Corrigé des exercices : Hölder, Minkowski et Riesz-Fischer en L3 de maths

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Ce corrigé Riesz-Fischer L3 rédige en détail les dix-huit exercices de la fiche. Chaque solution commence par une idée clé, puis déroule les arguments dans l’ordre d’une copie d’examen : théorèmes nommés, hypothèses vérifiées et calculs intermédiaires.

Trois points demandent une vigilance particulière. D’abord, vérifiez toujours que vos exposants sont conjugués avant d’appliquer Hölder. Ensuite, distinguez soigneusement « partout » et « presque partout », surtout pour \(L^\infty\). Enfin, quand une suite converge en norme, pensez à extraire une sous-suite avant de parler de limite ponctuelle. Plusieurs figures accompagnent les solutions pour visualiser les fonctions en jeu.

Nous vous conseillons de chercher chaque exercice seul avant de lire sa correction. Comparez ensuite votre rédaction à la nôtre, en particulier sur la justification des passages à la limite. Les remarques placées après certaines solutions signalent les variantes que l’on rencontre souvent en partiel.

Pour démarrer

Corrigé de l’exercice 1 – Hölder sur le segment [0, 1]

Idée clé : on écrit chaque intégrande comme un produit de deux facteurs, dont l’un est une fonction explicite de norme calculable.

  1. On écrit \(|f| = |f| \cdot 1\). L’exposant conjugué de 3 est \(3/2\), et \(\|1\|_{3/2} = 1\) sur \([0, 1]\). Par Hölder, \(\int_0^1 |f| \leq \|f\|_3 \cdot 1\). En élevant au cube, on obtient \(\left( \int_0^1 |f| \right)^3 \leq \int_0^1 |f|^3\). Si \(\|f\|_3 = +\infty\), l’inégalité est d’ailleurs évidente.
  2. On applique Hölder avec \(p = q = 2\), c’est-à-dire Cauchy-Schwarz. D’abord, \(\int_0^1 (\sqrt{x})^2 \, \mathrm{d}x = 1/2\). Ensuite :
    \[ \int_0^1 \sqrt{x}\, |f(x)| \, \mathrm{d}x \leq \left( \frac{1}{2} \right)^{1/2} \|f\|_2. \]
    C’est exactement l’inégalité annoncée.
  3. Le cas d’égalité de Cauchy-Schwarz a lieu quand \(|f|\) est proportionnelle à \(\sqrt{x}\). Prenons donc \(f(x) = \sqrt{x}\). À gauche, on trouve \(\int_0^1 x \, \mathrm{d}x = 1/2\). À droite, on trouve \(\frac{1}{\sqrt{2}} \cdot \frac{1}{\sqrt{2}}\), soit encore \(\frac{1}{2}\). La fonction racine carrée réalise donc l’égalité, comme tous ses multiples positifs.

Remarque :

La question 1 se démontre aussi par Jensen, puisque la mesure de Lebesgue sur \([0, 1]\) est une probabilité et que \(t \mapsto t^3\) est convexe sur \(\mathbb{R}_+\). Les deux points de vue sont équivalents ici. Cependant, Hölder a l’avantage de fournir directement une constante explicite quand la mesure totale n’est pas égale à 1.

Corrigé de l’exercice 2 – Moyennes et inégalité de Jensen

Idée clé : une mesure de probabilité et une fonction convexe, c’est exactement le cadre de Jensen.

  1. D’abord, \(\left| \int f \right| \leq \int |f|\). Ensuite, la fonction \(t \mapsto |t|^p\) est convexe sur \(\mathbb{R}\), et \(|f|\) est intégrable. Jensen donne donc \(\left( \int |f| \right)^p \leq \int |f|^p\). Par croissance de \(t \mapsto t^p\) sur \(\mathbb{R}_+\), on obtient \(\left| \int f \right|^p \leq \int |f|^p\).
  2. La fonction exponentielle est convexe sur \(\mathbb{R}\), et \(g\) est intégrable à valeurs réelles. Jensen donne directement \(\exp\left(\int g\right) \leq \int \mathrm{e}^g\), le membre de droite pouvant valoir \(+\infty\).
  3. On prend \(X = \{1, \ldots, m\}\), avec \(\mu(\{i\}) = w_i\). C’est une probabilité, car les poids sont positifs de somme 1. On pose \(g(i) = \ln b_i\). La question 2 donne alors
    \[ \exp\left( \sum_{i=1}^{m} w_i \ln b_i \right) \leq \sum_{i=1}^{m} w_i b_i. \]
    Or le membre de gauche vaut \(b_1^{w_1} \cdots b_m^{w_m}\). L’inégalité pondérée est donc démontrée.

