Équivalents et négligeabilité en maths sup (MPSI) : cours et méthodes

Équivalents et négligeabilité – Cours de maths en Maths sup (MPSI) sur Maths-pdf.fr Couverture : Manuel de cours de maths MPSI en PDF Télécharger en PDF Le livre des cours de maths en MPSI PDF à imprimer Voir le livre ›


Ce chapitre fixe le vocabulaire de l’analyse asymptotique : domination, négligeabilité et équivalence, avec les notations O, o et ∼. Nous rappelons les croissances comparées, puis nous dressons la liste des équivalents MPSI à connaître sans hésiter.

Le cœur du cours est la liste des opérations autorisées et interdites : produit, quotient et puissance d’un côté, somme et composition de l’autre. Ensuite, nous voyons l’équivalent par encadrement, l’adaptation aux suites et la formule de Stirling. Enfin, nous expliquons comment obtenir le développement asymptotique d’une suite définie implicitement.

Ce chapitre ouvre le second semestre. Il prépare directement les développements limités, les séries et les intégrales. Vous y trouverez donc les réflexes qui évitent les erreurs les plus coûteuses en concours.

Ce que vous saurez faire

  • Écrire et manipuler les relations \(f = O(g)\), \(f = o(g)\) et \(f \sim g\), pour des fonctions comme pour des suites.
  • Classer rapidement des fonctions de référence grâce aux croissances comparées.
  • Trouver un équivalent simple d’un produit, d’un quotient ou d’une puissance.
  • Reconnaître les opérations interdites (somme, composition à gauche) et les contourner.
  • Obtenir un équivalent par encadrement et utiliser la formule de Stirling.
  • Développer asymptotiquement une suite définie par une équation.

1. Domination et négligeabilité

Dans ce chapitre, \(a\) désigne un réel ou \(\pm\infty\), et \(I\) un intervalle dont \(a\) est un point ou une extrémité. Les fonctions sont définies sur \(I\), sauf peut-être en \(a\). L’objectif est de comparer deux fonctions au voisinage de \(a\) seulement : ce qui se passe loin de \(a\) ne compte pas.

1.1 Définitions et notations

Pour éviter les cas pathologiques, nous supposons que \(g\) ne s’annule pas au voisinage de \(a\), sauf éventuellement en \(a\) lui-même. On peut alors raisonner sur le quotient \(f/g\).

Définition :

On dit que \(f\) est dominée par \(g\) au voisinage de \(a\), et on note \(f = O(g)\), si le quotient \(f/g\) est borné au voisinage de \(a\).

On dit que \(f\) est négligeable devant \(g\) au voisinage de \(a\), et on note \(f = o(g)\), si \(f/g\) tend vers \(0\) en \(a\).

Par exemple, en \(+\infty\), on a \(5x^2 + \sin x = O(x^2)\), car le quotient reste entre \(4\) et \(6\) pour \(x \geq 1\). En revanche, \(x^2 = o(x^3)\), car \(x^2/x^3 = 1/x\) tend vers \(0\). En \(0\), c’est l’inverse : \(x^3 = o(x^2)\).

Notation :

L’écriture \(f = o(g)\) n’est pas une égalité. Elle signifie « \(f\) appartient à l’ensemble des fonctions négligeables devant \(g\) ». On la lit donc de gauche à droite seulement. Par exemple, \(x = o(x^2)\) et \(x^{3/2} = o(x^2)\) en \(+\infty\), mais on n’en déduit surtout pas \(x = x^{3/2}\).

Enfin, \(f = o(1)\) signifie que \(f\) tend vers \(0\) en \(a\), et \(f = O(1)\) que \(f\) est bornée au voisinage de \(a\).

1.2 Croissances comparées

Les relations de référence en \(+\infty\) découlent de la limite de \(\ln x / x\). Il faut les connaître par cœur, sous forme de petits o.

Théorème :

Soit \(\alpha, \beta, \gamma\) des réels strictement positifs.

  • En \(+\infty\) : \((\ln x)^\alpha = o(x^\beta)\) et \(x^\beta = o(e^{\gamma x})\).
  • En \(0^+\) : \(|\ln x|^\alpha = o(x^{-\beta})\).
  • Pour les suites : \(n^\beta = o(q^n)\) pour tout \(q > 1\), \(q^n = o(n!)\) pour tout réel \(q\), et \(n! = o(n^n)\).

