes généraux par \(o\), \(O\) ou \(\sim\). La question est de savoir si la comparaison passe aux sommes. La réponse dépend d’une seule chose : la série de référence converge-t-elle ? Dans les deux cas, cette référence \((v_n)\) doit être positive.

4.1 Cas convergent : on compare les restes

Théorème :

Soit \((v_n)\) positive avec \(\sum v_n\) convergente, et \((u_n)\) réelle ou complexe.

  • Si \(u_n=O(v_n)\), alors \(\sum u_n\) converge absolument et \(\sum_{k>n}u_k=O\left(\sum_{k>n}v_k\right)\).
  • Si \(u_n=o(v_n)\), alors \(\sum_{k>n}u_k=o\left(\sum_{k>n}v_k\right)\).
  • Si \(u_n\sim v_n\), alors \(\sum u_n\) converge et \(\sum_{k>n}u_k\sim\sum_{k>n}v_k\).
Preuve :

Traitons le cas \(o\). Soit \(\varepsilon>0\). Il existe \(N\) tel que \(|u_k|\leqslant\varepsilon v_k\) pour \(k\geqslant N\). Pour \(n\geqslant N\), en sommant de \(n+1\) à l’infini, on obtient \(\left|\sum_{k>n}u_k\right|\leqslant\varepsilon\sum_{k>n}v_k\). C’est exactement la définition du \(o\). Ensuite, le cas \(\sim\) en découle, car \(u_n\sim v_n\) signifie \(u_n-v_n=o(v_n)\).

Exemple guidé :

Cherchons un équivalent du reste \(R_n=\sum_{k>n}\sin\left(\frac{1}{k^2}\right)\). D’abord, \(\sin(1/k^2)\sim 1/k^2\), terme positif d’une série convergente. Ensuite, \(\frac{1}{k^2}\sim\frac{1}{k(k-1)}=\frac{1}{k-1}-\frac{1}{k}\), dont le reste vaut exactement \(\frac{1}{n}\) par télescopage. En appliquant deux fois le théorème, on obtient \(R_n\sim\dfrac{1}{n}\).

4.2 Cas divergent : on compare les sommes partielles

Théorème :

Soit \((v_n)\) positive avec \(\sum v_n\) divergente, et \((u_n)\) réelle ou complexe.

  • Si \(u_n=O(v_n)\), alors \(\sum_{k=0}^{n}u_k=O\left(\sum_{k=0}^{n}v_k\right)\).
  • Si \(u_n=o(v_n)\), alors \(\sum_{k=0}^{n}u_k=o\left(\sum_{k=0}^{n}v_k\right)\).
  • Si \(u_n\sim v_n\), alors \(\sum u_n\) diverge et \(\sum_{k=0}^{n}u_k\sim\sum_{k=0}^{n}v_k\).
Preuve :

Traitons encore le cas \(o\), et notons \(V_n=\sum_{k\leqslant n}v_k\), qui tend vers \(+\infty\). Soit \(\varepsilon>0\) et \(N\) tel que \(|u_k|\leqslant\varepsilon v_k\) pour \(k\geqslant N\). Pour \(n\geqslant N\), \[\left|\sum_{k=0}^{n}u_k\right|\leqslant\left|\sum_{k=0}^{N-1}u_k\right|+\varepsilon V_n.\] Le premier terme est une constante \(C_N\). Or \(V_n\to+\infty\), donc \(C_N\leqslant\varepsilon V_n\) à partir d’un certain rang. Finalement, la somme est majorée en module par \(2\varepsilon V_n\), ce qui prouve le \(o\).

Exemple guidé :

Soit \(T_n=\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{2k+\sqrt{k}}\). Le terme est équivalent à \(\frac{1}{2k}\), positif, et \(\sum\frac{1}{2k}\) diverge. Par sommation des équivalents, \(T_n\sim\frac{1}{2}H_n\), où \(H_n\) est la somme harmonique. Comme \(H_n\sim\ln n\) par comparaison série-intégrale, on conclut que \(T_n\sim\dfrac{\ln n}{2}\).

