Rayon et somme d’une série entière en maths spé (MP) : cours et méthodes

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Ce cours de série entière MP ouvre le bloc d’analyse du premier semestre consacré aux fonctions définies par une somme infinie de monômes. Il s’appuie sur le chapitre précédent : la convergence normale y devient l’outil qui donne la continuité et la dérivabilité de la somme.

Vous y trouverez d’abord le lemme d’Abel, puis la définition du rayon de convergence et les trois façons de le calculer selon la forme du coefficient : comparaison, règle de d’Alembert, retour aux séries numériques pour les séries lacunaires. Le chapitre traite ensuite la somme et le produit de Cauchy, la dérivation et l’intégration terme à terme, puis le comportement au bord avec le théorème d’Abel radial.

Chaque résultat est suivi d’un exemple guidé, d’une méthode et des pièges qui reviennent aux oraux. Ce chapitre prépare directement les développements en série entière et la résolution d’équations différentielles.

Ce que vous saurez faire

  • Situer un nombre complexe par rapport au disque de convergence grâce au lemme d’Abel.
  • Calculer un rayon de convergence en choisissant la bonne méthode selon la forme du coefficient.
  • Traiter les séries lacunaires, où la règle de d’Alembert sur les coefficients ne s’applique pas.
  • Minorer le rayon d’une somme ou d’un produit de Cauchy, puis l’obtenir exactement.
  • Dériver et intégrer terme à terme pour reconnaître une somme usuelle.
  • Étudier la convergence au bord et utiliser le théorème d’Abel radial pour obtenir une valeur.

1. Série entière et lemme d’Abel

Une série entière est une série de fonctions d’un type très particulier. Chaque terme est un monôme, et toute l’information tient donc dans la suite des coefficients. En effet, une question de convergence sur la série devient une question de croissance sur cette suite.

Définition :

On se donne une suite complexe \((a_n)_{n\geq 0}\). La série entière associée est la série de fonctions \(\sum a_n z^n\) ; la variable \(z\) décrit \(\mathbb{C}\), ou seulement \(\mathbb{R}\) quand on travaille en variable réelle. Sa somme associe à chaque point de convergence le nombre \(\sum_{n=0}^{+\infty} a_n z^n\).

La série converge toujours en \(z=0\). Le premier enjeu consiste donc à décrire l’ensemble des autres points de convergence. Le lemme ci-dessous en donne la clé : il transporte une simple information de bornitude vers un disque entier.

Lemme :

Lemme d’Abel. Supposons bornée la suite \((a_n z_0^n)\) pour un certain complexe \(z_0\). Dans ce cas, \(\sum a_n z^n\) converge absolument en chaque point \(z\) de module strictement inférieur à \(|z_0|\).

Preuve :

Notons \(M\) un majorant de \(|a_n z_0^n|\). Le cas \(z_0=0\) est vide, donc on suppose \(z_0\neq 0\). Pour \(|z| < |z_0|\), on pose \(q=|z|/|z_0|\), qui vérifie \(0\leq q < 1\). On écrit alors \(|a_n z^n| = |a_n z_0^n|\, q^n \leq M q^n\). Le majorant \(Mq^n\) est le terme d’une série géométrique de raison \(q\in[0,1[\), donc sommable. Ainsi \(\sum |a_n z^n|\) est dominée terme à terme par une série convergente, ce qui donne sa convergence.

Remarque :

L’hypothèse demande seulement une suite bornée. Ainsi, la convergence de \(\sum a_n z_0^n\) suffit, puisque son terme général tend alors vers 0. En revanche, le lemme ne dit rien du point \(z_0\) lui-même.

2. Rayon de convergence d’une série entière

2.1 Définition et disque ouvert

Définition :

On note \(R\) la borne supérieure, prise dans \([0,+\infty]\), des réels \(r\geq 0\) pour lesquels la suite \((a_n r^n)\) reste bornée : \[R=\sup\{r\geq 0 \;:\; (a_n r^n) \text{ est bornée}\}.\] Ce nombre s’appelle le rayon de convergence. L’ensemble \(D(0,R)=\{z\in\mathbb{C} : |z| < R\}\) forme le disque ouvert de convergence ; en variable réelle, on utilise plutôt \(]-R,R[\), l’intervalle ouvert de convergence.

