Limite d’une suite et convergence en maths sup (MPSI) : cours et méthodes
Ce cours de limite suite MPSI réunit toute la théorie de la convergence des suites réelles et complexes. Il commence par une définition précise de la limite avec des epsilons. Ensuite, il déroule les grands théorèmes : encadrement, limite monotone, suites adjacentes et suites extraites.
La seconde moitié du chapitre est plus calculatoire. Elle traite le théorème de Bolzano-Weierstrass, la caractérisation séquentielle de la densité, puis les suites arithmético-géométriques et les récurrences linéaires d’ordre 2. Enfin, les suites complexes terminent le parcours.
Chaque théorème est accompagné de sa rédaction type. En effet, en colle, savoir quel outil choisir selon la forme de la suite compte autant que l’énoncé lui-même. Ce chapitre prépare directement les séries, la continuité et les développements asymptotiques.
Ce que vous saurez faire
- Écrire la définition de la limite d’une suite et l’utiliser sur un exemple.
- Prouver une convergence par encadrement ou par monotonie.
- Étudier un couple de suites adjacentes.
- Utiliser les suites extraites pour prouver une divergence.
- Calculer le terme général d’une suite arithmético-géométrique ou d’une récurrence linéaire d’ordre 2.
- Étudier la convergence d’une suite complexe.
1. Limite d’une suite réelle
Une suite réelle est une application de \(\mathbb{N}\) dans \(\mathbb{R}\). On la note \((u_n)\). Avant de parler de limite, nous fixons le vocabulaire qui décrit son comportement global.
1.1 Suites bornées et suites monotones
Un réel \(M\) qui dépasse ou égale chaque terme \(u_n\) est appelé un majorant ; lorsqu’il en existe un, on dit que \((u_n)\) est majorée. De la même façon, un minorant \(m\) vérifie \(m \leqslant u_n\) à chaque rang, et la suite est alors minorée. Une suite à la fois majorée et minorée est dite bornée. De façon équivalente, la suite des valeurs absolues \((|u_n|)\) admet un majorant \(K\).
La suite est croissante si \(u_{n+1} \geqslant u_n\) pour tout \(n\), et décroissante si \(u_{n+1} \leqslant u_n\) pour tout \(n\). Elle est monotone si elle est croissante ou décroissante.
Pour étudier la monotonie, on étudie le signe de \(u_{n+1} – u_n\). Si les termes sont strictement positifs, on peut aussi comparer \(\frac{u_{n+1}}{u_n}\) à \(1\). Par exemple, pour \(u_n = \frac{3^n}{n!}\), le quotient vaut \(\frac{3}{n+1}\). Il est inférieur à \(1\) dès que \(n \geqslant 2\). Ainsi, la suite décroît à partir du rang \(2\).
1.2 Définition de la limite
Soit \(\ell \in \mathbb{R}\). On dit que \((u_n)\) converge vers \(\ell\) si
\[\forall \varepsilon > 0,\ \exists N \in \mathbb{N},\ \forall n \in \mathbb{N},\ \left(n \geqslant N \Rightarrow \ell – \varepsilon \leqslant u_n \leqslant \ell + \varepsilon\right).\]
On dit que \((u_n)\) tend vers \(+\infty\) si, pour tout réel \(A\), il existe \(N\) tel que \(u_n \geqslant A\) pour tout \(n \geqslant N\). Une suite qui ne converge pas est dite divergente.
Autrement dit, quelle que soit la précision \(\varepsilon\) choisie, tous les termes finissent par rester dans l’intervalle \([\ell – \varepsilon, \ell + \varepsilon]\). Le rang \(N\) dépend de \(\varepsilon\) : plus la précision est exigeante, plus il faut aller loin.