La figure montre trois quotients qui tendent vers \(0\). On remarque que la convergence peut être lente. Ainsi, \((\ln x)^3/x\) vaut encore plus de \(1\) pour \(x = 60\). Un tracé sur un petit intervalle ne prouve donc rien.

Trois quotients de croissances comparées qui tendent vers zéro, dont un très lentement

Piège à éviter :

Les croissances comparées portent sur les exposants, pas sur les constantes multiplicatives. Ainsi, \(e^{2x}\) n’est pas dominée par \(e^x\) en \(+\infty\), puisque leur quotient \(e^x\) tend vers \(+\infty\). De même, \(2^n = o(3^n)\), alors que \(2^n\) et \(5 \cdot 2^n\) restent du même ordre.

1.3 Règles de calcul

Les règles suivantes se démontrent toutes en revenant aux quotients. Elles permettent de calculer avec des \(o\) et des \(O\) comme avec des inconnues, sous certaines précautions.

Propriété :

Au voisinage de \(a\) :

  • si \(f = o(g)\) et \(g = o(h)\), alors \(f = o(h)\) ; de même avec \(O\) ;
  • si \(f = o(g)\) et \(g = O(h)\), ou si \(f = O(g)\) et \(g = o(h)\), alors \(f = o(h)\) ;
  • \(o(g) + o(g) = o(g)\) et \(\lambda\, o(g) = o(g)\) pour toute constante \(\lambda\) ;
  • \(f \cdot o(g) = o(fg)\) et \(o(f) \cdot o(g) = o(fg)\).

Piège à éviter :

Une différence \(o(g) – o(g)\) ne vaut pas \(0\) : c’est encore un \(o(g)\). En effet, chaque symbole cache sa propre fonction, et rien n’oblige les deux à coïncider. Par exemple, \(x^2 = o(x)\) et \(x^3 = o(x)\) en \(0\), mais \(x^2 – x^3\) n’est pas nul.

1.4 Quand le grand O suffit

Il arrive qu’une fonction n’ait aucun équivalent simple. Dans ce cas, une domination ou une négligeabilité reste souvent accessible, et elle suffit pour conclure. Par exemple, pour montrer qu’une limite est nulle, il suffit de dominer la fonction par une quantité qui tend vers \(0\). L’exemple suivant illustre cette situation, fréquente avec les fonctions oscillantes.

Exemple guidé :

Étudions \(\phi(x) = x^2\sin\frac{1}{x}\) au voisinage de \(0\). D’abord, \(\big|\phi(x)/x^2\big| = \big|\sin\frac{1}{x}\big| \leq 1\), donc \(\phi = O(x^2)\). Ensuite, \(\phi(x)/x = x\sin\frac{1}{x}\) tend vers \(0\), car c’est le produit d’une fonction bornée par \(x\). Ainsi, \(\phi = o(x)\). En revanche, \(\phi\) n’est équivalente à aucune puissance de \(x\) : le quotient \(\phi(x)/x^2\) oscille sans limite. Un \(O\) donne donc une information utile même quand aucun équivalent n’existe.

2. Équivalents : définition et propriétés conservées

La négligeabilité compare des ordres de grandeur différents. L’équivalence, elle, exprime que deux fonctions ont le même comportement principal. C’est la relation la plus utilisée pour calculer des limites.

2.1 Définition

Définition :

On dit que \(f\) est équivalente à \(g\) au voisinage de \(a\), et on note \(f \sim g\), si \(f – g = o(g)\). Avec notre hypothèse sur \(g\), qui ne prend pas la valeur \(0\) près de \(a\), cela revient à dire que \(f/g\) tend vers \(1\).

La relation \(\sim\) est réflexive, symétrique et transitive : c’est une relation d’équivalence. Autrement dit, on peut remplacer une fonction par une autre qui lui est équivalente, puis recommencer.

À savoir :

Un polynôme non nul est équivalent en \(\pm\infty\) à son terme de plus haut degré, et en \(0\) à son terme non nul de plus bas degré. Par exemple, \(4x^6 – x^2 + 9x^3\) est équivalent à \(4x^6\) en \(+\infty\) et à \(-x^2\) en \(0\).