Corrigé de l’exercice 3 – Puissances dans les espaces L^p de la demi-droite

Idée clé : l’appartenance à \(L^p\) revient à l’intégrabilité de \(x^{-ap}\), réglée par le critère de Riemann.

  1. On a \(|x^{-a}|^p = x^{-ap}\). Or \(\int_0^1 x^{-b} \, \mathrm{d}x\) est finie si et seulement si \(b < 1\). Donc \(x^{-a} \in L^p(]0, 1])\) si et seulement si \(ap < 1\).
  2. De même, \(\int_1^{+\infty} x^{-b} \, \mathrm{d}x\) est finie si et seulement si \(b > 1\). Ainsi, \(x^{-a} \in L^p([1, +\infty[)\) si et seulement si \(ap > 1\). Les deux conditions sont incompatibles. Par conséquent, \(x^{-a}\) n’appartient à aucun \(L^p(]0, +\infty[)\).
  3. On sépare l’intégrale en deux. Sur \(]0, 1]\), on a \(|f|^p = x^{-p/3}\), intégrable si et seulement si \(p < 3\). Sur \(]1, +\infty[\), on a \(|f|^p = x^{-2p}\), intégrable si et seulement si \(2p > 1\), ce qui est toujours vrai pour \(p \geq 1\). Finalement, \(f \in L^p\) si et seulement si \(1 \leq p < 3\).

Corrigé de l’exercice 4 – Calculs de bornes supérieures essentielles

Idée clé : on modifie d’abord la fonction sur un ensemble négligeable, puis on cherche le plus petit majorant valable sur un ensemble de mesure pleine.

  1. L’ensemble \(\mathbb{Q}\) est dénombrable, donc négligeable. Ainsi, \(f = 0\) presque partout, et \(\|f\|_\infty = 0\).
  2. De même, \(\mathbb{Z}\) est négligeable, donc \(f = \mathrm{e}^{-x^2}\) presque partout. Cette fonction est majorée par 1. Pour \(M < 1\), elle dépasse \(M\) sur un intervalle ouvert centré en 0, de mesure strictement positive. Ainsi \(\|f\|_\infty = 1\), alors que \(\sup f = 6\).
  3. On a \(|\arctan x| < \pi/2\) pour tout \(x\). En revanche, pour \(\varepsilon > 0\), l’ensemble \(\{|\arctan| > \pi/2 – \varepsilon\}\) contient une demi-droite. Par conséquent, \(\|f\|_\infty = \pi/2\), et cette borne n’est atteinte en aucun point.
  4. Pour tout \(M\), l’ensemble \(\{|x| > M\}\) est de mesure infinie. Ainsi, aucun \(M\) ne convient, et \(\|f\|_\infty = +\infty\). Une fonction finie partout peut donc avoir une norme infinie.

Corrigé de l’exercice 5 – Suites de Riemann dans les espaces de suites

Idée clé : pour la mesure de comptage, l’intégrale devient une somme, et le critère de Riemann des séries remplace celui des intégrales.

  1. La puissance \(p\)-ième du terme général vaut \(n^{-ap}\). Par le critère de Riemann, la série \(\sum n^{-ap}\) est convergente exactement quand l’exposant \(ap\) dépasse strictement 1. La suite appartient donc à \(\ell^p\) pour \(p > 1/a\), et seulement pour ces valeurs.
  2. Avec \(a = 1/2\), on a \(3a = 3/2 > 1\) et \(2a = 1\). La suite \((n^{-1/2})\) est donc dans \(\ell^3\) sans être dans \(\ell^2\).
  3. Pour tout \(n\), \(|u_n| \leq \sum_k |u_k| = \|u\|_1\). Par conséquent, \(|u_n|^2 \leq \|u\|_1 \, |u_n|\). En sommant, on obtient \(\|u\|_2^2 \leq \|u\|_1 \cdot \|u\|_1\). Donc \(\|u\|_2 \leq \|u\|_1\).