Montrons que \(u_n = \frac{3n+1}{n+2}\) converge vers \(3\). D’abord, nous calculons l’écart : \(u_n – 3 = \frac{3n + 1 – 3n – 6}{n+2} = \frac{-5}{n+2}\). Donc \(|u_n – 3| = \frac{5}{n+2}\). Soit \(\varepsilon > 0\). L’inégalité \(\frac{5}{n+2} \leqslant \varepsilon\) équivaut à \(n \geqslant \frac{5}{\varepsilon} – 2\). Par conséquent, il suffit de prendre pour \(N\) un entier supérieur à \(\frac{5}{\varepsilon}\). Par exemple, pour \(\varepsilon = 10^{-2}\), le rang \(N = 500\) convient.
1.3 Unicité de la limite et premières conséquences
Si une suite converge, sa limite est unique. De plus, toute suite convergente est bornée.
Supposons que \((u_n)\) converge vers \(\ell\) et vers \(\ell^{\prime}\), avec \(\ell \neq \ell^{\prime}\). Posons \(\varepsilon = \frac{|\ell – \ell^{\prime}|}{3}\). À partir d’un certain rang, on a à la fois \(|u_n – \ell| \leqslant \varepsilon\) et \(|u_n – \ell^{\prime}| \leqslant \varepsilon\). L’inégalité triangulaire donne alors \(|\ell – \ell^{\prime}| \leqslant 2\varepsilon\), ce qui est absurde.
Ensuite, avec \(\varepsilon = 1\), il existe \(N\) tel que \(|u_n| \leqslant |\ell| + 1\) pour \(n \geqslant N\). Il reste un nombre fini de termes, \(u_0, \dots, u_{N-1}\). Donc \(K = \max\left(|u_0|, \dots, |u_{N-1}|, |\ell| + 1\right)\) majore tous les \(|u_n|\).
Piège à éviter :
La réciproque est fausse : une suite bornée ne converge pas forcément. Par exemple, la suite \(((-1)^n)\) est bornée par \(1\), mais elle diverge, comme nous le verrons avec les suites extraites.
2. Opérations, inégalités et encadrement
En pratique, on revient rarement à la définition. On combine plutôt des limites connues grâce aux opérations, puis on conclut par un théorème de comparaison.
2.1 Opérations sur les limites
Soient deux suites convergentes, de limites réelles \(\ell\) et \(\ell^{\prime}\). Leur somme a pour limite \(\ell + \ell^{\prime}\), leur produit \(\ell\ell^{\prime}\), et pour tout réel \(\lambda\), la suite \((\lambda u_n)\) a pour limite \(\lambda\ell\). Lorsque \(\ell^{\prime} \neq 0\), les termes \(v_n\) finissent par ne plus s’annuler, et le quotient a pour limite \(\ell / \ell^{\prime}\).
Avec des limites infinies, les mêmes règles restent valables, à quatre exceptions près : \(+\infty – \infty\), \(0 \times \infty\), \(\infty / \infty\) et \(0 / 0\). On parle alors de formes indéterminées.
Face à une forme indéterminée, on factorise par le terme prépondérant. Par exemple, \(\frac{4^n – n^3}{2 \cdot 4^n + 5} = \frac{1 – n^3 4^{-n}}{2 + 5 \cdot 4^{-n}}\). Or \(n^3 4^{-n}\) tend vers \(0\) par croissances comparées. Donc le quotient tend vers \(\frac{1}{2}\).
Pour tous réels \(\alpha > 0\), \(\beta > 0\) et \(q > 1\), les croissances comparées donnent
\[\frac{(\ln n)^{\alpha}}{n^{\beta}} \to 0, \qquad \frac{n^{\alpha}}{q^{n}} \to 0, \qquad \frac{q^{n}}{n!} \to 0.\]
Autrement dit, la factorielle l’emporte sur les suites géométriques, qui l’emportent sur les puissances de \(n\), qui l’emportent elles-mêmes sur les puissances du logarithme.
Il ne suffit pas que deux termes consécutifs se rapprochent pour que la suite converge. Par exemple, pour \(u_n = \sqrt{n}\), on a \(u_{n+1} – u_n = \frac{1}{\sqrt{n+1} + \sqrt{n}}\), qui tend vers \(0\). Pourtant, \(\sqrt{n}\) tend vers \(+\infty\).
