Nature d’une série numérique en maths sup (MPSI) : cours et méthodes

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Ce chapitre du second semestre rassemble les outils pour trouver la nature d’une série numérique. Nous partons des sommes partielles, de la somme et du reste, puis du test de la divergence grossière, qui règle bien des cas en une ligne. Ensuite, nous sommons les séries télescopiques, géométriques et exponentielles.

La partie centrale traite des séries positives : comparaison, équivalents, séries de Riemann et comparaison série-intégrale. Enfin, la convergence absolue et le critère des séries alternées traitent les termes de signe variable. Un arbre de décision résume la démarche pour aborder la nature série MPSI sans perdre de temps.

Ce chapitre s’appuie sur les suites et l’intégration. Il prépare les familles sommables, puis les séries entières et les séries de fonctions de deuxième année. Vous y trouverez des méthodes en étapes et les pièges de signe qui coûtent des points en colle.

Ce que vous saurez faire

  • Distinguer le terme général, la somme partielle, la somme et le reste d’une série.
  • Repérer en une ligne une divergence grossière.
  • Calculer la somme d’une série télescopique, géométrique ou exponentielle.
  • Trouver la nature d’une série positive grâce à un équivalent ou à une majoration.
  • Encadrer une somme partielle ou un reste par des intégrales.
  • Appliquer le critère des séries alternées et majorer le reste.
  • Suivre un arbre de décision sans tomber dans les pièges de signe.

1. Sommes partielles, somme et reste

Une série n’est pas une « somme infinie » au sens naïf. En réalité, c’est une suite d’un genre particulier : la suite des sommes partielles. Tout le chapitre repose donc sur ce que nous savons déjà des suites réelles et complexes.

Définition :

Soit \((u_n)_{n\geq 0}\) une suite de nombres réels ou complexes. On appelle série de terme général \(u_n\), notée \(\sum u_n\), la suite \((S_n)\) définie par \(S_n=\sum_{k=0}^{n}u_k\). Le nombre \(S_n\) est la somme partielle d’indice \(n\).

La série converge si \((S_n)\) admet une limite finie \(S\). On note alors \(S=\sum_{k=0}^{+\infty}u_k\), c’est la somme de la série. Sinon, on dit que la série diverge.

Déterminer la nature d’une série revient à trancher entre ces deux comportements. Ainsi, « étudier la nature » ne demande jamais de calculer la somme. Par ailleurs, modifier un nombre fini de termes ne change pas la nature, mais change en général la somme.

Définition :

Si \(\sum u_n\) converge, le reste d’indice \(n\) est \(R_n=\sum_{k=n+1}^{+\infty}u_k\). Il vérifie \(S=S_n+R_n\) pour tout \(n\), et donc \(R_n\to 0\).

Piège à éviter :

On n’écrit jamais \(\sum_{k=0}^{+\infty}u_k\) avant d’avoir prouvé la convergence. En effet, ce symbole désigne un nombre, qui peut ne pas exister. En colle, on écrit d’abord « la série \(\sum u_n\) converge », puis seulement ensuite la somme.

La figure suivante compare deux comportements. Les sommes partielles de \(\sum (2/3)^n\) se stabilisent vers 3. En revanche, celles de \(\sum 1/(n+1)\) montent sans fin, très lentement.

Sommes partielles d'une série géométrique qui se stabilisent et sommes partielles harmoniques qui croissent sans limite

1.1 La divergence grossière

Le premier réflexe concerne le terme général. Si la série converge, alors \(u_n=S_n-S_{n-1}\) est la différence de deux suites de même limite. Par conséquent, \(u_n\) tend vers 0.

Propriété :

Si \(\sum u_n\) converge, alors \(u_n\to 0\). Par contraposée, si \((u_n)\) ne tend pas vers 0, la série diverge : on dit qu’elle diverge grossièrement.