Corrigé de l’exercice 6 – Pas de norme pour l’exposant un demi

Idée clé : deux axes de coordonnées suffisent à mettre en défaut l’inégalité triangulaire, mais une version affaiblie subsiste.

  1. Une somme de deux racines carrées positives est nulle si et seulement si chacune l’est. Ainsi, \(N(u) = 0\) équivaut à \(x = y = 0\). Ensuite, \(|\lambda x|^{1/2} = |\lambda|^{1/2} |x|^{1/2}\). Après mise au carré, on obtient \(N(\lambda u) = |\lambda| N(u)\).
  2. On a \(N(u) = N(v) = 1\), alors que \(N(u + v) = (1 + 1)^2 = 4\). Or \(4 > 1 + 1\). L’inégalité triangulaire est donc fausse, et \(N\) n’est pas une norme. La figure de l’énoncé le confirme : l’ensemble \(\{N \leq 1\}\) n’est pas convexe, puisque le milieu de \(u\) et \(v\) n’y appartient pas.
  3. Notons \(u = (x_1, y_1)\) et \(v = (x_2, y_2)\), puis \(A = N(u)^{1/2}\) et \(B = N(v)^{1/2}\). D’abord, la sous-additivité de la racine donne
    \[ |x_1 + x_2|^{1/2} + |y_1 + y_2|^{1/2} \leq A + B. \]
    En élevant au carré, \(N(u+v) \leq (A + B)^2\). Ensuite, \((A + B)^2 \leq 2(A^2 + B^2)\), car \(2AB \leq A^2 + B^2\). Ainsi \(N(u + v) \leq 2(N(u) + N(v))\).

Pour s’entraîner

Corrigé de l’exercice 7 – Inclusion en mesure finie et contre-exemples sur R

Idée clé : en mesure finie, la constante 1 est dans tous les \(L^q\), ce qui alimente Hölder ; sur \(\mathbb{R}\), les puissances détruisent toute inclusion.

  1. Par Cauchy-Schwarz, \(\int |f| \cdot 1 \leq \|f\|_2 \left( \int 1 \right)^{1/2} = \sqrt{\mu(X)}\, \|f\|_2\). Ainsi, si \(f \in L^2\), alors \(\|f\|_1 < +\infty\). Donc \(L^2(\mu) \subset L^1(\mu)\).
  2. Prenons \(f(x) = x^{-1/2}\) sur \(]0, 1]\). D’une part, \(\int_0^1 x^{-1/2} \, \mathrm{d}x = 2\). D’autre part, \(f^2 = 1/x\) n’est pas intégrable près de 0. Ainsi \(f \in L^1 \setminus L^2\) : l’inclusion de la question 1 est stricte.
  3. Par parité, \(\int_{\mathbb{R}} g^2 = 2 \int_0^{+\infty} \frac{\mathrm{d}x}{(1+x)^2} = 2\), qui est fini. En revanche, \(\int_0^{A} \frac{\mathrm{d}x}{1+x} = \ln(1 + A)\) tend vers \(+\infty\). Donc \(g \in L^2(\mathbb{R}) \setminus L^1(\mathbb{R})\). En prolongeant par 0 la fonction de la question 2, on obtient aussi un élément de \(L^1(\mathbb{R}) \setminus L^2(\mathbb{R})\). Par conséquent, aucune inclusion n’a lieu entre \(L^1(\mathbb{R})\) et \(L^2(\mathbb{R})\).

Remarque :

Les deux contre-exemples illustrent deux défauts opposés. La fonction \(x^{-1/2}\) est trop haute près de 0 pour être de carré intégrable, alors que son aire reste finie. À l’inverse, \(1/(1+|x|)\) décroît trop lentement à l’infini pour être intégrable, mais son carré décroît assez vite. Retenir ces deux images permet de construire en quelques secondes un contre-exemple pour n’importe quel couple d’exposants.

Corrigé de l’exercice 8 – Inégalité d’interpolation

Idée clé : on coupe \(|f|^s\) en deux puissances de \(|f|\) et l’on applique Hölder avec des exposants adaptés aux deux normes connues.