L’ensemble des \(r\) qui rendent la suite bornée est un intervalle contenant 0. En effet, si \((a_n r^n)\) est bornée, alors \((a_n s^n)\) l’est aussi pour tout \(s\leq r\). Le rayon est donc la borne de cet intervalle.

Théorème :

Trois zones se dessinent autour du rayon \(R\) de \(\sum a_n z^n\).

  • Dans le disque ouvert, c’est-à-dire pour \(|z| < R\), on a convergence absolue.
  • Hors du disque fermé, pour \(|z| > R\), le terme \(a_n z^n\) est non borné, d’où une divergence grossière.
  • Sur le cercle \(|z| = R\), aucune conclusion générale n’est possible.
Preuve :

Prenons d’abord \(|z| < R\). Puisque \(R\) est une borne supérieure, un réel admissible \(r\) dépasse \(|z|\). On utilise alors le lemme d’Abel au point \(z_0=r\) : la convergence en \(z\) est absolue. Prenons maintenant \(|z| > R\). Le réel \(|z|\) n’est pas admissible, donc \((a_n z^n)\) est non bornée. A fortiori, elle ne tend pas vers 0.

La figure suivante résume ce découpage du plan. Elle fait aussi apparaître un disque fermé strictement intérieur, qui jouera un rôle central dans la partie 5.

Disque ouvert de convergence de rayon R, cercle frontière incertain et zone extérieure de divergence grossière dans le plan complexe

2.2 Encadrer un rayon à partir d’un point

Comment faire :
  1. Si la série converge en \(z_0\), ou si \((a_n z_0^n)\) est bornée, alors \(R\geq |z_0|\).
  2. Si la série diverge en \(z_0\), alors \(R\leq |z_0|\), car le lemme d’Abel donnerait sinon la convergence.
  3. Si la série converge en \(z_0\) sans converger absolument, alors \(R=|z_0|\) exactement.

Le troisième point est un réflexe de colle très rentable. Par exemple, la série \(\sum (-1)^n x^n/\sqrt{n+1}\) converge en \(x=1\) par le critère des séries alternées. Cependant, elle n’y converge pas absolument. On en déduit immédiatement que son rayon vaut 1.

Piège à éviter :

Une convergence au point \(z_0\) donne seulement \(R\geq|z_0|\), pas l’égalité. De même, \(R\) ne se lit jamais sur un seul point du bord. Il faut toujours deux informations, l’une qui minore et l’autre qui majore.

3. Calculer un rayon selon la forme du coefficient

Avant tout calcul, nous regardons la forme de \(a_n\). Trois situations couvrent presque tous les sujets. D’abord, le coefficient ressemble à une suite connue : on compare. Ensuite, il contient des factorielles ou des puissances : on étudie un quotient. Enfin, la série saute des puissances : on revient à une série numérique.

3.1 Comparaison des rayons

Proposition :

Soient \(\sum a_n z^n\) et \(\sum b_n z^n\) de rayons \(R_a\) et \(R_b\).

  • Si \(|a_n|\leq |b_n|\) à partir d’un certain rang, ou plus généralement si \(a_n=O(b_n)\), alors \(R_a\geq R_b\).
  • Si \(a_n\sim b_n\), alors \(R_a=R_b\).
  • Pour tout réel \(\alpha\), la série \(\sum n^{\alpha} a_n z^n\) a le même rayon que \(\sum a_n z^n\).
Preuve :

Si \(|a_n|\leq C|b_n|\) et si \((b_n r^n)\) est bornée, alors \((a_n r^n)\) l’est aussi. L’ensemble des \(r\) admissibles pour \(b\) est donc inclus dans celui de \(a\), d’où \(R_a\geq R_b\). Un équivalent fournit les deux dominations, donc l’égalité. Pour le dernier point, fixons \(r < R_a\) et \(\rho\) strictement entre \(r\) et \(R_a\). On écrit \(n^{\alpha}|a_n| r^n = |a_n|\rho^n \cdot n^{\alpha}(r/\rho)^n\). Le premier facteur est borné et le second tend vers 0 par croissances comparées. Ainsi le rayon de \(\sum n^{\alpha}a_n z^n\) est au moins \(R_a\). L’inégalité inverse s’obtient en échangeant les rôles, avec l’exposant \(-\alpha\).