Piège à éviter :

Sans signe constant, tout s’effondre. Prenons \(v_n=\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\) et \(u_n=v_n+\frac{1}{n}\). Ces deux suites sont équivalentes, puisque \(\frac{1}{n}=o(v_n)\). Pourtant, \(\sum v_n\) converge par le critère des séries alternées, alors que \(\sum u_n\) diverge. Ainsi, la positivité de la suite de référence n’est jamais une hypothèse décorative.

4.3 Développements asymptotiques par télescopage

Pour aller au-delà du premier terme, on combine les deux cas. L’idée est simple : on écrit le terme général comme la différence de deux termes consécutifs d’une suite connue, plus une erreur. Ensuite, on somme l’erreur avec le bon théorème.

Exemple guidé :

Posons \(w_k=\frac{1}{k}-\ln(k+1)+\ln k=\frac{1}{k}-\ln\left(1+\frac{1}{k}\right)\). Un développement limité donne \(w_k\sim\frac{1}{2k^2}\), terme positif d’une série convergente. Par télescopage, \(\sum_{k=1}^{n}w_k=H_n-\ln(n+1)\). Cette suite converge donc vers une limite notée \(\gamma\), la constante d’Euler. Pour le terme suivant, on utilise le cas convergent : \[H_n-\ln(n+1)-\gamma=-\sum_{k>n}w_k\sim-\sum_{k>n}\frac{1}{2k^2}\sim-\frac{1}{2n}.\] Enfin, \(\ln(n+1)=\ln n+\frac{1}{n}+o\left(\frac{1}{n}\right)\). On obtient finalement \(H_n=\ln n+\gamma+\dfrac{1}{2n}+o\left(\dfrac{1}{n}\right)\).

Comment faire :
  1. Trouver un premier équivalent de la somme, par comparaison série-intégrale ou par sommation.
  2. Choisir une suite \((a_n)\) explicite dont les différences \(a_{k+1}-a_k\) approchent le terme \(u_k\).
  3. Étudier \(u_k-(a_{k+1}-a_k)\) : si sa série converge, la somme vaut \(a_{n+1}+C+o(1)\).
  4. Sommer le reste de cette série d’erreurs pour obtenir le terme suivant.

4.4 Un répertoire de sommes de référence

Les théorèmes de sommation ramènent tout à quelques sommes connues. Il est donc rentable de les retenir, avec la façon de les retrouver.

À savoir :
  • Pour \(\alpha<1\), \(\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k^\alpha}\sim\frac{n^{1-\alpha}}{1-\alpha}\), par comparaison série-intégrale.
  • Pour \(\alpha=1\), \(\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k}\sim\ln n\).
  • Pour \(\alpha>1\), \(\sum_{k>n}\frac{1}{k^\alpha}\sim\frac{1}{(\alpha-1)n^{\alpha-1}}\).
  • Pour \(\alpha>-1\), \(\sum_{k=1}^{n}k^\alpha\sim\frac{n^{\alpha+1}}{\alpha+1}\).
  • Pour \(0<q<1\), \(\sum_{k>n}q^k=\frac{q^{n+1}}{1-q}\), et pour \(q>1\), \(\sum_{k=0}^{n}q^k\sim\frac{q^{n+1}}{q-1}\).

Pour une série géométrique, le dernier terme impose sa taille à toute la somme partielle. En revanche, pour une série de Riemann divergente, chaque terme est négligeable devant la somme. Cette différence explique pourquoi on ne somme jamais naïvement « le dernier terme fois le nombre de termes ».

5. Le théorème de Cesàro et les suites récurrentes

Le théorème de Cesàro parle de moyennes. Il paraît modeste, mais il fournit des équivalents de suites récurrentes que nul calcul direct ne donne. Il complète donc la sommation des équivalents dans le cas divergent.

5.1 Énoncé et preuve

Théorème :

Soit \((a_n)_{n\geqslant 1}\) une suite réelle ou complexe qui converge vers \(\ell\). Alors la suite des moyennes \(\dfrac{a_1+a_2+\cdots+a_n}{n}\) converge aussi vers \(\ell\). Le résultat reste vrai pour une suite réelle avec \(\ell=+\infty\).

