Fonction définie par une intégrale : corrigé du contrôle de maths en MP
Voici le corrigé du contrôle de maths en MP sur le thème « fonction définie par une intégrale », question par question.
Ce corrigé est rédigé comme une copie de concours soignée. Pour chaque théorème d’échange, les hypothèses sont énumérées une à une, puis la fonction dominante est donnée explicitement. Vous verrez aussi pourquoi l’intégration terme à terme échoue ici, et comment la relation fonctionnelle la remplace. De plus, les équivalents aux bornes s’obtiennent par un simple encadrement, sans calcul d’intégrale. Dans le problème final, la dérivation d’une série de fonctions donne deux expressions de la constante de Catalan. Deux figures complètent enfin la correction, et un barème détaillé par question vous permet de noter votre copie.
L’énoncé complet se trouve ici : Fonction définie par une intégrale : contrôle de maths en MP.
Barème du contrôle corrigé : fonction définie par une intégrale
| Exercice | Points |
|---|---|
| 1. Existence et deux valeurs exactes | 3 points |
| 2. Relation fonctionnelle et série alternée | 4 points |
| 3. Régularité et limite à l’infini | 4 points |
| 4. Comportement aux deux bornes | 4 points |
| 5. Problème : la constante de Catalan | 5 points |
| Total | 20 points |
Le corrigé détaillé : fonction définie par une intégrale
Exercice 1 – Existence et deux valeurs exactes (3 points)
-
Le cas d’un paramètre positif
Pour tout \(x\), la fonction \(t \mapsto f(x, t)\) est continue et positive sur \(\left[0\,;+\infty\right[\). Si \(x > 0\), on a \(1 + \mathrm{e}^{-2t} \geq 1\), donc \(0 \leq f(x, t) \leq \mathrm{e}^{-xt}\). Or \(t \mapsto \mathrm{e}^{-xt}\) est intégrable sur \(\left[0\,;+\infty\right[\) ; par comparaison de fonctions positives, \(f(x, \cdot)\) l’est aussi.
Le cas contraire
Si \(x \leq 0\), alors \(1 + \mathrm{e}^{-2t} \leq 2\) et \(\mathrm{e}^{-xt} \geq 1\), d’où \(f(x, t) \geq \frac{1}{2}\). Une fonction minorée par une constante strictement positive n’est pas intégrable en \(+\infty\). Ainsi \(f(x, \cdot)\) est intégrable si et seulement si \(x > 0\), et \(F\) est définie sur \(\left]0\,;+\infty\right[\).
- L’application \(\varphi : t \mapsto \mathrm{e}^{-t}\) est de classe \(C^1\), strictement décroissante, et réalise une bijection de \(\left]0\,;+\infty\right[\) sur \(\left]0\,;1\right[\). Le théorème de changement de variable pour les intégrales généralisées s’applique donc, avec \(\mathrm{d}u = -\mathrm{e}^{-t}\,\mathrm{d}t\) :
\(F(1) = \displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{\mathrm{e}^{-t}}{1 + \mathrm{e}^{-2t}}\,\mathrm{d}t = \int_0^1 \frac{\mathrm{d}u}{1 + u^2} = \arctan 1\).
Par conséquent, \(F(1) = \frac{\pi}{4}\). - Avec le même changement de variable, on écrit \(\mathrm{e}^{-2t} = u \times \mathrm{e}^{-t}\), puis :
\(F(2) = \displaystyle\int_0^1 \frac{u}{1 + u^2}\,\mathrm{d}u = \left[\frac{1}{2}\ln\left(1 + u^2\right)\right]_0^1\).
Donc \(F(2) = \frac{\ln 2}{2}\).
Piège classique : oublier le cas \(x = 0\) ; la fonction tend alors vers \(1\), et non vers \(0\), en \(+\infty\).