2.2 Équivalents usuels en 0

Les équivalents usuels viennent presque tous d’une limite de taux d’accroissement. Par exemple, \(\frac{\ln(1+u)}{u}\) tend vers \(\ln^{\prime}(1) = 1\) quand \(u\) tend vers \(0\).

À savoir :

Au voisinage de \(0\), pour tout réel \(\alpha\) :

\[ \sin u \sim u, \quad \tan u \sim u, \quad \arctan u \sim u, \quad e^u – 1 \sim u, \quad \ln(1 + u) \sim u, \]

\[ 1 – \cos u \sim \frac{u^2}{2}, \qquad (1 + u)^\alpha – 1 \sim \alpha u \quad (\alpha \neq 0). \]

L’équivalent de \(1 – \cos u\) se déduit des autres. En effet, \(1 – \cos u = 2\sin^2(u/2)\), et \(\sin(u/2) \sim u/2\). Le produit donne alors \(2 \cdot u^2/4 = u^2/2\).

Exemple guidé :

Calculons la limite en \(0\) de \(L(x) = \dfrac{e^{\sin(2x)} – 1}{\ln(1 + 5x)}\). D’abord, \(\sin(2x)\) tend vers \(0\). La substitution dans \(e^u – 1 \sim u\) donne donc \(e^{\sin(2x)} – 1 \sim \sin(2x) \sim 2x\). Ensuite, \(\ln(1 + 5x) \sim 5x\). Par quotient, \(L(x) \sim \frac{2x}{5x}\). Ainsi, \(L(x)\) tend vers \(\frac{2}{5}\).

On remarque que la substitution s’enchaîne : on l’applique d’abord à l’exponentielle, puis au sinus. Chaque étape remplace une fonction qui tend vers \(0\) par un équivalent plus simple.

2.3 Ce qu’un équivalent conserve

Deux fonctions équivalentes partagent deux informations essentielles. C’est pour cela qu’on cherche des équivalents.

Proposition :

Supposons \(f \sim g\) au voisinage de \(a\).

  • Si \(g\) admet une limite \(\ell\) (finie ou infinie) en \(a\), alors \(f\) admet la même limite.
  • Au voisinage de \(a\), les fonctions \(f\) et \(g\) sont de même signe strict.
Preuve :

On écrit \(f = g \cdot u\) avec \(u\) qui tend vers \(1\). D’abord, la limite de \(f\) est le produit des limites, soit \(\ell \cdot 1\). Ensuite, comme \(u\) tend vers \(1\), on a \(u > 1/2\) au voisinage de \(a\). Par conséquent, \(f\) et \(g\) y ont le même signe.

Exemple guidé :

Étudions le signe de \(h(x) = \ln(1 + x^3) – \tan(2x^3)\) près de \(0\). Chaque terme est équivalent à un multiple de \(x^3\), mais on ne peut pas additionner les équivalents. On écrit donc \(\ln(1 + x^3) = x^3 + o(x^3)\) et \(\tan(2x^3) = 2x^3 + o(x^3)\). La différence vaut \(-x^3 + o(x^3)\), donc \(h(x) \sim -x^3\). Ainsi, \(h\) est positive à gauche de \(0\) et négative à droite.

Remarque :

Un équivalent ne conserve pas tout. En particulier, deux fonctions équivalentes peuvent avoir une différence qui tend vers l’infini : \(x^2 + x \sim x^2\) en \(+\infty\), alors que leur écart vaut \(x\).

3. Opérations autorisées et interdites sur les équivalents

C’est la partie qui coûte le plus de points aux concours. La règle est simple : on peut multiplier, diviser et élever à une puissance fixe. En revanche, on ne peut ni additionner, ni composer à gauche sans précaution.

3.1 Ce qui est permis

Propriété :

Supposons \(f_1 \sim g_1\) et \(f_2 \sim g_2\) au voisinage de \(a\). Alors :

  • \(f_1 f_2 \sim g_1 g_2\) et, si les quotients ont un sens, \(f_1 / f_2 \sim g_1 / g_2\) ;
  • pour tout réel \(\alpha\) fixé, \(f_1^\alpha \sim g_1^\alpha\) dès que ces puissances sont définies ;
  • si \(\varphi(t)\) tend vers \(a\) quand \(t\) tend vers \(b\), alors \(f_1 \circ \varphi \sim g_1 \circ \varphi\) au voisinage de \(b\).

