Séries alternées et semi-convergence en L2 de maths : cours et méthodes
Ce cours de séries alternées L2 prolonge l’étude des séries positives du troisième semestre. Dès que les termes changent de signe ou deviennent complexes, la monotonie des sommes partielles disparaît. Nous construisons donc un nouvel outil, la complétude de R, puis le critère de Cauchy, qui prouvent une convergence sans connaître la limite.
Viennent ensuite la convergence absolue, le critère spécial des séries alternées avec l’encadrement de leur reste, et la transformation d’Abel pour les séries trigonométriques. Le chapitre se termine par le produit de Cauchy et par la sommation par paquets. Un exemple montre enfin qu’un simple réarrangement peut doubler la somme d’une série semi-convergente. Ces résultats serviront directement pour les séries entières, les séries de Fourier et les intégrales impropres semi-convergentes.
Ce que vous saurez faire
- Utiliser la complétude de \(\mathbb{R}\) et de \(\mathbb{C}\) pour prouver une convergence sans connaître la limite.
- Appliquer le critère de Cauchy aux séries, puis distinguer convergence absolue et semi-convergence.
- Prouver la convergence d’une série alternée et majorer son reste avec le bon signe.
- Mener une transformation d’Abel quand les sommes partielles d’un facteur restent bornées.
- Calculer un produit de Cauchy et savoir quand sa somme vaut le produit des sommes.
- Regrouper des termes par paquets sans erreur et expliquer pourquoi un réarrangement peut changer la somme.
1. Suites de Cauchy et complétude de R
Le chapitre précédent traitait des séries à termes positifs. Leurs sommes partielles sont croissantes, donc tout se ramène à une majoration. Ici, les termes changent de signe, ou bien sont complexes. Il faut donc un outil qui prouve la convergence d’une suite sans monotonie et sans limite candidate. Cet outil, c’est la notion de suite de Cauchy.
Une suite \((u_n)\) de réels ou de complexes est de Cauchy si, pour tout \(\varepsilon > 0\), il existe un rang \(N\) tel que \(|u_p – u_q| \leqslant \varepsilon\) pour tous \(p, q \geqslant N\).
Autrement dit, les termes finissent par être tous proches les uns des autres. Nous ne parlons d’aucune limite : seule compte la distance mutuelle des termes.
Toute suite convergente est de Cauchy.
Notons \(\ell\) la limite et fixons \(\varepsilon > 0\). Il existe \(N\) tel que \(|u_n – \ell| \leqslant \varepsilon/2\) pour \(n \geqslant N\). Pour \(p, q \geqslant N\), l’inégalité triangulaire donne alors \(|u_p – u_q| \leqslant |u_p – \ell| + |\ell – u_q| \leqslant \varepsilon\).
1.1 Le théorème de complétude
La réciproque est le point profond. Elle repose sur la propriété de la borne supérieure, via le théorème de Bolzano-Weierstrass.
Dans \(\mathbb{R}\) et dans \(\mathbb{C}\), toute suite de Cauchy converge. On dit que \(\mathbb{R}\) et \(\mathbb{C}\) sont complets.
Traitons d’abord le cas réel. Avec \(\varepsilon = 1\), on obtient \(N\) tel que \(|u_n – u_N| \leqslant 1\) pour \(n \geqslant N\). Ainsi la suite est bornée. Le théorème de Bolzano-Weierstrass fournit alors une extraction \(\varphi\) et un réel \(\ell\) avec \(u_{\varphi(n)} \to \ell\).
Montrons ensuite que toute la suite tend vers \(\ell\). Soit \(\varepsilon > 0\) et \(N\) le rang de Cauchy associé à \(\varepsilon/2\). Choisissons \(m\) assez grand pour avoir \(\varphi(m) \geqslant N\) et \(|u_{\varphi(m)} – \ell| \leqslant \varepsilon/2\). Pour \(n \geqslant N\), on a alors \(|u_n – \ell| \leqslant |u_n – u_{\varphi(m)}| + |u_{\varphi(m)} – \ell| \leqslant \varepsilon\).
Enfin, dans \(\mathbb{C}\), les inégalités \(|\mathrm{Re}\, z| \leqslant |z|\) et \(|\mathrm{Im}\, z| \leqslant |z|\) montrent que les parties réelle et imaginaire sont de Cauchy. Elles convergent, donc la suite complexe aussi.