Exemple guidé :

Étudions \(\sum \left(1-\frac{3}{n}\right)^{n}\) pour \(n\geq 4\). On écrit \(\left(1-\frac{3}{n}\right)^{n}=\exp\left(n\ln\left(1-\frac{3}{n}\right)\right)\). Or \(n\ln(1-3/n)\to -3\), donc le terme général tend vers \(e^{-3}\neq 0\). Ainsi, la série diverge grossièrement.

Piège à éviter :

La réciproque est fausse. Le terme \(1/n\) tend vers 0, et pourtant la série harmonique diverge. Autrement dit, \(u_n\to 0\) est une condition nécessaire, jamais suffisante. Écrire « \(u_n\to 0\) donc la série converge » coûte tous les points de la question.

1.2 Suites et séries : un aller-retour par télescopage

Réciproquement, chaque suite se lit comme une série. Il suffit d’écrire \(a_n\) comme son premier terme augmenté des sauts successifs : \(a_n=a_0+\sum_{k=0}^{n-1}(a_{k+1}-a_k)\). On en déduit un outil très souple.

Théorème :

Les deux affirmations suivantes sont équivalentes : la suite \((a_n)\) a une limite finie ; la série des sauts \(\sum (a_{n+1}-a_n)\) est convergente. Lorsqu’elles sont vraies, \(\sum_{k=0}^{+\infty}(a_{k+1}-a_k)=\lim a_n – a_0\).

Preuve :

La somme partielle d’indice \(n-1\) vaut \(a_n-a_0\) par télescopage. Ainsi, les sommes partielles convergent exactement quand \((a_n)\) converge, et la limite s’en déduit.

Ce théorème sert dans les deux sens. D’une part, il permet de sommer une série dont le terme s’écrit \(a_{n+1}-a_n\). D’autre part, il ramène la convergence d’une suite délicate à la nature d’une série, souvent plus facile à obtenir par un équivalent.

Comment faire :
  1. Décomposer le terme général en éléments simples, ou repérer une différence \(a_{n+1}-a_n\) ou \(a_n-a_{n+p}\).
  2. Écrire la somme partielle jusqu’à un indice \(N\) fini, sans jamais séparer deux séries infinies.
  3. Simplifier : seuls quelques termes du début et de la fin survivent.
  4. Faire tendre \(N\) vers l’infini.
Exemple guidé :

Sommons \(\sum_{n\geq 1}\frac{1}{n(n+2)}\). On a \(\frac{1}{n(n+2)}=\frac{1}{2}\left(\frac{1}{n}-\frac{1}{n+2}\right)\). Pour \(N\geq 2\), le télescopage à pas deux laisse deux termes au début et deux à la fin :

\[\sum_{n=1}^{N}\frac{1}{n(n+2)}=\frac{1}{2}\left(1+\frac{1}{2}-\frac{1}{N+1}-\frac{1}{N+2}\right).\]

Par conséquent, la série converge et sa somme vaut \(\frac{3}{4}\).

Remarque :

Écrire \(\sum\frac{1}{n}-\sum\frac{1}{n+2}\) avec des sommes infinies est faux ici, car ces deux séries divergent. C’est pourquoi on travaille toujours sur des sommes finies avant de passer à la limite.

2. Les séries de référence

Quelques séries ont une somme connue. Elles servent ensuite d’étalons pour comparer toutes les autres.

2.1 Séries géométriques

Théorème :

Soit \(q\in\mathbb{C}\). La série \(\sum q^n\) converge si et seulement si \(|q|<1\). Dans ce cas, \(\sum_{n=0}^{+\infty}q^n=\frac{1}{1-q}\) et le reste vaut \(R_n=\frac{q^{n+1}}{1-q}\).

Preuve :

Pour \(q\neq 1\), on a \(S_n=\frac{1-q^{n+1}}{1-q}\). Si \(|q|<1\), alors \(q^{n+1}\to 0\), d’où la limite. Si \(|q|\geq 1\), le terme \(q^n\) a un module au moins égal à 1, donc la série diverge grossièrement.