Exercice 2 – Relation fonctionnelle et série alternée (4 points)
- Soit \(x > 0\). Les fonctions \(f(x, \cdot)\) et \(f(x + 2, \cdot)\) sont intégrables, et leur somme vaut \(\frac{\mathrm{e}^{-xt}\left(1 + \mathrm{e}^{-2t}\right)}{1 + \mathrm{e}^{-2t}} = \mathrm{e}^{-xt}\). Par linéarité de l’intégrale, on obtient \(F(x) + F(x + 2) = \displaystyle\int_0^{+\infty} \mathrm{e}^{-xt}\,\mathrm{d}t\). Ainsi \(F(x) + F(x + 2) = \frac{1}{x}\).
- Pour \(N = 0\), la formule s’écrit \(F(x) = \frac{1}{x} – F(x + 2)\) : c’est la question 1. Supposons-la vraie au rang \(N\). Appliquons alors la question 1 en \(y = x + 2N + 2\) :
\((-1)^{N+1} F(x + 2N + 2) = \frac{(-1)^{N+1}}{x + 2(N + 1)} + (-1)^{N+2} F\left(x + 2(N + 1) + 2\right)\).
En reportant dans l’égalité du rang \(N\), on obtient celle du rang \(N + 1\). La formule est donc vraie pour tout \(N \in \mathbb{N}\). - Puisque \(0 \leq f(y, t) \leq \mathrm{e}^{-yt}\), la positivité de l’intégrale donne \(0 \leq F(y) \leq \frac{1}{y}\). Notons \(S_N(x)\) la somme partielle d’indice \(N\). Alors, d’après la question 2 :
\(\left|F(x) – S_N(x)\right| = F(x + 2N + 2) \leq \frac{1}{x + 2N + 2}\).
Ce majorant tend vers \(0\) quand \(N \to +\infty\). La série converge donc, et \(F(x) = \displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty} \frac{(-1)^k}{x + 2k}\). - Ce théorème exige la convergence de la série \(\sum \int_0^{+\infty} \left|(-1)^k \mathrm{e}^{-(x + 2k)t}\right| \mathrm{d}t\). Or cette intégrale vaut \(\frac{1}{x + 2k}\), qui est équivalent à \(\frac{1}{2k}\) : la série correspondante diverge, par comparaison à la série harmonique. L’hypothèse de sommabilité des intégrales fait défaut, d’où le recours au reste explicite.
Piège classique : intégrer terme à terme sans vérifier la convergence de la série des intégrales des valeurs absolues ; ici, elle diverge.
Exercice 3 – Régularité et limite à l’infini (4 points)
-
Les hypothèses du théorème
Fixons \(a > 0\) et travaillons sur \(I_a = \left[a\,;+\infty\right[\). D’abord, pour tout \(x \in I_a\), la fonction \(f(x, \cdot)\) est intégrable d’après l’exercice 1. Ensuite, pour tout \(t \geq 0\), la fonction \(x \mapsto f(x, t)\) est de classe \(C^1\), de dérivée \(\frac{\partial f}{\partial x}(x, t) = -\frac{t\,\mathrm{e}^{-xt}}{1 + \mathrm{e}^{-2t}}\). De plus, cette dérivée partielle est continue en \(t\) pour \(x\) fixé.
Une domination sur Ia
Pour \(x \geq a\) et \(t \geq 0\), on a \(\left|\frac{\partial f}{\partial x}(x, t)\right| \leq t\,\mathrm{e}^{-at}\). Or \(t \mapsto t\,\mathrm{e}^{-at}\) est continue et intégrable sur \(\left[0\,;+\infty\right[\), car \(t^2 \times t\,\mathrm{e}^{-at} \to 0\) en \(+\infty\). Le théorème de dérivation des intégrales à paramètre montre alors que \(F\) est \(C^1\) sur chaque \(I_a\). Comme \(a\) est arbitraire, \(F\) est de classe \(C^1\) sur \(\left]0\,;+\infty\right[\), avec la formule annoncée.
- Pour \(x > 0\), l’intégrande de \(-F^{\prime}(x)\) est continu, positif et non identiquement nul. Donc \(F^{\prime}(x) < 0\), et \(F\) est strictement décroissante.