Exemple guidé :

Cherchons le rayon de \(\sum a_n z^n\) avec \(a_n=\dfrac{n+\sin n}{n^3+4^n}\). D’abord, \(n+\sin n\sim n\). Ensuite, \(n^3=o(4^n)\), donc \(n^3+4^n\sim 4^n\). Par conséquent \(a_n\sim n\,4^{-n}\). Or \(\sum 4^{-n}z^n\) est géométrique de rayon 4, et le facteur \(n\) ne change pas le rayon. Finalement, \(R=4\).

Piège à éviter :

Une majoration \(|a_n|\leq|b_n|\) donne une inégalité de rayons dans le sens contraire de l’intuition : de plus petits coefficients donnent un plus grand rayon. Vérifiez ce sens sur l’exemple \(a_n=2^{-n}\) et \(b_n=1\).

3.2 Règle de d’Alembert pour le rayon

Théorème :

Supposons les \(a_n\) non nuls pour \(n\) assez grand, et supposons que le quotient \(|a_{n+1}|/|a_n|\) admette une limite \(\ell\) dans \([0,+\infty]\). Dans ce cas \(R=1/\ell\), en convenant que \(1/0=+\infty\) et \(1/(+\infty)=0\).

Preuve :

Fixons \(z\neq 0\) et posons \(u_n=|a_n z^n|\). Alors \(u_{n+1}/u_n\to \ell|z|\). Si \(\ell|z| < 1\), la règle de d’Alembert pour les séries numériques donne la convergence de \(\sum u_n\), donc \(R\geq|z|\). Si \(\ell|z| > 1\), les \(u_n\) finissent par croître strictement. Ils restent donc minorés par un réel strictement positif, la série diverge grossièrement, et \(R\leq |z|\). Ces deux encadrements, valables pour tout \(z\), forcent \(R=1/\ell\).

Exemple guidé :

Prenons \(a_n=\dfrac{(3n)!}{(n!)^3}\). Le quotient se simplifie : \[\frac{a_{n+1}}{a_n}=\frac{(3n+3)(3n+2)(3n+1)}{(n+1)^3}.\] Le numérateur et le dénominateur sont de degré 3 en \(n\). Le quotient tend donc vers le rapport des coefficients dominants, soit \(27\). Ainsi \(R=1/27\).

La figure ci-dessous montre la convergence assez lente de ces quotients vers 27. Cette lenteur n’a aucune importance pour le rayon : seule compte la limite.

Quotients successifs des coefficients de la série de terme (3n)! sur (n!) au cube, qui tendent vers 27

3.3 Séries lacunaires et retour aux séries numériques

Une série comme \(\sum 2^n z^{2n+1}/(n^2+1)\) ne contient que des puissances impaires. Ses coefficients d’indice pair sont nuls, donc le quotient \(a_{n+1}/a_n\) n’a pas de sens. Il ne faut surtout pas appliquer la règle précédente aux nombres \(2^n/(n^2+1)\).

Comment faire :
  1. Fixer \(z\neq 0\) et poser \(u_n\) égal au module du terme écrit, ici \(u_n=\dfrac{2^n|z|^{2n+1}}{n^2+1}\).
  2. Calculer la limite de \(u_{n+1}/u_n\) en fonction de \(|z|\).
  3. Conclure par la règle de d’Alembert numérique : convergence si la limite est \(< 1\), divergence grossière si elle est \(> 1\).
  4. Lire le rayon comme la valeur frontière de \(|z|\).
Exemple guidé :

Avec \(u_n\) ci-dessus, on obtient \[\frac{u_{n+1}}{u_n}=2|z|^2\,\frac{n^2+1}{(n+1)^2+1}\longrightarrow 2|z|^2.\] La série converge donc absolument si \(2|z|^2 < 1\) et diverge grossièrement si \(2|z|^2 > 1\). Autrement dit, \(R=1/\sqrt{2}\).