En pratique, on décale souvent l’indice. Par exemple, \(\sum_{n\geq 2}\left(\frac{3}{5}\right)^{n}=\frac{(3/5)^{2}}{1-3/5}=\frac{9}{10}\). Plus généralement, une série géométrique convergente a pour somme « premier terme divisé par \(1-q\) ».

2.2 Série exponentielle

Théorème :

Pour tout \(z\in\mathbb{C}\), la série \(\sum\frac{z^n}{n!}\) converge et \(\sum_{n=0}^{+\infty}\frac{z^n}{n!}=e^{z}\).

Preuve :

Traitons le cas réel \(z=x\). L’inégalité de Taylor-Lagrange appliquée à l’exponentielle entre 0 et \(x\) donne \(\left|e^{x}-\sum_{k=0}^{n}\frac{x^k}{k!}\right|\leq\frac{|x|^{n+1}}{(n+1)!}e^{|x|}\). Or ce majorant tend vers 0, car la factorielle l’emporte sur toute puissance. Le cas complexe se traite de la même façon avec la fonction \(t\mapsto e^{tz}\).

Pour sommer une série voisine, on fait apparaître des factorielles « propres ». Par exemple, \(\frac{n}{n!}=\frac{1}{(n-1)!}\) pour \(n\geq 1\), donc \(\sum_{n\geq 1}\frac{n\,2^n}{n!}=2\sum_{m\geq 0}\frac{2^{m}}{m!}=2e^{2}\).

3. Séries à termes positifs : comparaison et équivalents

Pour des termes positifs, chaque nouveau terme fait monter les sommes partielles. Or une suite croissante n’a que deux destins : une limite finie si elle est bornée, sinon \(+\infty\). Toute la difficulté se réduit donc à majorer \((S_n)\), et cette remarque fonde les règles de comparaison.

Théorème :

Soit \((u_n)\) et \((v_n)\) deux suites telles que \(0\leq u_n\leq v_n\) à partir d’un certain rang.

  • Si \(\sum v_n\) converge, alors \(\sum u_n\) converge.
  • Si \(\sum u_n\) diverge, alors \(\sum v_n\) diverge.
Preuve :

Quitte à retirer les premiers termes, ce qui ne change pas la nature, on suppose l’inégalité vraie dès le rang 0. Alors \(\sum_{k=0}^{n}u_k\leq\sum_{k=0}^{n}v_k\leq\sum_{k=0}^{+\infty}v_k\). Ainsi, les sommes partielles de \(\sum u_n\) sont croissantes et majorées, donc convergentes. Le second point est la contraposée du premier.

3.1 Domination et équivalents

Une inégalité exacte est rarement disponible. Heureusement, les relations de comparaison suffisent, à condition de garder un signe constant.

Théorème :

Soit \((v_n)\) une suite positive.

  • Si \(u_n=O(v_n)\) ou \(u_n=o(v_n)\), et si \(\sum v_n\) converge, alors \(\sum u_n\) converge (absolument).
  • Si \(u_n\sim v_n\), alors \(\sum u_n\) et \(\sum v_n\) sont de même nature.
Preuve :

Si \(u_n\sim v_n\), alors \(\frac{1}{2}v_n\leq u_n\leq\frac{3}{2}v_n\) à partir d’un certain rang. En particulier, \(u_n\) est positif à partir de ce rang. On applique alors le théorème de comparaison dans les deux sens. Le cas d’un \(O\) se traite de même avec \(|u_n|\leq M v_n\).

Piège à éviter :

Le critère des équivalents exige un signe constant. Par exemple, \(\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\sim\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}+\frac{1}{n}\), et pourtant la première série converge tandis que la seconde diverge. Avant d’écrire « par équivalence », on vérifie donc toujours que l’équivalent est positif.

Exemple guidé :

Étudions \(\sum u_n\) avec \(u_n=1-\cos\left(\frac{2}{n}\right)\). D’abord, \(u_n\geq 0\). Ensuite, \(1-\cos x\sim\frac{x^2}{2}\) en 0, donc \(u_n\sim\frac{2}{n^2}\). Comme \(\sum\frac{1}{n^2}\) converge (partie 4), la série \(\sum u_n\) converge.