L’ensemble \(\mathbb{Q}\) n’est pas complet. Posons \(r_n = \lfloor 10^n \sqrt{3} \rfloor / 10^n\), la troncature décimale de \(\sqrt{3}\) à \(n\) chiffres. Chaque \(r_n\) est rationnel. De plus, pour \(p \geqslant q\), on a \(0 \leqslant r_p – r_q \leqslant 10^{-q}\). La suite est donc de Cauchy dans \(\mathbb{Q}\). Pourtant sa limite \(\sqrt{3}\) n’est pas rationnelle : dans \(\mathbb{Q}\), elle ne converge pas.
1.2 Prouver une convergence sans connaître la limite
Posons \(u_n = \sum_{k=1}^{n} \dfrac{\cos(k^2)}{3^k}\). Nous ignorons la valeur de la limite, et pourtant la convergence se prouve en trois lignes.
Pour \(p > n\), on majore chaque cosinus par \(1\) :
\[|u_p – u_n| \leqslant \sum_{k=n+1}^{p} \frac{1}{3^k} \leqslant \frac{1}{3^{n+1}} \cdot \frac{1}{1 – 1/3} = \frac{1}{2 \cdot 3^n}.\]
Ce majorant tend vers \(0\) et ne dépend pas de \(p\). Par conséquent la suite est de Cauchy, donc elle converge.
Remarque :
Dans cet exemple, on aurait aussi pu invoquer la convergence absolue. C’est justement le contenu de la partie suivante : la convergence absolue n’est qu’une conséquence du critère de Cauchy.
2. Critère de Cauchy et convergence absolue
Une série \(\sum u_n\) converge lorsque la suite de ses sommes partielles \(S_n = \sum_{k=0}^{n} u_k\) converge. Appliquons donc la complétude à \((S_n)\). La différence \(S_q – S_p\) n’est rien d’autre qu’un « bloc » de termes consécutifs.
Critère de Cauchy pour les séries. La série \(\sum u_n\) converge exactement lorsque, à chaque seuil \(\varepsilon > 0\), on peut associer un rang \(N\) au-delà duquel tout bloc de termes consécutifs reste petit :
\[\forall q > p \geqslant N, \quad \left| u_{p+1} + u_{p+2} + \cdots + u_q \right| \leqslant \varepsilon.\]
En prenant \(q = p + 1\), on retrouve un fait connu : si la série converge, alors \(u_n \to 0\). Sinon, la série diverge grossièrement. Le critère dit plus : ce ne sont pas seulement les termes isolés, mais tous les blocs lointains qui doivent devenir petits.
2.1 Convergence absolue
La série \(\sum u_n\), réelle ou complexe, est absolument convergente si la série positive \(\sum |u_n|\) converge.
Une série absolument convergente est convergente, et \(\left| \sum_{n=0}^{+\infty} u_n \right| \leqslant \sum_{n=0}^{+\infty} |u_n|\).
Pour \(q > p\), l’inégalité triangulaire donne \(\left| \sum_{k=p+1}^{q} u_k \right| \leqslant \sum_{k=p+1}^{q} |u_k|\). Or la série \(\sum |u_k|\) converge : elle vérifie donc le critère de Cauchy. Le membre de droite devient plus petit que \(\varepsilon\) dès que \(p\) est assez grand. Par conséquent \(\sum u_k\) vérifie aussi le critère, donc elle converge. Enfin, on passe à la limite dans \(|S_n| \leqslant \sum_{k=0}^{n} |u_k|\).
2.2 Séries à termes complexes
Pour une série complexe, on écrit \(u_n = x_n + i y_n\). La série \(\sum u_n\) converge si et seulement si \(\sum x_n\) et \(\sum y_n\) convergent. De plus, comme \(|x_n| \leqslant |u_n|\) et \(|y_n| \leqslant |u_n|\), la convergence absolue de \(\sum u_n\) entraîne celle des deux séries réelles.