2.2 Passage à la limite dans une inégalité
Si \(u_n \to \ell\), \(v_n \to \ell^{\prime}\) et si \(u_n \leqslant v_n\) à partir d’un certain rang, alors \(\ell \leqslant \ell^{\prime}\).
Raisonnons par l’absurde et supposons \(\ell > \ell^{\prime}\). Posons \(\varepsilon = \frac{\ell – \ell^{\prime}}{3}\). À partir d’un certain rang, \(u_n \geqslant \ell – \varepsilon\) et \(v_n \leqslant \ell^{\prime} + \varepsilon\). Or \(\ell – \varepsilon > \ell^{\prime} + \varepsilon\). Donc \(u_n > v_n\) pour ces rangs, ce qui contredit l’hypothèse.
Piège à éviter :
Les inégalités strictes deviennent larges à la limite. Ainsi, \(\frac{1}{n} > 0\) pour tout \(n \geqslant 1\), mais la limite vaut \(0\). De plus, ce théorème suppose que les deux limites existent : il ne prouve aucune convergence.
2.3 Théorème d’encadrement
On suppose que, pour \(n\) assez grand, \(u_n\) est coincé entre \(a_n\) et \(b_n\), et que ces deux suites ont une limite commune \(\ell\). Alors \((u_n)\) converge, et sa limite vaut \(\ell\).
De même, si \(u_n \geqslant a_n\) et \(a_n \to +\infty\), alors \(u_n \to +\infty\).
Soit \(\varepsilon > 0\). À partir d’un certain rang, on a \(\ell – \varepsilon \leqslant a_n\) et \(b_n \leqslant \ell + \varepsilon\). Pour ces rangs, l’encadrement donne \(\ell – \varepsilon \leqslant u_n \leqslant \ell + \varepsilon\). C’est exactement la définition de la convergence vers \(\ell\).
- Deviner la limite \(\ell\), par exemple en calculant quelques termes.
- Majorer \(|u_n – \ell|\) par une quantité simple \(w_n\) : on remplace les termes oscillants comme \(\sin n\) par leurs bornes.
- Vérifier que \(w_n\) tend vers \(0\).
- Conclure en citant le théorème d’encadrement.
Étudions \(u_n = \frac{\sin n}{\sqrt{n}}\) pour \(n \geqslant 1\). Comme \(|\sin n| \leqslant 1\), on a \(-\frac{1}{\sqrt{n}} \leqslant u_n \leqslant \frac{1}{\sqrt{n}}\). Les deux bornes tendent vers \(0\). Par encadrement, \(u_n\) tend donc vers \(0\). La figure montre les termes coincés entre les deux courbes.

De même, \(v_n = n + 3\sin n\) vérifie \(v_n \geqslant n – 3\). Comme \(n – 3\) tend vers \(+\infty\), la suite \((v_n)\) tend aussi vers \(+\infty\) par comparaison.
3. Limite monotone et suites adjacentes
L’encadrement suppose que l’on connaisse la limite. Souvent, ce n’est pas le cas. Le théorème de la limite monotone prouve alors l’existence d’une limite sans la calculer.
3.1 Théorème de la limite monotone
Soit \((u_n)\) une suite réelle croissante. Deux cas seulement sont possibles. Si elle admet un majorant, elle a une limite finie, égale au \(\sup\) de ses termes. Sinon, elle tend vers \(+\infty\). Pour une suite décroissante, on échange majorant et minorant, \(\sup\) et \(\inf\), \(+\infty\) et \(-\infty\).