4. Comparaison série-intégrale et séries de Riemann

Pour une fonction monotone, la somme \(f(1)+\dots+f(n)\) ressemble beaucoup à l’intégrale de \(f\). Nous transformons cette intuition en un encadrement précis.

4.1 L’encadrement de base

Propriété :

Soit \(f\) continue, positive et décroissante sur \([1,+\infty[\). Pour tout entier \(k\geq 2\), on a

\[\int_{k-1}^{k}f(x)\,\mathrm{d}x\geq f(k)\geq\int_{k}^{k+1}f(x)\,\mathrm{d}x.\]

En sommant, pour \(n\geq 2\) : \(\int_{1}^{n+1}f\leq\sum_{k=1}^{n}f(k)\leq f(1)+\int_{1}^{n}f\).

Preuve :

Pour \(t\in[k,k+1]\), la décroissance donne \(f(t)\leq f(k)\). On intègre cette inégalité sur un intervalle de longueur 1. De même, pour \(t\in[k-1,k]\), on a \(f(k)\leq f(t)\). Enfin, la relation de Chasles regroupe les intégrales.

La figure montre le cas de \(f(t)=1/t\). Les rectangles orange dépassent la courbe, tandis que les rectangles verts restent dessous. L’aire de chaque famille vaut une somme partielle.

Rectangles au-dessus et au-dessous de la courbe de un sur t pour encadrer une somme partielle
Comment faire :
  1. Vérifier que \(f\) est positive et décroissante, au moins à partir d’un rang.
  2. Écrire l’encadrement de \(f(k)\) par deux intégrales sur \([k,k+1]\) et \([k-1,k]\).
  3. Sommer en surveillant les bornes : c’est là que se glissent les erreurs.
  4. Calculer les intégrales avec une primitive, puis conclure par encadrement ou par équivalent.
Exemple guidé :

Cherchons un équivalent de \(h_n=\sum_{j=1}^{n}j^{-1}\). Avec \(f(t)=1/t\), l’encadrement donne \(\ln(n+1)\) comme minorant et \(\ln n+1\) comme majorant. En divisant par \(\ln n\), les deux bornes tendent vers 1. Par conséquent, \(h_n\) est équivalent à \(\ln n\), et la série harmonique diverge.

4.2 Les séries de Riemann, étalons du chapitre

Théorème :

Pour tout réel \(\alpha\), la série de Riemann \(\sum_{p\geq 1}p^{-\alpha}\) est convergente lorsque \(\alpha>1\) et divergente lorsque \(\alpha\leq 1\).

Preuve :

Si \(\alpha\leq 0\), le terme ne tend pas vers 0 : divergence grossière. Si \(\alpha>0\), la fonction \(t\mapsto t^{-\alpha}\) est positive et décroissante. Pour \(\alpha\neq 1\), l’encadrement de 4.1 donne

\[\frac{(n+1)^{1-\alpha}-1}{1-\alpha}\leq\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k^{\alpha}}\leq 1+\frac{n^{1-\alpha}-1}{1-\alpha}.\]

Si \(\alpha>1\), le majorant tend vers \(1+\frac{1}{\alpha-1}\) : les sommes partielles sont majorées, donc la série converge. Si \(0<\alpha<1\), le minorant tend vers \(+\infty\). Enfin, le cas \(\alpha=1\) est celui de la série harmonique.

L’encadrement fournit plus que la nature. En effet, pour \(\alpha>1\), on encadre aussi le reste : \(\int_{n+1}^{+\infty}\frac{\mathrm{d}t}{t^{\alpha}}\leq R_n\leq\int_{n}^{+\infty}\frac{\mathrm{d}t}{t^{\alpha}}\). On en déduit que \(R_n\) est équivalent à \(\frac{n^{1-\alpha}}{\alpha-1}\), ce qui mesure la vitesse de convergence.