La dernière règle s’appelle la substitution : on remplace la variable par une fonction qui tend vers le bon point. Par exemple, \(\sin u \sim u\) en \(0\), et \(1/x^2\) tend vers \(0\) en \(+\infty\). Donc \(\sin(1/x^2) \sim 1/x^2\) en \(+\infty\).

Exemple guidé :

Cherchons un équivalent en \(0^+\) de \(F(x) = \dfrac{(e^{3x} – 1)\,\sqrt{\sin x}}{\ln(1 + x^2)}\). On traite chaque facteur. D’abord, \(e^{3x} – 1 \sim 3x\). Ensuite, \(\sin x \sim x\), donc \(\sqrt{\sin x} \sim \sqrt{x}\). Enfin, \(\ln(1 + x^2) \sim x^2\). Par produit et quotient, on obtient

\[ F(x) \sim \frac{3x \sqrt{x}}{x^2} = \frac{3}{\sqrt{x}}. \]

En particulier, \(F\) tend vers \(+\infty\) en \(0^+\).

3.2 Ce qui est interdit

Deux erreurs reviennent sans cesse. Nous les illustrons par des contre-exemples courts, à retenir.

Contre-exemple :

Somme. En \(+\infty\), on a \(x^2 + 7x \sim x^2 + 1\) et \(-x^2 \sim -x^2\). Pourtant, la somme des premiers membres vaut \(7x\), celle des seconds vaut \(1\), et \(7x\) n’est pas équivalent à \(1\).

Composition à gauche. En \(+\infty\), on a \(x + 2 \sim x\). Cependant, \(e^{x+2}/e^x = e^2\) ne tend pas vers \(1\). Donc \(e^{x+2}\) n’est pas équivalent à \(e^x\).

Quotient de deux fonctions équivalentes qui tend vers 1 et quotient de leurs exponentielles qui reste égal à e au carré

Pour l’exponentielle, il existe un critère exact. On a \(e^f \sim e^g\) si et seulement si \(e^{f – g}\) tend vers \(1\), c’est-à-dire si et seulement si \(f – g\) tend vers \(0\). C’est beaucoup plus exigeant que \(f \sim g\).

3.3 Le cas du logarithme et des sommes

Pour le logarithme, la situation est plus favorable, à une condition près sur la limite.

Proposition :

Soit \(f\) et \(g\) strictement positives avec \(f \sim g\) en \(a\). Si \(g\) tend vers une limite \(\ell \in [0, +\infty]\) différente de \(1\), alors \(\ln f \sim \ln g\).

Preuve :

On écrit \(\ln f = \ln g + \ln(f/g)\). Le terme \(\ln(f/g)\) tend vers \(\ln 1 = 0\). De plus, \(\ln g\) tend vers \(\ln \ell \neq 0\), ou vers \(\pm\infty\). Dans les deux cas, \(\ln(f/g) = o(\ln g)\). Par conséquent, \(\ln f = \ln g + o(\ln g)\), ce qui est la définition.

La condition \(\ell \neq 1\) est indispensable. Par exemple, en \(0\), on a \(1 + x \sim 1 + 3x\). Pourtant, \(\ln(1 + x) \sim x\) et \(\ln(1 + 3x) \sim 3x\) ne sont pas équivalents.

Comment faire :

Pour trouver un équivalent d’une somme \(f + g\) :

  1. chercher un équivalent simple de chaque terme ;
  2. si un terme est négligeable devant l’autre, la somme est équivalente au terme dominant ;
  3. si les deux termes sont du même ordre, réécrire chacun sous la forme « équivalent \(+\, o(\dots)\) » et additionner ;
  4. si les équivalents se compensent exactement, factoriser, utiliser une quantité conjuguée ou une formule de trigonométrie pour aller plus loin.
Exemple guidé :

Cherchons un équivalent en \(+\infty\) de \(D(x) = \sqrt{x^2 + 6x} – x\). Les deux termes sont équivalents à \(x\) : ils se compensent. On multiplie donc par la quantité conjuguée :

\[ D(x) = \frac{6x}{\sqrt{x^2 + 6x} + x}. \]

Le dénominateur est une somme de deux termes positifs équivalents à \(x\), donc il est équivalent à \(2x\). Ainsi, \(D(x) \sim \frac{6x}{2x} = 3\), et \(D\) tend vers \(3\).