Soit \((u_n)\) croissante et majorée. Notons \(\ell = \sup\{u_n,\ n \in \mathbb{N}\}\) : ce réel existe d’après la propriété de la borne supérieure. Fixons \(\varepsilon > 0\). Le réel \(\ell – \varepsilon\) est plus petit que la borne supérieure ; aucun majorant des termes ne peut donc lui être égal. Par conséquent, un terme \(u_N\) dépasse strictement \(\ell – \varepsilon\). Ensuite, pour \(n \geqslant N\), la croissance donne \(\ell – \varepsilon < u_N \leqslant u_n \leqslant \ell\). Par conséquent, \(|u_n – \ell| \leqslant \varepsilon\) pour tout \(n \geqslant N\).
Considérons \(u_n = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k\,2^k}\). D’abord, \(u_{n+1} – u_n = \frac{1}{(n+1)2^{n+1}} > 0\) : la suite est croissante. Ensuite, comme \(\frac{1}{k\,2^k} \leqslant \frac{1}{2^k}\), la somme géométrique donne \(u_n \leqslant 1 – \frac{1}{2^n} < 1\). Étant croissante et bornée supérieurement par \(1\), la suite admet ainsi une limite finie \(\ell \leqslant 1\), d’après le théorème de la limite monotone.
Remarque :
Le théorème donne l’existence de la limite, mais pas sa valeur. Ici, on peut montrer plus tard que \(\ell = \ln 2\), ce qui sort du cadre de ce chapitre.
3.2 Suites adjacentes
On dit que \((u_n)\) et \((v_n)\) forment un couple de suites adjacentes lorsque \((u_n)\) croît, \((v_n)\) décroît et la différence \(v_n – u_n\) a pour limite \(0\).
Un couple de suites adjacentes possède une limite commune \(\ell\). En outre, avec \((u_n)\) croissante, l’encadrement \(u_n \leqslant \ell \leqslant v_n\) est valable à chaque rang.
Supposons \((u_n)\) croissante et \((v_n)\) décroissante. La suite \(v_n – u_n\) est décroissante et tend vers \(0\), donc elle est positive. Ainsi, \(u_0 \leqslant u_n \leqslant v_n \leqslant v_0\). Par conséquent, \((u_n)\) est croissante et majorée par \(v_0\), et \((v_n)\) est décroissante et minorée par \(u_0\). Les deux suites convergent donc, vers \(\ell\) et \(\ell^{\prime}\). Enfin, \(\ell^{\prime} – \ell = \lim (v_n – u_n) = 0\).
- Étudier le signe de \(u_{n+1} – u_n\), puis celui de \(v_{n+1} – v_n\).
- Calculer \(v_n – u_n\) et montrer qu’il tend vers \(0\).
- Conclure en citant le théorème des suites adjacentes.
- Exploiter l’encadrement \(u_n \leqslant \ell \leqslant v_n\) pour obtenir des valeurs approchées de \(\ell\).
Posons \(u_n = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k^3}\) et \(v_n = u_n + \frac{1}{2n^2}\) pour \(n \geqslant 1\). D’abord, \((u_n)\) est croissante. Ensuite, nous calculons
\[v_{n+1} – v_n = \frac{1}{(n+1)^3} + \frac{1}{2(n+1)^2} – \frac{1}{2n^2} = \frac{1}{(n+1)^3} – \frac{2n+1}{2n^2(n+1)^2}.\]
Après réduction au dénominateur \(2n^2(n+1)^3\), le numérateur vaut \(2n^2 – (2n+1)(n+1) = -3n – 1\). Il est négatif, donc \((v_n)\) décroît. Enfin, \(v_n – u_n = \frac{1}{2n^2}\) tend vers \(0\). Les suites sont adjacentes. Par exemple, \(u_5 \approx 1{,}1857\) et \(v_5 \approx 1{,}2057\) encadrent la limite commune.
Piège à éviter :
Les trois conditions sont indispensables. Par exemple, \(u_n = -\frac{1}{n+1}\) croît et \(v_n = 1 + \frac{1}{n+1}\) décroît, mais leur écart tend vers \(1\). Ces suites ne sont donc pas adjacentes, et leurs limites diffèrent. Ainsi, on n’oublie jamais de calculer la limite de \(v_n – u_n\).