Remarque :

Les séries de Riemann sont les étalons du chapitre. Pour comparer un terme contenant un logarithme, on utilise les croissances comparées. Par exemple, \(\frac{\ln n}{n^{3/2}}=o\left(\frac{1}{n^{5/4}}\right)\), car \(\frac{\ln n}{n^{1/4}}\to 0\). Ainsi, \(\sum\frac{\ln n}{n^{3/2}}\) converge.

5. Convergence absolue et séries alternées

Quand le signe de \(u_n\) varie, les outils précédents ne s’appliquent plus directement. Nous disposons alors de deux voies : passer au module, ou exploiter l’alternance du signe.

5.1 Convergence absolue

Définition :

La série \(\sum u_n\) est absolument convergente si la série positive \(\sum |u_n|\) converge.

Théorème :

Toute série réelle ou complexe absolument convergente est convergente. De plus, sa somme \(S\) vérifie \(|S|\leq\sum_{k=0}^{+\infty}|u_k|\).

Preuve :

Dans le cas réel, on pose \(u_n^{+}=\max(u_n,0)\) et \(u_n^{-}=\max(-u_n,0)\). Ces deux suites sont positives et majorées par \(|u_n|\). Donc \(\sum u_n^{+}\) et \(\sum u_n^{-}\) convergent, et \(u_n=u_n^{+}-u_n^{-}\). Pour un terme complexe, on écrit \(u_n=x_n+iy_n\). Comme \(|x_n|\leq|u_n|\) et \(|y_n|\leq|u_n|\), le cas réel s’applique à chacune des deux suites.

Par exemple, \(\left|\frac{\sin(4n)}{n^{2}+7}\right|\leq\frac{1}{n^2}\). La série converge donc absolument, et par suite elle converge.

Contre-exemple :

La série \(\sum_{n\geq 1}\frac{(-1)^{n}}{n}\) converge (voir 5.2), mais \(\sum\frac{1}{n}\) diverge. Une série convergente n’est donc pas toujours absolument convergente : on parle alors de semi-convergence.

5.2 Le critère des séries alternées

Théorème :

Soit \((a_n)\) une suite positive, décroissante, de limite nulle. Alors la série \(\sum(-1)^{n}a_n\) converge. De plus, le reste \(R_n\) est du signe de \((-1)^{n+1}\) et vérifie \(|R_n|\leq a_{n+1}\).

Preuve :

On a \(S_{2n+2}-S_{2n}=a_{2n+2}-a_{2n+1}\leq 0\) et \(S_{2n+3}-S_{2n+1}=a_{2n+2}-a_{2n+3}\geq 0\). De plus, \(S_{2n+1}-S_{2n}=-a_{2n+1}\to 0\). Les suites \((S_{2n})\) et \((S_{2n+1})\) sont donc adjacentes et ont une limite commune \(S\). Ensuite, \(S\) se trouve entre deux sommes partielles consécutives, ce qui donne \(|S-S_n|\leq|S_{n+1}-S_n|=a_{n+1}\) et le signe du reste.

La figure illustre ce mécanisme pour \(\sum\frac{(-1)^n}{2n+1}\). Les sommes partielles paires descendent, les impaires montent, et la somme reste toujours prise en sandwich.

Sommes partielles d'une série alternée qui oscillent autour de la somme en se resserrant

Piège à éviter :

Les trois hypothèses comptent, et la décroissance est la plus souvent oubliée. Pour la justifier, on étudie la fonction associée ou le signe de \(a_{n+1}-a_n\). De plus, le critère ne donne jamais la convergence absolue.

Exemple guidé :

D’abord, la série \(\sum\frac{(-1)^n}{n^{3/2}}\) converge absolument : l’alternance est donc inutile ici. Prenons plutôt \(\sum\frac{(-1)^n}{\ln(n+1)}\). Ici, \(a_n=\frac{1}{\ln(n+1)}\) est positive, décroissante et tend vers 0, donc la série converge. Pour garantir une erreur inférieure à \(\frac{1}{4}\), il suffit que \(\ln(n+2)\geq 4\), soit \(n\geq 53\).