Remarque :

Quand le coefficient est mal connu, la comparaison reste la seule voie. Par exemple, si \(a_n\) vaut 1 lorsque \(n\) est premier et 0 sinon, on a \(|a_n|\leq 1\), donc \(R\geq 1\). De plus, il existe une infinité de nombres premiers, donc \(a_n\) ne tend pas vers 0 et la série diverge en 1. Ainsi \(R=1\), sans aucun quotient.

4. Somme et produit de Cauchy de deux séries entières

4.1 Somme de deux séries entières

Propriété :

Soient \(R_a\) et \(R_b\) les rayons de \(\sum a_n z^n\) et \(\sum b_n z^n\). Le rayon \(R\) de \(\sum (a_n+b_n)z^n\) vérifie \(R\geq\min(R_a,R_b)\), avec égalité si \(R_a\neq R_b\). Pour \(|z| < \min(R_a,R_b)\), les sommes s’ajoutent.

Preuve :

Pour \(|z|\) inférieur aux deux rayons, les deux séries convergent, donc leur somme aussi : cela donne l’inégalité. Supposons \(R_a < R_b\) et prenons \(|z|\) strictement entre les deux. Alors \(\sum b_n z^n\) converge et \(\sum a_n z^n\) diverge. Par conséquent, \(\sum (a_n+b_n)z^n\) diverge, sinon \(\sum a_n z^n\) serait la différence de deux séries convergentes. On obtient donc \(R\leq R_a\).

Contre-exemple :

Avec \(a_n=1+2^{-n}\) et \(b_n=-1\), les deux rayons valent 1. Pourtant \(a_n+b_n=2^{-n}\), et le rayon de la somme vaut 2. L’inégalité peut donc être stricte quand les rayons coïncident.

4.2 Produit de Cauchy

Théorème :

Le produit de Cauchy de \(\sum a_n z^n\) et \(\sum b_n z^n\) est la série entière \(\sum c_n z^n\) avec \[c_n=\sum_{k=0}^{n} a_k\, b_{n-k}.\] Son rayon vérifie \(R_c\geq\min(R_a,R_b)\). Pour \(|z| < \min(R_a,R_b)\), on a \(\sum c_n z^n=\left(\sum a_n z^n\right)\left(\sum b_n z^n\right)\).

Ce résultat découle du produit de Cauchy de deux séries numériques absolument convergentes. En effet, pour \(|z|\) sous les deux rayons, les séries \(\sum a_n z^n\) et \(\sum b_n z^n\) convergent absolument, et le terme \(c_n z^n\) est exactement le terme général de leur produit.

Exemple guidé :

Élevons au carré la série géométrique. Pour \(|z| < 1\), les deux facteurs valent \(1/(1-z)\), et \(c_n=\sum_{k=0}^n 1\cdot 1=n+1\). On obtient donc \[\sum_{n=0}^{+\infty}(n+1)z^n=\frac{1}{(1-z)^2}.\] Le rayon vaut exactement 1, puisque \(n+1\) ne tend pas vers 0.

Piège à éviter :

Le coefficient du produit n’est pas \(a_n b_n\). Écrire \(\sum a_n b_n z^n\) pour le produit des sommes est une faute lourde, sanctionnée à chaque oral. Pensez au développement d’un produit de deux polynômes.

5. Régularité de la somme

5.1 Convergence normale sur un disque fermé inclus

Théorème :

Soit \(R > 0\) le rayon de \(\sum a_n z^n\) et soit \(0\leq\rho < R\). Alors la série converge normalement sur le disque fermé \(\overline{D}(0,\rho)\). Par conséquent, la somme est continue sur le disque ouvert \(D(0,R)\).

Preuve :

Pour \(|z|\leq\rho\), on a \(|a_n z^n|\leq |a_n|\rho^n\). Or \(\rho < R\), donc \(\sum |a_n|\rho^n\) converge : c’est la convergence normale. Chaque monôme est continu, donc la somme est continue sur \(\overline{D}(0,\rho)\). Enfin, tout point \(z_0\) du disque ouvert appartient à un tel disque fermé, par exemple de rayon \(\rho=(|z_0|+R)/2\) si \(R\) est fini, et \(\rho=|z_0|+1\) sinon.