4. Suites extraites et théorème de Bolzano-Weierstrass
Une suite extraite ne garde qu’une partie des termes, dans l’ordre. Elle sert à deux choses : prouver une divergence, et récupérer de la convergence dans une suite seulement bornée.
4.1 Suites extraites
On choisit une application \(\varphi\) de \(\mathbb{N}\) dans \(\mathbb{N}\), strictement croissante, qui sélectionne des rangs. La suite \((u_{\varphi(n)})\) ainsi obtenue s’appelle une sous-suite, ou suite extraite, de \((u_n)\). Par exemple, \((u_{2n})\), \((u_{2n+1})\) et \((u_{n^2})\) sont extraites de \((u_n)\).
Si \((u_n)\) tend vers \(\ell\), fini ou infini, alors toute suite extraite de \((u_n)\) tend aussi vers \(\ell\). Réciproquement, si \((u_{2n})\) et \((u_{2n+1})\) tendent vers la même limite \(\ell\), alors \((u_n)\) tend vers \(\ell\).
Une récurrence immédiate montre que \(\varphi(n) \geqslant n\) pour tout \(n\). Ainsi, si \(|u_n – \ell| \leqslant \varepsilon\) pour \(n \geqslant N\), on a aussi \(|u_{\varphi(n)} – \ell| \leqslant \varepsilon\) pour \(n \geqslant N\). Pour la réciproque, on choisit \(N_1\) et \(N_2\) adaptés aux deux suites extraites. Ensuite, tout entier \(n \geqslant \max(2N_1, 2N_2 + 1)\) est de la forme \(2p\) avec \(p \geqslant N_1\), ou \(2p + 1\) avec \(p \geqslant N_2\).
La première partie donne la méthode standard pour prouver une divergence. Il suffit de trouver deux suites extraites de limites différentes. Par exemple, pour \(u_n = (-1)^n\left(1 + \frac{1}{n}\right)\), les termes pairs tendent vers \(1\) et les termes impairs vers \(-1\). Par conséquent, la suite diverge, comme le montre la figure.

- Repérer la périodicité cachée dans la suite : signe \((-1)^n\), angle \(\frac{n\pi}{k}\), partie entière de \(\frac{n}{k}\).
- Choisir des rangs qui figent cette partie périodique, par exemple \(2n\) et \(2n + 1\), ou \(kn\) et \(kn + 1\).
- Calculer la limite de chaque sous-suite obtenue.
- Conclure à la divergence si les deux limites diffèrent, ou si l’une des sous-suites diverge.
4.2 Théorème de Bolzano-Weierstrass
Soit \((u_n)\) une suite de réels, supposée bornée. Il existe alors une application \(\varphi\), strictement croissante de \(\mathbb{N}\) dans lui-même, telle que \((u_{\varphi(n)})\) converge.
Nous procédons par dichotomie. Supposons \(a_0 \leqslant u_n \leqslant b_0\) pour tout \(n\). On coupe \([a_0, b_0]\) en deux moitiés. L’une d’elles contient \(u_n\) pour une infinité d’indices \(n\) ; on la note \([a_1, b_1]\). En répétant l’opération, on construit des segments emboîtés \([a_k, b_k]\) de longueur \(\frac{b_0 – a_0}{2^k}\), qui contiennent chacun une infinité de termes. Ensuite, on choisit des indices \(\varphi(0) < \varphi(1) < \cdots\) avec \(u_{\varphi(k)} \in [a_k, b_k]\). Or \((a_k)\) et \((b_k)\) sont adjacentes, de limite commune \(\ell\). Par encadrement, \(u_{\varphi(k)}\) tend vers \(\ell\).
Remarque :
Le théorème garantit l’existence d’une suite extraite convergente, sans en donner la limite. Une suite bornée peut d’ailleurs avoir plusieurs limites de suites extraites, comme \(((-1)^n)\), qui en a deux.