-
Majoration uniforme du reste
Pour \(x > 0\) fixé, la série \(\sum \frac{(-1)^k}{x + 2k}\) est alternée, et \(\frac{1}{x + 2k}\) décroît vers \(0\). Le critère des séries alternées donne donc \(\left|R_N(x)\right| \leq \frac{1}{x + 2N + 2} \leq \frac{1}{2N + 2}\). Ce majorant ne dépend pas de \(x\) et tend vers \(0\). La convergence est ainsi uniforme sur \(\left]0\,;+\infty\right[\).
Le passage à la limite
Chaque terme \(\frac{(-1)^k}{x + 2k}\) tend vers \(0\) quand \(x \to +\infty\). La convergence étant uniforme au voisinage de \(+\infty\), le théorème de la double limite permet d’échanger limite et somme. Par conséquent, \(F(x) \to 0\) quand \(x \to +\infty\), ce que confirmait déjà l’encadrement \(0 \leq F(x) \leq \frac{1}{x}\).
Piège classique : chercher une domination valable sur tout \(\left]0\,;+\infty\right[\) ; la fonction \(t \mapsto t\) n’est pas intégrable, d’où le travail sur \(\left[a\,;+\infty\right[\).
Exercice 4 – Comportement aux deux bornes (4 points)
- D’après l’exercice 2, \(F(x) = \frac{1}{x} – F(x + 2)\). Or \(F\) est continue en \(2\), donc \(F(x + 2) \to F(2) = \frac{\ln 2}{2}\) quand \(x \to 0^+\). Ainsi \(F(x) = \frac{1}{x} – \frac{\ln 2}{2} + o(1)\). Il en découle que \(x F(x) = 1 – \frac{x \ln 2}{2} + o(x)\) tend vers \(1\). Donc \(F(x) \sim \frac{1}{x}\) quand \(x \to 0^+\).
-
Minoration par la décroissance
Soit \(x > 2\). Comme \(F\) est décroissante, \(F(x + 2) \leq F(x)\), donc \(\frac{1}{x} = F(x) + F(x + 2) \leq 2F(x)\). On obtient \(F(x) \geq \frac{1}{2x}\).
Majoration en reculant de deux
De même, \(x – 2 > 0\) et \(F(x) \leq F(x – 2)\). La relation fonctionnelle en \(x – 2\) donne alors \(\frac{1}{x – 2} = F(x – 2) + F(x) \geq 2F(x)\), soit \(F(x) \leq \frac{1}{2(x – 2)}\).
L’équivalent
En multipliant par \(2x\), on trouve \(1 \leq 2xF(x) \leq \frac{x}{x – 2}\), et ce dernier quotient tend vers \(1\). Par encadrement, \(2xF(x) \to 1\). Ainsi \(F(x) \sim \frac{1}{2x}\) quand \(x \to +\infty\). La figure montre la bande où la courbe de \(F\) est piégée.
- L’écart vertical vaut \(\frac{1}{x} – F(x) = F(x + 2)\), qui est strictement positif comme intégrale d’une fonction continue, positive et non nulle. La courbe de \(F\) reste donc sous celle de \(x \mapsto \frac{1}{x}\), et l’écart tend vers \(\frac{\ln 2}{2}\) en \(0^+\), par continuité de \(F\) en \(2\).
Piège classique : écrire \(F(x) \sim \frac{1}{x} – \frac{\ln 2}{2}\) ; un équivalent ne s’additionne pas, seul le développement avec \(o(1)\) a un sens.
Exercice 5 – Problème : la constante de Catalan (5 points)
-
Vérification des hypothèses
Posons \(u_k(x) = \frac{(-1)^k}{x + 2k}\). Chaque \(u_k\) est de classe \(C^1\) sur \(\left]0\,;+\infty\right[\), avec \(u_k^{\prime}(x) = \frac{(-1)^{k+1}}{(x + 2k)^2}\). D’abord, la série \(\sum u_k\) converge simplement d’après l’exercice 2. Ensuite, fixons \(a > 0\) : pour \(x \geq a\), on a \(\left|u_k^{\prime}(x)\right| \leq \frac{1}{(a + 2k)^2}\), terme général d’une série convergente, car il est équivalent à \(\frac{1}{4k^2}\). La série des dérivées converge donc normalement, donc uniformément, sur \(\left[a\,;+\infty\right[\).