Piège à éviter :

Il n’y a en général pas convergence normale sur tout le disque ouvert. La série géométrique le montre : \(\sup_{|z| < 1}|z^n|=1\), et \(\sum 1\) diverge. Au concours, on écrit donc toujours « sur tout disque fermé \(\overline{D}(0,\rho)\) avec \(\rho < R\) ».

5.2 Dérivation et intégration terme à terme

On se place ici sur l’intervalle ouvert \(]-R,R[\), avec une variable réelle \(x\). La série dérivée \(\sum n a_n x^{n-1}\) a le même rayon \(R\), d’après la partie 3.1. Elle converge donc normalement sur tout segment \([-\rho,\rho]\) avec \(\rho < R\).

Théorème :

Soit \(f(x)=\sum_{n=0}^{+\infty}a_n x^n\) sur \(]-R,R[\), avec \(R > 0\).

  • \(f\) est de classe \(\mathcal{C}^1\), et même \(\mathcal{C}^{\infty}\), sur \(]-R,R[\), avec \(f^{\prime}(x)=\sum_{n=1}^{+\infty}n a_n x^{n-1}\).
  • La primitive de \(f\) nulle en 0 est \(x\mapsto\sum_{n=0}^{+\infty}\dfrac{a_n}{n+1}x^{n+1}\), de même rayon \(R\).
  • Par récurrence, \(a_n=\dfrac{f^{(n)}(0)}{n!}\) pour tout \(n\).

La preuve applique le théorème de dérivation des séries de fonctions sur chaque segment \([-\rho,\rho]\). La série des dérivées y converge normalement, et la série elle-même converge en 0. Ainsi la dérivation terme à terme est licite sur chaque segment, donc sur tout l’intervalle ouvert.

Exemple guidé :

Sommons \(\sum_{n\geq 0}(-1)^n\dfrac{x^{2n+2}}{n+1}\). On reconnaît, au facteur près, une primitive. En effet, la dérivée terme à terme vaut \[\sum_{n=0}^{+\infty}(-1)^n\,2x^{2n+1}=\frac{2x}{1+x^2}\quad\text{pour } |x| < 1.\] La somme cherchée est nulle en 0, donc elle vaut \(\ln(1+x^2)\) sur \(]-1,1[\). Le rayon vaut 1, comme celui de la série dérivée.

La figure montre trois sommes partielles de cette série. Elles collent à \(\ln(1+x^2)\) à l’intérieur de \(]-1,1[\), puis s’en écartent violemment dès que \(|x|\) dépasse 1.

Sommes partielles de la série de ln(1+x^2) qui suivent la courbe sur ]-1,1[ et explosent au-delà

6. Comportement au bord et théorème d’Abel radial

6.1 Une série entière sur son cercle de convergence

Sur le cercle \(|z|=R\), la théorie générale ne dit rien. On étudie donc chaque point du bord comme une série numérique. Ensuite, si la série converge en un point du bord, une question naturelle se pose : sa valeur est-elle la limite de la somme ?

Exemple guidé :

Les trois séries \(\sum x^n/n^2\), \(\sum x^n/n\) et \(\sum n\,x^n\) ont toutes pour rayon 1. Pourtant, leurs domaines réels diffèrent. La première converge sur \([-1,1]\), par convergence absolue au bord. La deuxième converge sur \([-1,1[\) : critère des séries alternées en \(-1\), série harmonique en 1. Enfin, la troisième ne converge que sur \(]-1,1[\), car son terme ne tend pas vers 0 au bord.

6.2 Passer à la limite au bord

Théorème :

Théorème d’Abel radial. Soit \(\sum a_n x^n\) de rayon \(R\) fini et non nul. Si la série numérique \(\sum a_n R^n\) converge, alors \[\lim_{x\to R^-}\sum_{n=0}^{+\infty}a_n x^n=\sum_{n=0}^{+\infty}a_n R^n.\] Autrement dit, la somme est continue à gauche en \(R\).