4.3 Caractérisation séquentielle de la densité
Pour une partie \(A\) de \(\mathbb{R}\), les deux affirmations suivantes sont équivalentes :
- \(A\) rencontre tout intervalle ouvert non vide, c’est-à-dire que \(A\) est dense dans \(\mathbb{R}\) ;
- pour chaque réel \(x\), on peut trouver une suite à valeurs dans \(A\) qui converge vers \(x\).
Pour \(x\) réel, posons \(x_n = \frac{\lfloor 10^n x \rfloor}{10^n}\). C’est un rationnel, et \(x – 10^{-n} < x_n \leqslant x\). Par encadrement, \(x_n\) tend vers \(x\). Par conséquent, \(\mathbb{Q}\) est dense dans \(\mathbb{R}\). Ces nombres \(x_n\) sont simplement les approximations décimales par défaut de \(x\).
5. Suites récurrentes linéaires
Certaines récurrences se résolvent explicitement. Dans ce cas, on obtient le terme général, puis la limite se lit directement. C’est le cas des suites arithmético-géométriques et des récurrences linéaires d’ordre 2 à coefficients constants.
5.1 Suites arithmético-géométriques
Soit \(u_{n+1} = a u_n + b\) avec \(a \neq 1\).
- Chercher le point fixe \(c\), solution de \(c = ac + b\), soit \(c = \frac{b}{1-a}\).
- Poser \(v_n = u_n – c\). En soustrayant les deux égalités, on obtient \(v_{n+1} = a v_n\).
- En déduire \(v_n = a^n v_0\), puis \(u_n = c + a^n (u_0 – c)\).
- Conclure : si \(|a| < 1\), la suite converge vers \(c\), quel que soit \(u_0\).
Prenons \(u_{n+1} = 0{,}6\,u_n + 2\) et \(u_0 = 0{,}5\). Le point fixe vérifie \(c = 0{,}6\,c + 2\), donc \(c = 5\). Par conséquent, \(u_n = 5 – 4{,}5 \times 0{,}6^n\). Comme \(0 < 0{,}6 < 1\), la suite converge vers \(5\). La figure représente les itérés : ils montent en escalier vers l’intersection des deux droites.

5.2 Récurrences linéaires d’ordre 2
On étudie maintenant les suites qui vérifient \(u_{n+2} = a u_{n+1} + b u_n\) pour tout \(n\), avec \(a\) et \(b\) fixés et \(b \neq 0\). L’idée consiste à chercher d’abord des solutions géométriques \(r^n\). En effet, \(r^n\) convient si et seulement si \(r^2 = ar + b\).
On appelle équation caractéristique l’équation \(r^2 – ar – b = 0\).
- Si elle a deux racines distinctes \(r_1\) et \(r_2\), réelles ou complexes, alors \(u_n = \lambda r_1^n + \mu r_2^n\).
- Si elle a une racine double \(r_0\), alors \(u_n = (\lambda + \mu n) r_0^n\).
- Si \(a, b\) sont réels et les racines complexes conjuguées \(\rho e^{\pm i\theta}\), alors toute suite réelle solution s’écrit \(u_n = \rho^n\left(A\cos(n\theta) + B\sin(n\theta)\right)\), avec \(A, B\) réels.
Les constantes se déterminent à l’aide de \(u_0\) et \(u_1\).
Soit \(u_{n+2} = u_{n+1} + 6u_n\), avec \(u_0 = 1\) et \(u_1 = 8\). L’équation \(r^2 – r – 6 = 0\) a pour racines \(3\) et \(-2\). Donc \(u_n = \lambda 3^n + \mu(-2)^n\). Les conditions initiales donnent \(\lambda + \mu = 1\) et \(3\lambda – 2\mu = 8\). Ainsi, \(\lambda = 2\) et \(\mu = -1\), d’où
\[u_n = 2 \times 3^n – (-2)^n.\]
Vérifions : \(u_2 = 8 + 6 = 14\), et la formule donne \(18 – 4 = 14\). Enfin, \(u_n \sim 2 \times 3^n\) tend vers \(+\infty\).