  1. On calcule la somme des inverses : \(\dfrac{\theta s}{p} + \dfrac{(1-\theta) s}{r} = s \left( \dfrac{\theta}{p} + \dfrac{1 – \theta}{r} \right) = s \cdot \dfrac{1}{s} = 1\). Les deux termes sont strictement positifs, donc chaque exposant est strictement supérieur à 1. Ils sont bien conjugués.
  2. On écrit \(|f|^s = |f|^{\theta s} \cdot |f|^{(1-\theta)s}\). Par Hölder avec les exposants précédents :
    \[ \int |f|^s \leq \left( \int |f|^{p} \right)^{\theta s / p} \left( \int |f|^{r} \right)^{(1-\theta) s / r} = \|f\|_p^{\theta s}\, \|f\|_r^{(1-\theta) s}. \]
    En élevant à la puissance \(1/s\), on obtient l’inégalité annoncée.
  3. On résout \(\frac{1}{2} = \theta + \frac{1 – \theta}{3}\), soit \(\frac{3}{2} = 2\theta + 1\), d’où \(\theta = \frac{1}{4}\). Ensuite :
    \[ \|f\|_2 \leq 2^{1/4} \cdot 4^{3/4} = 2^{1/4 + 3/2} = 2^{7/4}. \]
    Ainsi \(\|f\|_2 \leq 2^{7/4} \approx 3{,}36\).

Corrigé de l’exercice 9 – Limite des normes p quand p tend vers l’infini

Idée clé : on encadre \(\|f\|_p\) entre deux quantités de la forme constante fois \(C^{1/p}\), qui tendent vers la constante.

  1. On a \(|f|^p \leq \|f\|_\infty^p\) presque partout. En intégrant, \(\int |f|^p \leq \mu(X) \|f\|_\infty^p\). Après passage à la puissance \(1/p\), on obtient \(\|f\|_p \leq \mu(X)^{1/p} \|f\|_\infty\).
  2. Si \(\mu(A_\varepsilon) = 0\), alors \(|f| \leq \|f\|_\infty – \varepsilon\) presque partout, ce qui contredit la définition de \(\|f\|_\infty\) comme borne inférieure. Donc \(\mu(A_\varepsilon) > 0\). Ensuite, sur \(A_\varepsilon\), on a \(|f|^p \geq (\|f\|_\infty – \varepsilon)^p\). Ainsi \(\|f\|_p \geq (\|f\|_\infty – \varepsilon)\, \mu(A_\varepsilon)^{1/p}\).
  3. Les nombres \(\mu(X)\) et \(\mu(A_\varepsilon)\) sont strictement positifs et finis. Par conséquent, leurs puissances \(1/p\) tendent vers 1. On en déduit
    \[ \|f\|_\infty – \varepsilon \leq \liminf_{p \to +\infty} \|f\|_p \leq \limsup_{p \to +\infty} \|f\|_p \leq \|f\|_\infty. \]
    Comme \(\varepsilon\) est arbitraire, \(\|f\|_p \to \|f\|_\infty\).
  4. Pour \(f(x) = x\) sur \([0, 1]\), on a \(\int_0^1 x^p \, \mathrm{d}x = \frac{1}{p+1}\). Ainsi \(\|f\|_p = (p+1)^{-1/p} = \exp\left( -\frac{\ln(p+1)}{p} \right)\), qui tend vers 1. Or \(\|f\|_\infty = 1\) : le résultat est vérifié.

La figure trace \(p \mapsto \|f\|_p\) pour cette fonction. La convergence vers 1 est lente, de l’ordre de \(\ln(p)/p\).

Norme p de la fonction identité sur zéro un en fonction de p, croissant lentement vers la norme infinie égale à un

Corrigé de l’exercice 10 – La bosse glissante et ses sous-suites

Idée clé : la norme ne voit que la largeur de la bosse, tandis que la valeur en un point dépend de la position de la bosse.