Étudions \(\sum_{n \geqslant 1} \dfrac{(2 – i)^n}{n \, 3^n}\). Le module de \(2 – i\) vaut \(\sqrt{5}\). Ainsi
\[\left| \frac{(2-i)^n}{n \, 3^n} \right| = \frac{1}{n} \left( \frac{\sqrt{5}}{3} \right)^n \leqslant \left( \frac{\sqrt{5}}{3} \right)^n.\]
Or \(\sqrt{5} < 3\), donc la série géométrique de raison \(\sqrt{5}/3\) converge. Par comparaison, la série étudiée converge absolument, donc elle converge.
Pour étudier une série de signe quelconque ou complexe :
- vérifier d’abord que \(u_n \to 0\) ; sinon la série diverge grossièrement ;
- tester ensuite la convergence absolue, par comparaison à une série de Riemann ou géométrique ;
- si \(\sum |u_n|\) diverge, chercher une structure : signe alterné, développement asymptotique, ou transformation d’Abel ;
- conclure enfin en précisant si la convergence est absolue ou seulement simple.
Piège à éviter :
La divergence de \(\sum |u_n|\) ne prouve jamais la divergence de \(\sum u_n\). Par exemple, la série de terme \((-1)^n/n\) converge, alors que la série harmonique diverge. La convergence absolue est une condition suffisante, pas nécessaire.
3. Séries alternées et semi-convergence
Une série est semi-convergente si elle converge sans converger absolument. Une série est alternée si son terme s’écrit \(u_n = (-1)^n a_n\) avec \(a_n \geqslant 0\) pour tout \(n\).
Les séries alternées fournissent la source la plus simple de semi-convergence. Leur étude repose sur un argument de suites adjacentes, que nous détaillons maintenant.
3.1 Le critère spécial des séries alternées
Soit \((a_n)\) une suite décroissante de limite nulle. Alors la série \(\sum (-1)^n a_n\) converge. De plus, en notant \(S\) sa somme et \(R_n = S – S_n\) son reste :
- \(S\) est compris entre deux sommes partielles consécutives ;
- \(|R_n| \leqslant a_{n+1}\) ;
- \(R_n\) a le signe de \((-1)^{n+1}\), c’est-à-dire le signe du premier terme négligé.
D’abord, \(S_{2n+2} – S_{2n} = a_{2n+2} – a_{2n+1} \leqslant 0\) : la suite \((S_{2n})\) décroît. De même, \(S_{2n+3} – S_{2n+1} = a_{2n+2} – a_{2n+3} \geqslant 0\) : la suite \((S_{2n+1})\) croît. Ensuite, l’écart \(S_{2n} – S_{2n+1}\) vaut \(a_{2n+1}\), qui s’annule à la limite.
Nous sommes en présence de deux suites adjacentes. Le théorème correspondant fournit un réel \(S\), limite commune, tel que \(S_{2n+1} \leqslant S \leqslant S_{2n}\) pour tout \(n\). Comme les indices pairs et impairs recouvrent tous les entiers, \(S_n \to S\).
Enfin, pour \(n = 2m\), on lit \(-a_{2m+1} = S_{2m+1} – S_{2m} \leqslant R_{2m} \leqslant 0\). Pour \(n = 2m+1\), on obtient de même \(0 \leqslant R_{2m+1} \leqslant S_{2m+2} – S_{2m+1} = a_{2m+2}\). Ces deux encadrements donnent la majoration et le signe annoncés.
La figure suivante montre ce mécanisme pour \(a_n = 1/(3n+1)\). Les sommes d’indice pair descendent, celles d’indice impair montent, et la somme reste prise en étau.

Considérons \(S = \sum_{n=0}^{+\infty} \dfrac{(-1)^n}{3n+1}\). La suite \(a_n = 1/(3n+1)\) est positive, décroissante et tend vers \(0\). Le critère s’applique : la série converge.
En revanche, \(a_n \sim \dfrac{1}{3n}\) et la série harmonique diverge. La convergence n’est donc pas absolue : la série est semi-convergente.
Cherchons enfin un rang \(N\) qui garantit \(|S – S_N| \leqslant 10^{-2}\). Il suffit que \(a_{N+1} = \dfrac{1}{3N+4} \leqslant 10^{-2}\), soit \(3N + 4 \geqslant 100\). Le plus petit entier qui convient est \(N = 32\). De plus, \(R_{32}\) a le signe de \((-1)^{33}\) : il est négatif, donc \(S_{32}\) est une valeur approchée par excès.