Remarque :

Additionner deux équivalents de même signe est en fait légitime. En effet, si \(f_1 \sim g_1\) et \(f_2 \sim g_2\) avec \(g_1, g_2 > 0\), alors \(f_1 + f_2 \sim g_1 + g_2\). Le danger vient uniquement des compensations.

4. Encadrement, suites et formule de Stirling

4.1 Équivalent par encadrement

Quand aucune opération ne s’applique, on encadre. Le résultat suivant joue le rôle du théorème des gendarmes pour les équivalents.

Théorème :

Supposons \(u \leq f \leq v\) au voisinage de \(a\), avec \(u \sim h\) et \(v \sim h\), où \(h\) est strictement positive au voisinage de \(a\). Alors \(f \sim h\).

Preuve :

On divise l’encadrement par \(h > 0\) : \(\frac{u}{h} \leq \frac{f}{h} \leq \frac{v}{h}\). Les deux bornes tendent vers \(1\). Par le théorème d’encadrement des limites, \(f/h\) tend aussi vers \(1\).

Exemple guidé :

Cherchons un équivalent de \(S_n = \sum_{k=1}^{n} \sqrt{k}\). La fonction racine est croissante. Pour \(k \geq 1\), on a donc \(\int_{k-1}^{k} \sqrt{t}\,dt \leq \sqrt{k} \leq \int_{k}^{k+1} \sqrt{t}\,dt\). En sommant pour \(k\) de \(1\) à \(n\), on obtient

\[ \frac{2}{3}\, n^{3/2} \leq S_n \leq \frac{2}{3}\big((n+1)^{3/2} – 1\big). \]

Les deux bornes sont équivalentes à \(\frac{2}{3} n^{3/2}\). Par conséquent, \(S_n \sim \frac{2}{3}\, n^{3/2}\).

4.2 Adaptation aux suites

Toutes les définitions s’appliquent aux suites, avec \(a = +\infty\) et la variable \(n\). Ainsi, \(u_n = o(v_n)\) signifie que \(u_n / v_n\) tend vers \(0\), dès que \(v_n \neq 0\) pour \(n\) assez grand. Les équivalents usuels s’utilisent par substitution, avec une suite qui tend vers \(0\). Par exemple, \(\ln\big(1 + \frac{2}{n^3}\big) \sim \frac{2}{n^3}\).

Exemple guidé :

Cherchons la limite de \(w_n = n^2\big(1 – \cos\frac{\pi}{n}\big)\). La suite \(\pi/n\) tend vers \(0\). Par substitution, \(1 – \cos\frac{\pi}{n} \sim \frac{\pi^2}{2n^2}\). En multipliant par \(n^2\), on obtient \(w_n \sim \frac{\pi^2}{2}\). Par conséquent, \(w_n\) converge vers \(\frac{\pi^2}{2} \approx 4{,}93\). Géométriquement, ce calcul mesure l’écart entre un cercle et un polygone régulier à \(n\) côtés.

Piège à éviter :

On n’élève jamais un équivalent à une puissance qui dépend de \(n\). Par exemple, \(1 + \frac{1}{n} \sim 1\), mais \(\big(1 + \frac{1}{n}\big)^n\) tend vers \(e\) et non vers \(1\). Dans ce cas, on passe à la forme exponentielle \(e^{n \ln(1 + 1/n)}\), puis on étudie l’exposant.

4.3 La formule de Stirling

La factorielle n’a pas d’expression simple. Pourtant, son comportement asymptotique est connu avec une grande précision.

Théorème :

Quand \(n\) tend vers \(+\infty\),

\[ n! \sim \sqrt{2\pi n}\, \Big(\frac{n}{e}\Big)^n. \]

Nous admettons ce résultat pour l’instant. Sa démonstration utilise les séries ou les intégrales de Wallis, étudiées plus tard. La figure montre que le quotient tend très vite vers \(1\). En revanche, \(n!\) n’est pas équivalent à \((n/e)^n\) : le facteur \(\sqrt{2\pi n}\) est indispensable.