Comment faire :
  1. Calculer la somme \(f\) sur \(]-R,R[\) par une méthode de la partie 7.
  2. Vérifier la convergence de \(\sum a_n R^n\), souvent par le critère des séries alternées.
  3. Si \(\sum |a_n|R^n\) converge, la convergence normale sur \([-R,R]\) suffit, sans théorème d’Abel.
  4. Sinon, invoquer le théorème d’Abel radial, ou majorer uniformément le reste d’une série alternée sur \([0,R]\).
  5. Conclure en calculant la limite de \(f\) en \(R^-\).
Exemple guidé :

Pour \(|x| < 1\), on a \(\arctan x=\sum_{n\geq 0}(-1)^n\dfrac{x^{2n+1}}{2n+1}\), par intégration de \(1/(1+x^2)\). Au point 1, la série numérique \(\sum (-1)^n/(2n+1)\) est alternée, de terme décroissant vers 0 : elle converge. Le théorème d’Abel radial s’applique donc, et la fonction arctangente est continue en 1. Finalement, \[\sum_{n=0}^{+\infty}\frac{(-1)^n}{2n+1}=\arctan 1=\frac{\pi}{4}.\]

Sommes partielles de la série de arctan sur le segment de 0 à 1, qui rejoignent la valeur pi sur 4 au bord
Contre-exemple :

La réciproque est fausse. Pour \(|x| < 1\), on a \(\sum (-1)^n x^n=\dfrac{1}{1+x}\), qui tend vers \(1/2\) quand \(x\to 1^-\). Cependant, la série \(\sum (-1)^n\) diverge. L’existence de la limite de la somme ne prouve donc jamais la convergence au bord.

7. Calculer la somme d’une série entière selon le coefficient

Comme pour le rayon, la forme du coefficient dicte la méthode. Le but est toujours de se ramener à une série de référence : géométrique, exponentielle ou logarithme. Nous classons ici les cas les plus fréquents.

7.1 Coefficient polynomial en n

Quand \(a_n=P(n)\) avec \(P\) polynôme, on écrit \(P\) dans la base \(1,\ (n+1),\ (n+1)(n+2),\dots\). Chacun de ces termes s’obtient en dérivant la série géométrique. En effet, la dérivée \(k\)-ième de \(1/(1-x)\) fournit \[\sum_{n=0}^{+\infty}(n+1)(n+2)\cdots(n+k)\,x^n=\frac{k!}{(1-x)^{k+1}}.\]

Exemple guidé :

Sommons \(\sum (2n+3)x^n\) sur \(]-1,1[\). D’abord, on écrit \(2n+3=2(n+1)+1\). Ensuite, on utilise les deux sommes connues : \[\sum_{n=0}^{+\infty}(2n+3)x^n=\frac{2}{(1-x)^2}+\frac{1}{1-x}=\frac{3-x}{(1-x)^2}.\] Un contrôle rapide en \(x=0\) redonne bien le premier coefficient, 3.

7.2 Coefficient rationnel en n

Quand \(a_n\) est une fraction rationnelle en \(n\), on la décompose en éléments simples. Chaque terme \(1/(n+k)\) se traite ensuite par intégration de la série géométrique, après multiplication par une puissance de \(x\). Par exemple, \(\sum_{n\geq 0}\dfrac{x^{n+1}}{n+1}=-\ln(1-x)\) pour \(|x| < 1\).

Astuce :

Pour sommer \(\sum \dfrac{x^n}{n+k}\), on multiplie d’abord par \(x^k\) lorsque \(x\neq 0\). On reconnaît alors un reste de la série du logarithme, puis on divise par \(x^k\). La valeur en 0 se traite à part, directement sur la série : elle vaut \(1/k\).

7.3 Coefficient factoriel ou parité

Un \(n!\) au dénominateur annonce l’exponentielle, et souvent un rayon infini. De même, un \((2n)!\) annonce le cosinus ou le cosinus hyperbolique. Par ailleurs, si seuls les termes pairs apparaissent, on combine \(f(x)\) et \(f(-x)\) pour isoler la partie paire.