Remarque :
Cette somme se calcule exactement : en intégrant \(\sum (-1)^n x^{3n}\) sur \([0, 1]\), on trouve \(S = \int_0^1 \frac{\mathrm{d}x}{1+x^3} = \frac{\ln 2}{3} + \frac{\pi}{3\sqrt{3}}\). La justification de l’échange somme-intégrale relève d’un chapitre ultérieur.
Pour approcher la somme d’une série alternée à \(\varepsilon\) près :
- écrire le terme sous la forme \((-1)^n a_n\) et vérifier que \((a_n)\) décroît vers \(0\), au besoin à partir d’un certain rang ;
- résoudre l’inéquation \(a_{N+1} \leqslant \varepsilon\) ;
- utiliser le signe du premier terme négligé pour savoir si \(S_N\) est par excès ou par défaut.
3.2 Quand la monotonie manque
L’hypothèse de décroissance n’est pas décorative. Sans elle, une série alternée dont le terme tend vers \(0\) peut diverger.
Pour \(n \geqslant 2\), posons \(u_n = \dfrac{(-1)^n}{n^{1/3} + (-1)^n}\). Le dénominateur est strictement positif, donc la série est bien alternée, et \(|u_n| \to 0\). Pourtant \(|u_2| \approx 0{,}44\) tandis que \(|u_3| \approx 2{,}26\) : la suite des valeurs absolues n’est pas décroissante.
Notons \(m = n^{1/3}\). Un calcul direct donne l’identité exacte
\[u_n – \frac{(-1)^n}{m} = \frac{(-1)^n \big( m – m – (-1)^n \big)}{m \, (m + (-1)^n)} = -\frac{1}{n^{1/3} \big( n^{1/3} + (-1)^n \big)}.\]
Notons \(v_n\) ce membre de droite. Il est négatif et équivalent à \(-1/n^{2/3}\). Comme \(2/3 \leqslant 1\), sa série diverge vers \(-\infty\). D’autre part, \(\sum (-1)^n / n^{1/3}\) converge par le critère spécial. Si \(\sum u_n\) convergeait, la différence de deux séries convergentes ferait converger \(\sum v_n\), ce qui est faux. Donc \(\sum u_n\) diverge.

Face à un terme alterné « perturbé », on procède par développement asymptotique :
- isoler un terme principal \((-1)^n b_n\) avec \(b_n\) décroissante vers \(0\) ;
- écrire \(u_n = (-1)^n b_n + v_n\), de préférence par une identité exacte ;
- étudier \(v_n\) : s’il est de signe constant, comparer à une série de Riemann ; sinon, montrer que \(\sum v_n\) converge absolument ;
- conclure par somme : convergente plus convergente, ou convergente plus divergente.
Piège à éviter :
Un équivalent ne se transmet pas aux séries de signe quelconque. Ici, \(u_n \sim (-1)^n / n^{1/3}\), et pourtant les deux séries n’ont pas la même nature. Les comparaisons par équivalents ne valent que pour des termes de signe constant.
4. La transformation d’Abel
Le critère spécial repose sur un facteur \((-1)^n\) dont les sommes partielles valent \(0\) ou \(1\). Abel a eu l’idée de ne garder que cette propriété : des sommes partielles bornées. C’est l’analogue discret de l’intégration par parties.
Sommation par parties. Soient \((a_k)\) et \((b_k)\) deux suites, et \(B_n = \sum_{k=0}^{n} b_k\), avec la convention \(B_{-1} = 0\). Pour \(0 \leqslant p \leqslant q\),
\[\sum_{k=p}^{q} a_k b_k = a_q B_q – a_p B_{p-1} + \sum_{k=p}^{q-1} (a_k – a_{k+1}) B_k.\]
On remplace \(b_k\) par \(B_k – B_{k-1}\), puis on décale l’indice dans la seconde somme :
\[\sum_{k=p}^{q} a_k B_k – \sum_{k=p-1}^{q-1} a_{k+1} B_k.\]
Mettons à part l’indice \(q\), qui n’apparaît qu’à gauche, puis l’indice \(p – 1\), qui n’apparaît qu’à droite. Les termes restants se regroupent en \((a_k – a_{k+1}) B_k\), ce qui donne la formule.