5.3 Quand l’alternance est perturbée

Souvent, le terme général n’est alterné qu’« au premier ordre ». On effectue alors un développement asymptotique et on étudie chaque morceau séparément.

Exemple guidé :

Soit \(u_n=\ln\left(1+\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\right)\) pour \(n\geq 2\). Le développement \(\ln(1+x)=x-\frac{x^2}{2}+O(x^3)\) donne

\[u_n=\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}-\frac{1}{2n}+O\left(\frac{1}{n^{3/2}}\right).\]

Le premier terme donne une série convergente par le critère des séries alternées. Le troisième donne une série absolument convergente. En revanche, \(\sum\frac{1}{2n}\) diverge. Par conséquent, \(\sum u_n\) diverge, alors que \(u_n\) est équivalent à \(\frac{(-1)^n}{\sqrt{n}}\).

6. Un arbre de décision pour la nature d’une série

Face à une série inconnue, l’ordre des questions fait gagner beaucoup de temps. Nous proposons le parcours suivant, à suivre dans l’ordre.

Arbre de décision pour déterminer la nature d'une série numérique selon le signe et le terme général
Comment faire :
  1. Le terme général tend-il vers 0 ? Si non, la série diverge grossièrement : c’est fini.
  2. Le terme a-t-il une forme connue (télescopique, géométrique, exponentielle) ? Si oui, on calcule directement les sommes partielles.
  3. Le terme est-il de signe constant à partir d’un rang ? Si oui, on cherche un équivalent simple ou une domination par une série de Riemann.
  4. Si l’équivalent ne suffit pas et que \(f\) est monotone, on compare à une intégrale.
  5. Si le signe varie, on teste d’abord la convergence absolue.
  6. Sinon, on vérifie les hypothèses du critère des séries alternées, ou on développe le terme pour séparer une partie alternée et une partie de signe constant.

Cet ordre n’est pas arbitraire. En effet, les premières étapes sont rapides et règlent une majorité de cas. Les dernières, en revanche, demandent des calculs plus fins, où les erreurs de signe sont fréquentes.

À savoir :

Les équivalents usuels en 0 sont les outils de base : \(\sin x\sim x\), \(\ln(1+x)\sim x\), \(e^{x}-1\sim x\), \(1-\cos x\sim\frac{x^2}{2}\), \((1+x)^{a}-1\sim ax\). Avec \(x=x_n\to 0\), ils transforment la plupart des termes généraux en puissances de \(n\).

6.1 Quatre séries passées au crible

Appliquons maintenant l’arbre à quatre termes généraux variés. Pour chacun, nous indiquons l’étape où le parcours s’arrête et la raison de cet arrêt.

Exemple guidé :

Premier cas. Soit \(u_n=n^{2}\sin\left(\frac{1}{n^{3}}\right)\) pour \(n\geq 1\). Le terme tend vers 0, car il est équivalent à \(\frac{1}{n}\). Aucune forme connue n’apparaît. En revanche, le signe est constant : \(\frac{1}{n^3}\in\,]0,\pi[\), donc le sinus est positif. L’arbre s’arrête à l’étape 3 : la série diverge, comme la série harmonique.

Deuxième cas. Soit \(v_n=\frac{3^n}{n!}\). On reconnaît la série exponentielle en \(z=3\). Le parcours s’arrête donc dès l’étape 2 : la série converge et sa somme vaut \(e^{3}\).

Exemple guidé :

Troisième cas. Soit \(w_n=\left(\sqrt{n+1}-\sqrt{n}\right)^{3}\). La quantité conjuguée donne \(w_n=\frac{1}{\left(\sqrt{n+1}+\sqrt{n}\right)^{3}}\). Ce terme est positif et équivalent à \(\frac{1}{8n^{3/2}}\). Par conséquent, la série converge, toujours à l’étape 3.