Conclusion par dérivation terme à terme
Le théorème de dérivation des séries de fonctions s’applique sur chaque \(\left[a\,;+\infty\right[\), donc sur \(\left]0\,;+\infty\right[\). Pour tout \(x > 0\), \(F^{\prime}(x) = \displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty} \frac{(-1)^{k+1}}{(x + 2k)^2}\).
- En \(x = 1\), la question précédente donne \(F^{\prime}(1) = -\displaystyle\sum_{k=0}^{+\infty} \frac{(-1)^k}{(2k + 1)^2} = -G\). Par ailleurs, l’exercice 3 fournit \(F^{\prime}(1) = -\displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{t\,\mathrm{e}^{-t}}{1 + \mathrm{e}^{-2t}}\,\mathrm{d}t\). En multipliant numérateur et dénominateur par \(\mathrm{e}^{t}\), l’intégrande devient \(\frac{t}{\mathrm{e}^{t} + \mathrm{e}^{-t}}\). Donc \(G = \displaystyle\int_0^{+\infty} \frac{t}{\mathrm{e}^{t} + \mathrm{e}^{-t}}\,\mathrm{d}t\).
- Reprenons la bijection \(C^1\) strictement décroissante \(t \mapsto u = \mathrm{e}^{-t}\) de \(\left]0\,;+\infty\right[\) sur \(\left]0\,;1\right[\). On a \(t = -\ln u\) et \(\frac{t\,\mathrm{e}^{-t}}{1 + \mathrm{e}^{-2t}} = \frac{-u\ln u}{1 + u^2}\), puis \(\mathrm{d}t = -\frac{\mathrm{d}u}{u}\). Le changement de variable conserve l’intégrabilité, et le signe moins inverse les bornes :
\(G = \displaystyle\int_0^1 \frac{-u\ln u}{1 + u^2} \times \frac{\mathrm{d}u}{u}\).
Ainsi \(G = -\displaystyle\int_0^1 \frac{\ln u}{1 + u^2}\,\mathrm{d}u\). -
Le critère des séries alternées
La suite \(\frac{1}{(2k + 1)^2}\) décroît vers \(0\). Les sommes partielles \(S_N\) de rang pair décroissent alors, celles de rang impair croissent, et ces deux suites adjacentes encadrent \(G\). En particulier, \(S_3 \leq G \leq S_2\).
Deux fractions exactes
D’une part, \(S_2 = 1 – \frac{1}{9} + \frac{1}{25} = \frac{225 – 25 + 9}{225} = \frac{209}{225}\).
D’autre part, \(S_3 = \frac{209}{225} – \frac{1}{49} = \frac{209 \times 49 – 225}{225 \times 49} = \frac{10241 – 225}{11025} = \frac{10016}{11025}\).
Par conséquent, \(\frac{10016}{11025} \leq G \leq \frac{209}{225}\), soit \(0{,}908 \leq G \leq 0{,}929\) environ. La figure montre les sommes partielles qui oscillent autour de \(G\).
Piège classique : demander la convergence uniforme de la série des dérivées sur tout \(\left]0\,;+\infty\right[\) ; seul compte chaque \(\left[a\,;+\infty\right[\), et le terme \(k = 0\) y reste borné.
À retenir de ce contrôle
- Une intégrale à paramètre est de classe C¹ dès que la dérivée partielle est continue et dominée sur tout segment, ou sur tout intervalle [a, +∞[.
- Quand la série des intégrales des valeurs absolues diverge, l’intégration terme à terme est interdite : on contrôle alors explicitement le reste.
- Une relation fonctionnelle combinée à la monotonie fournit souvent un équivalent par encadrement, sans aucun calcul d’intégrale.
- Le reste d’une série alternée dont le terme décroît vers zéro est majoré par le premier terme négligé, ce qui donne un encadrement de la somme.
- Pour dériver une série de fonctions, il suffit de la convergence simple et de la convergence uniforme de la série des dérivées sur tout segment.
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