4.1 Le critère d’Abel
On suppose que \((a_n)\) est réelle et tend vers 0 en décroissant. On suppose aussi que les sommes partielles de la suite complexe \((b_n)\) restent bornées : \(|B_n| \leqslant M\) pour tout \(n\). Alors la série \(\sum a_n b_n\) converge.
Vérifions le critère de Cauchy. La suite \((a_n)\) décroît vers \(0\), donc \(a_n \geqslant 0\) et \(a_k – a_{k+1} \geqslant 0\). La sommation par parties donne, pour \(1 \leqslant p \leqslant q\),
\[\left| \sum_{k=p}^{q} a_k b_k \right| \leqslant M a_q + M a_p + M \sum_{k=p}^{q-1} (a_k – a_{k+1}) = 2 M a_p.\]
En effet, la dernière somme est télescopique et vaut \(a_p – a_q\). Or \(2 M a_p\) tend vers \(0\) : le critère de Cauchy est satisfait, donc la série converge.
Le critère des séries alternées en est un cas particulier, avec \(b_n = (-1)^n\). Pour les séries trigonométriques, on dispose d’une majoration commode des sommes partielles.
Si \(\theta \notin 2\pi\mathbb{Z}\), alors, pour tous entiers \(p \leqslant q\), \(\left| \sum_{k=p}^{q} e^{ik\theta} \right| \leqslant \dfrac{1}{|\sin(\theta/2)|}\).
La somme est géométrique de raison \(e^{i\theta} \neq 1\). Elle vaut \(e^{ip\theta} \dfrac{e^{i(q-p+1)\theta} – 1}{e^{i\theta} – 1}\). Le numérateur est de module au plus \(2\). Par ailleurs, \(|e^{i\theta} – 1| = |e^{i\theta/2}| \cdot |e^{i\theta/2} – e^{-i\theta/2}| = 2 |\sin(\theta/2)|\). Le quotient est donc majoré par \(1/|\sin(\theta/2)|\).
4.2 Une série trigonométrique semi-convergente
Étudions \(\sum_{n \geqslant 1} \dfrac{\cos(3n)}{n^{1/3}}\). D’abord, \(\cos(3k)\) est la partie réelle de \(e^{3ik}\), et \(3 \notin 2\pi\mathbb{Z}\). Le lemme donne \(|B_n| \leqslant 1/\sin(3/2)\), avec \(\sin(3/2) \approx 0{,}997\). Ensuite, \(a_n = n^{-1/3}\) décroît vers \(0\). Le critère d’Abel s’applique : la série converge.
Montrons maintenant que la convergence n’est pas absolue. Comme \(|\cos x| \leqslant 1\), on a \(|\cos x| \geqslant \cos^2 x = \dfrac{1 + \cos(2x)}{2}\). Donc
\[\frac{|\cos(3n)|}{n^{1/3}} \geqslant \frac{1}{2 n^{1/3}} + \frac{\cos(6n)}{2 n^{1/3}}.\]
La première série diverge (Riemann avec \(1/3 \leqslant 1\)). La seconde converge, par le même argument d’Abel avec \(6 \notin 2\pi\mathbb{Z}\). Leur somme diverge, et la comparaison des séries positives donne la divergence de \(\sum |u_n|\). Finalement, la série est semi-convergente.

Piège à éviter :
Le critère d’Abel exige les deux hypothèses. Avec \(\theta = 2\pi\), les sommes de \(\cos(k\theta)\) valent \(n\) et la série \(\sum \cos(2\pi n)/n\) est la série harmonique, divergente. De même, une suite \((a_n)\) qui tend vers \(0\) sans décroître peut faire échouer la conclusion, comme dans la partie 3.
5. Le produit de Cauchy de deux séries
Multiplions deux polynômes \(\sum a_k X^k\) et \(\sum b_k X^k\). Le coefficient de \(X^n\) du produit regroupe tous les couples d’indices de somme \(n\). Cette règle inspire la définition suivante.