  1. Pour \(n = 2^k + j\), on a \(\|f_n\|_p^p = 2^{-k}\), donc \(\|f_n\|_p = 2^{-k/p}\). Quand \(n \to +\infty\), l’entier \(k = \lfloor \log_2 n \rfloor\) tend vers \(+\infty\). Ainsi \(f_n \to 0\) dans \(L^p\).
  2. Soit \(x \in [0, 1]\). Pour chaque \(k\), les intervalles \([j 2^{-k}, (j+1) 2^{-k}]\) recouvrent \([0, 1]\), donc l’un d’eux contient \(x\) : on a \(f_n(x) = 1\) pour une infinité de \(n\). De plus, pour \(k \geq 2\), le point \(x\) appartient à au plus deux de ces intervalles, sur \(2^k \geq 4\). Ainsi, \(f_n(x) = 0\) pour une infinité de \(n\). Deux sous-suites de \((f_n(x))\) sont constantes, l’une égale à 0 et l’autre à 1 : la suite n’a pas de limite.
  3. On prend \(n_k = 2^k\), c’est-à-dire \(j = 0\). Alors \(f_{n_k} = \mathbf{1}_{[0, 2^{-k}]}\). Pour \(x > 0\) fixé, on a \(2^{-k} < x\) dès que \(k\) est assez grand. Donc \(f_{2^k}(x) \to 0\) pour tout \(x \in \, ]0, 1]\).
  4. Le théorème garantit seulement l’existence d’une sous-suite convergente presque partout, pas la convergence de toute la suite. L’exemple montre que cette restriction est nécessaire.

Corrigé de l’exercice 11 – Bosses hautes et convergence presque partout

Idée clé : la bosse finit par quitter chaque point, mais sa masse \(n^{ap – 1}\) peut rester grande.

  1. En \(x = 0\), on a \(g_n(0) = 0\), car \(0 \notin \, ]0, 1/n]\). Pour \(x > 0\), dès que \(n > 1/x\), on a \(x \notin \, ]0, 1/n]\), donc \(g_n(x) = 0\). Ainsi \(g_n \to 0\) en tout point.
  2. On a \(\|g_n\|_p^p = n^{ap} \cdot \frac{1}{n} = n^{ap – 1}\), d’où \(\|g_n\|_p = n^{a – 1/p}\). La suite converge vers 0 dans \(L^p\) si et seulement si \(a < 1/p\).
  3. Soit \(x \in \, ]0, 1]\). On a \(g_n(x) \neq 0\) si et seulement si \(n \leq 1/x\), et alors \(g_n(x) = \sqrt{n} \leq x^{-1/2}\). Donc \(\sup_n g_n \leq x^{-1/2}\), fonction intégrable sur \(]0, 1]\). Le théorème de convergence dominée s’applique : \(\int g_n \to 0\). On retrouve \(\|g_n\|_1 = n^{-1/2} \to 0\).

Remarque :

Pour \(a = 1\), le même raisonnement donne \(\sup_n g_n(x) = \lfloor 1/x \rfloor\), qui se comporte comme \(1/x\) près de 0. Cette enveloppe n’est pas intégrable, et c’est cohérent : la suite ne converge pas dans \(L^1\), puisque \(\|g_n\|_1 = 1\). Ainsi, l’échec de la convergence en norme se lit directement sur l’absence de domination.

Corrigé de l’exercice 12 – Un problème d’optimisation résolu par Hölder

Idée clé : Hölder donne la majoration, et son cas d’égalité indique la fonction qui l’atteint.

  1. L’exposant conjugué de 3 est \(3/2\). Pour \(f \in \mathcal{C}\), Hölder donne
    \[ J(f) \leq \|f\|_3 \left( \int_0^1 x^{3/2} \, \mathrm{d}x \right)^{2/3} = 1 \cdot \left( \frac{2}{5} \right)^{2/3}. \]
    Ainsi \(J(f) \leq (2/5)^{2/3}\) sur \(\mathcal{C}\).
  2. On veut \(\int_0^1 c^3 x^{3/2} \, \mathrm{d}x = \frac{2 c^3}{5} = 1\), d’où \(c = (5/2)^{1/3}\). Ensuite, \(J(f^*) = c \int_0^1 x^{3/2} \, \mathrm{d}x = \frac{2c}{5}\). On trouve \(J(f^*) = (5/2)^{1/3} \cdot \frac{2}{5} = (2/5)^{2/3}\).
  3. La majoration est atteinte, donc la borne supérieure est un maximum, égal à \((2/5)^{2/3} \approx 0{,}543\). Pour la constante 1, qui appartient bien à \(\mathcal{C}\), on trouve seulement \(J = 1/2\).

La figure compare la fonction optimale \(f^*\) et la constante 1. La première place davantage de masse près de \(x = 1\), là où le poids \(x\) est grand.