Voyons ensuite le cas d’une racine double. Soit \(u_{n+2} = 4u_{n+1} – 4u_n\), avec \(u_0 = 1\) et \(u_1 = 4\). L’équation \(r^2 – 4r + 4 = 0\) s’écrit \((r – 2)^2 = 0\). Donc \(u_n = (\lambda + \mu n)2^n\). D’abord, \(u_0 = 1\) donne \(\lambda = 1\). Ensuite, \(u_1 = 2(1 + \mu) = 4\) donne \(\mu = 1\). Ainsi, \(u_n = (n + 1)2^n\). On contrôle avec \(u_2 = 16 – 4 = 12 = 3 \times 4\).
Pour le cas complexe, prenons \(u_{n+2} = 2u_{n+1} – 4u_n\) avec \(u_0 = u_1 = 1\). Les racines de \(r^2 – 2r + 4\) sont \(1 \pm i\sqrt{3} = 2e^{\pm i\pi/3}\). Donc \(u_n = 2^n\left(A\cos\frac{n\pi}{3} + B\sin\frac{n\pi}{3}\right)\). D’abord, \(u_0 = 1\) donne \(A = 1\). Ensuite, \(u_1 = 1\) donne \(1 + B\sqrt{3} = 1\), soit \(B = 0\). Finalement, \(u_n = 2^n \cos\frac{n\pi}{3}\).
Piège à éviter :
On ne détermine les constantes qu’après avoir écrit la forme générale. De plus, on vérifie toujours le résultat sur \(u_2\) : une erreur de signe dans l’équation caractéristique se détecte ainsi immédiatement.
6. Suites complexes
Les définitions s’étendent aux suites complexes en remplaçant la valeur absolue par le module. En revanche, tout ce qui utilise l’ordre de \(\mathbb{R}\) disparaît : monotonie, encadrement, limites infinies.
Une suite complexe \((z_n)\) converge vers \(\ell \in \mathbb{C}\) si \(|z_n – \ell|\) tend vers \(0\). Elle est bornée si la suite réelle \((|z_n|)\) est majorée.
La suite \((z_n)\) converge vers \(\ell\) si et seulement si \(\mathrm{Re}(z_n) \to \mathrm{Re}(\ell)\) et \(\mathrm{Im}(z_n) \to \mathrm{Im}(\ell)\). De plus, pour \(q \in \mathbb{C}\), la suite \((q^n)\) tend vers \(0\) si \(|q| < 1\), et diverge si \(|q| > 1\) ou si \(|q| = 1\) avec \(q \neq 1\).
Pour tout complexe \(w\), on a \(|\mathrm{Re}\,w| \leqslant |w|\), \(|\mathrm{Im}\,w| \leqslant |w|\) et \(|w| \leqslant |\mathrm{Re}\,w| + |\mathrm{Im}\,w|\). On applique ces inégalités à \(w = z_n – \ell\), puis le théorème d’encadrement aux suites réelles obtenues. Ensuite, si \(|q| < 1\), on a \(|q^n – 0| = |q|^n \to 0\).
Par exemple, \(q = \frac{3 + 4i}{6}\) a pour module \(\frac{5}{6}\). Ainsi, la suite \((q^n)\) tend vers \(0\). Ses points s’enroulent en spirale autour de l’origine, comme sur la figure.

Remarque :
Le théorème de Bolzano-Weierstrass s’étend aux suites complexes bornées, en deux extractions successives. D’abord, les parties réelles forment une suite réelle bornée : on choisit des rangs où elles convergent. Ensuite, le long de ces rangs, les parties imaginaires restent bornées : une seconde sélection les fait converger à leur tour.
Les erreurs fréquentes
- Choisir un rang \(N\) qui dépend de \(n\) dans la définition de la limite : il ne doit dépendre que de \(\varepsilon\).