Preuve :

Quitte à remplacer \(a_n\) par \(a_n-\ell\), supposons \(\ell=0\). Soit \(\varepsilon>0\) et \(N\) tel que \(|a_k|\leqslant\varepsilon\) pour \(k>N\). Pour \(n>N\), \[\left|\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}a_k\right|\leqslant\frac{1}{n}\left|\sum_{k=1}^{N}a_k\right|+\frac{n-N}{n}\,\varepsilon.\] Le premier terme tend vers 0 car le numérateur est fixe. Il devient donc inférieur à \(\varepsilon\) pour \(n\) grand, et le module de la moyenne est majoré par \(2\varepsilon\).

Attention, la réciproque ne tient pas : la suite \(\left((-1)^n\right)\) n’a pas de limite, tandis que ses moyennes tendent vers 0. Une conséquence très utile s’obtient en appliquant le théorème aux différences.

Corollaire :

Si \(b_{n+1}-b_n\to\ell\), alors \(\dfrac{b_n}{n}\to\ell\). En particulier, si \(\ell\neq 0\), on a \(b_n\sim\ell n\).

En effet, \(b_n-b_0\) est la somme des \(n\) premières différences. Donc \(\frac{b_n-b_0}{n}\to\ell\), et \(\frac{b_0}{n}\to 0\).

5.2 La méthode de la puissance adaptée

Considérons une suite définie par \(u_{n+1}=g(u_n)\) qui tend vers 0, avec \(g(x)=x-cx^{p+1}+o(x^{p+1})\). On cherche un exposant \(\alpha\) tel que \(u_{n+1}^{\alpha}-u_n^{\alpha}\) admette une limite finie non nulle. Le développement limité indique que \(\alpha=-p\) convient. Ensuite, le corollaire de Cesàro conclut.

Exemple guidé :

Soit \(u_0=1\) et \(u_{n+1}=\dfrac{u_n}{1+u_n^2}\). Par récurrence, \(u_n>0\), et \(u_{n+1}\leqslant u_n\). La suite décroît et reste positive, donc elle converge vers \(\ell\geqslant 0\) qui vérifie \(\ell(1+\ell^2)=\ell\), soit \(\ell=0\). Ici, \(g(x)=x-x^3+o(x^3)\), donc on essaie \(\alpha=-2\). Le calcul est exact : \[\frac{1}{u_{n+1}^2}=\frac{(1+u_n^2)^2}{u_n^2}=\frac{1}{u_n^2}+2+u_n^2.\] Ainsi, \(\frac{1}{u_{n+1}^2}-\frac{1}{u_n^2}=2+u_n^2\to 2\). Par le corollaire de Cesàro, \(\frac{1}{u_n^2}\sim 2n\). On conclut que \(u_n\sim\dfrac{1}{\sqrt{2n}}\).

La figure confirme ce résultat. Le produit \(u_n\sqrt{2n}\) se rapproche de 1, alors que \(u_n\) décroît lentement vers 0.

Produit de la suite récurrente par racine de deux n qui tend vers un quand n augmente

Remarque :

Pour aller plus loin, on écrit \(\frac{1}{u_{n+1}^2}-\frac{1}{u_n^2}-2=u_n^2\sim\frac{1}{2n}\). Ce terme est positif et sa série diverge. Par sommation des équivalents, \(\frac{1}{u_n^2}=2n+\frac{1}{2}\ln n+o(\ln n)\). On obtient ainsi un second terme sans nouvelle idée.

5.3 Suites récurrentes qui tendent vers l’infini

La même méthode s’applique aux suites qui divergent lentement. Cette fois, on cherche une puissance positive dont les différences ont une limite finie non nulle.

Exemple guidé :

Soit \(y_0=1\) et \(y_{n+1}=y_n+\frac{1}{y_n^2}\). D’abord, la suite est croissante, donc minorée par 1. Si elle convergeait vers \(\ell\geqslant 1\), on aurait \(\ell=\ell+\frac{1}{\ell^2}\), ce qui est impossible. Donc \(y_n\to+\infty\). Ensuite, développons le cube : \[y_{n+1}^3=y_n^3+3+\frac{3}{y_n^3}+\frac{1}{y_n^6}.\] Ainsi \(y_{n+1}^3-y_n^3\to 3\). Par le corollaire de Cesàro, \(y_n^3\sim 3n\), donc \(y_n\sim(3n)^{1/3}\).