À deux séries \(\sum_{n \geqslant 0} a_n\) et \(\sum_{n \geqslant 0} b_n\), on associe leur produit de Cauchy : c’est la série \(\sum c_n\) de terme
\[c_n = \sum_{k=0}^{n} a_k \, b_{n-k} = \sum_{i+j=n} a_i \, b_j.\]
Si \(\sum a_n\) et \(\sum b_n\) convergent absolument, alors leur produit de Cauchy converge absolument, et
\[\sum_{n=0}^{+\infty} c_n = \left( \sum_{n=0}^{+\infty} a_n \right) \left( \sum_{n=0}^{+\infty} b_n \right).\]
Notons \(A_n, B_n, C_n\) les sommes partielles. Le produit \(A_n B_n\) somme les \(a_i b_j\) sur le carré \(0 \leqslant i, j \leqslant n\). La somme \(C_n\) porte sur le triangle \(i + j \leqslant n\).
Supposons d’abord tous les termes positifs. Le triangle est inclus dans le carré, lui-même inclus dans le triangle \(i + j \leqslant 2n\). Ainsi \(C_n \leqslant A_n B_n \leqslant C_{2n}\). La suite croissante \((C_n)\) est majorée par \(AB\), donc elle converge vers une limite \(C \leqslant AB\). L’encadrement donne ensuite \(AB \leqslant C\), donc \(C = AB\).
Passons au cas général. Notons \(A^{\prime}_n, B^{\prime}_n, C^{\prime}_n\) les sommes construites avec \(|a_i|\) et \(|b_j|\). D’une part, \(|c_n| \leqslant \sum_{i+j=n} |a_i| |b_j|\), donc \(\sum c_n\) converge absolument par le cas positif. D’autre part, la différence \(A_n B_n – C_n\) porte sur les couples du carré tels que \(i + j > n\). Par suite,
\[|A_n B_n – C_n| \leqslant A^{\prime}_n B^{\prime}_n – C^{\prime}_n \longrightarrow 0.\]
Calculons \(\sum_{n \geqslant 0} \dfrac{n+1}{3^n}\). Prenons \(a_n = b_n = 1/3^n\) : la série géométrique converge absolument et sa somme vaut \(\dfrac{1}{1 – 1/3} = \dfrac{3}{2}\). Le coefficient du produit vaut
\[c_n = \sum_{k=0}^{n} \frac{1}{3^k} \cdot \frac{1}{3^{n-k}} = \frac{n+1}{3^n}.\]
Le théorème donne donc \(\sum_{n=0}^{+\infty} \dfrac{n+1}{3^n} = \left( \dfrac{3}{2} \right)^2 = \dfrac{9}{4}\).
Remarque :
Le même calcul, mené avec \(a_n = z^n/n!\) et \(b_n = w^n/n!\) pour des complexes \(z\) et \(w\), fait apparaître la formule du binôme. On en déduit que l’exponentielle complexe vérifie \(e^z e^w = e^{z+w}\).
5.1 Sans convergence absolue, tout peut arriver
Prenons \(a_n = b_n = \dfrac{(-1)^n}{(n+1)^{1/3}}\). Ces séries convergent par le critère spécial. Leur produit a pour terme
\[c_n = (-1)^n \sum_{k=0}^{n} \frac{1}{\big( (k+1)(n-k+1) \big)^{1/3}}.\]
Or, par l’inégalité arithmético-géométrique, \((k+1)(n-k+1) \leqslant \left( \dfrac{n+2}{2} \right)^2\). Chacun des \(n + 1\) termes est donc minoré, et \(|c_n| \geqslant (n+1) \left( \dfrac{2}{n+2} \right)^{2/3}\). Ce minorant tend vers \(+\infty\) : le produit de Cauchy diverge grossièrement.
6. Sommation par paquets et réarrangements
Une somme finie ne dépend ni de l’ordre ni des parenthèses. Pour une série, cette liberté se paie. Nous distinguons deux opérations : regrouper des termes consécutifs, et permuter les termes.
6.1 Regrouper par paquets
Soit \(\varphi : \mathbb{N} \to \mathbb{N}\) strictement croissante avec \(\varphi(0) = 0\), et \(v_m = \sum_{k=\varphi(m)}^{\varphi(m+1)-1} u_k\) le \(m\)-ième paquet.
- Si \(\sum u_n\) converge, alors \(\sum v_m\) converge et a la même somme.
- Réciproquement, si \(u_n \to 0\), si les paquets ont une longueur bornée par \(L\) et si \(\sum v_m\) converge, alors \(\sum u_n\) converge vers la même somme.