Quatrième cas. Soit \(z_n=(-1)^n\left(e^{1/\sqrt{n}}-1\right)\). Le signe alterne. Le module est équivalent à \(\frac{1}{\sqrt{n}}\), donc la convergence absolue échoue à l’étape 5. Cependant, \(a_n=e^{1/\sqrt{n}}-1\) est positive, décroissante par composition de fonctions monotones, et tend vers 0. Le critère de l’étape 6 conclut : la série converge, sans convergence absolue.

Ces quatre cas montrent un point important. D’une part, la plupart des séries se règlent aux étapes 1 à 3. D’autre part, le passage aux étapes 5 et 6 n’est utile que lorsque le signe varie vraiment. Enfin, on rédige toujours la vérification du signe, même lorsqu’elle paraît évidente : c’est elle que l’examinateur attend.

Remarque :

La règle de d’Alembert, qui compare \(\frac{u_{n+1}}{u_n}\) à 1, n’est pas un outil de ce chapitre en première année. Elle reviendra avec les séries entières. En attendant, on se ramène à une série géométrique par une comparaison directe, par exemple \(0\leq\frac{n}{4^n}\leq\left(\frac{1}{2}\right)^{n}\) car \(n\leq 2^n\) pour tout entier naturel \(n\).

Les erreurs fréquentes

  • Conclure à la convergence parce que le terme général tend vers 0.
  • Utiliser un équivalent alors que le terme change de signe.
  • Séparer \(\sum(a_n-b_n)\) en deux séries infinies qui divergent.
  • Oublier de vérifier la décroissance dans le critère des séries alternées.
  • Se tromper d’une unité dans les bornes des intégrales lors d’une comparaison série-intégrale.
  • Écrire la somme \(\sum_{n=0}^{+\infty}u_n\) avant d’avoir établi la convergence.

Fiche mémo

  • Nature d’une série : convergence ou divergence de la suite des sommes partielles.
  • Si \(u_n\) ne tend pas vers 0, divergence grossière.
  • \((a_n)\) converge si et seulement si \(\sum(a_{n+1}-a_n)\) converge.
  • \(\sum q^n\) converge si et seulement si \(|q|<1\), de somme \(\frac{1}{1-q}\).
  • \(\sum\frac{z^n}{n!}=e^{z}\) pour tout complexe \(z\).
  • \(\sum\frac{1}{n^{\alpha}}\) converge si et seulement si \(\alpha>1\).
  • Pour des termes positifs, comparaison, domination et équivalents conservent la nature.
  • \(f\) positive décroissante : \(\int_{k}^{k+1}f\leq f(k)\leq\int_{k-1}^{k}f\).
  • Convergence absolue implique convergence.
  • Série alternée : \(a_n\) positive, décroissante, de limite nulle, et \(|R_n|\leq a_{n+1}\).

Questions fréquentes

Le terme général tend vers 0 : la série converge-t-elle ?

Pas forcément. La condition u_n tend vers 0 est seulement nécessaire. La série harmonique de terme 1/n en est le contre-exemple classique : son terme tend vers 0 et pourtant elle diverge.

Peut-on toujours utiliser un équivalent pour trouver la nature ?

Non, seulement si l’équivalent est de signe constant à partir d’un certain rang. Pour une série alternée, deux termes équivalents peuvent donner des séries de natures différentes. Dans ce cas, on fait un développement asymptotique et on étudie chaque morceau.

Quand faut-il faire une comparaison série-intégrale ?

On l’utilise quand le terme s’écrit f(n) avec f positive et décroissante, et qu’aucun équivalent simple ne conclut. Elle donne aussi un équivalent des sommes partielles d’une série divergente ou du reste d’une série convergente.

Quelle différence entre convergence et convergence absolue ?

Une série converge absolument si la série des modules converge, ce qui entraîne la convergence. La réciproque est fausse : la série de terme (-1)^n/n converge sans converger absolument. On parle alors de semi-convergence.

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