Fonction optimale proportionnelle à racine de x comparée à la fonction constante égale à un sur zéro un

Corrigé de l’exercice 13 – Oscillations rapides et densité

Idée clé : on prouve le résultat sur une famille dense de fonctions simples, puis une majoration uniforme en \(n\) le transporte à tout \(L^1\).

  1. Pour \(f = \mathbf{1}_{[a, b]}\), on calcule \(\int_a^b \cos(nx) \, \mathrm{d}x = \dfrac{\sin(nb) – \sin(na)}{n}\). Comme un sinus est compris entre \(-1\) et 1, cette intégrale est majorée en valeur absolue par \(2/n\), qui tend vers 0.
  2. Soit \(s = \sum_{i=1}^{m} c_i \mathbf{1}_{I_i}\), avec des intervalles bornés \(I_i\). Une indicatrice d’intervalle ouvert ou semi-ouvert ne diffère de celle du segment que sur un ensemble négligeable. Par linéarité, \(\left| \int s(x) \cos(nx) \, \mathrm{d}x \right| \leq \frac{2}{n} \sum |c_i|\). Ainsi, le résultat vaut pour toute fonction en escalier.
  3. Soit \(\varepsilon > 0\), et \(s\) en escalier avec \(\|f – s\|_1 < \varepsilon\). Comme \(|\cos| \leq 1\) :
    \[ \left| \int f(x) \cos(nx) \, \mathrm{d}x \right| \leq \|f – s\|_1 + \left| \int s(x) \cos(nx) \, \mathrm{d}x \right| \leq \varepsilon + \frac{2}{n} \sum |c_i|. \]
    Le dernier terme est inférieur à \(\varepsilon\) pour \(n\) assez grand. Donc \(\int f(x) \cos(nx) \, \mathrm{d}x \to 0\).

Corrigé de l’exercice 14 – L’indicatrice de la demi-droite loin des fonctions continues

Idée clé : une inégalité stricte vérifiée par une fonction continue sur un ouvert négligeable est impossible, ce qui transforme « presque partout » en « partout ».

  1. Si \(c = +\infty\), il n’y a rien à prouver. Sinon, \(|H – \varphi| \leq c\) presque partout. Sur \(]0, +\infty[\), cela donne \(\varphi \geq 1 – c\) presque partout. L’ensemble \(\{x > 0 : \varphi(x) < 1 – c\}\) est ouvert, par continuité, et négligeable. Or un ouvert non vide contient un intervalle de longueur strictement positive, donc cet ensemble est vide. Ainsi \(\varphi \geq 1 – c\) sur \(]0, +\infty[\), et de même \(\varphi \leq c\) sur \(]-\infty, 0[\).
  2. En faisant tendre \(x\) vers 0 par la droite puis par la gauche, la continuité de \(\varphi\) en 0 donne \(1 – c \leq \varphi(0) \leq c\). Par conséquent, \(c \geq 1/2\).
  3. Pour \(\varphi = 1/2\), on a \(|H – \varphi| = 1/2\) en tout point. La borne est donc atteinte par la fonction constante égale à \(1/2\).
  4. Toute fonction de \(C_c(\mathbb{R})\) est continue, donc à distance au moins \(1/2\) de \(H\). Ainsi, \(C_c(\mathbb{R})\) n’est pas dense dans \(L^\infty(\mathbb{R})\).

La figure montre \(H\), la fonction constante \(1/2\) et une fonction continue en rampe. Quelle que soit la rampe, l’écart reste au moins \(1/2\) près de l’origine.

Indicatrice de la demi-droite positive, constante un demi et rampe continue, avec l'écart minimal un demi en zéro

Corrigé de l’exercice 15 – Séries de normes convergentes et convergence presque partout

Idée clé : une série de fonctions positives dont la norme est finie est finie presque partout, donc son terme général tend vers 0.