Les sommes partielles des paquets sont \(V_m = S_{\varphi(m+1)-1}\). Elles forment une sous-suite de \((S_n)\), d’où le premier point.
Pour le second, fixons \(n\) et l’unique \(m\) tel que \(\varphi(m) \leqslant n < \varphi(m+1)\). Alors \(S_n – V_{m-1}\) est une somme d’au plus \(L\) termes d’indices supérieurs ou égaux à \(\varphi(m)\). Quand \(n\) tend vers l’infini, \(m\) aussi, et ces termes tendent vers \(0\). Donc \(S_n\) a la même limite que \(V_{m-1}\).
Piège à éviter :
Sans l’hypothèse \(u_n \to 0\), regrouper peut créer une convergence factice. La série \(1 – 1 + 1 – 1 + \cdots\) diverge grossièrement. Pourtant ses paquets de deux termes sont tous nuls, et la série des paquets converge vers \(0\).
6.2 Changer l’ordre des termes
Si \(\sum u_n\) converge absolument, alors, pour toute bijection \(\sigma\) de \(\mathbb{N}\), la série \(\sum u_{\sigma(n)}\) converge absolument et a la même somme.
Supposons d’abord \(u_n \geqslant 0\) et notons \(S\) la somme. Toute somme partielle \(\sum_{k=0}^{n} u_{\sigma(k)}\) est une somme finie de termes de la série, donc elle est majorée par \(S\). Ainsi la série permutée converge, avec une somme \(T \leqslant S\). Or \(\sum u_n\) se déduit à son tour de la série permutée par \(\sigma^{-1}\) : donc \(S \leqslant T\).
Dans le cas réel général, on écrit \(u_n = u_n^{+} – u_n^{-}\), avec \(u_n^{+} = \max(u_n, 0)\) et \(u_n^{-} = \max(-u_n, 0)\). Ces deux suites positives sont majorées par \(|u_n|\), et l’on applique le cas positif à chacune. Enfin, le cas complexe se ramène aux parties réelle et imaginaire.
Pour une série semi-convergente, la conclusion tombe. Les termes positifs forment une série divergente, les termes négatifs aussi. En dosant leur ordre d’apparition, on peut alors orienter les sommes partielles.
Nous admettons que \(\sum_{n \geqslant 1} \dfrac{(-1)^{n+1}}{n} = \ln 2\), et nous utilisons \(H_n = \sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k} = \ln n + \gamma + o(1)\). Réarrangeons la série : quatre inverses d’entiers impairs, avec le signe plus, puis un inverse d’entier pair, avec le signe moins, et ainsi de suite.
\[1 + \frac{1}{3} + \frac{1}{5} + \frac{1}{7} – \frac{1}{2} + \frac{1}{9} + \cdots + \frac{1}{15} – \frac{1}{4} + \cdots\]
Après \(m\) blocs de cinq termes, nous avons pris les \(4m\) premiers impairs et les \(m\) premiers pairs. D’abord, \(\sum_{j=1}^{4m} \frac{1}{2j-1} = H_{8m} – \frac{1}{2} H_{4m}\), car on retire de \(H_{8m}\) les inverses des pairs. Ensuite, les pairs retirés pèsent \(\frac{1}{2} H_m\). La somme partielle vaut donc
\[T_{5m} = H_{8m} – \tfrac{1}{2} H_{4m} – \tfrac{1}{2} H_m = \ln(8m) – \tfrac{1}{2}\ln(4m) – \tfrac{1}{2} \ln m + o(1).\]
Les constantes \(\gamma\) s’éliminent, de même que \(\ln m\). Il reste \(\ln 8 – \ln 2 = 2 \ln 2\). Enfin, les termes tendent vers \(0\) et les blocs ont cinq termes : par la partie 6.1, la série réarrangée converge vers \(2 \ln 2\), le double de la somme initiale.

Théorème de réarrangement de Riemann. Si une série réelle est semi-convergente, alors, pour tout réel \(\lambda\), il existe une permutation des termes qui donne une série de somme \(\lambda\). On peut aussi obtenir une série divergente. L’idée consiste à ajouter des termes positifs jusqu’à dépasser \(\lambda\), puis des termes négatifs jusqu’à repasser en dessous, et à recommencer.