Astuce :

Pour deviner l’exposant, on compare la récurrence à une équation différentielle. Ici, \(y^{\prime}=\frac{1}{y^2}\) donne \(\left(y^3\right)^{\prime}=3\), donc \(y^3\) est affine. C’est exactement la quantité qu’il fallait étudier.

Les erreurs fréquentes

  • Sommer des équivalents dont la référence n’est pas de signe constant, comme avec \((-1)^n/\sqrt{n}\).
  • Comparer les sommes partielles dans le cas convergent : elles ont la même limite finie, ce qui n’apprend rien. Il faut comparer les restes.
  • Conclure par la règle de d’Alembert lorsque la limite du rapport vaut 1.
  • Oublier de vérifier la monotonie de \(f\) avant une comparaison série-intégrale, ou la vérifier sur un mauvais intervalle.
  • Appliquer Cesàro à la suite elle-même au lieu de l’appliquer aux différences \(b_{n+1}-b_n\).

Fiche mémo

  • En dimension finie, la convergence absolue implique la convergence, quelle que soit la norme.
  • Si \(u_n\not\to 0\), la série diverge grossièrement ; la réciproque est fausse.
  • D’Alembert : \(u_{n+1}/u_n\to\ell\), convergence si \(\ell<1\), divergence grossière si \(\ell>1\), aucune conclusion si \(\ell=1\).
  • Pour \(f\) positive décroissante : \(\int_{n+1}^{+\infty}f\leqslant R_n\leqslant\int_n^{+\infty}f\).
  • Reste de Riemann : \(\sum_{k>n}\frac{1}{k^\alpha}\sim\frac{1}{(\alpha-1)n^{\alpha-1}}\) pour \(\alpha>1\).
  • Cas convergent, référence positive : les \(o\), \(O\) et \(\sim\) passent aux restes.
  • Cas divergent, référence positive : les \(o\), \(O\) et \(\sim\) passent aux sommes partielles.
  • \(H_n=\ln n+\gamma+\frac{1}{2n}+o\left(\frac{1}{n}\right)\).
  • Cesàro : si \(b_{n+1}-b_n\to\ell\neq 0\), alors \(b_n\sim\ell n\).
  • Pour \(u_{n+1}=u_n-cu_n^{p+1}+o(u_n^{p+1})\), étudier \(u_n^{-p}\).

Questions fréquentes

Pourquoi compare-t-on les restes dans le cas convergent et les sommes partielles dans le cas divergent ?

Dans le cas convergent, les sommes partielles tendent toutes vers une limite finie, donc les comparer n’apporte aucune information. Les restes, eux, tendent vers 0 à des vitesses différentes, et c’est cette vitesse que l’on veut mesurer. Dans le cas divergent, les sommes partielles tendent vers l’infini et leurs vitesses de divergence sont justement ce que l’on compare.

La règle de d'Alembert donne 1 : comment conclure quand même ?

La règle ne permet alors aucune conclusion, et il faut changer d’outil. Vous pouvez chercher un équivalent simple du terme général, utiliser une comparaison série-intégrale ou minorer directement le terme. Une astuce fréquente consiste à comparer le rapport \(u_{n+1}/u_n\) à celui d’une série de Riemann pour obtenir une minoration du type \(u_n\geqslant c/n\).

Comment deviner l'exposant à utiliser avec Cesàro pour une suite récurrente ?

Écrivez le développement limité de la fonction d’itération sous la forme \(g(x)=x-cx^{p+1}+o(x^{p+1})\). L’exposant qui convient est alors \(-p\) : la différence \(u_{n+1}^{-p}-u_n^{-p}\) tend vers \(pc\). Le corollaire de Cesàro donne ensuite \(u_n^{-p}\sim pcn\).

La sommation des équivalents est-elle au programme de MP ou seulement de MPSI ?

Les théorèmes de sommation des relations de comparaison figurent explicitement au programme de deuxième année. Ils sont énoncés pour une suite de référence positive, dans le cas convergent comme dans le cas divergent. Les jurys attendent que l’hypothèse de signe soit citée à chaque utilisation.

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