  1. Notons \(S = \sum \|f_n – f\|_p\) et \(G_N = \sum_{n \leq N} |f_n – f|\). Par Minkowski, \(\|G_N\|_p \leq S\). Ensuite, \(G_N^p\) croît vers \(G^p\), et la convergence monotone donne \(\int G^p \leq S^p\). Ainsi, \(G\) est finie presque partout. En un tel point, le terme général \(|f_n(x) – f(x)|\) d’une série convergente tend vers 0. Donc \(f_n \to f\) presque partout.
  2. Comme \(\|f_n – f\|_p \to 0\), on peut choisir \(n_1 < n_2 < \cdots\) avec \(\|f_{n_k} – f\|_p \leq 2^{-k}\). D’après la question 1, \(f_{n_k} \to f\) presque partout. Or \(f_{n_k} \to g\) presque partout, comme sous-suite de \((f_n)\). Par unicité de la limite, hors de la réunion de deux ensembles négligeables, \(f = g\) presque partout.
  3. On extrait encore une sous-suite \(f_{n_k} \to f\) presque partout. Par ailleurs, la réunion dénombrable des ensembles \(\{|f_{n_k}| > 1\}\) est négligeable. Hors de ces ensembles, \(|f(x)| = \lim |f_{n_k}(x)| \leq 1\). Ainsi \(|f| \leq 1\) presque partout.

Remarque :

La question 3 montre que la boule unité de \(L^\infty\) est fermée dans \(L^p\). Ce type d’argument revient sans cesse : on transporte une propriété ponctuelle à la limite en norme grâce à une sous-suite. En revanche, il serait faux d’écrire directement \(|f(x)| = \lim |f_n(x)|\), puisque la suite entière peut ne converger nulle part.

Pour approfondir

Corrigé de l’exercice 16 – Hölder à trois fonctions

Idée clé : on regroupe deux facteurs, on applique Hölder une première fois, puis une seconde fois au groupe.

  1. On a \(\frac{s}{q} + \frac{s}{r} = 1\), et ces deux nombres sont dans \(]0, 1[\). Les exposants \(q/s\) et \(r/s\) sont donc conjugués. Par Hölder appliqué à \(|g|^s\) et \(|h|^s\) :
    \[ \int |g|^s |h|^s \leq \left( \int |g|^q \right)^{s/q} \left( \int |h|^r \right)^{s/r}. \]
    À la puissance \(1/s\), on obtient \(\|gh\|_s \leq \|g\|_q \|h\|_r\).
  2. On pose \(\frac{1}{s} = \frac{1}{q} + \frac{1}{r} = 1 – \frac{1}{p}\). Comme \(p > 1\), on a \(s > 1\), et \(s\) est le conjugué de \(p\). Par Hölder, \(\int |f| \, |gh| \leq \|f\|_p \|gh\|_s\). La question 1 conclut : \(\int |fgh| \leq \|f\|_p \|g\|_q \|h\|_r\).
  3. On applique la question 2 avec \(p = q = r = 3\) et la fonction \(x \mapsto \sqrt{x}\). On calcule \(\int_0^1 x^{3/2} \, \mathrm{d}x = \frac{2}{5}\), donc \(\|\sqrt{\cdot}\|_3 = (2/5)^{1/3}\). L’inégalité demandée en découle.

Corrigé de l’exercice 17 – Convergence presque partout et convergence des normes

Idée clé : Fatou appliqué à une quantité positive bien choisie fait apparaître \(-\limsup \|f_n – f\|_p^p\).

  1. La fonction \(t \mapsto |t|^p\) est convexe sur \(\mathbb{R}\). Ainsi, \(\left| \frac{a + (-b)}{2} \right|^p \leq \frac{|a|^p + |b|^p}{2}\). En multipliant par \(2^p\), on obtient \(|a – b|^p \leq 2^{p-1}(|a|^p + |b|^p)\).
  2. Grâce à l’inégalité précédente, chaque \(h_n\) est positive. Par ailleurs, en tout point où \(f_n\) tend vers \(f\), la suite \(h_n\) tend vers \(2^{p-1} \cdot 2|f|^p = 2^p |f|^p\). Fatou s’applique donc aux \(h_n\) :
    \[ 2^p \int |f|^p \leq \liminf_{n} \int h_n = 2^p \int |f|^p – \limsup_{n} \int |f_n – f|^p, \]
    où l’on a utilisé \(\int |f_n|^p \to \int |f|^p\). Comme \(\int |f|^p\) est fini, on peut le simplifier. Il reste \(\limsup \|f_n – f\|_p^p \leq 0\), donc \(f_n \to f\) dans \(L^p\).
  3. Pour \(x \leq 1\), on a \(u_n(x) = \mathbf{1}_{[0, 1]}(x)\). Pour \(x > 1\), on a \(u_n(x) = 0\) dès que \(1 + 1/n < x\). Ainsi, \(u_n \to \mathbf{1}_{[0, 1]}\) partout. En revanche, \(\|u_n – \mathbf{1}_{[0,1]}\|_1 = n \cdot \frac{1}{n} = 1\). Il manque la convergence des normes : \(\|u_n\|_1 = 2\), alors que la limite a pour norme 1.