Les erreurs fréquentes
- Conclure à la divergence de \(\sum u_n\) parce que \(\sum |u_n|\) diverge.
- Appliquer le critère spécial sans vérifier la décroissance de \((a_n)\), ou en oubliant que \(a_n\) doit tendre vers \(0\).
- Utiliser un équivalent pour comparer deux séries dont les termes changent de signe.
- Majorer le reste par \(a_n\) au lieu de \(a_{n+1}\), ou se tromper sur son signe.
- Multiplier les sommes de deux séries seulement semi-convergentes en invoquant le produit de Cauchy.
- Permuter ou regrouper les termes d’une série semi-convergente comme s’il s’agissait d’une somme finie.
Fiche mémo
- \(\mathbb{R}\) et \(\mathbb{C}\) sont complets : toute suite de Cauchy converge, alors que \(\mathbb{Q}\) ne l’est pas.
- Critère de Cauchy : \(\sum u_n\) converge si et seulement si les blocs \(\sum_{k=p+1}^{q} u_k\) deviennent arbitrairement petits.
- Convergence absolue implique convergence, avec \(|\sum u_n| \leqslant \sum |u_n|\).
- Semi-convergente signifie convergente sans être absolument convergente.
- Critère spécial : si \(a_n\) décroît vers \(0\), alors \(\sum (-1)^n a_n\) converge, \(|R_n| \leqslant a_{n+1}\), et \(R_n\) a le signe du premier terme négligé.
- Terme alterné perturbé : développement asymptotique, de préférence par identité exacte.
- Critère d’Abel : un facteur réel qui descend vers 0, multiplié par un facteur aux sommes partielles bornées, produit une série convergente.
- Pour \(\theta \notin 2\pi\mathbb{Z}\), les sommes de \(e^{ik\theta}\) sont bornées par \(1/|\sin(\theta/2)|\).
- Produit de Cauchy : \(c_n = \sum_{k=0}^{n} a_k b_{n-k}\) ; somme égale au produit des sommes si les deux séries convergent absolument.
- Regrouper conserve la somme ; permuter aussi en cas de convergence absolue, mais pas en cas de semi-convergence.
Questions fréquentes
Quelle différence entre convergence absolue et semi-convergence ?
Une série converge absolument quand la série des modules converge ; elle est alors convergente. Une série semi-convergente converge, mais la série des modules diverge. La différence est concrète : seules les séries absolument convergentes supportent sans danger les permutations de termes et le produit de Cauchy.
Le critère des séries alternées marche-t-il si les termes ne décroissent pas ?
Non, la décroissance de la valeur absolue du terme est indispensable. Une série alternée dont le terme tend vers 0 sans décroître peut diverger. Dans ce cas, on cherche un développement asymptotique du terme pour séparer une partie alternée régulière et un reste de signe constant.
Pourquoi le reste d'une série alternée est-il majoré par le premier terme négligé ?
Les sommes partielles paires et impaires forment deux suites adjacentes qui encadrent la somme. L’écart entre deux sommes consécutives est exactement la valeur absolue du terme suivant. Le reste est donc plus petit que ce terme, et il en a le signe.
Quand faut-il penser à la transformation d'Abel ?
Pensez-y dès que le terme est un produit d’une suite décroissante vers 0 par un facteur oscillant, comme un cosinus, un sinus ou une puissance d’un complexe de module 1. Il suffit alors de montrer que les sommes partielles du facteur oscillant restent bornées.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de L2 de maths sur séries alternées et semi-convergence
- Bases utiles : Séries positives : Riemann, Bertrand et comparaison
- Chapitre d’avant : Séries positives : Riemann, Bertrand et comparaison
- Chapitre d’après : Intégrales impropres : critères de convergence
- Vérifier ses acquis : QCM de L2 de maths sur séries alternées et semi-convergence
- Contrôle corrigé en temps limité : Transformation d'Abel et convergence absolue : contrôle de maths en L2
- Un autre sujet noté sur 20 : Intégrale de sin(t)/t et règle d'Abel : contrôle de maths en L2
- Le même thème en maths spé (MP) : Convergence des suites et séries de fonctions
- Le même thème en maths spé (MP) : Rayon de convergence et séries entières
- Tous les chapitres : le sommaire de la L2 de maths
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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