À savoir :

Pour isoler les termes d’indice multiple de 3, on utilise \(j=e^{2i\pi/3}\). En effet, \(1+j^n+j^{2n}\) vaut 3 si 3 divise \(n\), et 0 sinon. Ainsi \(\sum_{n} a_{3n}x^{3n}=\frac{1}{3}\big(f(x)+f(jx)+f(j^2x)\big)\).

Remarque :

Une dernière méthode consiste à trouver une équation différentielle vérifiée par la somme. Elle relève plutôt du chapitre suivant, consacré aux développements en série entière. Dans ce chapitre, nous l’utilisons seulement comme vérification.

Les erreurs fréquentes

  • Appliquer la règle de d’Alembert aux coefficients d’une série lacunaire, où un coefficient sur deux est nul.
  • Conclure \(R=|z_0|\) à partir de la seule convergence en \(z_0\).
  • Prendre \(\sum a_n b_n z^n\) pour le produit de deux séries entières.
  • Affirmer la convergence normale sur tout le disque ouvert, au lieu de chaque disque fermé strictement inclus.
  • Déduire la convergence au bord de l’existence d’une limite de la somme.
  • Oublier la valeur en 0 après une division par \(x\) ou \(x^k\).

Fiche mémo

  • Lemme d’Abel : \((a_n z_0^n)\) bornée implique la convergence absolue pour \(|z| < |z_0|\).
  • Rayon : \(R=\sup\{r\geq 0 : (a_n r^n)\text{ bornée}\}\), convergence absolue dans le disque, divergence grossière dehors.
  • Convergence non absolue en \(z_0\) : alors \(R=|z_0|\).
  • Comparaison : \(a_n=O(b_n)\) donne \(R_a\geq R_b\), et \(a_n\sim b_n\) donne \(R_a=R_b\).
  • Le facteur \(n^{\alpha}\) ne change pas le rayon.
  • D’Alembert : \(|a_{n+1}/a_n|\to\ell\) donne \(R=1/\ell\), jamais pour une série lacunaire.
  • Somme : \(R\geq\min(R_a,R_b)\), égalité si les rayons diffèrent ; produit de Cauchy : \(c_n=\sum_{k=0}^n a_k b_{n-k}\).
  • Convergence normale sur \(\overline{D}(0,\rho)\) pour tout \(\rho < R\), donc somme continue sur le disque ouvert.
  • Dérivation et intégration terme à terme sur \(]-R,R[\), sans changement de rayon.
  • Abel radial : convergence en \(R\) implique que la somme tend vers la valeur au bord.

Questions fréquentes

Comment choisir entre comparaison et règle de d'Alembert pour trouver un rayon ?

Si le coefficient contient des factorielles ou des puissances n-ièmes, le quotient de deux coefficients consécutifs se simplifie bien : la règle de d’Alembert est alors rapide. Si le coefficient ressemble à une suite connue, un équivalent suffit, car deux suites équivalentes donnent le même rayon. Pour une série lacunaire, on applique d’Alembert au module du terme complet, jamais aux coefficients.

Que sait-on de la série sur le cercle de convergence ?

Rien en général : on étudie chaque point du bord comme une série numérique. Une même valeur de rayon peut donner convergence partout, nulle part ou seulement en certains points du cercle. Les séries de coefficients 1/n², 1/n et n, toutes de rayon 1, illustrent ces trois cas sur l’intervalle réel.

Le théorème d'Abel radial est-il indispensable pour calculer une somme au bord ?

Non. Si la série converge absolument au bord, la convergence normale sur le segment fermé donne directement la continuité. Pour une série alternée, on peut aussi majorer uniformément le reste sur le segment. Le théorème d’Abel radial reste toutefois le moyen le plus court quand la convergence au bord n’est pas absolue.

Pourquoi la somme n'est-elle continue que sur le disque ouvert ?

La série converge normalement sur chaque disque fermé de rayon strictement inférieur à R, et chaque point du disque ouvert est dans l’un d’eux. En revanche, la convergence n’est pas normale sur le disque ouvert entier, et le bord peut contenir des points de divergence. La continuité au bord demande donc une étude séparée.

Pour aller plus loin

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