Quotient de la factorielle par la formule de Stirling qui tend vers 1, comparé à un quotient sans racine qui diverge
Exemple guidé :

Cherchons un équivalent de \((n!)^{1/n}\). On ne peut pas élever l’équivalent de Stirling à la puissance \(1/n\) sans justification. Passons donc au logarithme. Stirling donne \(\ln(n!) = n\ln n – n + \frac{1}{2}\ln(2\pi n) + o(1)\). En divisant par \(n\), on trouve

\[ \frac{1}{n}\ln(n!) = \ln n – 1 + \varepsilon_n, \quad \text{avec } \varepsilon_n \to 0. \]

Ainsi, \((n!)^{1/n} = \frac{n}{e}\, e^{\varepsilon_n}\), et \(e^{\varepsilon_n}\) tend vers \(1\). Finalement, \((n!)^{1/n} \sim \frac{n}{e}\).

5. Développements asymptotiques de suites implicites

Une suite est définie implicitement quand \(x_n\) est l’unique solution d’une équation qui dépend de \(n\). On ne connaît pas \(x_n\) explicitement. Cependant, on peut souvent obtenir \(x_n = \text{terme principal} + \text{correction} + o(\dots)\) : c’est un développement asymptotique.

5.1 La méthode en quatre temps

Comment faire :
  1. Justifier l’existence et l’unicité de \(x_n\) : stricte monotonie et théorème des valeurs intermédiaires.
  2. Trouver la limite de \(x_n\), souvent par un encadrement ou par la monotonie de \((x_n)\).
  3. Réécrire l’équation sous la forme \(x_n = \Phi(n, x_n)\), où le terme en \(x_n\) à droite est petit. En déduire un équivalent.
  4. Reporter cet équivalent dans l’équation : on en tire la correction d’ordre inférieur, et l’on itère si l’énoncé le demande.

5.2 Une équation avec exponentielle

Exemple guidé :

Pour \(n \geq 3\), la fonction \(x \mapsto x e^x\) est continue et strictement croissante sur \(\mathbb{R}_+\). Elle va de \(0\) à \(+\infty\). L’équation \(x e^x = n\) admet donc une unique solution \(x_n \geq 0\). De plus, \(1 \cdot e^1 < n\), donc \(x_n > 1\).

En prenant le logarithme, on obtient \(x_n + \ln x_n = \ln n\). D’abord, \(x_n \leq \ln n\), car \(\ln x_n > 0\). Ensuite, \(x_n\) tend vers \(+\infty\) : sinon \(x_n e^{x_n}\) resterait borné. Par croissances comparées, \(\ln x_n = o(x_n)\). L’égalité devient \(x_n(1 + o(1)) = \ln n\), donc \(x_n \sim \ln n\).

Réinjectons maintenant cet équivalent. On a \(\ln x_n = \ln \ln n + \ln\frac{x_n}{\ln n}\), et le dernier terme tend vers \(0\). Par conséquent,

\[ x_n = \ln n – \ln \ln n + o(1). \]

Solutions de l'équation x exponentielle x égale n comparées à ln n et à ln n moins ln ln n

La figure confirme que la correction \(-\ln\ln n\) améliore nettement l’approximation. Elle montre aussi que \(\ln n\) seul surestime \(x_n\) d’une quantité qui tend vers l’infini, même si le quotient tend vers \(1\).

5.3 Une équation polynomiale

Le même plan s’applique aux racines de polynômes qui dépendent de \(n\). Cette fois, l’équivalent usuel de \((1 + u)^\alpha – 1\) fournit la correction.

Exemple guidé :

Pour \(n \geq 1\), le polynôme \(X^3 + X – n\) est strictement croissant sur \(\mathbb{R}\). Il possède donc une unique racine réelle \(y_n\), et \(y_n > 0\) car la valeur en \(0\) vaut \(-n\). De plus, \(y_n \leq n^{1/3}\), puisque \(y_n^3 = n – y_n \leq n\).

D’abord, \(y_n\) tend vers \(+\infty\) : sinon \(y_n^3 + y_n\) resterait borné. Ensuite, \(y_n \leq n^{1/3}\) entraîne \(y_n = o(n)\). L’égalité \(y_n^3 = n – y_n\) donne donc \(y_n^3 \sim n\). Par puissance fixe \(\frac{1}{3}\), on obtient \(y_n \sim n^{1/3}\).