Corrigé de l’exercice 18 – Problème – Les espaces de suites l^p

Idée clé : pour la mesure de comptage, les termes d’une suite de \(\ell^p\) sont bornés par sa norme, ce qui inverse le sens des inclusions par rapport au cas d’une mesure finie.

  1. Pour \(r = +\infty\), on a \(|u_n|^p \leq \sum_k |u_k|^p\), donc \(|u_n| \leq \|u\|_p\). Pour \(r < +\infty\) et \(u \neq 0\), on pose \(v = u / \|u\|_p\). Alors \(|v_n| \leq 1\), donc \(|v_n|^r \leq |v_n|^p\). En sommant, \(\|v\|_r^r \leq \|v\|_p^p = 1\). Par homogénéité, \(\|u\|_r \leq \|u\|_p\), et \(\ell^p \subset \ell^r\).
  2. On a \(\sum (n^{-1/p})^r = \sum n^{-r/p}\), qui converge puisque \(r/p > 1\). En revanche, \(\sum (n^{-1/p})^p = \sum 1/n\) diverge. Donc \((n^{-1/p}) \in \ell^r \setminus \ell^p\).
  3. La suite \(w\) est décroissante, positive, majorée par \(1/\ln 2\), et tend vers 0. Ensuite, fixons \(p < +\infty\). Toute puissance du logarithme est négligeable devant l’identité, donc \(\left(\ln(n+1)\right)^p \leq n+1\) pour \(n\) grand. Pour ces indices, \(w_n^p\) est minoré par \(\frac{1}{n+1}\), terme de la série harmonique, qui diverge. Par comparaison, \(w \notin \ell^p\) pour tout \(p < +\infty\).
  4. Soit \(\varepsilon > 0\) et \(K\) tel que \(\|u^{(k)} – u^{(m)}\|_p \leq \varepsilon\) pour \(k, m \geq K\). Chaque coordonnée vérifie \(|u_n^{(k)} – u_n^{(m)}| \leq \varepsilon\), donc converge vers un nombre \(u_n\). Ensuite, pour \(N\) fixé, \(\sum_{n \leq N} |u_n^{(k)} – u_n^{(m)}|^p \leq \varepsilon^p\). On fait tendre \(m\) vers l’infini, puis \(N\) vers l’infini : \(\|u^{(k)} – u\|_p \leq \varepsilon\) pour \(k \geq K\). En particulier, la différence \(u^{(K)} – u\) est dans \(\ell^p\), et \(u^{(K)}\) aussi. Par conséquent, \(u\) appartient à \(\ell^p\), et \(u^{(k)}\) tend vers \(u\) : c’est Riesz-Fischer pour la mesure de comptage.
  5. Pour \(u \in \ell^p\), la troncature \(u^{[N]}\), égale à \(u_n\) pour \(n \leq N\) et à 0 ensuite, vérifie \(\|u – u^{[N]}\|_p^p = \sum_{n > N} |u_n|^p\). C’est le reste d’une série convergente, qui tend vers 0. En revanche, si \(v\) est à support fini, alors \(|1 – v_n| = 1\) pour \(n\) hors du support. Donc \(\|\mathbf{1} – v\|_\infty \geq 1\), et la densité échoue dans \(\ell^\infty\).
  6. Par Cauchy-Schwarz dans \(\ell^2\), on a \(\sum |u_n| \cdot \frac{1}{n} \leq \|u\|_2 \left( \sum \frac{1}{n^2} \right)^{1/2}\). Or \(\sum_{n \geq 1} \frac{1}{n^2} = \frac{\pi^2}{6}\). La série converge absolument, et \(\left| \sum u_n / n \right| \leq \frac{\pi}{\sqrt{6}} \|u\|_2\).

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