- Garder une inégalité stricte après un passage à la limite.
- Appliquer la limite monotone sans avoir prouvé l’existence d’un majorant.
- Conclure qu’une suite converge parce que \(u_{n+1} – u_n\) tend vers \(0\) : c’est faux, comme le montre \(\sqrt{n}\).
- Croire qu’une suite bornée converge, ou qu’une seule suite extraite convergente suffit.
- Comparer deux complexes avec \(\leqslant\) : seuls les modules se comparent.
Fiche mémo
- Convergence vers \(\ell\) : pour toute précision \(\varepsilon > 0\), les termes finissent tous dans \([\ell – \varepsilon, \ell + \varepsilon]\).
- Limite unique ; suite convergente donc bornée, réciproque fausse.
- Passage à la limite : \(u_n \leqslant v_n\) donne \(\ell \leqslant \ell^{\prime}\) si les limites existent.
- Encadrement : \(a_n \leqslant u_n \leqslant b_n\) et \(a_n, b_n \to \ell\) donnent \(u_n \to \ell\).
- Croissante et majorée implique convergente ; croissante non majorée implique \(+\infty\).
- Adjacentes : une croissante, une décroissante, différence vers \(0\), même limite.
- Deux suites extraites de limites différentes : la suite diverge.
- Bolzano-Weierstrass : toute suite bornée admet une suite extraite convergente.
- \(u_{n+1} = au_n + b\) : \(u_n = c + a^n(u_0 – c)\) avec \(c = \frac{b}{1-a}\).
- \(u_{n+2} = au_{n+1} + bu_n\) : résoudre \(r^2 = ar + b\), puis utiliser \(u_0\) et \(u_1\).
Questions fréquentes
Comment choisir entre encadrement et monotonie pour prouver une convergence ?
Si l’on devine la limite et que l’écart à cette limite se majore facilement, l’encadrement est le plus rapide. Si la suite est définie par une récurrence ou une somme de termes positifs, on étudie plutôt sa monotonie et l’on cherche un majorant. Le théorème de la limite monotone donne alors l’existence de la limite, sans sa valeur.
Comment montrer qu'une suite diverge ?
Le réflexe consiste à isoler deux sous-suites dont les comportements s’opposent, souvent les rangs multiples de 2 face aux autres, ou les rangs multiples de 3. Si leurs limites diffèrent, la divergence est prouvée. Une seule sous-suite divergente suffit aussi. Enfin, une suite non bornée ne peut pas converger.
Les inégalités strictes passent-elles à la limite ?
Non, elles deviennent larges. Par exemple, 1/n est strictement positif pour tout n, mais sa limite vaut 0. Il faut donc écrire ℓ ≥ 0 et non ℓ > 0 après un passage à la limite.
Que faire si l'équation caractéristique a des racines complexes ?
Pour une suite réelle, on écrit les racines sous la forme ρe^{±iθ}. Le terme général s’écrit alors ρ^n (A cos(nθ) + B sin(nθ)), avec A et B réels. On détermine A et B à l’aide des deux premiers termes.
Pour aller plus loin
- S’exercer : exercices corrigés de maths sup (MPSI) sur limite d'une suite et convergence
- Bases utiles : Borne supérieure, partie entière et densité dans R, Calculer avec Σ et Π : télescopage et binôme
- Chapitre d’avant : Borne supérieure, partie entière et densité dans R
- Chapitre d’après : Suites définies par u(n+1) = f(u(n)) et points fixes
- Vérifier ses acquis : QCM de maths sup (MPSI) sur limite d'une suite et convergence
- Contrôle corrigé en temps limité : Sous-suites et encadrements : contrôle de maths en MPSI
- Le même thème en maths spé (MP) : Convergence des suites et séries de fonctions
- Tous les chapitres : le sommaire de maths sup (MPSI)
- Après le bac : les maths post-bac, de la MPSI à la L3
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