Cherchons maintenant la correction. On écrit \(y_n = n^{1/3}\big(1 – \frac{y_n}{n}\big)^{1/3}\). Comme \(\frac{y_n}{n}\) tend vers \(0\), l’équivalent usuel donne \(\big(1 – \frac{y_n}{n}\big)^{1/3} – 1 \sim -\frac{y_n}{3n} \sim -\frac{1}{3}n^{-2/3}\). En multipliant par \(n^{1/3}\), on trouve

\[ y_n = n^{1/3} – \frac{1}{3}\, n^{-1/3} + o\big(n^{-1/3}\big). \]

Pour \(n = 1000\), cela prédit \(y_n \approx 10 – 0{,}0333 = 9{,}9667\). On vérifie que \(9{,}9667^3 + 9{,}9667 \approx 1000{,}0\).

Les erreurs fréquentes

  • Additionner des équivalents qui se compensent, et obtenir un équivalent nul : un équivalent n’est jamais \(0\).
  • Composer un équivalent par l’exponentielle, ou par le logarithme quand la limite vaut \(1\).
  • Élever un équivalent à une puissance qui dépend de \(n\).
  • Écrire \(o(g) – o(g) = 0\), ou lire \(f = o(g)\) de droite à gauche.
  • Oublier le facteur \(\sqrt{2\pi n}\) dans la formule de Stirling.
  • Conclure qu’une différence tend vers \(0\) parce que les deux fonctions sont équivalentes.

Fiche mémo

  • \(f = O(g)\) : \(f/g\) bornée ; \(f = o(g)\) : \(f/g \to 0\) ; \(f \sim g\) : \(f/g \to 1\).
  • Croissances comparées : \((\ln x)^\alpha = o(x^\beta)\), \(x^\beta = o(e^{\gamma x})\) ; pour les suites, \(n^\beta = o(q^n)\), \(q^n = o(n!)\), \(n! = o(n^n)\).
  • En \(0\) : \(\sin u\), \(\tan u\), \(\arctan u\), \(e^u – 1\), \(\ln(1+u)\) sont équivalents à \(u\), et \(1 – \cos u \sim u^2/2\).
  • \((1 + u)^\alpha – 1 \sim \alpha u\) en \(0\) ; un polynôme est équivalent à son terme dominant.
  • Permis : produit, quotient, puissance fixe, substitution d’une fonction qui tend vers le bon point.
  • Interdits : somme avec compensation, composition par \(\exp\) ; \(\ln\) seulement si la limite n’est pas \(1\).
  • Équivalence : même limite, et même signe strict près du point étudié.
  • Encadrement : \(u \leq f \leq v\) avec \(u \sim v \sim h\) donne \(f \sim h\).
  • Stirling : \(n! \sim \sqrt{2\pi n}\,(n/e)^n\).
  • Suite implicite : existence, limite, équivalent, puis réinjection.

Questions fréquentes

Peut-on additionner deux équivalents ?

Pas en général, car les termes principaux peuvent se compenser et donner un résultat faux. On peut le faire si les deux équivalents sont de même signe strict. Sinon, il faut écrire chaque terme sous la forme équivalent plus petit o, puis additionner.

Pourquoi un équivalent n'est-il jamais égal à 0 ?

Dire que f est équivalente à 0 signifie que f est nulle au voisinage du point, ce qui n’a presque jamais d’intérêt. Si votre calcul donne 0, c’est que des termes se sont compensés : il faut pousser le calcul plus loin, par exemple avec une quantité conjuguée.

Faut-il savoir démontrer la formule de Stirling en MPSI ?

La formule s’utilise dès son énoncé, et sa preuve complète vient avec les séries ou les intégrales de Wallis. En revanche, il faut connaître la formule exacte, avec le facteur racine de 2 pi n, et savoir l’utiliser après un passage au logarithme.

Quelle différence entre un équivalent et un développement asymptotique ?

Un équivalent ne donne que le terme principal. Un développement asymptotique ajoute des termes correctifs de plus en plus petits, suivis d’un petit o, par exemple ln n moins ln ln n plus o(1). Il est plus précis et permet de comparer des quantités équivalentes.

Pour aller plus loin

Voter.. post
Télécharger puis imprimer cette fiche en PDF.

Télécharger ou imprimer cette fiche «Équivalents et négligeabilité en maths sup (MPSI) : cours et méthodes» au format PDF afin de pouvoir travailler en totale autonomie.


Nombre de fichiers PDF téléchargés.  Maths PDF c'est 16 224 762 cours et exercices de maths téléchargés en PDF et 4 250 exercices.

Télécharger les manuels scolaires de maths en PDF du CP à la Terminale